Béarn

Béarn
Bearn - Biarn (bia)
Béarn
Localisation du Béarn en Europe
Blason de Béarn
Blason
Drapeau de Béarn
Drapeau
Administration
Pays Drapeau de la France France
Statut Vicomté (IXe siècle-1347)
Principauté souveraine (1347-1620)
Province française (1620-1790)
Pôle métropolitain (2018-)
Capitale Blason ville fr Lescar 64.svg Beneharnum (-IXe siècle)
Blason ville fr Lembeye2 (Pyrénées-Atlantiques).svg Escurès (IXe siècle-XIe siècle)
Blason ville fr Morlaàs (Pyrénées-Atlantiques).svg Morlaàs (XIe siècle-1242)
Blason ville fr Orthez2 (Pyrénées-Atlantiques).svg Orthez (1242-1464)
Blason ville fr Pau (64).svg Pau (1464-)
Démographie
Gentilé Béarnais(e)
Population 368 108 hab. (2017en augmentation)
Densité 79 hab./km2
Géographie
Coordonnées 43° 18′ 00″ nord, 0° 22′ 00″ ouest
Superficie 4 680 km2
Fuseau horaire +1 (HEC, heure d'hiver)
UTC +2 (HAEC, heure d’été)
Divers
Devise (de facto) « Gratia Dei sum id quod sum »
(Grâce à Dieu je suis ce que je suis)
Hymne (de facto) Si canti
Dates clés 77 - 1re mention des Venarni
IVe siècle - Iluro et Beneharnum deviennent des cités
IXe siècle - Création de la vicomté de Béarn
1050 - Intégration d'Oloron
1085 - Intégration de Montaner
1096 - Croisade de Gaston IV
1194 - Intégration d'Orthez
1290 - Union avec les Foix
1347 - Gaston Fébus déclare l'indépendance
1479 - François Fébus roi de Navarre
1551 - Rénovation des fors
1571 - Interdiction du catholicisme
1589 - Henri IV roi de France
1620 - Annexion au Royaume de France
1789 - Fin de l'autonomie
2018 - Création du pôle métropolitain Pays de Béarn
Langues français, béarnais
Monnaies Euro (EUR), Tinda

Le Béarn (en béarnais : Bearn /beˈar/ ou Biarn /ˈbjar/), situé au nord-ouest des Pyrénées, est une ancienne principauté souveraine puis une ancienne province française à la suite de son annexion au royaume de France en 1620. Depuis 1790, le Béarn fait partie du département des Pyrénées-Atlantiques et depuis 2016 de la région Nouvelle-Aquitaine. La ville de Pau est sa capitale depuis 1464, le béarnais est remplacé par le français comme langue institutionnelle à la Révolution tandis que sa devise, en latin, est « Gratia Dei sum id quod sum » (« Grâce à Dieu je suis ce que je suis »). Son drapeau est constitué de deux vaches béarnaises rouges, aux cornes bleues et sur fond d'or. Les intercommunalités béarnaises se regroupent au sein du pôle métropolitain Pays de Béarn, créé en date du .

Le peuple des Venarni occupe la région de Beneharnum (sa première capitale) à l’époque romaine. L'organisation politique du Béarn débute au IXe siècle avec la création de la vicomté de Béarn, à la suite de l'éclatement féodal du duché de Gascogne. Les régions d'Oloron en 1050, Montaner en 1085 et Orthez en 1194 permettent au Béarn primitif de s'agrandir pour former le Béarn historique. Dès le XIe siècle, le Béarn dispose d'une autonomie importante et construit une souveraineté totale avec Gaston Fébus. Celui-ci affirme, en 1347, la neutralité du Béarn dans la guerre de Cent Ans qui oppose les royaumes d’Angleterre et de France. La principauté de Béarn est alors organisée autour de ses ancestraux fors, de ses États, de sa langue béarnaise ou encore de sa monnaie marquée des deux vaquetas.

L'introduction de la Réforme protestante par Marguerite de Navarre est un élément marquant du XVIe siècle, sa fille Jeanne d'Albret faisant du Béarn une principauté protestante. Ayant déjà récupéré la couronne de Navarre par François Fébus en 1479, les princes béarnais assurent la réunion avec la couronne de France grâce à Henri IV en 1589. Attachés à leurs fors et coutumes, les Béarnais restent malgré tout indépendants du royaume de France après cet épisode. Il faut attendre le pour voir Louis XIII mener une expédition militaire en Béarn, à la fois pour son annexion et pour le rétablissement du culte catholique. À partir de cette date, le Béarn perd sa souveraineté mais conserve une large autonomie en tant que province française, avec la constitution d'un Parlement, le maintien de ses fors ainsi que du béarnais comme langue institutionnelle.

Avec la Révolution française, le Béarn perd ses derniers symboles d'autonomie. La création du département des Basses-Pyrénées en 1790 permet au Béarn historique de s'agrandir au nord par l'ajout d'une vingtaine de communes gasconnes : cet ensemble forme depuis le Béarn moderne. Il est traversé en diagonale par les gaves de Pau et d'Oloron, dont les vallées constituent les zones les plus peuplées du pays. Historiquement marquée par l'activité agricole, l'économie béarnaise se tourne désormais aussi vers l'industrie aéronautique et les géosciences, en lien avec la découverte du gisement de gaz de Lacq en 1951. Sa capitale, Pau, représente un pôle central pour le secteur tertiaire et les services administratifs, judiciaires ou encore universitaires du bassin de l'Adour. Les vallées béarnaises d'Ossau, d'Aspe et de Barétous sont, elles, marquées par l'impact du pyrénéisme, du tourisme vert et de la pratique du ski. En 2017, le Béarn comptait 368 108 habitants répartis sur 4 680 km2.

Toponymie

Le nom Béarn dérive du peuple protohistorique des Venarni — ou Benarni — dont la première mention est faite au Ier siècle par Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle[1]. À la fin du IVe siècle, la Notitia nomme les Benarnenses[2] dont la capitale suit l'ethnique Beneharnum (aujourd'hui Lescar). La véracité du nom de cette capitale est solide, mais encore discutée, il est possible que le nom de Beneharnum n'ait jamais été utilisé par les Béarnais. Une confusion se serait opérée entre le nom du peuple et le nom de sa capitale[Note 1]. Au Moyen Âge, le toponyme Béarn prend les formes[B 1] Biara (Orderic Vital) - Beart et Beardum (Guillaume de Tyr) - Biarnum (titres de Barcelone[Note 2]) - Biarnium (titres de Béarn) - Biard et Biar (Matthieu Paris) - Byern et Biern (Rôles gascons) - Bearnases (Histoire de Languedoc) - Bias et Byas (XIIIe siècle) - Bearnium, Biarn et Bearnum (XIVe siècle, Histoire de France) - Berne (Jean Froissart) - Baines et Bierne (chroniques de Duguesclin).

L'origine du nom des Béarnais est aquitaine[4], ce toponyme pourrait avoir un rapport avec le mot basque behera qui signifie « bas »[5]. L'historien Pierre de Marca fait également écho à une histoire développée au XVe siècle, qu'il qualifie de fable[B 2], et qui expliquerait l'origine du nom Béarn par la ville suisse de Berne. Charles Martel aurait ainsi récompensé des Bernois, venus combattre les Sarrasins à ses côtés, en leur donnant une portion de territoire aux pieds des Pyrénées en 715. Pierre de Marca souligne que la ville de Berne a été fondée en 1191, donc bien après Charles Martel[B 2].

Géographie

Localisation

Détail d'une carte indiquant en rouge le Béarn, en vignette en bas une carte de France.
Le Béarn au sein des Pyrénées-Atlantiques, entouré au sud par l'Espagne, à l'ouest par la Soule et la Basse-Navarre, au nord par les Landes, au nord-est par le Gers et à l'est par les Hautes-Pyrénées.

Le Béarn est situé en Europe de l'Ouest, sur le versant nord de la chaîne des Pyrénées. Le Béarn est limité à l'ouest par la Soule et la Basse-Navarre, au nord par la Chalosse et le Tursan, au nord-est par l'Armagnac, à l'est par la Bigorre et au sud par l'Aragon (Espagne). Au Béarn primitif (vallée du gave de Pau, Soubestre et Vic-Bilh) se rajoutent successivement la vicomté d'Oloron vers 1050, puis la vicomté de Montaner vers 1085 et le pays d'Orthez en 1194, enlevé à la vicomté de Dax. Ces quatre territoires forment le Béarn historique qui garde ses frontières, parfois complexes[6], jusqu'à la Révolution. Les frontières béarnaises évoluent en 1790 avec la création du département des Pyrénées-Atlantiques (dénommé Basses-Pyrénées jusqu'en 1969[7]). Une vingtaine de communes gasconnes sont intégrées au nouveau département, en plus des trois provinces de langue basque (Labourd, Basse-Navarre et Soule) et du Béarn. L'ensemble de ces communes sont aujourd'hui liées à des cantons et à des intercommunalités béarnaises, elles sont donc intégrées au Béarn moderne.

Détail d'une carte indiquant les principales étapes de la formation territoriale du Béarn.
Les grandes étapes de la formation territoriale du Béarn.

Le Béarn compte deux enclaves bigourdanes composées de cinq communes[Note 3]. Cette particularité date de 1085[8] lorsque Gaston IV de Béarn épouse Talèse d'Aragon, vicomtesse de Montaner. En dot, celle-ci donne au souverain de Béarn le pays de Montaner à l'exception de ces cinq paroisses. Ce choix politique féodal traverse les siècles puisque ces cinq communes font partie du département des Hautes-Pyrénées. L'intégration de plusieurs communes au sein du Béarn moderne peut faire l'objet d'un débat. Bien que bascophone, la commune d'Esquiule se situe sur le territoire béarnais[9]. Au-delà d'un ensemble uniquement culturel (ou linguistique), le Béarn désigne avant tout un territoire géographique et politique, permettant d'intégrer cette commune au territoire du Béarn moderne. À l'inverse, les communes de Lichos, Montory et Osserain-Rivareyte sont considérées comme de culture béarnaise[10] mais celles-ci faisant partie d'une intercommunalité et d'un canton basque, elles ne sont généralement pas incluses dans les frontières du Béarn moderne.

Régions historiques

Détail d'une carte indiquant les différentes régions historiques du Béarn.
Les régions historiques du Béarn.

Le Béarn se compose d'un ensemble de régions historiques qui prennent racine dans une géographie particulière, une histoire commune, parfois liée à l'organisation religieuse. Les limites de ces régions sont notamment abordées par Paul Raymond dans son Dictionnaire topographique du département des Basses-Pyrénées, publié en 1863. L'archiviste découpe le territoire béarnais selon la définition de l'époque romaine, en civitas (cité) puis pagus (pays)[B 3]. Les frontières des trois régions qui s'incorporent progressivement au Béarn primitif sont assez claires. La vicomté de Montaner (ou Montanérès), le pays d'Orthez et la vicomté d'Oloron. Pour cette dernière, trois régions historiques sont à délimiter, le pays d'Oloron (ou pagus Oloronensis), la vallée d'Aspe (vath d'Aspa ou pagus d'Aspe) et la vallée d'Ossau (vath d'Aussau ou pagus d'Ossau).

Le Béarn primitif se construit à partir de régions historiques aux frontières plus floues. Quelques régions apparaissent nettement, à l'image du Vic-Bilh et de la Vath-Vielha. Le Vic-Bilh (ou « vieux pays » en béarnais) occupe la partie nord-est du Béarn primitif avec Lembeye pour capitale, il formait un archidiaconé dépendant de l'évêché de Lescar. La Vath-Vielha ou Batbielle (« vieille vallée » ou « hameau dans la vallée » en béarnais[Note 4]) prend approximativement[11] place sur la région correspondant à la plaine de Nay, dans la vallée formée par le gave de Pau. Les frontières du Soubestre (ou pagus Silvestrensis) sont plus floues, Paul Raymond se base sur les limites de l'archidiaconé de Soubestre, avec Garos comme résidence de l'archidiacre[B 4]. Désignant un territoire boisé — du latin silvestris — le Soubestre peut également inclure la vicomté de Louvigny (pagus Lupiniacensis)[Note 5], avec Arzacq-Arraziguet, ainsi que le pays d'Arthez-de-Béarn[12], couvrant donc une vaste zone de coteaux et plaines entourant les Luy de Béarn et Luy de France. Le Larbaig (ou pagus Larvallensis) stricto sensu correspond à la vallée du Laà, il peut aussi désigner l'archidiaconé qui comprenait aussi l'ancien canton de Monein, avec Castetner comme chef-lieu[B 5]. Enfin, le pays béarnais (ou pagus Benarnensis) correspond au cœur du Béarn primitif, avec son centre religieux (Lescar) et sa première capitale politique (Morlàas). Ses frontières sont relativement floues, il conviendrait d'y ajouter l'ancien canton de Lasseube, qui n'est pas inclus par Paul Raymond dans ce pays central[B 3], mais qui ne constituait ni une région à part, et n'appartenait pas non plus aux autres régions voisines (Larbaig ou vicomté d'Oloron).

Relief

Détail d'une carte indiquant les principales villes, principaux axes de circulation ou encore le relief du Béarn.
Carte topographique du Béarn.

Le Béarn associe deux zones au relief contrasté : la chaîne montagneuse des Pyrénées et son piémont. La zone montagneuse est marquée par de profondes vallées orientées nord-sud et parcourues par les gaves. Le Béarn compte ainsi trois vallées supérieures qui composent le Haut-Béarn. La vallée d'Ossau débouche au sud par le col du Pourtalet (1 794 m), la vallée d'Aspe par le col du Somport (1 650 m), et la vallée de Barétous s'ouvre sur la vallée navarraise de Roncal par le col de la Pierre Saint-Martin (1 760 m). Une partie de la vallée de l'Ouzom fait partie de ce Haut-Béarn, celle-ci débouche sur la Bigorre via Ferrières, Arbéost et le col du Soulor (1 474 m). Cet ensemble montagneux est dominé par plusieurs sommets, dont le pic d'Anie (2 504 m), le pic du Midi d'Ossau (2 884 m) ou encore le pic de Gabizos (2 639 m). Le pic Palas est le sommet des Pyrénées béarnaises avec 2 974 m.

Le piémont béarnais se caractérise par l'alternance d'amples vallées, de coteaux disséqués et de landes très plates[B 6]. En entrant en Béarn par le nord (Vic-Bilh à l'est et Soubestre à l'ouest), on trouve une rangée de collines tournées vers la Gascogne avec plusieurs affluents directs ou indirects de l'Adour (l'Aygue longue, le Luy de Béarn, le Gabas, etc.). La vallée du gave de Pau arrive ensuite avec les agglomérations d'Orthez, de Pau ou encore de Nay. Il s'agit de la zone la plus peuplée du Béarn. Cette vallée est encadrée par de puissantes collines sur environ 75 km de Montaut à l'est, jusqu'à Orthez à l'ouest. À l'approche de Pau par l'est, la vallée du gave se resserre progressivement entre le Pont-Long et les coteaux de Jurançon[Note 6]. Entre le gave de Pau et le gave d'Oloron plus au sud, les collines qui forment l'entre deux-gaves n'excèdent pas 400 mètres d'altitude. Cette zone se compose notamment des coteaux du vignoble de Jurançon. L'orientation nord-sud est imposée par les vallées étroites et profondes des différents affluents du gave de Pau (le Souste, le Neez, les Hiès, la Juscle, etc.). Enfin, avant d'arriver aux vallées du Haut-Béarn, la vallée du gave d'Oloron se présente avec plusieurs agglomérations dont Oloron-Sainte-Marie, Navarrenx ou Sauveterre-de-Béarn.

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Hydrographie

Le Béarn est traversé par deux principaux cours d'eau, les gaves de Pau[13] et d'Oloron[14] — gave est le nom donné à un torrent dans les Pyrénées — qui se rejoignent avant Peyrehorade dans les Landes pour former les Gaves réunis et devenir le principal affluent de l'Adour 10 km plus loin. Le gave de Pau prend sa source au cirque de Gavarnie dans les Hautes-Pyrénées, il prend son nom à partir de Luz-Saint-Sauveur, recueillant alors les eaux du gave de Gavarnie et du Bastan. Le cours d'eau est alimenté par de nombreux affluents comme le Soust, l'Ousse ou encore le Neez. Le gave d'Oloron naît lui à partir d'Oloron-Sainte-Marie, lieu de confluence du gave d'Aspe et du gave d'Ossau. Plus en aval, le principal affluent du gave nouvellement formé est le Saison (ou gave de Mauléon). Les gaves sont des torrents montagneux, les crues peuvent donc y être très importantes, notamment en période de fonte des neiges. Outre ces deux cours d'eau principaux, d'autres cours d'eau béarnais se jettent directement dans l'Adour sans passer par les gaves. Il s'agit par exemple du Luy[15], formé par le Luy de Béarn[16] et le Luy de France, ou encore du Gabas situés au nord du territoire béarnais.

Climat

Le Béarn connaît une variation d'altitude de près de 3 000 m entre le point le plus bas et le plus élevé[Note 7]. Il n'y a donc pas un seul climat. La température moyenne s'abaisse depuis les plaines jusqu'aux sommets les plus élevés, où il peut neiger en été[17]. Les températures moyennes connaissent un pic à la station de Bellocq-Puyoô avec 14,2 °C sur l'année, contre 12 °C à Accous[18] et 8,7 °C à Laruns-Artouste (1 132 m d'altitude[19]). Les précipitations sont également plus importantes à mesure que l'on s'approche du relief, avec plus de 1 600 mm annuels à Laruns-Hourat[20] ou Accous[18], contre moins de 1 100 mm à Pau-Uzein[21] et Lembeye[22]. Le Haut-Béarn est ainsi marqué par un climat pyrénéen à tendance subocéanique. À partir d'une altitude de 1 000 m, les précipitations tendent à diminuer[23], tandis que les températures continuent de baisser[Note 8]. Le climat du piémont béarnais a plusieurs caractéristiques : faible amplitude des températures, douceur hivernale, abondance des pluies et rareté des vents forts. De plus, il est fréquent que le vent de sud (effet de Foehn sur les Pyrénées) fasse monter les températures hivernales entre 15 °C et 25 °C[24]. La beauté du ciel béarnais est renommée, c'est le bèth cèu de Pau, illustré dans une célèbre chanson[25].

Relevé météorologique du Béarn pour la période 1981-2010.
Données Station jan. fév. mars avril mai juin jui. août sep. oct. nov. déc. année
Températures moyennes (°C) Asson[26] 6,3 7 9,5 11,2 14,9 18,2 20,2 20,3 17,7 14,3 9,5 6,9 13
Laruns-Hourat[20] 5,6 6,2 8,7 10,3 13,9 17,2 19,2 19,3 16,7 13,5 8,6 6,1 12,1
Lembeye[22] 6,6 7,2 9,9 11,8 15,1 18,5 20,8 20,9 18,4 14,8 9,8 7,1 13,4
Oloron-Ste-Marie[27] 6,9 7,6 10 11,7 15,4 18,5 20,6 20,7 18,2 14,8 10,1 7,6 13,5
Orthez[28] 7,2 8 10,8 12,7 16,4 19,7 21 21,3 18,6 15,4 9,9 7,3 14,1
Pau-Uzein[21] 6,5 7,3 10 11,9 15,6 18,7 20,6 20,7 18,2 14,7 9,8 7,2 13,5
Précipitations (mm) Asson 117,5 96,6 102,8 131,1 138,7 101 83,1 97 90,6 109,7 124,2 112,2 1 304,6
Laruns-Hourat 180,6 142,2 135,8 158,1 128,4 93,2 75,6 86,3 108 148,4 194,8 189,6 1 641
Lembeye 99,1 83,1 90,9 111,6 100,3 79,7 58,4 69,5 70,1 90,9 109 97,2 1 059,8
Oloron-Ste-Marie 122,6 103,3 106,7 138 123,7 101,6 82,3 93,1 96,6 117,7 137,4 118,2 1 341,2
Orthez 112,4 99 93,8 104,4 104,4 65,8 66 70,5 103,6 109,6 156,7 114,9 1 201,1
Pau-Uzein 94,4 83,3 85,9 112,4 98,8 77,2 56,7 67,5 78,9 99,7 116,9 98,2 1 069,9
Source : Météo France.

Voies de communication et transports

Voies de communication routières

Le Béarn est traversé par deux autoroutes. Depuis 1977, l'autoroute A64 - E80 — dite la Pyrénéenne — rejoint Pau à Toulouse à l'est en 2 heures[29] et Bayonne à l'ouest en un peu plus d'une heure (h 12[29]). Les échangeurs béarnais sont situés à Salies-de-Béarn, Orthez, Artix, Lescar, Pau et Soumoulou. L'autoroute A65 - E7 — dite A'Liénor - autoroute de Gascogne — relie Pau à Bordeaux en plus de deux heures (h 7[29]) via l'autoroute A62 entre Bordeaux et Langon, point de raccordement des deux autoroutes. Inaugurée le , il s'agit de la première autoroute réalisée après le Grenelle de l'environnement[30] et également de la voie la plus chère de France à cette date[31]. Les échangeurs béarnais sont situés à Lescar, Thèze et Garlin.

Le Béarn était traversé par plusieurs routes nationales déclassées par la suite : la route nationale 117 (Bayonne-Toulouse) devenue RD 817, la route nationale 637 (Pau-Montgaillard) devenue RD 937, la route nationale 643 (Pau-Auch) devenue RD 943 et la route nationale 645 (Pau-Sault-de-Navailles) devenue RD 945. La route nationale 134 existe toujours pour relier le sud de Pau au col du Somport en vallée d'Aspe. Outre cette liaison, l'accès à l'Espagne par les Pyrénées est réalisable par le col du Pourtalet en vallée d'Ossau et le col de la Pierre Saint-Martin en vallée de Barétous. Le Béarn était déjà le lieu de rencontre de deux axes majeurs depuis la période antique, le Cami Salié orienté est-ouest[32] et la route du Somport orientée nord-sud[33].

Transport ferroviaire

Vue sur des rails d'une ligne de chemin de fer, au fond des montagnes.
Le chantier de rénovation de la ligne Pau-Canfranc en 2015.

Le Béarn est traversé par trois lignes de chemin de fer. La ligne de Toulouse à Bayonne traverse d'est en ouest la région. Elle a été mise progressivement en service de 1861 à 1867. Cette ligne dessert actuellement les gares béarnaises de Coarraze-Nay, d'Assat, de Pau, d'Artix, d'Orthez et de Puyoô. La ligne de Puyoô à Dax complète le dispositif pour relier Bordeaux au nord. Des TGV, des Intercités et des TER circulent sur ces deux lignes.

La ligne Pau-Canfranc permet d'accéder au sud du Béarn, vers la vallée d'Aspe. Elle est mise en service entre 1883 et 1928[34]. L'inauguration de la gare de Canfranc en 1928 permet d'accéder à l'Espagne, mais dès 1936 le déclenchement de la guerre civile espagnole freine fortement l'essor de cette ligne[35]. En 1970, un accident se produit au pont de l'Estanguet dans la montée vers Etsaut. L'exploitation de la ligne est alors réduite à la section Pau-Bedous puis jusqu'à Oloron-Sainte-Marie depuis 1985[36]. La réouverture de la ligne internationale est en discussion depuis de nombreuses années[37]. Une première étape est franchie avec la réouverture de la section Oloron-Sainte-Marie à Bedous le [38], une poursuite vers Canfranc est toujours envisagée[39]. La ligne de Puyoô à Mauléon permettait elle de relier Salies-de-Béarn et Sauveterre-de-Béarn au réseau ferré, la ligne est mise en service en 1884 puis déclassée en 1991[40].

Transport aérien

L'Aéroport de Pau-Pyrénées, situé à 12 km sur la commune d'Uzein, est relié directement aux aéroports Paris-Charles-de-Gaulle et Paris-Orly (9 allers-retours par jour), à Lyon (3 allers-retours par jour), Marseille et Nantes (9 liaisons par semaine), Marrakech (1 à 2 liaisons par semaine), ainsi que Strasbourg, Lille, Brest, Quimper, Metz, Nice ou Ajaccio dans des liaisons saisonnières[41]. En 2018, il enregistre 612 580 passagers[42].

Le Béarn dispose d'une ancienne tradition dans l'aviation. Il s'agit du berceau de cette pratique en Aquitaine, puisque dès le [43] un premier vol se déroule dans le ciel béarnais. Il est l'œuvre des frères américains Wright qui, après une tentative infructueuse au Mans, portent leur dévolu sur le Béarn[44]. Effectivement, les conditions météorologiques (notamment concernant l'absence de vent) sont particulièrement favorables pour la pratique de l'aviation[43]. Un terrain est donc accordé pour réaliser des tests près de Pau, sur la lande du Pont-Long. Après des vols concluants en Béarn, les frères Wright y installent la première école d'aviation organisée du monde[44]. La forte industrie aéronautique présente actuellement en Béarn est le fruit de cette présence historique des pionniers de l'aviation. L'école des troupes aéroportées est également implantée depuis 1946, elle est chargée de former l'ensemble des parachutistes militaires des quatre corps de l'armée française[45].

Histoire

Préhistoire

Photo d'un dolmen au centre d'une pelouse.
Le dolmen de Buzy

Les plus anciennes traces de présence humaine sur le territoire béarnais remontent au Paléolithique inférieur, entre 500 000 et 300 000 ans avant notre ère[Note 9]. Les vestiges de ces périodes reculées de la Préhistoire sont rares et diffus. Il faut attendre le Paléolithique supérieur — ou âge du renne[B 8] — pour obtenir plus de traces d'occupation, notamment dans plusieurs grottes calcaires entourant Arudy. Après la dernière période glaciaire, le climat reste froid et l'homme trouve refuge dans des grottes, nombreuses en bordure des Pyrénées. Ces hommes sont des chasseurs de renne, qui abondent alors dans les forêts[B 8]. Les grottes d'Espalungue et de Saint-Michel[46] fournissent des spécimens remarquables[B 8] de sculptures de la période magdalénienne. Avec le réchauffement du climat, le renne disparaît de cette région, tandis qu'une nouvelle civilisation apparaît du Mésolithique[Note 10] au Néolithique.

Les hommes polissent le silex, domestiquent les animaux, pratiquent l'élevage et l'agriculture[B 9]. Ils ont également le culte des morts[B 9], comme le prouvent des dolmens de Buzy ou Escout, ainsi que les tumuli du plateau de Ger ou du Pont-Long. C'est à la fin du Néolithique — entre 2 580 et 2 340 ans — qu'apparaît la mine de cuivre de Causiat à Urdos, plus ancien site minier du massif pyrénéen[47]. Jusqu'au Néolithique final, la présence humaine sur le sol béarnais se caractérise par des occupations légères, de populations dont l'économie est marquée par la mobilité. Cette mobilité pourrait être en partie liée au développement de l'élevage[B 10]. L'Âge du bronze laisse les traces de cromlechs — notamment sur le plateau du Bénou à Bilhères[B 9] — et de nombreux tumuli sur les plateaux du Pont-Long et de Ger[B 11]. Dès la fin du Bronze ancien — XVIe siècle av. J.-C.[B 12] — les eaux de Salies-de-Béarn sont exploitées, ce qui induit des échanges tout au long du Cami Salié. Une circulation des hommes et des biens entre piémont, vallée et haute montagne — particulièrement entre Pont-Long et vallée d'Ossau — est démontrée depuis le Bronze ancien, ces données allant dans le sens d'une activité pastorale transhumante[B 13]. Concernant l'âge du fer, le mobilier métallique découvert[Note 11] démontre l'importance des échanges avec la péninsule Ibérique[B 15].

Antiquité

Au début du Ier millénaire av. J.-C. le territoire béarnais semble être occupé par le peuple des Ligures[B 16]. Contrairement à la Gaule, envahie par des peuples celtes au Ve siècle av. J.-C., ce sont des peuples Ibères qui repoussent les Ligures à cette même époque[Note 12]. Venant du sud des Pyrénées, les Ibères du nord — ou Aquitains — gardent des relations commerciales et culturelles étroites avec les Ibères d'Espagne. Les Aquitains sont surtout des pasteurs et agriculteurs, dont la religion et la langue diffèrent nettement de celles des Celtes[B 17]. Plusieurs tribus ibères sont identifiées en Béarn[B 18], les Venarni autour de la vallée du gave de Pau[Note 13] et les Oscidates entre la vallée d'Ossau (Oscidates Montani)[Note 14] et le Pont-Long (Oscidates Campestri[B 19]), illustrant l'interdépendance entre ces deux zones de transhumance pastorale[48]. Le premier contact des Aquitains avec Rome se produit au cours de la guerre sertorienne au Ier siècle av. J.-C., le romain Quintus Sertorius forme les Ibères — des deux côtés des Pyrénées — à la discipline et à la tactique des légions[B 20]. Occupé à conquérir la Gaule, Jules César confie à son lieutenant Publius Crassus le soin de soumettre l'Aquitaine. Suite à une ultime bataille qui se déroule entre Tartas et Saint-Sever, les troupes romaines soumettent les Aquitains en 56 av. J.-C.[B 21].

Carte indiquant en vert les limites de la Novempopulanie, la Gironde, Toulouse, les Pyrénées.
Les peuples constituant la Novempopulanie.

La domination romaine du Béarn — et de l'Aquitaine — s'étale sur près de cinq siècles. La trentaine de tribus rencontrées par César au sud de la Garonne sont regroupées autour de cinq cités, la cité des Tarbelles (Dax) englobe alors sans doute les tribus béarnaises[B 22]. Au IIe siècle IIIe siècle, la province de la Novempopulanie est créée pour séparer les peuples aquitains et les Gaulois[B 22]. Deux cités sont constituées en Béarn à la fin du IVe siècle, Beneharnum et Iluro[2]. Il s'agit des deux principaux centres urbains de ce Béarn antique, qui existaient peut-être déjà avant la prise de contrôle romaine[B 18]. Ces deux centres ont une taille modeste, Beneharnum atteint une étendue maximale de 10 à 12 ha[Note 15] et compte quelques centaines d'habitants[B 24]. Les peuples aquitains se romanisent progressivement, adoptant la langue latine vulgaire, qui forme le béarnais/gascon. Plusieurs routes romaines traversent le Béarn, l'une conduisant de Toulouse à Dax — en passant par Beneharnum — l'autre partant au sud vers Saragosse en passant par Iluro et le Somport[Note 16]. Les vestiges de plusieurs villas aquitano-romaines luxueuses sont découverts à Bielle, Jurançon (Pont-d'Oly), Lescar (Sen Miquèu), Lalonquette ou Taron[B 25]. L'aristocratie locale aquitano-romaine administre la cité au sein d'une curie, en Béarn elle tient sa fortune du patrimoine foncier[B 25], la faible densité archéologique de cette époque indique une activité pastorale extensive, avec des groupes humains mobiles, notamment au Pont-Long[B 26].

À partir du Ve siècle, la région subit l'effondrement de l'Empire romain et les multiples invasions barbares. Les Vandales, Alains, et Suèves ravagent la Novempopulanie[B 27]. Les Wisigoths ruinent également les campagnes à partir de l'an 412, ils obtiennent des Romains le contrôle du sud-ouest de la Gaule à partir de 419, avec Toulouse comme capitale[B 27]. La domination des Wisigoths sur la Novempopulanie dure près d'un siècle, maintenant la paix avec l'aristocratie aquitano-romaine en place[B 28]. C'est probablement dans le courant de ce Ve siècle[B 29] que le christianisme s'impose en Béarn, avec des conversions isolées à des époques plus anciennes[B 29]. Saint Julien passe pour être l'évangélisateur du Béarn ainsi que le fondateur du diocèse de Beneharnum à la fin du Ve siècle, l'histoire retient Galactoire et Grat comme premiers prélats du Béarn, lors du concile d'Agde en 506[B 29]. L'arrivée tardive de la religion chrétienne en Béarn est le résultat du caractère rural de cette région, le christianisme ayant d'abord été adopté dans les centres urbains[B 29]. Avant cela, les Béarnais rendent surtout culte aux astres, aux montagnes, aux arbres et aux sources[B 30].

Moyen Âge

Carte montrant en vert les limites de la Vasconie, au nord le duché aquitain, au sud la Cantabrie et le royaume Wisigoth
Le duché de Vasconie au VIIe siècle.

La bataille de Vouillé en 507 marque le début de la domination franque du Midi aquitain[B 31]. Mais comme pour les Wisigoths, les Mérovingiens puis les Carolingiens ne sont que les maîtres nominaux d'un pays insoumis[B 32]. Dans le même temps, les Vascons — établis au sud des Pyrénées — envahissent et ravagent la Novempopulanie vers 580[B 31]. Les rois francs imposent leur suzeraineté, permettant la constitution du duché de Vasconie au début du VIIe siècle, en remplacement de l'antique Novempopulanie. La Vasconie forme un état indépendant sous les rois fainéants, elle garde ensuite une forte autonomie sous les Carolingiens, avec une agitation continue contre la domination des hommes du nord[B 33]. Cette anarchie favorise les incursions normandes en Vasconie, qui anéantissent Beneharnum et « dépeuplent » Iluro au milieu du IXe siècle[B 34]. Avec l'affaiblissement du pouvoir des derniers Carolingiens, le caractère indépendant des Pyrénéens et la nécessité de se protéger des attaques normandes, un morcellement de l'autorité royale s'opère au IXe siècle[B 35]. La vicomté de Béarn est alors constituée sous l'autorité des ducs de Gascogne, en 820 ou vers 840[Note 17].

Les Centulle règnent sur la nouvelle vicomté[B 38], le premier vicomte désigné dans les écrits étant Gaston Centulle à la fin du Xe siècle[Note 18]. Initialement, les vicomtes sont des sous-officiers des comtes en charge de gérer en son nom un petit territoire. La crise de succession qui secoue le duché d'Aquitaine entre 1032 et 1063 favorise probablement l’émancipation des vicomtes méridionaux, dont celle des Centulle[49]. La vicomté de Béarn occupe vraisemblablement le territoire de l'antique cité de Beneharnum, avec le Vic-Bilh comme centre de sa puissance et Escurès comme place forte[Note 19]. Les Centulle permettent à ce Béarn primitif de s'étendre au sud et à l'est, plusieurs mariages[B 38] provoquent l'intégration de la vicomté d'Oloron[Note 20] vers 1050 puis celle de Montaner en 1085. L'expansionnisme béarnais aboutit en 1086 avec l'abandon par Gui Geoffroi des derniers droits comtaux sur le Béarn[49]. La seconde moitié du XIe siècle marque la promotion de Morlaàs comme nouveau centre du pouvoir béarnais[49]. Le lien de vassalité du Béarn envers la Gascogne — déjà très léger dans la seconde moitié du XIe siècle[Note 21] — n'est plus que théorique sous Gaston IV le Croisé, celui-ci participe à la première croisade ainsi qu'à la Reconquista[B 40]. Il y joue un rôle décisif[B 39] aux côtés d'Alphonse Ier d'Aragon[Note 22]. Le Béarn devient l'alliée de l'Aragon, puis un pays vassal[Note 23], la couronne aragonaise tentant de créer un vaste ensemble sur les deux versants des Pyrénées[B 41]. À la suite d'une série de guerres avec les vicomtes de Dax[B 38], le pays d'Orthez est annexé en 1194 sous la dynastie des Moncade[B 38], le Béarn garde par la suite ses frontières intactes jusqu'à la Révolution française.

En 1213, la défaite aragonaise à la bataille de Muret entraîne l'arrêt des interventions aragonaises au nord des Pyrénées[Note 24] et la fin des liens de vassalité avec le Béarn[B 42] dans la première moitié du XIIIe siècle. Cette rupture est l'occasion pour les rois d'Angleterre d'exiger le retour du Béarn dans le giron gascon[Note 25]. Malgré son désir d'indépendance[B 43], Gaston VII prête hommage au roi d'Angleterre en 1240. Le retour du Béarn dans la mouvance gasconne se traduit également par un changement de capitale, Orthez (plus proche de la Gascogne) remplace Morlaàs en 1242. Gaston VII n'aura de cesse de se révolter[B 44], il doit s'avouer vaincu[B 43] après être fait prisonnier à Winchester par Édouard Ier d'Angleterre en 1276. Le souverain béarnais choisit de faire marier sa seconde fille — Marguerite de Béarn — au comte de Foix Roger-Bernard III. Ce mariage provoque l'indissoluble union entre les maisons de Foix et de Béarn[B 43]. Les désormais Foix-Béarn se placent dans une situation délicate, entre zones d'influence anglaise et française[Note 26], avec les prémices de la future guerre de Cent Ans entre les deux royaumes. Jusqu'à Gaston II de Foix-Béarn, la position des souverains de Béarn oscille entre neutralité et suivi des positions françaises. Le peuple béarnais est lui réticent à suivre une politique favorable aux rois de France, il ressent une appartenance à la communauté gasconne et voit le royaume de France comme une terre étrangère[B 45].

Photo de la statue d'un homme debout appuyé sur un bâton, un chien à ses côtés, à l'arrière-plan un château.
La statue de Fébus devant le château de Pau.

Il faut attendre Gaston III, dit Fébus, pour voir apparaître une nouvelle politique : faire du Béarn un pays souverain et neutre. Le projet de Fébus est l'aboutissement des longues périodes d'autonomie connues par le Béarn aux époques précédentes[B 46]. Désormais en pleine guerre de Cent Ans, Fébus profite de la déroute française de Crécy en 1346 pour prendre ses distances avec le royaume de France. Le , il déclare à un envoyé de Philippe VI que le Béarn est une terre qu'il « tient de Dieu et de nul homme au monde », un acte considéré comme une déclaration d'indépendance[B 47]. Par la suite, il évite les représailles françaises[Note 27] puis les intentions anglaises du Prince Noir[Note 28]. Après les échecs français et anglais à obtenir un hommage, la vicomté autonome devient de facto une principauté souveraine[B 48]. Les vicomtes abandonnent ce titre pour se présenter désormais comme « seigneurs du pays souverain de Béarn ». Fébus meurt sans héritier[Note 29], la principauté revient à la maison de Grailly. En 1434, Gaston IV épouse l'infante Éléonore de Navarre et devient prince héritier du royaume de Navarre, il transfère sa cour d'Orthez à Pau en 1464 pour sa position plus centrale dans la principauté[50].

Renaissance et époque moderne

Le petit-fils de Gaston IV et d'Éléonore de Navarre — François Fébus — est couronné roi de Navarre en 1479 à Pampelune. Il se constitue de fait un État Béarn-Navarre à cheval sur les deux versants des Pyrénées[B 49], une position qui se révèle particulièrement inconfortable entre royaume de France et d'Espagne[B 49]. Le mariage de la sœur, et héritière, de François Fébus scelle définitivement l'avenir du Béarn. Ainsi, les États de Béarn réunis à Pau en 1483 se prononcent pour que Catherine de Foix épouse Jean d'Albret sous les conseils du roi de France, au lieu du fils des rois catholiques ibériques[B 50]. Les seigneurs béarnais deviennent alliés du roi de France, sans perdre l'indépendance de leur pays. Ce choix provoque, en partie[Note 30], en 1512 la prise de Pampelune par les troupes des rois catholiques[Note 31]. Pau devient à partir de cette date la capitale des rois de Navarre. Bien que les seigneurs du Béarn perdent de fait une grande partie du territoire de la Navarre, ne conservant que la Basse-Navarre au prix d'une contre-attaque franco-béarnaise menée en 1513[B 51].

Image d'un manuscrit écrit en béarnais.
Les fors de Béarn, modernisés en 1551.

Après avoir combattu et être fait prisonnier aux côtés du roi de France François Ier à la bataille de Pavie, Henri d'Albret épouse Marguerite d'Angoulême, la sœur de son compagnon d'armes. Sous leur règne la vie du pays est modernisée, au niveau institutionnel[Note 32], militaire — avec la construction de la place forte de Navarrenx entre 1542 et 1549[B 53] — ou encore architectural[Note 33]. Marguerite d'Angoulême est également à l'origine de l'introduction de la Réforme protestante en Béarn. Cette seconde moitié du XVIe siècle est une période trouble pour le Béarn. Jeanne d'Albret suit l'exemple de sa mère Marguerite en se consacrant à l'introduction de la Réforme protestante au sein de la cour de Navarre et de ses possessions. Jeanne d'Albret montre une rigueur morale et une forte intransigeance face au catholicisme[Note 34]. En 1569, la région est secouée par une année de terribles guerres religieuses, avec l'envoie des troupes de Charles IX, la résistance notable[B 55],[B 56] de la place forte de Navarrenx et une contre-attaque sanglante du comte de Montgommery. Le catholicisme est alors écrasé et la liberté religieuse pour longtemps abolie[Note 35]. En 1564, Jeanne d'Albret installe à Orthez une académie sur le modèle genevois. Ce remarquable centre intellectuel[B 58] permet de former une élite qui contribue à faire progresser le calvinisme auprès des Béarnais.

Tableau représentant un homme habillé à la romaine portant une couronne de laurier.
Henri IV représenté en Mars.

Une aristocratie protestante se crée en Béarn, cette dernière contrôlant les États de Béarn[B 59]. Une résistance nationaliste se fait ressentir au sein de l'assemblée, à l'encontre des velléités françaises sur le Béarn, à la fois pour des motifs politiques et religieux[Note 36]. En 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy manque de tuer Henri III de Navarre, fils de Jeanne d'Albret[Note 37] et d'Antoine de Bourbon. Natif du château de Pau[Note 38], Henri hérite en 1589 de la couronne de France par le jeu de la loi salique[Note 39]. Occupé par la conquête de ce royaume qui ne veut pas d'un protestant comme roi, il confie la régence du Béarn à sa sœur Catherine de Bourbon[B 60]. Devenu Henri IV, le roi tente de réconcilier les Français par l'édit de Nantes en 1598, il est suivi en 1599 par son équivalent pour le Béarn[Note 40]. Les États s'alarment de cette décision, mais Henri IV les rassure en maintenant la souveraineté du Béarn malgré la coutume[Note 41]. Sur ce sujet, Henri IV aurait déclaré « qu'il donnait la France au Béarn et non le Béarn à la France »[B 61]. Après trente ans d'interdiction, c'est en 1605 que le catholicisme est de nouveau autorisé en Béarn par Henri IV[52].

Après l’assassinat d'Henri IV en 1610, l'agitation religieuse reprend entre les protestants, appuyés par les États, et les catholiques, menés par les évêques de Lescar et Oloron. En 1617, le jeune roi Louis XIII promulgue l'arrêt de Fontainebleau qui rétablit dans tout le Béarn la religion catholique et impose la restitution des biens aux catholiques[B 62]. Les États dénoncent cet arrêt à partir de 1618 et refusent son application. Après avoir épuisé tous les essais de conciliation, le roi Louis XIII décide de marcher sur le Béarn à la tête d'une importante armée[B 63]. Il fait son entrée à Pau le , s'assure de la soumission de la place forte de Navarrenx, puis retourne dans la capitale béarnaise pour rétablir le culte catholique le [Note 42]. Ce même jour, Louis XIII publie un édit pour porter union et incorporation du Béarn et de la Navarre à la couronne de France[B 64]. Cette annexion soulève des réactions[Note 43] mais globalement sans excès, le roi Louis XIII ayant assuré les Béarnais de conserver « leurs fors et privilèges[B 65] », tout en transformant le conseil souverain de Béarn en Parlement de Navarre[Note 44] et en ordonnant de prélever du château divers objets pour les transférer à Paris[53].

Le particularisme béarnais[B 66] ne cesse alors de reculer face à une autorité royale centralisatrice. Bien que créé par l'autorité royale, le Parlement de Navarre représente le principal bastion[B 67] de ce particularisme, en compagnie des États. Deux crises majeures se déroulent notamment en 1765 et 1788[Note 45]. Si les protestants bénéficient encore de la protection royale pour conserver une soixantaine de lieux de cultes[B 71] et environ le quart ou le tiers des habitants du Béarn[B 71], la révocation de l'édit de Nantes en 1685 bouleverse l'existence de cette forte minorité. L'intendant Foucault mène une campagne de persécution à l'encontre des protestants béarnais, fait démolir la plupart de leurs temples et laisse cours aux dragonnades[52].

Malgré l'intégration au royaume de France en 1620, le Béarn voit toujours dans la France un pays étranger à la fin du XVIIIe siècle[B 72],[B 73]. Il faut attendre la Révolution française pour que les Béarnais acceptent finalement de devenir pleinement Français. Cette évolution ne se fait pas sans remous[Note 46], le camp des « patriotes » finissant par l'emporter[Note 47] sur les États par une assemblée extraordinaire des députés de la région paloise le [B 75]. Les derniers éléments de la souveraineté béarnaise sont balayés : les fors, les États ou l'usage du béarnais comme langue institutionnelle. Le Béarn est intégré aux frontières du nouveau département des Basses-Pyrénées par une décision du . Conformément au caractère consensuel des Béarnais, les excès de la Révolution n'atteignent que très peu leur territoire[B 76],[Note 48]. Quelques troubles apparaissent tout de même, provenant essentiellement de l'extérieur, avec notamment le représentant en mission Monestier de la Lozère[B 77]. Les Béarnais doivent en revanche subir une grave crise économique[Note 49].

Question sur la souveraineté béarnaise

Du coup de force de Louis XIII en 1620 au XIXe siècle, un débat s'instaure entre historiens sur la réalité de la souveraineté du Béarn. Ce pays avait-il été de tout temps pleinement souverain ? Le Béarn avait-il cessé d'être vassal de la Gascogne ? Pierre Tucoo-Chala tente d'apporter une réponse à cette problématique dans un ouvrage paru en 1961[B 79]. À l'aide de documents remontant jusqu'au Xe siècle, l'historien conclut qu'il est inexact de dire que le Béarn a connu de tout temps une souveraineté totale ainsi qu'une souveraineté « de jure »[B 80]. Il estime, néanmoins, que le Béarn a connu une indépendance, une souveraineté « de facto » totale[B 80] pendant près de quatre siècles du XIVe au XVIIe siècle. Entre le IXe et le XIVe siècle, le Béarn est placé successivement sous le contrôle des ducs de Gascogne, des rois d'Aragon et des rois d'Angleterre, tout en conservant une très large autonomie. Si bien que durant une dizaine de siècles, le Béarn n'est administré par des personnes étrangères que durant quelques années seulement[B 81]. Un nationalisme béarnais se manifeste avec force à partir du XVe siècle[B 81], incarné par les États de Béarn. Il est raisonnable de penser que sans l'accident dynastique, qui a vu le souverain de Béarn devenir roi de France au XVIe siècle, le pays (protestant de surcroît) aurait pu conserver plus longtemps sa souveraineté[B 82], à l'image de la principauté d'Andorre.

Époque contemporaine

Tableau montrant une foule près d'un bâtiment blanc, à l'arrière une colline avec un kiosque, au fond des montagnes
Les thermes des Eaux-Bonnes vers 1830.

Le Béarn traverse le Consulat et le Premier Empire sans événement particulier, hormis la bataille d'Orthez en 1814 avec une occupation temporaire des coalisés, les Béarnais eux ne regrettent pas cette période impériale qui s'achève[B 83]. Ne disposant plus d'une entité politique commune, le Béarn se contente désormais de suivre (avec retard et modération[B 84]) les impulsions venues de Paris. Le renforcement progressif des frontières entre les États-nations ainsi que l'absence de transpyrénéen lors de l'arrivée des chemins de fer en Béarn[Note 50] font des Pyrénées un cul-de-sac[B 85]. Dans cette première moitié du XIXe siècle, le Béarn voit ses principaux atouts économiques s'effondrer, hormis quelques réussites industrielles dans la région de Nay — confection de bérets notamment[Note 51] —, ou encore l'essor touristique de Pau[Note 52] et des stations thermales aux Eaux-Bonnes et aux Eaux-Chaudes dès 1836[B 87]. Ces réussites apparaissent comme une exception dans un tableau assez sombre pour le Béarn[B 88]. Depuis longtemps terre d'émigration, ce phénomène s'amplifie très nettement au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Une place de domestique à Bordeaux ou Paris devient alors un sort enviable, notamment pour les cadets des familles[B 89]. Un net mouvement s'opère également pour des départs vers l'Amérique, en particulier vers l'Argentine. En se basant sur les passeports délivrés entre 1846 et 1900, près de 30 000 Béarnais sont concernés par cet exode[B 88].

Photographie en noir et blanc d'un homme en uniforme portant un béret et fumant une cigarette.
Le résistant André Pommiès.

Sous l'influence de ses riches hivernants, Pau se transforme profondément durant la Belle Époque[Note 53]. L'influence de Pau sur le Béarn se renforce, la population de la ville faisant plus que doubler entre 1848 et 1912. Ce prestige international permet d'attirer l'attention des frères Wright, à la recherche d'un lieu pour leurs essais concernant l'aviation naissante. Ils trouvent dans le Béarn les conditions météorologiques optimales, avec l'absence de vent et la rareté des brouillards[B 90]. Les rois Alphonse XIII et Édouard VII assistent en 1909 au premier vol de Wilbur Wright au-dessus de la plaine du Pont-Long.

Le début de la Première Guerre mondiale marque un coup fatal pour le tourisme de luxe à Pau[B 91]. Les Béarnais connaissent des pertes lourdes durant ce conflit, estimées à environ 9 000 soldats[55], notamment au sein du 18e RI. Durant la Seconde Guerre mondiale, la ligne de démarcation traverse le Béarn avec la présence de zones occupées à son extrémité occidentale[Note 54]. Peuplée de 40 000 habitants à la veille du conflit, Pau en accueille environ 100 000 au cours de l'année 1940, un flot de réfugiés (notamment Belges) s'y concentre pour fuir les combats. Le gouvernement de Vichy est accueilli de manières diverses[B 92] par les Béarnais. Le thème du retour à la terre, dans une région encore très paysanne, est porteur[Note 55]. La Résistance est active, notamment pour assurer le passage en Espagne de tous ceux qui fuient la police nazie[B 93]. Regroupés au sein du Corps franc Pommiès, les Béarnais jouent un rôle notable[B 94] dans la lutte contre l'occupant. Le camp d'internement de Gurs ainsi que le charnier du Pont-Long[56] sont des éléments marquants de cette période en Béarn.

Photo d'un appareil de forage pétrolier de couleur bleue.
Le gisement de gaz de Lacq a bouleversé l'économie béarnaise.

Au lendemain du second conflit mondial, le Béarn se transforme de manière profonde que ce soit sur le plan économique ou social. La découverte du gisement de gaz de Lacq en accélère nettement cette évolution. Lors de sa mise en exploitation en 1957, il s'agit de la plus grande usine de gaz d'Europe[57], elle permet à la France de s'alimenter en gaz à hauteur de 30 %[57]. En une génération, le Béarn connait une expansion sans précédent et change beaucoup plus qu'en plusieurs siècles[B 95]. Cette mutation se traduit par une urbanisation croissante, avec un dépeuplement des campagnes vers les villes ainsi qu'un phénomène d'immigration. L'agglomération de Pau se développe sensiblement, tout comme la région autour de Lacq, symbolisée par la ville nouvelle de Mourenx[58]. Dans le même temps, l'essor de la culture du maïs hybride est une autre révolution pour l'économie béarnaise avec la fin de la traditionnelle polyculture[B 96]. La seconde moitié du XXe siècle permet à Pau de renforcer sa position de locomotive pour les pays du bassin de l'Adour. Elle devient un pôle administratif et universitaire central pour toute cette région. En 2013, le gisement de gaz de Lacq cesse pour sa partie commerciale[Note 56], tandis que le bassin de Lacq se spécialise vers les industries de la chimie fine et des bioénergies[59]. Avec l'héritage des frères Wright, une industrie aéronautique se développe en Béarn[Note 57]. Dépourvu d'entité politique depuis la Révolution française, le Béarn se dote en 2018 d'un nouvel espace de coopération avec le pôle métropolitain Pays de Béarn[60].

Politique et administration

Organisation territoriale

Le Béarn s'organise à la fin du IVe siècle autour de deux cités antiques, Beneharnum et Iluro[2]. Celles-ci se subdivisent en pagi puis vicus[B 97], dont le toponyme du Vic-Bilh garde la trace. Iluro se trouve à la confluence des gaves d'Ossau et d'Aspe, donnant accès aux cols transpyrénéens du Pourtalet et du Somport. Le centre de Beneharnum marque lui la convergence entre deux voies de communications protohistoriques, l'axe est-ouest du Cami Salié et l'axe nord-sud de transhumance du Cami Aussalès, il se situe également au croisement des voies romaines Bordeaux-Saragosse et Dax-Toulouse. La présence d'une basse terrasse large — favorable à une urbanisation de plaine et à une agriculture relativement intensive — peut expliquer l'implantation du cœur de Beneharnum sur l'actuelle Lescar, plutôt que sur le site palois[B 98]. Au IXe siècle — 820 ou vers 840 selon les auteurs — la vicomté de Béarn est créée, suivie par la vicomté d'Oloron vers 920[B 22], elles reprennent les limites des anciennes cités antiques[49]. Escurès occupe le centre de cette puissance béarnaise naissante, les premiers Centulle sont alors entourés de barons tous possessionnés en Vic-Bilh[49]. Après le rattachement de la vicomté d'Oloron, le centre de gravité du Béarn se décale vers l'ouest, entraînant la promotion de Morlaàs comme nouveau centre du pouvoir béarnais[49]. Plus proche du cœur de la Gascogne — dont le Béarn est devenu vassal — Orthez devient capitale en 1242, avant que Gaston IV n'installe finalement sa cour à Pau, car plus centrale dans la principauté[50]. Avant le changement pour Pau, les fonctions urbaines de la principauté se caractérisent par un éparpillement incroyable[B 99]. Au XVIe siècle, le Béarn s'organise autour de parsans, qui reproduisent d'abord les dix-neuf anciens bailliages[B 100], avant d'être réduits à treize[Note 58].

Carte en couleurs de différents territoires.
Les intercommunalités du Béarn.

Après son rattachement au royaume de France, le Béarn devient une province française administrée par un intendant. Entre 1631 et 1789, quarante-et-un intendants se succèdent, leur ressort géographique variant huit fois[B 101]. Depuis 1790, le Béarn est inclus dans département des Pyrénées-Atlantiques (anciennement Basses-Pyrénées), Pau en est la préfecture depuis 1796[Note 59]. Un total de 388 communes composent le Béarn, ces communes sont elles-mêmes regroupées électoralement dans quinze cantons depuis le redécoupage réalisé en 2014[61]. Le Béarn est le siège de deux arrondissements, celui de Pau et celui d'Oloron-Sainte-Marie (qui inclut également la Soule). Depuis plusieurs années sont venues se superposer à ces entités électorales et administratives, les intercommunalités. Ces dernières sont, en Béarn, au nombre de huit communautés de communes (CC) et d'une communauté d'agglomération depuis l'application de la loi NOTRe[62] au . La CC Adour Madiran dispose de son siège en Bigorre, mais comprend onze communes béarnaises, tandis que la CC du Pays de Nay comprend elle deux communes bigourdanes.

Pays de Béarn

Le , les représentants des intercommunalités béarnaises votent la constitution du pôle métropolitain Pays de Béarn. Cette entité a pour but de développer l’identité du Béarn et d'initier des actions en faveur de son attractivité économique, de la promotion touristique ou encore du développement de l'université[63]. Le cadre de cette entité se veut souple puisqu'il repose sur la base du volontariat et ne constitue pas un échelon administratif supplémentaire. Le pôle métropolitain Pays de Béarn est officiellement créé par arrêté préfectoral en date du , publié le [60]. Les membres constituants le pôle sont la communauté d'agglomération Pau Béarn Pyrénées, les communautés de communes Lacq-Orthez, Nord-Est Béarn, Haut Béarn, Luys en Béarn, Béarn des Gaves et Vallée d'Ossau[60]. Le premier conseil du Pays de Béarn se tient le [64], il permet d'élire François Bayrou comme premier président, ainsi que six vice-présidents (les présidents des autres EPCI du pôle). Le pôle s'organise autour de huit conférences[Note 60], visant à traiter des thèmes prioritaires pour le Pays de Béarn[65]. Fin 2019, le conseil métropolitain annonce l'entrée de la communauté de communes du Pays de Nay et des communes béarnaises du Montanérès — rattachées à la communauté de communes Adour Madiran — au Pays de Béarn en 2020[66].

Tendances politiques

Portrait en noir et blanc d'un homme en costume portant barbe et moustache et portant des lunettes rondes.
Louis Barthou, figure du goût béarnais pour la modération politique.

La vie politique locale du Béarn jusqu'au XVIIIe siècle repose notamment sur l'assemblée des bésii (voisins) qui élisent des députés puis des jurats[B 102]. Les systèmes électifs ne sont pas démocratiques, mais la fortune compte moins que l'honorabilité, l'ancienneté de la famille et surtout le réseau de protections et de clientèles qu'elle peut mettre en œuvre[B 102]. Les délégués des différentes communautés du Béarn forment le Seconds Corps des États de Béarn, pierre angulaire des libertés béarnaises avec les fors jusqu'à la Révolution française[B 103]. L'autre corps des États — le Grand Corps — se compose du clergé et de la noblesse. En Béarn, la noblesse ne s'attachant pas à une famille, mais à une terre, qui peut être acquise par achat[B 104]. Que ce soit pendant les guerres de religion, l'annexion du Béarn au royaume de France, la Révolution française ou les conflits mondiaux du XXe siècle, les Béarnais démontrent une tendance à la modération, au refus des extrêmes et à un certain goût pour le conservatisme. À l'arrivée de la IIe République en 1848, les Béarnais élisent des monarchistes timidement ralliés à la République[B 105], l'idéal républicain leur est alors étranger[B 105]. Durant la IIIe République, les députés béarnais sont presque toujours des notables dont l'influence rend difficile le clivage entre une gauche et une droite également modérées[B 106]. Louis Barthou et Léon Bérard sont des figures marquantes de cette période.

Lors des élections de 1936, le Front populaire doit compter sur les radicaux modérés pour compenser la faible audience[B 107] des socialistes et des communistes en Béarn. En 1945, la gauche bénéficie d'une nette poussée[B 108], qui se révèle éphémère, les parties de droite confirment leur suprématie pour la suite de la IVe République. Avec la Ve République en 1958, de larges majorités vont au gaullisme. À partir des années 1960, les voix des socialistes et des communistes augmentent en Béarn[B 109]. La poussée de la gauche en Béarn traduit la transformation économique et sociale profonde qui se déroule durant les Trente Glorieuses, phénomène accéléré en Béarn par la découverte du gisement de gaz de Lacq[B 95]. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, la gauche modérée tend à supplanter la droite modérée[B 110].

Instances judiciaires et administratives

Tout au long de l'époque médiévale, le Béarn se dote progressivement d'institutions avec pour caractéristiques un certain conservatisme et une influence des institutions ibériques[B 111]. Les fors de Béarn sont directement inspirés des fueros espagnols[B 112]. Dès 1080, le premier for d'Oloron est créé et passe pour être la plus ancienne législation écrite des actuels territoires français[B 113]. Ce premier texte est suivi par le for de Morlaàs vers 1117, ces textes servent de base au for général en 1188[B 114] qui s'applique à l'ensemble des Béarnais[Note 61]. Ces fors règlent les rapports entre le vicomte et l'ensemble de ses sujets, précisant les droits et les obligations réciproques[B 114]. Ce caractère réciproque est jugé comme particulièrement anachronique pour le Moyen Âge, formant une combinaison entre aristocratie et démocratie[B 115]. Les fors sont considérés jusqu'à la Révolution française comme le symbole des libertés locales, une véritable « constitution »[B 116]. Constituée au XIVe siècle après le règne de Gaston Fébus[Note 62], l'assemblée des États de Béarn représente l'autre pierre angulaire — avec les fors — des libertés béarnaises[B 103], avec des pouvoirs élargis en matière politique, financière, administrative et législative[B 104]. La Cour majour puis le Conseil souverain concentrent les pouvoirs judiciaires de la principauté, le Parlement de Navarre prend la suite après 1620, avec des compétences administratives et financières supplémentaires[B 117].

Avec sa capitale, Pau, le Béarn est actuellement le siège de nombreuses structures administratives et judiciaires. La ville est le siège de la cour d'appel de Pau, qui a pour ressort les départements des Landes, des Pyrénées-Atlantiques et des Hautes-Pyrénées. Pau est également le siège d'une cour d'assises, d'un tribunal de grande instance, d'un tribunal d'instance, d'un tribunal administratif, d’un tribunal pour enfants, d'un tribunal des affaires de sécurité sociale, d'un conseil de prud'hommes et d'un tribunal de commerce[67]. Le Béarn dépend de la cour administrative d'appel de Bordeaux.

Population et société

Démographie

Évolution du nombre d'habitants

Carte en couleur.
La densité de population des communes béarnaises.

Au Moyen Âge, le Béarn dispose d'une population excessivement faible[B 118] jusqu'au milieu du XIIIe siècle. Fébus, en 1385, fait établir le premier dénombrement complet des maisons habitées en Béarn[B 119]. Le Béarn compte alors entre 50 000 et 60 000 habitants répartis dans 12 700 feux. Cet état des lieux connaît de faibles fluctuations jusqu'au XVIe siècle[B 119]. La faible densité béarnaise de cette période s'explique notamment par la présence de sols peu fertiles et des techniques agricoles primitives, engendrant des rendements faibles[B 119]. Une importante poussée démographique s'opère à partir du XVIe siècle, le Béarn cesse d'être un pays sous-peuplé[B 120]. Certaines zones — en particulier les vallées montagnardes — sont marquées par une densité de 60 à 80 hab./km2, l'émigration devient une nécessité absolue[B 120]. Une émigration paysanne, temporaire, se développe vers l'Aragon puis parfois vers les colonies espagnoles d'Amérique. Avec l'avènement d'Henri IV, les Béarnais découvrent le chemin de Paris[B 120] et fournissent bon nombre des cadets de Gascogne, dont les célèbres mousquetaires.

À l'époque contemporaine, la démographie béarnaise se caractérise par trois phases bien distinctes. Jusqu'en 1846, la population augmente régulièrement (en moyenne +0,5 % par an), avec l'essor du tourisme de villégiature et le renouveau de l'industrie textile[B 105]. La succession de mauvaises récoltes ainsi que le krach de 1847 coupent cet équilibre fragile. À partir de 1846 — et durant un siècle — la population béarnaise connaît une phase de décroissance continue (-0,2 % par an). Une situation de sous-emploi se développe, le Béarn est coupé de ses débouchés extérieurs traditionnels (Espagne, Amérique) sous le second Empire[B 85]. Le mouvement d'émigration prend une vigueur considérable[B 85], vers d'autres régions françaises (Bordeaux, Paris) et vers le continent américain (Argentine, Uruguay, Californie, Louisiane, Mexique, Canada), en particulier pour l'arrondissement d'Oloron-Sainte-Marie. La Première Guerre mondiale entraîne de nombreuses pertes béarnaises, dont environ 9 000 soldats[55]. Dans la période d'entre-deux-guerres le Béarn devient une terre d'immigration, notamment espagnole durant la Retirada[B 121]. Après 1946, la démographie béarnaise connaît un dynamisme (+1,0 % par an). La période des Trente Glorieuses — renforcée en Béarn avec la découverte du gaz de Lacq en 1957 — provoque cette évolution, avec l'arrivée de nombreux Espagnols et Portugais durant les dictatures franquiste et salazariste. Le développement des fonctions administratives et universitaires de Pau au cours de la fin du XXe siècle attire de nouvelles populations au sein de son agglomération.

Évolution démographique du Béarn depuis 1793
1793 1800 1821 1831 1836 1841 1846 1851 1856
220 419215 203246 968264 020272 660280 320282 295276 487276 240
1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896 1901
270 941269 934262 958264 086263 831261 123255 853252 240250 392
1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954 1962
248 651246 816224 840225 278224 084221 072220 929224 058259 709
1968 1975 1982 1990 1999 2009 2017 - -
290 759306 955319 224328 898337 747363 611368 263--
Comptage commune par commune réalisé d'après la liste des communes du Béarn
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999 puis Insee à partir de 2004.)
Sources : voir dans le tableau ci-dessus.

Répartition par sexe et âge

La population béarnaise est en moyenne légèrement plus âgée par rapport au reste de la France métropolitaine. Les personnes âgées de 45 ans et plus sont proportionnellement plus nombreuses en Béarn, avec 49,8 % contre 45,2 % en France métropolitaine. Le rapport homme/femme est globalement le même entre les deux zones avec 51,7 % de femmes et 48,3 % d'hommes en Béarn contre 51,6 % et 48,4 % en France métropolitaine[68].

Pyramide des âges en Béarn en 2016 en pourcentage[Note 63].
HommesClasse d’âgeFemmes
0,8 
90 ans ou +
2,2 
8,3 
75 à 89 ans
11,3 
17,0 
60 à 74 ans
17,7 
21,5 
45 à 59 ans
20,8 
18,2 
30 à 44 ans
17,3 
16,8 
15 à 29 ans
15,1 
17,5 
0 à 14 ans
15,6 
Pyramide des âges en France métropolitaine en 2016 en pourcentage[68].
HommesClasse d’âgeFemmes
0,6 
90 ans ou +
1,7 
6,8 
75 à 89 ans
9,6 
15,6 
60 à 74 ans
16,3 
20,1 
45 à 59 ans
19,6 
19,3 
30 à 44 ans
18,6 
18,4 
15 à 29 ans
17,0 
19,1 
0 à 14 ans
17,2 

Dynamiques territoriales

Jusqu'à la fin du XIe siècle, la population béarnaise est très clairsemée, seul le secteur de Lembeye à Lescar — héritier des implantations de l'époque romaine — présente un tissu de villages relativement dense[B 122]. Comme le reste de l'Occident, le Béarn connaît ensuite un vaste essor démographique, qui se traduit par la création de plusieurs dizaines de nouvelles communautés entre le début du XIIe siècle et le milieu du XIVe siècle[B 123]. De 1100 à 1175, des sauvetés ecclésiastiques et des castelnaux vicomtaux — beaucoup plus nombreux en Béarn — voient le jour, principalement dans le Vic-Bilh et les coteaux de l'Entre-deux-Gaves[B 124]. Hormis Castet, les implantations nouvelles sont à l'inverse pratiquement inconnues dans les vallées montagnardes[Note 64]. Le mouvement des bastides se déroule pour l'essentiel entre 1280 et 1350 en Béarn[B 125], avec vingt-six nouveaux centres de peuplement. Le choix d'implantation répond à des préoccupations politiques et économiques[Note 65]. Au milieu du XIVe siècle, la carte de l'occupation du sol en Béarn est fixée jusqu'à nos jours, avec un nombre minime de créations ou de disparitions[B 127]. Le dénombrement de 1385 réalisé sous Gaston Fébus permet d'observer l'absence de concentration urbaine, avec le poids important pris par les vallées montagnardes (1/8e du total)[B 128]. Centre de gravité de la vicomté au XIe siècle, le Vic-Bilh est au XIVe siècle parsemé de petits villages — hormis Lembeye — tandis que la vallée du gave de Pau représente le nouveau centre démographique de la principauté, surtout entre Monein et Orthez[B 129].

Entre la fin du XIVe siècle et le milieu du XVIe siècle, le déclin démographique du Béarn se traduit faiblement dans les zones de montagne, de manière nulle dans les vallées des gaves de Pau et d'Oloron, et de manière très sensible dans le Vic-Bilh et le Montanérès[B 130]. Jusqu'au XVIIIe siècle, les mutations sont ensuite peu perceptibles[B 131], avec des vallées montagnards surpeuplées[B 131]. Au XVIIe siècle, le parsan de Pau connaît un essor important, contrairement à celui d'Orthez qui paye l'élimination de la Réforme[B 130], le XVIIIe siècle marque un phénomène d'urbanisation significatif et précoce en Béarn[B 132]. À l'époque contemporaine, l'unité urbaine de Pau bénéficie d'une croissance très importante, une évolution guidée par le renforcement de la fonction administrative de sa ville centre. Entre 1793 et aujourd'hui, la population de l'agglomération paloise prend un poids croissant pour le Béarn, avec plus de la moitié de ses habitants désormais (54 % contre 19 % en 1793). Les deux autres pôles urbains du Béarn définis par l'Insee, Oloron-Sainte-Marie[69] et Orthez[70], bénéficient également d'une croissance de leur population durant la période mais dans des proportions bien moindres, et avec un essoufflement assez net[Note 66]. Entre la fin du XIXe siècle et le début des années 1980, un processus de dépeuplement s'opère dans les vallées montagnardes, avec une émigration vers les pôles urbains béarnais — Oloron-Sainte-Marie et Pau en particulier — ainsi que pour d'autres régions françaises et vers le continent américain[Note 67].

Diaspora béarnaise

Photographie en couleur d'un footballeur habillé en blanc marchant à l'intérieur d'une cage de football, à l'arrière-plan des tribunes pleines de spectateurs.
Alfredo Di Stéfano Laulhé, représentant de la diaspora béarnaise en Argentine

Le Béarn est depuis longtemps une terre d'émigration, que ce soit vers la France, d'autres pays européens ou outremer. Plusieurs vagues se succèdent, au gré des difficultés économiques et des événements politiques. Une diaspora béarnaise se constitue peu à peu à travers ces migrants et leur descendance, diaspora qui permet de tisser des liens particuliers (économiques, commerciaux, culturels, politiques) entre leur terre natale et leur pays d'adoption. Du temps où les Béarnais voient encore dans la France un pays étranger, nombre de jeunes nobles choisissent le service des armes[B 120]. Le maréchal de Gramont, le maréchal de Gassion, ou encore les Béarnais[Note 68] ayant servi de modèle à Alexandre Dumas pour la rédaction de son œuvre Les Trois Mousquetaires sont des exemples marquants de cette émigration. Dans la foulée de l'épopée napoléonienne, le palois Jean-Baptiste Bernadotte devient lui aussi maréchal de France au début du XIXe siècle, il est ensuite choisi pour devenir roi de Suède et de Norvège.

Durant les XVIIe et XVIIIe siècles, de nombreux Béarnais émigrent vers des pays plus lointains[B 133] et connaissent une vie d'aventure, comme le baron Jean-Vincent d'Abbadie de Saint-Castin en Nouvelle-France[Note 69], José de la Borda qui découvre des mines d'argent au Mexique[71], ou Isaac de l'Ostal de Saint-Martin, gouverneur de Batavia. Les Antilles, et surtout Saint-Domingue[B 133], sont la destination privilégiée des Béarnais exilés au XVIIIe siècle. Jean-Joseph de Laborde y fait fortune, tandis que Jean-Baptiste Ducasse y est gouverneur. L'Amérique du Nord attire également avec les exemples du baron de Lahontan au Canada, Pierre Laclède qui fonde la ville de Saint-Louis. Originaire d'Aydius, le berge Pierre Loustaunau s'embarque pour les Indes où il commande les troupes marathes contre les Anglais[72]. Plus récemment, Raymond Orteig est le commanditaire du célèbre vol[73] de Charles Lindbergh au-dessus de l'Atlantique[Note 70]. Jack LaLanne, fils d'un Oloronnais et d'une Sarrançaise[74], devient une référence du fitness en Californie, il gagne le surnom de « Godfather of Fitness ».

La diaspora béarnaise est particulièrement présente en Argentine. Outre l'émigration des XVIIe et XVIIIe siècles, un mouvement beaucoup plus important s'opère de la fin du XIXe siècle jusqu'au début du XXe siècle. Juan Martín de Pueyrredón, fils d'un commerçant béarnais émigré, devient le premier chef d'État de l'Argentine indépendante en 1816[Note 71],[75]. Aussi, la ville de Lanús tient son nom d'Anacarsis Lanús[76], fils du Béarnais Jean Lanusse Casenave. Des figures du sport argentin ont également des origines béarnaises, comme les footballeurs Félix Loustau et Alfredo Di Stéfano Laulhé, par son grand-père maternel[77], ainsi que le rugbyman Daniel Hourcade par son grand-père paternel[78]. Plusieurs associations perpétuent ce lien entre le Béarn et sa diaspora[Note 72].

Les cagots

Le terme cagot est commun à une grande partie de la Gascogne, ainsi qu'à la Navarre et au Pays basque espagnol[Note 73]. Celui-ci apparaît autour des années 1540 dans la région d'Oloron, avant de se répandre au Béarn[82]. Il désigne une catégorie de la population méprisée, des marginaux vivant dans de petites communautés, à l'écart des agglomérations[82]. Auparavant désignée sous le terme de crestian, cette population apparaît dans les écrits dès le Xe siècle dans un cartulaire de Lucq-de-Béarn[83]. Hormis une exclusion géographique, les cagots sont soumis à de nombreuses discriminations, ils ne se marient qu'entre eux, ils exercent uniquement la profession de charpentier en Béarn et ne peuvent pas accéder à l'église du village par le même accès que le reste de la population[82]. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer cette mystérieuse discrimination qui dure plusieurs siècles. L'explication traditionnelle désigne des familles lépreuses, cela expliquerait leur spécialisation dans le travail du bois et du fer[Note 74]. D'autres hypothèses expliquent leur mise à l'écart par l'origine de leurs ancêtres, qu'ils soient Goths, Sarrasins, Vikings ou Cathares. L'intégration des cagots est le fruit d'un long processus[Note 75] qui ne s'achève qu'à la Révolution. Plusieurs charpentes de monuments béarnais sont issues du travail des cagots, dont celles des châteaux Pau et de Montaner[85].

Enseignement

Au cours de l'année scolaire 2018-2019, le Béarn compte 220 écoles maternelles[86] (dont trois calandreta), 293 écoles élémentaires[87] (dont cinq calandreta), 48 collèges[88] (dont une structure calendreta) et 34 lycées[89]. Le Béarn possède une longue tradition universitaire, puisque l'académie protestante du Béarn (ou Académie d'Orthez) est fondée dès 1562 avant d'être élevée au rang d'université en 1583. Aujourd'hui l'université de Pau et des pays de l'Adour (UPPA) compte (année universitaire 2017-2018) 12 675 étudiants[90], dont 8 317 étudiants sur son siège palois. L'UPPA compte également 780 enseignants, dont 522 à Pau.

Outre son université, Pau compte plusieurs grandes écoles qui complètent l'offre en matière d'enseignement supérieur. Le groupe ESC Pau est notamment une école de management créée en 1962 ; il compte en 2016 1 300 étudiants et 7 000 diplômés[91]. Plusieurs écoles d'ingénieurs sont présentes : l'ENSGTI, l'EISTI, ou encore les écoles ei.CESI et exia.CESI du CESI de Pau-Assat. L'enseignement artistique est notamment représenté par deux écoles. La principale est le CRD Pau-Pyrénées ; il compte 1 200 élèves[92]. L'ESA des Pyrénées, école d'art et de design graphique, compte environ 300 élèves chaque année[93].

Santé

L'offre hospitalière du Béarn se concentre notamment à Pau[94] avec des services de médecine, d’obstétrique, de chirurgie ou encore de soins psychiatriques. Le dispositif du centre hospitalier de Pau est composé de l’hôpital François-Mitterrand, du centre Hauterive (rééducation fonctionnelle, unité de SSR et médecine nucléaire) et du centre Jean-Vignalou pour la gérontologie. Au total, le centre hospitalier comptait 838 lits et places au [95]. L'offre sanitaire paloise se complète de plusieurs cliniques, dont notamment la polyclinique de Navarre[Note 76], la clinique Princess et la clinique des Jeunes Chênes.

Le Béarn compte deux autres centres hospitaliers de plus petite envergure. À Orthez, la capacité hospitalière se compose de 112 lits[96] (médecine et SSR) tandis qu'à Oloron-Sainte-Marie la capacité est de 111 lits[97] (médecine, chirurgie et SSR). Deux cliniques sont également présentes à Orthez, l'une consacrée à la psychiatrie et l'autre à la chirurgie[Note 77], tandis qu'une clinique médicale et cardiologique est présente à Aressy.

Sports et équipements

Depuis plus d'un siècle, le rugby à XV est particulièrement bien implanté auprès des Béarnais[99]. Le rugby apparaît à Pau dès 1899 avec le Stade palois[100], celui-ci est par la suite incorporé à la Section paloise, qui est le grand club omnisports de la ville. Au cours de son histoire, la Section remporte notamment trois titres de champion de France[101]. L'équipe professionnelle évolue depuis 1990 au stade du Hameau, tandis que les équipes de jeunes jouent toujours dans l'emblématique stade de la Croix du Prince[102]. Le FC Oloron (surnommé Fécéo) est l'autre grand club du rugby béarnais. Il évolue au plus haut niveau du rugby français jusque dans les années 1980[99]. Avec l'arrivée du professionnalisme dans le rugby en 1995[103], le club dispute l'élite du niveau amateur - Fédérale 1 - dans son stade de Saint-Pée[104]. Autre sport collectif, le basket-ball est pratiqué au plus haut niveau français par l'Élan béarnais. Le club possède un palmarès fourni avec neuf titres de champion de France[105]. Il forme avec le CSP Limoges le duo incontournable de l'élite française[106]. Le club est pris en main par Pierre Seillant en 1967, il fait évoluer le club dans sa célèbre salle de la Moutète[107], avant de rejoindre en 1991 le palais des sports de Pau[Note 78].

Avec ses multiples cols pyrénéens, le Béarn est un terrain privilégié pour la pratique du cyclisme et le passage du Tour de France. Pau est la troisième ville la plus visitée dans l'histoire du Tour de France, la ville reçoit le Tour pour la 70e fois[108] en 2018. Le Tour passe dans les Pyrénées béarnaises dès 1910. Le futur vainqueur de l'édition, Octave Lapize, déclare lors de l'ascension de l'Aubisque et à l'attention des organisateurs : « Vous êtes des criminels. On ne demande pas à des hommes de faire un effort pareil »[109]. Outre l'Aubisque, le Tour de France parcourt régulièrement les cols de Marie-Blanque, du Soulor, du Soudet, de la Pierre Saint-Martin et du Pourtalet. Le Tour d'Espagne emprunte également ces routes, son étape-reine[110] passe en Béarn en 2016. Le Béarn jouit d'une tradition hippique très ancienne, puisqu'un hippodrome est réalisé à Morlaàs au moins à partir du XIe siècle[111]. Il passe pour être le plus ancien de France, voire d'Europe moderne[111]. Aujourd'hui, l'hippodrome du Pont-Long à Pau est l'un des principaux centres d'entraînement hippique de France[112]. De plus, le Concours complet international de Pau, nommé les Étoiles de Pau, se déroule chaque année au domaine de Sers. Il s'agit de la seule épreuve de ce niveau (CCI****) en France.

À l'image de la force basque ou des jeux traditionnels bretons, le Béarn compte différents jeux ayant pour but de prouver la force, l'agilité et l'adresse des participants. Chaque jeu représente un défi que les agriculteurs béarnais se lançaient autrefois lors des récoltes du blé, de la paille, des pommes de terre, du bois ou encore lors des vendanges[113]. Depuis 1974 les jeux béarnais réunissent plusieurs cantons du Béarn qui s'affrontent autour de 10 épreuves. La 49e édition se déroule en 2018 dans les arènes d'Arzacq-Arraziguet[114]. Le Béarn est une place forte de la pelote basque, le comité du Béarn regroupe en 2018 42 clubs, près de 2 600 licenciés et 5 000 joueurs loisir[115]. Le complexe de pelote de Pau est inauguré en 2006, il s'agit de l'une des plus grandes installations de pelote basque en Europe, avec plus de 2 000 places[116]. Le Béarn est également réputé pour son jeu de quille typique : les quilles de neuf. Il s'agit d'un jeu ancien qui se joue déjà du temps d'Henri IV. Le but est d'envoyer une boule de 6 kg sur les quilles pour effectuer l'une des 12 figures prédéfinies par les règles du jeu[117]. Il reste environ une vingtaine[118] de plantiers en Béarn. Le jeu est inscrit à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel en France[119].

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Équipements culturels

Le Béarn compte plusieurs musées ayant pour objectif de retracer l'histoire d'un lieu ou d'un personnage marquant. C'est le cas du musée national du château de Pau, créé en 1929 autour de la figure du bon roi Henri IV. Le musée accueille en moyenne 100 000 personnes par an[120], ce qui en fait le site le plus visité du département[121]. Le château recense près de 12 000 œuvres et objets, dont la fameuse carapace de tortue[122] ayant servi de berceau à Henri, ainsi qu'une collection remarquable[123] de tapisseries des Gobelins. La capitale béarnaise compte également un musée consacré à Jean-Baptiste Bernadotte. Le musée Bernadotte est situé au sein de la maison natale[124] de ce Palois, devenu maréchal de France puis roi de Suède en 1818. Le musée Jeanne d'Albret à Orthez retrace depuis 1995[125] l'histoire du protestantisme en Béarn, au sein d'une maison ayant appartenu à la reine au XVIe siècle. La maison du patrimoine d'Oloron-Sainte-Marie propose, quant à elle, des collections permanentes sur les découvertes archéologiques de l'antique Illuro ainsi qu'une découverte des traditions béarnaises[126]. D'autres espaces présentent des découvertes archéologiques en Béarn, comme à Lescar[127] et au musée gallo-romain de Claracq[128].

Certaines spécialités gastronomiques ou vestimentaires béarnaises possèdent leur propre musée. C'est le cas du sel à Salies-de-Béarn[129], du jambon de Bayonne à Arzacq-Arraziguet[130], du béret à Nay[131], du cigare à Navarrenx[132] ou des poteries à Garos[133]. Les vallées d'Ossau[134] et d'Aspe[135] possèdent chacune leur écomusée qui retrace les modes de vie particuliers dans ces territoires pyrénéens ; ces derniers sont situés respectivement à Arudy et Sarrance. Restaurée en 1999, la maison carrée de Nay accueille notamment une collection liée au riche passé industriel de la cité[136]. Il est, enfin, à signaler la présence du musée des Beaux-Arts de Pau. Celui-ci expose par exemple une œuvre importante de Degas, Le bureau du coton à la Nouvelle-Orléans[137], il présente des œuvres du XVIIe siècle au XXe siècle.

Les arts du spectacle disposent de plusieurs scènes pour leur expression en Béarn. Le Zénith de Pau (Zénith-Pyrénées) est la principale salle de spectacle du Béarn et plus globalement du bassin de l'Adour. Inaugurée en 1992, elle dispose d'une capacité maximale de 7 500 spectateurs dont 4 418 places assises[138]. Plusieurs complexes cinématographiques sont présents en Béarn, notamment dans l'agglomération paloise avec trois cinémas du groupe CGR ainsi que le cinéma Le Mélies classé Art et Essai[139]. Des salles sont aussi présentes à Arudy, Garlin, Laruns, Monein, Mourenx, Oloron-Sainte-Marie, Orthez et Salies-de-Béarn.

Cultes

Culte catholique

Photo du détail d'un bâtiment religieux, au premier plan le haut d'une croix, à l'arrière une tour avec des gargouilles.
Le diocèse de Lescar est l'un des deux diocèses béarnais qui s'organisent dès le VIe siècle.

Le Béarn dépend du diocèse de Bayonne, Lescar et Oloron, suffragant depuis 2002 de l’archidiocèse de Bordeaux[141]. Mgr Marc Aillet est l’évêque de ce diocèse depuis le 15 octobre 2008. Le diocèse est découpé en plusieurs zones, trois d'entre elles concernent le Béarn : « agglomération paloise », « Béarn nord et est » et « Béarn sud et ouest ». Le Béarn est parsemé d'un total de 43 paroisses[142].

La religion chrétienne apparaît en Béarn au cours du Ve siècle[143], suivant la tendance de l'expansion du christianisme au Moyen Âge en Europe occidentale. Un sarcophage en marbre blanc[144], daté du Ve siècle, et présent dans l'église Saint-Vincent de Lucq-de-Béarn passe pour être le monument le plus ancien de l'art chrétien en Béarn. Le christianisme béarnais s'organise dès le VIe siècle et jusqu'au concordat de 1801 autour de deux diocèses, à Lescar et Oloron. Ces derniers dépendant alors de l'archidiocèse d'Auch. L'histoire du christianisme en Béarn est marquée au XVIe siècle par des troubles liées aux guerres de religion. En 1571, Jeanne d'Albret édicte une ordonnance qui sécularise les biens de l'Église et impose le protestantisme[B 58]. Ce n'est qu'à partir de 1620, que le culte catholique est totalement[Note 79] rétabli par Louis XIII. Le catholicisme connaît une autre période de troubles durant la Révolution française, avec la Constitution civile du clergé de 1790 à 1801.

Le Béarn est traversé par deux des quatre voies principales menant au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. La via Lemovicensis passe par le nord-ouest du territoire, de Sault-de-Navailles à Sauveterre-de-Béarn. Également nommée voie limousine (ou voie de Vézelay), elle rejoint deux autres voies au « Carrefour de Gibraltar » avant le passage en Espagne. La via Tolosana (ou chemin d'Arles) traverse le Béarn du nord-est vers le sud, et le col du Somport. Elle relie plusieurs des principales places du christianisme béarnais avec Morlaàs, Lescar, Lacommande puis Oloron-Sainte-Marie. Le chemin du piémont pyrénéen est un itinéraire secondaire qui passe par Saint-Bertrand-de-Comminges pour rejoindre ensuite la via Tolosana.

Culte protestant

Le protestantisme dispose d'une implantation très ancienne en Béarn, la Réforme s'y organise à partir du XVIe siècle avec Marguerite de Navarre et surtout sa fille Jeanne d'Albret. Celle-ci se convertit en 1560 à Pau[145], puis fonde l'Académie protestante du Béarn à Orthez en 1566. Jeanne d'Albret souhaite convertir les Béarnais à la religion réformée, en 1571 elle fait du Béarn une souveraineté protestante[B 58]. Dès 1620, et l'annexion du Béarn à la France par Louis XIII, la religion réformée perd en influence. Malgré tout Louis XIII protège cette pratique, ce qui permet de maintenir une soixantaine de lieux de cultes[B 71] dans la seconde moitié du XVIIe siècle. Les protestants sont devenus minoritaires en Béarn, mais sont toujours entre 20 000 et 30 000. La révocation de l'édit de Nantes en 1685 par Louis XIV renforce nettement le déclin du protestantisme avec des persécutions (comme les dragonnades) et la fuite de nombreux huguenots vers des pays refuge[145]. La plupart des protestants béarnais continuent dès lors leurs pratiques religieuses dans l'intimité du cadre familial ou dans les assemblées du désert. L'édit de tolérance de Louis XVI en 1787 permet aux non catholiques de bénéficier d'un état civil, avant que la liberté de conscience ne leur soit accordée en 1789 avec la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (DDHC)[145]. Le concordat de 1801 donne au protestantisme français une existence officielle[145].

Le Béarn dispose de plusieurs temples liés à l'Église protestante unie de France. Une dizaine de temples sont présents à Bellocq, Boeil-Bezing, Mourenx, Oloron-Sainte-Marie, Orthez, Osse-en-Aspe, Pau, Salies-de-Béarn et Sauveterre-de-Béarn. Le temple d'Orthez est inauguré le , il est alors le premier à être reconstruit en France après l'application de la DDHC en 1789[145].

Autres cultes

L'afflux d'une importante, et aisée, communauté anglaise au cours du XIXe siècle à Pau amène la construction de plusieurs lieux de cultes de l'Église anglicane au sein de la ville. La Christ Church en 1841[Note 80] et la Holy Trinity Church en 1862[Note 81] précèdent la construction de l'Église Saint-Andrew en 1888[146]. Cette église représente désormais le dernier lieu de culte anglican de la ville, avec la tenue d'offices hebdomadaires[147]. La totalité de l'édifice est inscrite à la liste des monuments historiques depuis 2015[148]. Toujours en lien avec le tourisme climatique de la Belle Époque, un lieu de culte orthodoxe est présent à Pau. L’église Saint-Alexandre-Nevsky est inaugurée en 1867. Après celle de Nice (1859) et Paris (1860), elle est la troisième plus ancienne église orthodoxe de France[149]. Aussi à Pau, une synagogue est inaugurée en 1880[150]. La présence d'une communauté juive paloise est attestée depuis le début du XIXe siècle[151], elle est notamment prouvée par la création d'un cimetière juif en 1822 et répertorié à l'inventaire des monuments historiques depuis 1995. Plus récemment, trois lieux de culte musulman sont présents en Béarn, à Oloron-Sainte-Marie, Orthez et Pau.

Médias

L'actualité du Béarn est couverte par plusieurs médias de différente nature. Au niveau de la presse écrite, trois quotidiens locaux dépendant du Groupe Sud Ouest sont actifs : le Sud Ouest (édition Béarn et Soule), La République des Pyrénées, et L'Éclair. Communément appelé La République, ou La Rep, il s'agit du quotidien le plus lu du Béarn et de la Soule avec 143 000 lecteurs au numéro moyen[152].

En matière d'audiovisuel, le Béarn bénéficie quotidiennement d'un décrochage de l'édition télévisée de France 3 Aquitaine qui se nomme Pau Sud-Aquitaine. Enfin, le territoire accueille plusieurs antennes radiophoniques. Dont notamment France Bleu Béarn, qui fournit un programme commun national ainsi que des émissions locales. NRJ, Virgin Radio ou encore RFM disposent chacune d'une antenne béarnaise. Plusieurs autres radios locales sont également disponibles, comme Ràdio País consacrée à la culture occitane, ou encore Atomic, 100% Radio et Radio Inside.

Personnalités liées au Béarn

Illustration en couleurs d'un homme chassant sur son cheval
Fébus est la figure marquante de l'indépendance béarnaise.

L'histoire du Béarn est marquée par l'action de ses seigneurs successifs. Parmi eux, certains se distinguent, comme Gaston IV de Béarn dit le Croisé. Né dans la deuxième moitié du XIe siècle, il joue un rôle actif dans la première croisade ainsi que dans la Reconquista. Grâce au butin amassé pendant ces campagnes, il fait construire la cathédrale Sainte-Marie d'Oloron ainsi que plusieurs hospices (dont Lacommande et L'Hôpital-Saint-Blaise) pour les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle. Au XIVe siècle, Gaston III de Foix-Béarn dit Fébus est la grande figure de l'indépendance du Béarn. L'empreinte du prince des Pyrénées est toujours ancrée dans le paysage béarnais avec plusieurs places fortes de son système de défense : Pau[B 134], Montaner ou encore Morlanne. Henri et Marguerite de Navarre forment un couple marquant pour le Béarn au XVIe siècle. Ils basent la cour du royaume de Navarre à Pau et transforment le château dans le style Renaissance. Henri d'Albret fait de Navarrenx une cité bastionnée et rénove les fors, tandis que Marguerite introduit la réforme calviniste en Béarn. Leur fille, Jeanne d'Albret, finit de transformer le Béarn en souveraineté protestante à partir de 1571. Elle donne naissance au futur Henri IV au château de Pau en 1553. Lou nouste Henric devient roi de Navarre en 1572 puis roi de France et de Navarre de 1589 à 1610. Premier roi de la lignée des Bourbon, l'image de ce roi réconciliateur et bon-vivant marque profondément l'image du pays de son enfance et de son château natal.

En dehors des seigneurs béarnais, d'autres figures historiques marquent la vie béarnaise. C'est le cas de Saint Grat et Saint Julien, les deux premiers évêques d'Oloron et Lescar au Ve siècle. Guy de Lons est un autre évêque marquant pour Lescar, il fait construire la cathédrale Notre-Dame-de-l'Assomption au XIIe siècle. Le Béarn fournit plusieurs chefs militaires d'envergure au XVIIe siècle, comme Jean de Gassion ou Antoine de Gramont. Les trois mousquetaires du roman d'Alexandre Dumas, Athos, Porthos et Aramis, et leur capitaine, Jean-Armand du Peyrer comte de Trois-villes, sont inspirés de personnages nés en Béarn durant ce même XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, le palois Jean-Baptiste Bernadotte devient maréchal d'Empire sous Napoléon puis roi de Suède et de Norvège. Sa lignée règne toujours sur la Suède au XXIe siècle. Plusieurs intellectuels béarnais se distinguent, comme Pierre de Marca, né à la fin du XVIe siècle à Gan. Historien et archevêque, il est notamment l'auteur d'une œuvre importante sur l'histoire du Béarn[B 2] et également président du Parlement de Navarre dès 1620. Au XIXe siècle, Vastin Lespy est un érudit béarnais auteur de la première étude d'importance sur la langue béarnaise, en compagnie de Paul Raymond. Pierre Tucoo-Chala se spécialise lui, au XXe siècle, sur l'histoire du Béarn et de Gaston Fébus, tandis que Pierre Bourdieu devient une figure emblématique de la sociologie française. Il prend son pays natal en exemple dans plusieurs études, comme dans Le Bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn.

Né à Accous tout à la fin du XVIIe siècle, Cyprien Despourrins est le plus célèbre des poètes béarnais. Il connaît la popularité pour ses chansons et poèmes rédigés en béarnais. Il fait figure d'emblème pour la littérature béarnaise. Simin Palay est, lui, l'un des principaux poètes béarnais du XXe siècle, il est aussi l'auteur d'un dictionnaire du béarnais et du gascon modernes[B 135]. Le sculpteur et aquarelliste Ernest Gabard connaît la célébrité pour son personnage Caddetou, quand Joseph Peyré reçoit le Goncourt en 1935 pour son ouvrage Sang et Lumières. Avec la fin de sa souveraineté en 1620, puis de son autonomie en 1789, la vie politique du Béarn tourne depuis autour de ses élus locaux et parlementaires. Louis Barthou devient président du Conseil des ministres français en 1913, alors que Léon Bérard est plusieurs fois ministre dans les années 1920 et 1930. Durant la Cinquième République, André Labarrère est ministre chargé des relations avec le Parlement, mais sa figure reste attachée à sa ville de naissance — Pau — dont il est maire de 1971 à 2006. François Bayrou, né à Bordères, fonde le mouvement centriste du MoDem. Au cours de sa carrière, il est notamment ministre de l'Éducation nationale, président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, et depuis 2014 maire de Pau. Son parcours politique croise celui de Jean Lassalle, député et candidat à l'élection présidentielle française de 2017. La vie sportive béarnaise est marquée par plusieurs figures emblématiques, à l'image de Robert Paparemborde, joueur de rugby à XV à la Section paloise et sélectionné 55 fois en équipe de France. Titouan Lamazou, né en 1955 à Casablanca, est un navigateur vainqueur du Vendée Globe, il est aussi artiste et écrivain. Il passe son enfance en Béarn, il est issu d'une famille originaire d'Astis dans le Vic-Bilh. Né en 1978 à Pau, Tony Estanguet devient triple champion olympique de canoë monoplace, il est le seul athlète français à gagner trois médailles d'or dans trois Jeux différents[153]. En 2017 la handballeuse Alexandra Lacrabère devient championne du monde avec l'équipe de France.

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Économie

Revenus de la population

En 2011, le revenu fiscal médian par ménage était de 29 401 €[Note 82] en Béarn contre 29 666 € en France métropolitaine[154]. Les communes béarnaises disposant des revenus fiscaux médians par ménage les plus importants sont notamment situées dans le pôle urbain de Pau. Les communes de Lée, Serres-Morlaàs, Buros et Idron possèdent par exemple chacune un revenu médian supérieur à 45 000 € par ménage fiscal.

Emploi

En 2012, la population béarnaise âgée de 15 à 64 ans s'élevait à 229 034 personnes, parmi lesquelles on comptait 72.6 % d'actifs dont 64.8 % ayant un emploi et 7,8 % de chômeurs[155].

L'économie béarnaise est marquée par un taux de chômage relativement plus bas que celui observé par l'Insee dans le reste du pays. Le taux de chômage trimestriel moyen observé sur 2018 était de 6,2 %[156] pour la zone d'emploi d'Oloron-Sainte-Marie[157] et de 7,4 %[156] pour la zone d'emploi de Pau[158] contre 8,5 %[159] en Nouvelle-Aquitaine et 8,8 %[159] pour la France métropolitaine sur la même période.

+ Activité et emploi de la population de 15 à 64 ans par âge en 2012[Note 83].
Population Actifs Taux d’activité en % Actifs ayant un emploi Taux d’emploi en %
Ensemble 229 034 166 256 72,6 148 333 64,8
15 à 24 ans 40 778 16 318 40,0 12 271 30,1
25 à 54 ans 139 083 126 767 91,1 114 698 82,5
55 à 64 ans 49 172 23 172 47,1 21 364 43,4

Principaux secteurs d'activité

Pendant très longtemps, l'économie béarnaise se résume à une agriculture de subsistance ainsi qu'à un artisanat rural répondant aux besoins locaux[B 136]. C'est à partir de la fin du XIIIe siècle qu'une évolution se dessine, le Béarn profite alors de sa position géographique (entre Bassin aquitain et Bassin de l'Èbre) et de son statut de principauté pour développer une activité notable de commerce (notamment de transit). L'artisanat se développe aussi par la transformation de produits agricoles[Note 84]. Cet artisanat prend racine surtout à Oloron et Nay, à tel point que ces deux centres textiles atteignent un stade industriel vers la fin du XVe siècle[B 137]. Malgré cette diversification progressive, l'agriculture demeure l'activité fondamentale du pays[B 138]. Cet équilibre se poursuit globalement jusqu'au XIXe siècle, avec une domination de l'agriculture (succès du maïs à partir du XVIIIe siècle), l'importance du commerce[Note 85] et une industrie textile toujours dynamique.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la position géographique du Béarn auparavant si bénéfique devient un frein majeur à son économie. L'absence de transpyrénéen lors de l'arrivée des chemins de fer en Béarn en font un véritable cul-de-sac[B 85]. Durant la seconde moitié du XXe siècle, l'économie béarnaise connaît une double révolution avec la découverte du gisement de gaz de Lacq en 1951 et l'essor de la culture du maïs hybride[B 96], tout en voyant son industrie textile se réduire sensiblement. Aujourd'hui, l'économie béarnaise se tourne notamment vers l'industrie aéronautique ainsi que les géosciences, l'agriculture a perdu sa domination mais garde toujours un poids significatif dans le paysage béarnais. L'essor de l'agglomération paloise a permis le développement d'une activité administrative particulièrement importante.

Le tableau ci-dessous détaille le nombre de postes implantés en Béarn selon leur secteur d'activité[Note 86] :

Structure de l’économie béarnaise au 31 décembre 2013.
Nombre de postes % (% FM)
Ensemble 120 071 100,0
Agriculture, sylviculture et pêche 1 094 0,9 (1,1)
Industrie 21 330 17,8 (14,4)
Construction 7 961 6,6 (6,4)
Commerce, transport et services divers 49 385 41,1 (46,3)
Administration publique, enseignement, santé, et action sociale 40 301 33,6 (31,8)
Champ : établissements actifs, hors Défense et activités de ménage.

Le tableau ci-dessous détaille les établissements actifs par secteur d'activité au regard du nombre de salariés[160] :

Établissements actifs par secteur d'activité au 31 décembre 2013.
Total % 0
salarié
1 à 9
salariés
10 à 19
salariés
20 à 49
salariés
50 salariés
ou plus
Ensemble 36 954 100,0 25 677 9 069 1 111 694 403
Agriculture, sylviculture et pêche 4 853 13,1 4 340 500 11 1 1
Industrie 2 225 6,0 1 188 693 167 97 80
Construction 3 650 9,9 2 482 985 105 57 21
Commerce, transports, services divers 20 551 55,6 13 956 5 630 545 290 130
Administration publique, enseignement, santé, action sociale 5 675 15,4 3 711 1 261 283 249 171
Champ : ensemble des activités.

Agriculture et agroalimentaire

Photo montrant des vaches blanches allongées dans un pré, au fond un bâtiment agricole puis une colline.
L'élevage est au cœur de l'activité agricole dans les vallées des Pyrénées béarnaises.

L'activité agricole domine l'économie béarnaise durant de nombreux siècles, avant de se faire supplanter au cours du XIXe siècle et surtout du XXe siècle par les secteurs secondaires et tertiaires. Les vallées des Pyrénées béarnaises sont traditionnellement spécialisées dans l'élevage, tandis que le piémont est plus diversifié avec de l'élevage mais aussi de la culture. La polyculture ainsi qu'un morcellement parcellaire important[B 139] marquent pendant longtemps le paysage du piémont. La viticulture se développe dès le XIVe siècle[B 140] dans le Vic-Bilh, entre Morlaàs et Lembeye, ainsi que sur les coteaux de Jurançon et Monein. Le travail du lin se répand au XVe siècle dans les vallées du gave, prémisse d'une industrie textile porteuse dans la région de Nay notamment. Des exploitations forestières se développent, quant à elles, à partir du XVIIe siècle, en particulier dans les vallées d'Aspe et de Barétous[Note 87]. Le maïs est introduit à partir du XVIIe siècle, il connait un fort succès au XVIIIe siècle et change les paysages béarnais pour reléguer les autres céréales au second plan[B 141].

Photo d'un bâtiment moderne de plusieurs étages vitrés, au premier plan une plaque indiquant le nom de l'entreprise.
Le siège du groupe coopératif Euralis à Lescar.

Au XXe siècle, l'emploi agricole recule fortement avec l'utilisation systématique des tracteurs. Le remembrement des terres favorise l'émergence d'exploitations de taille plus importante. La coopérative Euralis[Note 88] est aujourd'hui un acteur central de l'agriculture béarnaise. En 2017, le groupe emploie 4 800 personnes dans le monde[161], dont environ 300 dans son siège social situé à Lescar[162]. Le pôle de compétitivité Agri Sud-Ouest Innovation est, quant à lui, chargé d'accompagner les entreprises agricoles dans l'accroissement de leur valeur ajoutée. La transformation des produits agricoles pour l'industrie agroalimentaire est également un pan important de l'économie béarnaise. Plusieurs groupes disposent d'une implantation notable en Béarn. C'est le cas du chocolatier suisse Lindt & Sprüngli à Oloron-Sainte-Marie, il y emploie 600 salariés permanents et autant de saisonniers[163]. La fromagerie des Chaumes installée à Jurançon (350 salariés) et la laiterie Sodiaal à Lons (200 salariés[164]) sont d'autres exemples notables.

Le Béarn fait partie de la zone AOC du fromage Ossau-iraty, ainsi que des IGP du jambon de Bayonne et de l'agneau de lait des Pyrénées. La viticulture béarnaise dispose de l'AOC Béarn avec les vignobles du Jurançon (principalement autour de Jurançon et Monein) dans 25 communes situées à l'ouest et au sud de Pau, ceux du Madiran constitué de 28 communes béarnaises du Vic-Bilh, et celui de l’appellation Béarn-Bellocq. La Cave de Jurançon est un acteur important de l'activité viticole du Béarn, celle-ci emploie environ 100 salariés et compte 300 viticulteurs adhérents[165] qui permettent la commercialisation annuelle de 5 millions de bouteilles. Les viticulteurs du Madiran sont notamment regroupés au sein de la Cave de Crouseilles, celle-ci compte 15 salariés et 130 viticulteurs adhérents pour une production de 5 millions de bouteilles par an[166].

Industrie manufacturière

Dès la fin du XVe siècle, Oloron et Nay deviennent des centres textiles notables, dépassant le simple cadre de l'artisanat pour atteindre un stade industriel[B 137]. Ils se spécialisent alors dans le travail de la laine, quelle soit d'origine locale ou d'Aragon. Vers la fin du XVIe siècle, Orthez et Pontacq se concentrent sur le travail du cuir[B 142]. Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, l'industrie textile béarnaise connait une prospérité sans précédent[B 143]. La laine et le lin sont les deux produits de base de cette production, qui s'exporte notamment vers l'Espagne et les Antilles[Note 89]. La laine est par exemple utilisée pour confectionner le cordeillat[Note 90] et la rase[Note 91]. Des étoffes plus fines sont confectionnées à Nay, avec des fez destinés au Levant. L'industrie textile emploie alors 9 000 personnes dans la région d'Oloron[B 144], elle emploie également 6 000 personnes dans la région paloise. Cette dernière se spécialise dans la production de mouchoirs et de linge de table.

La Révolution française marque un net coup d'arrêt à la prospérité de l'industrie textile béarnaise. Le renforcement des frontières supprime les débouchés traditionnels des productions béarnaises, tandis que le manque de capitaux et la stagnation technique font le reste[B 145]. Au milieu du XIXe siècle, l'activité repart avec l'achat de machines modernes. Nay en profite particulièrement, on y produit alors environ 800 000 bérets en grande partie destinés à la Navarre[B 146]. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le Béarn subit la concurrence des usines textiles du nord de la France. Celles-ci bénéficient de leur approvisionnement en charbon pour utiliser des machines à vapeur. Au XXe siècle, l'industrie textile béarnaise se réduit sensiblement sous l'effet d'une concurrence internationale croissante. En 2011, la filière textile[Note 92] compte 48 établissements qui rassemblent 517 salariés[167]. L'entreprise Laulhère, installée à Oloron-Sainte-Marie, emploie par exemple une cinquantaine de personnes pour la fabrication de bérets.

Photo sur l'entrée d'un bâtiment comprenant une grande porte vitrée et des toitures en acier.
L'usine Safran Helicopter Engines de Bordes emploie 2 500 salariés

Auparavant essentiellement consacrée au textile, l'industrie manufacturière du Béarn s'oriente vers d'autres types de production au cours du XXe siècle. L'industrie aéronautique prend un poids grandissant tout au long de cette période. La venue des frères Wright dès 1909 fait du Béarn un précurseur en la matière. Safran Helicopter Engines à Bordes (2 500 salariés[168]) et Safran Landing Systems à Bidos (815 salariés[169]) sont des exemples majeurs d'une industrie qui compte une myriade de sous-traitants dans la région. Le Béarn fait partie du pôle de compétitivité Aerospace Valley depuis 2005. Le bassin de Lacq profite également de l'extraction de gaz pour attirer des industriels désireux de profiter de cette source d'énergie, tout comme de la classification Seveso 2 du site. Il convient de citer Toray Industries installé à Abidos, ses 430 salariés[170] produisent ainsi de la fibre de carbone destinée aux industries aéronautiques et automobiles.

Énergie

Traversé par de nombreux cours d'eau, le Béarn profite de cette ressource comme source d'énergie. Dès le début du Moyen Âge, les moulins à eau permettent notamment de moudre le blé. Au XXe siècle, de nombreuses centrales hydroélectriques sont installées le long des cours d'eau béarnais, avec la constitution de lacs de barrage dans les Pyrénées également. Les lacs d'Artouste, de Fabrèges, de Bious-Artigues ou encore de Castet sont les exemples de ces barrages hydroélectriques. Le lac d'Estaens est lui situé en Espagne, bien que le barrage se trouve côté béarnais. Plus en aval, des centrales hydroélectriques sont situées à Asasp-Arros, Oloron-Sainte-Marie, Orthez, Baigts-de-Béarn et Puyoô. Plusieurs entreprises se partagent l'exploitation de ces centrales, la Shem (filiale d'Engie) s'occupent des barrages situés en vallée d'Ossau[171], tandis qu'EDF Hydraulique Adour et Gaves se charge des barrages présents en vallée d'Aspe et en aval des Pyrénées[172].

Vue d'une rivière, à l'arrière plan des poteaux électriques et des cheminées d'usine.
Le gisement de gaz de Lacq au bord du gave, découvert par accident en 1951.

Le sous-sol béarnais ne contient pas de charbon, les entreprises béarnaises doivent donc importer cette source d'énergie pour pouvoir utiliser les machines à vapeur au XIXe siècle. Après 1945, la France prospecte ses sous-sols à la recherche de nouvelles ressources pour gagner en indépendance énergétique. Gisements de pétrole et de gaz sont recherchés avec peu de résultats. Fin 1949[173], un petit gisement de pétrole est découvert près de Lacq par la SNPA. Toujours à la recherche de poches d'huile, une équipe de forage découvre un gisement de gaz le [173] sur le sondage Lacq 3. Une violente éruption de gaz se produit sur ce forage d'une profondeur de 3 500 mètres. L'éruption reste incontrôlable pendant 4 nuits et 5 jours. Le gisement s’avère être exceptionnel[173],[57], il contient un total de 262 milliards de m³. Le gaz extrait est particulièrement corrosif, ce qui oblige les ingénieurs de Vallourec à concevoir un acier capable d'y résister. L'exploitation du gaz commence finalement en [Note 93]. Le site de Lacq centralise plusieurs autres gisements béarnais de plus petite taille, comme ceux de Meillon et Saint-Faust découverts en 1965 et 1966.

La SNPA (devenu Elf Aquitaine en 1976) emploie rapidement 4 000 personnes sur place. André Labarrère qualifie le gisement de Lacq de « miracle béarnais », il modifie profondément et de manière durable la vie économique du pays. Il permet l'embauche de nombreux agriculteurs locaux, puis d'ouvriers venus d'autres bassins industriels français[173]. La ville nouvelle de Mourenx est bâtie pour accueillir cet afflux de main d'œuvre. Le classement Seveso du site permet l'accueil d'activités industrielles à risque liées à la fabrication d'éthylène, de styrène et de chimie fine. Une diversification qui permet au bassin de Lacq de se reconvertir en 2013, après l'arrêt de la commercialisation du gaz. Le gaz restant[Note 94] est depuis utilisé pour approvisionner les entreprises du site. Le Béarn conserve une production pétrolière, par exemple avec le gisement du Vic-Bilh découvert en 1979. Celui-ci est exploité par le groupe canadien Vermilion Energy, il y extrait 800 barils par jour[175]. La production du gaz de Lacq implique la création d'un réseau de gazoducs pour acheminer cette ressource vers le reste de la France. Auparavant filiale du groupe Total (héritier d'Elf Aquitaine), le groupe Teréga assure le transport et le stockage de gaz naturel en France. Son siège social est situé à Pau, il compte 589 salariés[176].

Géosciences et pétrochimie

Photo d'un bâtiment en brique et en verre, au premier plan le nom de l'entreprise.
Le CSTJF du groupe Total à Pau, 3e centre de R&D en France[177].

L'exploitation du gisement de gaz de Lacq, à partir de 1957, marque le point de départ d'une spécialisation du Béarn dans le domaine des géosciences. Confrontées à un gaz particulièrement difficile à extraire[Note 95], les équipes de la SNPA (puis d'Elf Aquitaine) développent au fil des ans des compétences très pointues pour l'exploitation des hydrocarbures. Édifié à partir de 1985 au nord de Pau, le centre scientifique et technique Jean-Féger (CSTJF) est l'héritier direct de ces pionniers de Lacq. Celui-ci est aujourd'hui le principal centre technique et de recherche scientifique du groupe pétrolier français Total[178]. Il compte 2 800 salariés, ce qui en fait le troisième plus grand centre de recherche et développement (R&D) en France[177]. Le CSTJF compte l'un des plus puissants supercalculateurs au monde. Nommé Pangea, il fait partie du top 10 des machines au niveau mondial et est présenté comme le calculateur le plus puissant dans le domaine industriel[179]. Basé à Pau, Avenia est le seul pôle de compétitivité français dans le domaine des géosciences[180].

En lien direct également avec l'exploitation du gaz de Lacq, le Béarn développe désormais une activité notable en matière de chimie fine. Installées sur le bassin de Lacq, plusieurs entreprises profitent des restes du gisement ainsi que du classement Seveso du site pour développer leur activité. Le groupe français Arkema y possède un établissement spécialisé dans la thiochimie, celui-ci compte 300 salariés entre ses deux sites de Lacq (dont un centre de recherche « GRL »[181]) et de Mourenx, ainsi qu'un site de fabrication de polyamides de spécialités à Mont qui comptait 250 salariés en 2016[182].

Commerce

Grâce à sa position géographique et à sa politique d'indépendance, le Béarn développe pendant plusieurs siècles une activité commerciale significative. Dès la fin du XIIIe siècle, plusieurs compagnies de marchands se constituent pour organiser un commerce de transit entre le Bassin aquitain et le Bassin de l'Èbre[B 136]. La réputation de la monnaie morlanne, la surveillance des poids et mesures ainsi que l'entretien des chemins et des ponts expliquent ce développement initial[B 147]. Durant la guerre de Cent Ans, le Béarn profite de sa neutralité politique pour aboutir à la création d'un véritable monopôle commercial[B 148] pour les échanges entre le port de Bayonne (produits textiles d'Angleterre et de Flandre), Toulouse (pastel) et l'Aragon (laine). Ce commerce de transit se poursuit jusqu'au XVIIe siècle, les marchands constituent alors la classe la plus riche du pays[B 149]. Dès le XVIIIe siècle, le commerce de transit laisse progressivement place à un double commerce d'importation (laines et cuirs) et d'exportation (textile, vin, bois)[B 144]. Le commerce vers les Antilles se développe sensiblement, grâce à la présence de nombreux béarnais exilés[B 150]. Le commerce d'exportation souffre particulièrement à partir de 1789 et tout au long du XIXe siècle, le Béarn perd l'accès à certains de ses débouchés privilégiés (Espagne et Antilles). L'absence de transpyrénéen, lors de l'arrivée du chemin de fer dans les années 1860, renforce le déclin du commerce béarnais. La très grande majorité du trafic franco-espagnol est désormais détourné au profit du passage d'Irun. La situation géographique du Béarn, auparavant si profitable, devient un frein majeur à l'activité commerciale du pays. Un transpyrénéen est finalement achevé en 1928, via la gare de Canfranc, mais le déclenchement de la guerre civile espagnole en 1936 coupe très rapidement tout espoir d'un nouvel essor commercial[B 91].

Dessin montrant de gauche à droite, une charrette tirée par deux bœufs, deux piétons portant un agneau et un sac et deux cavaliers.
Les foires et marchés, ici à Pau au XIXe siècle, jouent un rôle économique et social important.

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, le Béarn profite de l'amélioration des infrastructures routières pour bénéficier de plusieurs axes commerciaux importants. L'autoroute A64 depuis 1977 conforte le Béarn dans sa position centrale entre Bayonne et Toulouse, tandis que le tunnel du Somport offre le seul accès pyrénéen ouvert toute l'année vers l'Espagne. L'ouverture de l'autoroute A65 depuis 2010 permet d'accéder au nord du Bassin aquitain, mais le prix d'utilisation[31] de cet axe le rend peu compétitif par rapport à l'autoroute A63. Outre cette activité de commerce de transit, le commerce de proximité représente un pan important de l'économie béarnaise. Historiquement, ce commerce est présent dans les différents centres urbains béarnais. Depuis les années 1960, des centres commerciaux se multiplient en périphérie des centres-villes. Avec 323 boutiques[183], la zone de Lescar Soleil se présente comme l'une des plus grandes zones commerciales de France[184]. Les foires et marchés tiennent également une place majeure dans la vie économique et sociale des Béarnais. Les premières foires apparaissent dès le XIVe siècle à Oloron et Sauveterre-de-Béarn, puis au XVe siècle à Orthez, Pau ou encore Arudy[B 147].

Tourisme

Photo en noir et blanc d'un homme vu de dos faisant du ski dans la poudreuse.
La station de ski de Gourette.

C'est à partir du milieu du XIXe siècle que se développe une activité touristique notable en Béarn. Son essor s'explique par trois facteurs principaux : l'installation d'une colonie britannique à Pau, la mode romantique et le thermalisme[B 146]. Ayant découvert le Béarn à l'époque de la bataille d'Orthez en 1814, certains officiers de l'armée de Wellington décident de revenir dans cette région pour passer une partie de leur retraite[B 151]. L'accueil des Béarnais en 1814, les paysages, le climat et les nombreux terrains propices à la chasse à courre séduisent cette population[B 151]. Frappés par la pureté de l'air, plusieurs médecins britanniques mettent en avant les vertus du climat palois. Le plus célèbre reste le médecin écossais Alexander Taylor ; il connaît un fort succès avec un ouvrage de 1842 dans lequel il préconise la cure hivernale dans la capitale béarnaise[54]. Jusqu'au déclenchement de la Première Guerre mondiale, Pau devient le centre d'une vie aristocratique internationale composée de Britanniques, de Nord-Américains, de Belges, d'Espagnols ou encore de Russes[B 152]. Cette présence change profondément la morphologie de la ville ainsi que sa dimension. Les Pyrénées bénéficient d'un attrait croissant tout au long de ce XIXe siècle, avec le double effet du pyrénéisme et du thermalisme. Eaux-Bonnes et Eaux-Chaudes se développent sensiblement pour l'attrait de leurs bains, tout comme Salies-de-Béarn dans le piémont grâce à ses eaux salées.

Au XXe siècle, le développement de la pratique du ski bouleverse l'économie de plusieurs communes pyrénéennes. Des stations de ski alpin se mettent en place en Béarn, d'abord à Gourette dès les années 1930, puis La Pierre Saint-Martin en 1962 et enfin Artouste en 1969. Les stations du Somport et d'Issarbe permettent, elles, la pratique du ski de fond. D'autres formes de tourismes se développent désormais en Béarn. Le tourisme urbain s'oriente notamment autour de Pau, son château est le site le plus visité du Béarn et des Pyrénées-Atlantiques avec environ 100 000 visiteurs par an[185]. L'écotourisme se développe dans la campagne béarnaise ainsi que dans les vallées pyrénéennes. Pau bénéficie, en outre, d'un tourisme d'affaires grâce au Palais Beaumont et à son parc des expositions.

Au , les communes béarnaises comptabilisaient 113 hôtels représentant un total de 2 900 chambres[Note 96] pour les visiteurs. De plus, le Béarn comptait également 54 campings totalisant 2 514 emplacements.

Monnaie

Photo d'une tour crénelée surmontée d'un toit en ardoise.
La tour de la Monnaie, symbole de l'activité monétaire de Pau.

Territoire autonome, le Béarn conserve une monnaie particulière pendant plusieurs siècles. La monnaie est d'abord battue à Morlaàs dans le château des vicomtes de la Hourquie. Le sol morlan a cours régulier dans toute la Gascogne, mais circule aussi en Navarre et Aragon, au moins dès le Xe siècle. Ce sol est marqué par les deux vaquetas, symbole du Béarn, ainsi que par la devise béarnaise en latin. Jacques Faget de Baure estime, en 1818[B 153], que cette fabrication pourrait être bien antérieure et remonter avant la constitution de la vicomté de Béarn. Les ducs de Gascogne auraient choisi le Béarn pour y fixer la fabrication de leur monnaie, au débouché de la route naturelle commerciale que constitue la vallée d'Aspe d'un côté à l'autre des Pyrénées occidentales. Les souverains béarnais n'auraient donc fait que reprendre la propriété de cette monnaie, tout en conservant le droit de la répandre dans les anciens territoires du duché de Gascogne. Durant le Moyen Âge, toutes les monnaies des États voisins sont considérées comme étrangères et n'ont pas cours en Béarn[B 154]. La monnaie morlane jouit d'une très bonne réputation, que ce soit en Gascogne mais aussi dans le reste du royaume de France[187]. Pierre Tucoo-Chala souligne que Fébus, outre la monnaie d'argent, décide de battre une monnaie d'or, le « florin de Morlaàs » sur le modèle et le poids des florins d'Aragon et de Florence afin d'en garantir la conversion[Note 97].

Photographie d'une pièce de monnaie, côté pile et côté face.
Un denier (dinèr) béarnais de la dynastie des Centulle.

Le privilège de Morlaàs pour la fabrication de la monnaie béarnaise s'arrête à partir de la seconde partie du XVe siècle. Pau devient la capitale des souverains béarnais en 1464, ils amènent probablement avec eux des ateliers pour confectionner la monnaie[188]. Mais cette monnaie garde le nom de monnaie morlane, jusqu'à la réalisation d'un hôtel de la monnaie à Pau en 1524[188] et la création d'une véritable monnaie de Pau. C'est à cette époque qu’apparaît le teston de Jeanne d'Albret, à la fois dans les ateliers de Morlaàs et Pau[189]. Avec le rapprochement du Béarn et de la France, les différences monétaires se réduisent. Sous François Ier, la monnaie béarnaise est autorisée dans tout le royaume de France[B 156]. À la même époque, Henri d'Albret décide de réduire la monnaie béarnaise aux titre et poids de la monnaie de France[190]. Sous le règne d'Henri IV, les monnaies béarnaises et françaises sont définitivement confondues[B 156],[190]. Les ateliers palois continuent de fabriquer la monnaie jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Les vaquetas frappées sur les pièces sont alors le dernier symbole de leur origine béarnaise, un dicton fort répandu dans le royaume de France prétend que « l'écu à la vache porte bonheur. »[190].

En béarnais, jusque dans la première moitié du XXe siècle, le terme de liura est un synonyme préféré au mot franc et la pistòla sert couramment à compter les dizaines de liuras[Note 99]. Depuis [193], le Béarn renoue avec cette tradition monétaire en émettant la monnaie locale complémentaire (MLC) du Béarn : la tinda[Note 100].

Culture locale

Aspects sociologiques

La case béarnaise est la pierre angulaire de l'identité familiale[195]. Plus qu'une maison, la case est, jusqu'au début de l'époque contemporaine, le symbole de la hiérarchie sociale de la famille. Le droit d'aînesse y est alors absolu[195], l’ensemble des terres, les droits et coutumes afférents ainsi que le cheptel sont transmis à l’enfant aîné de la famille. Avant les progrès de l'état-civil au XIXe siècle, il était de coutume que le nouvel arrivant (gendre, héritier, ou acquéreur) perde son patronyme au profit de celui attaché à la case[196]. L'individu s'efface alors au profit de l'intérêt collectif, qui vise uniquement à pérenniser et développer le patrimoine de la case[195]. Les changements juridiques résultant de la Révolution sont souvent contournés par la suite (cadets émigrant ou renonçant « volontairement » à leurs droits). Ces habitudes sont étudiées par Pierre Bourdieu dans son livre Le bal des célibataires[B 157].

Emblèmes

Blason

Blason Blasonnement :
D'or à deux vaches passant de gueules, accornées, accolées et clarinées d'azur[B 1].
Commentaires : Les deux vaches sont de race béarnaise, elles sont généralement surnommées vaquetas. L'utilisation de cet emblème remonte à l'origine de la création de la vicomté au IXe siècle
Paysage montrant un drapeau rouge et jaune sur la gauche et à l'arrière-plan des montagnes
Le drapeau béarnais devant les Pyrénées.

Plusieurs éléments sont mis en avant par les historiens pour expliquer ce choix. L'un d'eux, très peu probable[197],[198], prétend que Roger-Bernard III de Foix aurait trouvé le corps de saint Volusien et l'aurait fait porter sur son chariot tiré par deux vaches jusqu'à sa nouvelle sépulture. En mémoire du déplacement de ce saint, Roger-Bernard aurait souhaité que les deux vaches apparaissent sur l'écu du Béarn[198].

Les deux autres théories avancées pour expliquer la présence des deux vaquetas sont plus solides. L'une d'elles repose sur la légende des Vaccéens[199],[198],[200], ce peuple de pasteurs[201] qui aurait fui la péninsule Ibérique pour rejoindre les Pyrénées. Les Venarni seraient les lointains descendants de ce peuple qui portait une attention particulière aux vaches, et dont ils tenaient leur nom. Les Venarni n'auraient donc fait que reprendre le symbole de leurs ancêtres. Une dernière théorie explique la présence des vaquetas au grand nombre de vaches que l'on trouvait au IXe siècle dans ce pays[198].

Symboles du Béarn et sources de nombreuses légendes[Note 101], les deux vaquetas sont ensuite utilisées pour la vie institutionnelle de la vicomté, qui deviendra par la suite souveraineté. Elles ornent les armoiries du pays lorsque l'héraldique apparaît au XIIe siècle ; la monnaie béarnaise est marquée de leur présence, tandis que de manière plus contemporaine, le drapeau béarnais en reprend le motif. Avec « Viva la vaca », le cri de guerre des Béarnais reprend également ce symbole[202]. Au cours de son histoire, les armoiries du Béarn sont reprises pour divers usages. En 1290, l'union de la maison de Foix avec celle de Béarn fait apparaître de nouvelles armoiries. Le blasonnement évoque : Écartelé en 1 et 4 d'or aux trois pals de gueules et en 2 et 3 d'or aux deux vaches de gueules, accornées, colletées et clarinées d'azur, passant l'une sur l'autre. Cet épisode explique également la présence des vaquetas béarnaises au sein des armoiries de la principauté d'Andorre. Chaque coprince de l'État pyrénéen, dont le comte de Foix, disposant de deux quartiers dans ce blason.

Hymne

L'hymne officieux du Béarn est Si Canti (ou Aqueras Montanhas)[B 47]. Ce chant est ancestral, son véritable auteur est inconnu, mais la légende l'attribue au prince béarnais Fébus. Chef de guerre, fin politique, chasseur émérite et initiateur de la souveraineté béarnaise, Fébus est également un poète de langue d'oc. Selon cette légende[203], sa belle aurait été forcée de le quitter pour rejoindre la Navarre voisine. Fébus aurait donc écrit cette chanson, dans laquelle il souhaite voir les Pyrénées s'affaisser afin de laisser libre cours à ses amours.

Écrite plus récemment, au XIXe siècle, la chanson Beth Ceu de Pau, du poète Charles Darrichon, est également considérée dans la culture populaire béarnaise comme un hymne régional[204],[205],[206].

Langue

Dessin en noir et blanc d'un homme avec une longue barbe et un béret.
Simin Palay en 1909.

Le béarnais (bearnés ou biarnés) est le nom donné aux parlers occitano-romans du Béarn. Il est inclus dans la famille du gascon, auquel il a servi de base normative (en particulier par le biais de l'Escole Gastoû Febus[207]) en raison de son passé littéraire et institutionnel. Un vif débat existe sur la réalité d'une langue gasconne spécifique et distincte de l'occitan, certains linguistes affirment que tel est le cas à cause de ses « caractères originaux et distinctifs »[208],[209],[210]. Cela placerait le gascon comme une langue à part entière proche de la langue d'oc, à l'image du catalan[211]. D'autres affirment qu'il s'agit d'un dialecte[212] de la langue d'oc. Malgré ces débats linguistiques récurrents sur la distinction entre langue et dialecte, il est commun d'estimer que le gascon/béarnais présente des particularités fortes, à la fois phonétiques et grammaticales, dues au substrat aquitain. L'histoire singulière du Béarn étant un facteur de distinction supplémentaire.

Le béarnais est la seule langue utilisée par les institutions du Béarn depuis le milieu du XIIIe siècle[Note 102] jusqu'en 1620, il l'est ensuite concurremment au français de 1620 à 1789[213],[214]. Le béarnais repose sur une forte tradition orale, l'acte juridique est donc pendant longtemps basé sur le serment oral. Il faut attendre 1256 pour que Gaston VII de Béarn crée le notariat béarnais, et impose donc l'usage de l'écrit public en béarnais[B 158]. Ce cadre juridique permet au béarnais de se normaliser et de former une scripta béarnaise[215]. Du XIIIe siècle au XVe siècle, ce béarnais juridique est également utilisé officiellement dans des territoires gascons (Bigorre et Comminges) ainsi que dans des territoires de langue basque (Soule, Basse-Navarre et Guipuscoa)[216]. Depuis la Révolution française, le français remplace le béarnais dans le cadre institutionnel et juridique.

Malgré la disparition du béarnais dans ce cadre administratif, son usage reste encore majoritaire auprès des Béarnais à la fin du XVIIIe siècle. Comme toutes les langues et parlers régionaux de France, le béarnais recule progressivement, mais en l'absence de grande ville en Béarn, ce recul ne s'est guère manifesté avant la seconde moitié du XIXe siècle. Cyprien Despourrins, Xavier Navarrot ou Alexis Peyret font alors toujours vivre cette langue à travers leurs œuvres. L'école française entre en conflit direct avec l'usage des langues régionales à partir du dernier tiers du XIXe siècle et ce jusqu'à la première moitié du XXe siècle[217]. L'usage d'une répression éducative (comme le symbole) ou corporelle[217] est la norme pour empêcher les élèves de pratiquer leur langue maternelle à l'école. L'ensemble des appareils de l'État français ainsi que des représentants des classes dominantes sont à l'origine de cette volonté de supprimer les langues régionales[217]. Depuis le début des années 1950, cette phase répressive s'est graduellement arrêtée avec la transmission du français dans le cadre familial. C'est donc à partir du XXe siècle que le français s'impose comme langue d'usage dans la majeure partie de la population béarnaise.

Le béarnais bénéficie d'un important travail de modernisation dès la fin du XIXe siècle grâce à Paul Raymond et Vastin Lespy qui réalisent le premier grand dictionnaire béarnais[B 159]. Le mouvement du Félibrige dynamise ce travail de normalisation moderne au travers de l'Escole Gastoû Febus. Figure marquante du mouvement, Simin Palay est l'auteur d'un dictionnaire du béarnais et du gascon modernes en 1932[B 135], Jean Bouzet rédige lui un manuel de grammaire béarnaise[218]. L'enseignement du béarnais connait un renouveau depuis les années 1980, avec le développement des écoles bilingues calandretas. Le Béarn compte neuf écoles et un collège de ce type, totalisant 422 élèves scolarisés en 2014[219]. La question des locaux pose problème, alors qu'une dizaine d'établissements supplémentaires serait nécessaire pour répondre à la demande en hausse[219]. Dans un sondage réalisé par la région Aquitaine en 2009, le béarnais[Note 103] est compris par 23 % des personnes interrogées[220]. Plusieurs associations font vivre le béarnais dans son expression moderne, comme Per Noste, l'Ostau Bearnés[221] ou l'Institut béarnais et gascon[222].

Gastronomie

Photographie d'un plat chaud cuisiné.
La garbure, plat typique des paysans béarnais.

On retrouve en Béarn toutes les spécialités gastronomiques de la cuisine gasconne. Notamment celles liées aux anatidés (canards et oies) comme le foie gras[Note 104], le confit, et le magret. Les Béarnais ont aussi développé quelques spécialités, dont la poule au pot, popularisée par une légende liée à Henri IV[224]. L'automne venu, la chasse à la palombe s'ancre dans une tradition multiséculaire[225]. La garbure est la soupe traditionnelle paysanne, confectionnée avec les produits du potager et agrémentée éventuellement avec du canard confit[226].

Le Béarn, et notamment ses montagnes pyrénéennes, est une zone de production fromagère. Le fromage de brebis traditionnel prend historiquement le nom de fromage de Laruns[227], avant que sa confection ne soit encadrée par l'appellation d'origine Ossau-iraty depuis 1980. La tomme des Pyrénées[228] est un fromage au lait de vache commun à la quasi-totalité de la chaîne des Pyrénées françaises.

Le porc occupe une place centrale dans la gastronomie béarnaise, en atteste la tradition liée à la fête du pèle-porc[229] (ou pélère). Le jambon de Bayonne est issu d'une tradition multi-séculaire dans les pays du bassin de l'Adour. Sa fabrication est depuis 1998 protégée par une Indication géographique protégée (IGP). Celle-ci implique que l'élevage des porcs soit assuré dans le grand sud-ouest de la France tandis que sa salaison doit être pratiquée dans un rayon plus restreint composé des Pyrénées-Atlantiques et d'une partie de ses départements limitrophes[230]. La maison du jambon de Bayonne, équipée d'un espace muséographique[130], est située en Béarn au sein de la commune d'Arzacq-Arraziguet. Le jambon de Bayonne doit être frotté avec du sel des salines du bassin de l’Adour, dont notamment le sel de Salies-de-Béarn. Cette source saline est exploitée depuis l'âge du bronze[231], elle est à l'origine de la création de la cité[Note 105], de l'établissement de la fameuse voie du Cami Salié[Note 106] ainsi que du développement d'une activité importante de thermalisme au XIXe siècle dans la cité du sel.

Le travail de la vigne est représenté par plusieurs appellations regroupées dans l'AOC Béarn, dont le célèbre[233] Jurançon qui est un vin blanc sec ou moelleux. On élabore également des vins rouges appelés « rouges du Béarn » autour de la commune de Bellocq. La zone AOC du Madiran comprend vingt-huit communes béarnaises (dans le territoire du Vic-Bilh), elle permet la production de vins rouges mais aussi de vins blancs avec le Pacherenc.

Côté sucré, le Béarn compte quelques spécialités dont notamment le gâteau russe de la maison Artigarrède à Oloron-Sainte-Marie, ou encore le pastis bourrit[234] (commun avec les Landes) et la tourtière (ou croustade[235]). Le bonbon appelé la coucougnette, fait avec des amandes, de la pâte d'amande et du chocolat, est également devenu une spécialité béarnaise depuis plusieurs années. Durant la période du carnaval, les merveilles et les crespeths[236] sont à l'honneur. Enfin, la sauce béarnaise n'est pas originaire du Béarn, mais de la région parisienne[237].

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Costumes

Dessin représentant une femme portant un costume traditionnel.
Costume traditionnel de la vallée d'Ossau.

Les costumes traditionnels

Jusqu'au début du XXe siècle, le costume béarnais présente plusieurs éléments caractéristiques. Chez la femme, il est de tradition de ne jamais sortir nu-tête[238] ; elle porte le capulet[239] dans les vallées pyrénéennes, ou le cabilh (mouchoir) dans le piémont[238]. Le vêtement de tous les jours peut être miséreux dans les milieux modestes ; il comporte plus de recherche pour aller au marché voisin[238]. Pour les cérémonies et jours de fête, la robe-corsage (rauba) fait l'objet de soins particuliers. Le costume de l'homme est moins divers et raffiné que celui de la femme[238], il porte un gilet ainsi qu'une blouse camisole. Le béret était traditionnellement marron dans les vallées, avant que le noir ne se généralise. Fabriquée dès le XVIIIe siècle en Béarn[240], l'espadrille (espartenha) est la sandale traditionnelle du pays. Le costume traditionnel de la vallée d'Ossau est le seul à avoir résisté au temps, il est toujours revêtu pour des fêtes ou pour des mariages[241].

Le béret

Le béret (ou bounet) est le couvre-chef traditionnel des béarnais. Qualifié à tort de « béret basque » il est d'origine et de production béarnaise[Note 107]. La méprise serait à l'origine de Napoléon III qui en voyage à Biarritz qualifie le béret de basque, personne ne veut alors contredire la parole impériale[243]. Porté par les bergers de la vallée d'Ossau[242], il se répand dans l'ensemble du Sud-Ouest ainsi qu'au nord de l'Espagne, avant de devenir un véritable emblème français[244]. Nay et Oloron-Sainte-Marie sont les deux agglomérations béarnaises à connaître une fabrication industrielle du béret[245]. Les derniers fabricants français du béret se trouvent en Béarn, comme l'entreprise Laulhère située à Oloron-Sainte-Marie. Son port est moins généralisé qu'autrefois, mais résiste tout de même dans les campagnes béarnaises. Les fabricants visent les débouchés militaires ainsi que le domaine grandissant du luxe[244].

Architecture

Certains éléments sont communs et particulièrement caractéristiques dans l'architecture béarnaise : la présence d'une toiture à forte pente comprise entre 45° et 50°, et l'utilisation des galets des gaves pour la construction des murs depuis le XVIIIe siècle[246]. Des différences locales apparaissent néanmoins. Autour de Salies, les maisons sont constituées d'un toit très pointu et couvrant, d'une façade crépie (couvrant les galets) ainsi que de tuiles couleur argile[247]. Dans les plaines, on intègre de nombreuses fenêtres ainsi qu'une double génoise. Le toit est fait de tuiles rousses et plates[247]. Dans le Vic-Bilh, l'influence de l'Armagnac voisine se fait sentir, avec la présence d'un pignon triangulaire qui prolonge la façade au-dessus de la porte d'entrée[247]. Enfin, la maison des vallées est couverte d'ardoises tandis qu'une cour protège l'ensemble des communs[247]. Bien que caractéristique des vallées pyrénéennes, l'utilisation de l'ardoise est aussi très répandue dans le reste du Béarn, son usage se réduit en allant vers le nord et l'ouest. Il faut également ajouter l'architecture des granges, les bordes, et les cabanes de montagne, les cujalars.

Depuis les années 1980-1990, de nombreuses maisons qualifiées de « néo-béarnaises » sont construites par les promoteurs immobiliers du Béarn. Celles-ci reprennent les principales caractéristiques de la maison béarnaise traditionnelle, comme le toit fortement pentu et l'utilisation de l'ardoise ou de la tuile rousse. L'utilisation du galet dans le processus de construction est, en revanche, marginalisée dans ces constructions modernes. Au cours des années 1990 et surtout 2000, des maisons de type néo-provençales se sont développées de manière anarchique et incontrôlée dans certaines zones périurbaines du Béarn. Les pouvoirs publics ont depuis mis en place des recommandations pour éviter le développement de cette architecture mal maîtrisée[248]. La généralisation progressive des plans locaux d’urbanisme (PLU) à l'échelle des intercommunalités, au plus tard fin 2019[249], doit permettre de répandre les bonnes pratiques en matière de préservation de l'identité architecturale du Béarn.

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Musique et chant

Photo d'un obélisque, au fond une montagne enneigée.

Reposant sur une longue tradition de transmission orale, le béarnais engendre la création de nombreux chants. Ces chants ont pour points communs d'exprimer des sentiments tendres, des idées douces et des images riantes plutôt que l'éclat de la gaieté et le bruit des fêtes[250]. À la manière des contes, ils évoquent par exemple la naissance des pics pyrénéens, l'absence de l'être aimé, les amours impossibles ou encore les luttes de la communauté contre ses adversaires. Certains chants béarnais sont intemporels, à l'image de Si Canti attribué à Fébus, ils remontent à l'époque médiévale se transmettant depuis de génération en génération. Cyprien Despourrins est le plus populaire des chansonniers béarnais, ses ballades La haut sus las montanhas, Rossinholet qui cantas[252], ou De cap a tu soy, Mariou sont des classiques populaires du XVIIIe siècle[Note 108]. Au XIXe siècle, les airs de Xavier Navarrot bénéficient d'une popularité importante, comme Adiu me dau ! Quine galere[254]. Despourrins avait pour lui la grâce mélancolique, Navarrot se démarque par la malice et l'esprit caustique de ses textes[254]. C'est au cours de ce même XIXe siècle, que Charles Darrichon écrit son célèbre Bèth cèu de Pau[25].

Photo d'un homme en chemise et portant un béret tenant un mirco.
Jan du groupe Nadau.

La chanson béarnaise continue d'inspirer les artistes modernes. D'origine aspoise, le chanteur Marcel Amont enregistre de nombreux disques en béarnais depuis les années 1960[255]. Ces disques contiennent aussi bien des chansons traditionnelles que des textes des auteurs classiques de la littérature béarnaise et gasconne, tels que Jacob de Gassion, Xavier Navarrot, Alexis Peyret ou Simin Palay. Il se désole régulièrement du manque de considération de l'État français pour cette langue et cette culture[256], il publie en 2001 un livre avec comme question centrale « Comment peut-on être gascon ? »[257]. Le groupe Nadau est un groupe gascon-béarnais, qui célèbre cette culture à travers de nombreuses chansons. De cap tà l'immortèla et L'encantada sont deux des chansons les plus célèbres du groupe qui rempli plusieurs fois l'Olympia de Paris[258]. La scène béarnaise se compose actuellement d'une multitude de groupes[259], reprenant à la fois les chants traditionnels sans oublier une activité de création originale.

Le Béarn est surnommé « le pays des chants », la tradition des chants polyphoniques y est fortement ancrée[260]. La cantèra est une pratique sociale avec des règles musicales et humaines très fortes[260]. Sa pratique est particulièrement variée suivant l'endroit et le moment : duos fraternels, réunions amicales autour d'une table ou rassemblements festifs de plusieurs dizaines de chanteurs[261]. Le corpus de chants relevés en Béarn est composé de plusieurs centaines d'items. Dans son « Anthologie de la chanson béarnaise », André Hourcade en recense plus d'un millier[262]. Créé en 1967, le festival de Siros a permis un nouvel essor de cette activité[260]. La danse béarnaise est une autre pratique traditionnelle, elle est le plus souvent réalisée avec un accompagnement instrumental. En vallée d'Ossau des chansons à danser subsistent également[263]. Le répertoire de danses béarnaises comporte plusieurs sortes de danses, dont des danses collectives en chaîne (rondeau, farandole et branle) et des danses d'homme (sauts béarnais, proche du saut basque).

Littérature

La « charte des boucheries d'Orthez » de 1270 passe pour être l'un des plus anciens textes en prose béarnaise[264]. Il faut attendre le XIVe siècle pour observer l'émergence d'une poésie béarnaise avec Fébus. Le souverain de Béarn est un artiste accompli qui rédige des poèmes, notamment d'amour[265], en béarnais. Hormis ce bref épisode souverain, la littérature béarnaise reste cantonnée à un usage juridique[266]. Il est tout de même à noter l'œuvre marquante de Pey de Garros[Note 109] dans la seconde moitié du XVIIe siècle, il participe alors à ce qui sera qualifié par Pierre Bec de « siècle d'or de la poésie gasconne »[267]. Au cours de ce même XVIIe siècle, Jacob de Gassion est l'auteur de plusieurs sonnets, tandis que Jean-Henri Fondeville rédige des pastorales ainsi que des pièces de théâtre. Dans la première moitié du XVIIIe siècle, l'œuvre de Cyprien Despourrins marque profondément la littérature béarnaise. Ses chansons et poèmes connaissent un succès très important de son vivant[268], qui inspirent ensuite nombre d'écrivains en langue béarnaise ou gasconne dont Xavier Navarrot au XIXe siècle. Alexis Peyret est lui un Béarnais qui suit le mouvement de nombreux autres de ses congénères en partant vivre en Argentine, il rédige plusieurs poèmes en béarnais. Il est à citer Simin Palay, qui est l'auteur de poésies, pièces de théâtre et romans au début du XXe siècle.

Les contes et légendes tiennent une place centrale dans la tradition écrite et orale des Béarnais, ils contribuent à la mythologie pyrénéenne. Les thématiques sont adaptées à la culture de ce territoire, avec souvent l'environnement naturel (montagnes, gaves) comme élément central[269]. Les fées, les sorcières (las brouches), les loups et les ours sont des personnages fréquents[270], tout comme les bergers du côté humain. Parmi les contes béarnais, l'histoire de Jan de l’Ors[271] est particulièrement célèbre. Plus récemment on retrouve le personnage de Ramponneau dans le rôle du croque-mitaine. Dans la première moitié du XXe siècle, le personnage Caddetou d'Ernest Gabard devient emblématique dans l'esprit des Béarnais[272]. Toujours dans la tradition orale du Béarn, qui a ensuite débordé dans le genre littéraire, les dictons et proverbes sont nombreux[273],[274]. Quasiment chaque village béarnais possède un ou plusieurs dictons caractéristiques de ses habitudes, mœurs, superstitions, croyances ou faits historiques[275]. Les proverbes béarnais sont teintés de l'art du sous-entendu[276]. L'Académie de Béarn est une société savante, fondée en 1924[277], destinée à protéger et développer les mouvements littéraires, artistiques et savants béarnais.

Festivals

La vie culturelle et sociale béarnaise est ponctuée de différentes manifestations qui s'attachent à mettre en valeur le terroir béarnais, autour de sa langue, sa gastronomie et son hospitalité. La saison commence en janvier/février avec la tenue de plusieurs carnavals, notamment à Géronce avec un défilé de chars fleuris entre les villages de la vallée de Josbaig[278]. Le carnaval biarnés se déroule lui chaque année à Pau, il met en scène la décadence du despotique Sent Pançard[279]. En avril se déroule Lo primtemps de l'Arribèra à Saint-Pé-de-Léren, les chancaires œuvrent à la transmission de la culture béarnaise au travers de sa langue, ses danses et chants[280]. Toujours en avril se déroule le festival des vallées et des bergers à Oloron-Sainte-Marie qui mise lui aussi sur la mise en avant de la culture béarnaise, et plus globalement pyrénéenne[281]. En août à Pau, la culture occitane a son rendez-vous annuel au festival Hestiv'Òc. Il rassemble 60 000 festivaliers[282] autour des musiques et des cultures du sud. La période estivale est également marquée par la tenue de la fête du fromage de la vallée d'Aspe à Etsaut en juillet[283].

L'association « Septembre en Béarn »[284] a pour objectif de promouvoir les fêtes traditionnelles béarnaises qui se déroulent chaque année de fin août à début octobre. Il s'agit de la période de l'année la plus riche en manifestations en Béarn. La gastronomie béarnaise est mise en avant, avec les championnats du monde de garbure (ou garburade) à Oloron-Sainte-Marie[285], la fête du sel de Salies-de-Béarn[286], la foire au fromage de Laruns[287] ou la fête du maïs de Laàs[288]. Le retour des troupeaux des estives est célébré par la fête des bergers à Aramits[289], tandis que la culture béarnaise est mise en avant au festival de Siros[290].

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En lien avec la légende des Vaccéens et la présence des vaquetas sur leur emblème, les Béarnais possèdent une longue tradition taurine. Dès 1469, un texte évoque une course de vaches du côté de Moumour[291]. De mêmes événements sont recensés dans tout le Béarn, ces derniers attirent la foule et se rapprochent des actuelles courses landaises[292]. Durant le XIXe siècle, la tauromachie se codifie progressivement avec les apparitions notables de la corrida espagnole ainsi que de la forme moderne des courses landaises. La tauromachie s'implante alors en Béarn dans plusieurs communes, en particulier à Orthez[293], Garlin[294] et Arzacq-Arraziguet[295]. Ces places ont pour point commun d'être situées à proximité des anciens territoires gascons, une zone largement conquise à cette pratique. Le reste du Béarn est resté peu réceptif à la tauromachie et notamment à la corrida espagnole. Des arènes en bois sont, par exemple, construites à la fin du XIXe siècle à Pau. Lors d'une demande (infructueuse) de construction en dur d'une arène de 10 000 places, les promoteurs expliquent vouloir y mettre en scène la seule course portugaise car « nous désirons tenir compte des sentiments de la population paloise, nettement hostile aux barbaries et aux boucheries inutiles. »[296].

Lieux et monuments

Le patrimoine bâti béarnais s'étale du Néolithique jusqu'au XXIe siècle, il est le fruit d'une variété d'époques et d'usages. Le Béarn compte notamment 158 monuments[Note 110] inscrits ou classés à l'inventaire des monuments historiques. Depuis 2010 et 2011, les « Pyrénées béarnaises »[298] ainsi que le « Béarn des gaves »[299] sont labellisés Pays d'art et d'histoire par le ministère de la Culture. En 2011 et 2013, les communes de Pau et Oloron-Sainte-Marie[301] obtiennent ce même label en tant que Villes d'art et d'histoire. Navarrenx appartient au label des Plus beaux villages de France depuis 2015[302].

Patrimoine civil

Le patrimoine datant de la période préhistorique démontre l'occupation ancienne de la région. Le menhir de Ger, le dolmen de Buzy ou encore le tumulus du camp de Gurs rappellent cette présence humaine au cours du Néolithique. La zone du Pont-Long comporte un grand nombre[303] de tumuli de cette même période, utilisés par le « groupe du Pont-Long »[304]. Cette zone accueille également certains tumuli beaucoup plus anciens, dont un datant du IIIe millénaire av. J.-C. à Lescar[305]. Plus tardivement, plusieurs monuments sont datés de la Protohistoire. Il s'agit des cromlechs du plateau du Bénou à Bilhères[306], de grottes décorées à Aydius et Arudy[307] ainsi que de fortifications à Nabas. Beneharnum et Iluro sont les deux cités principales du Béarn antique. Malgré sa destruction vers le VIIIe siècle ou IXe siècle, plusieurs campagnes de fouilles archéologiques permettent de remettre au jour des traces de Beneharnum[B 23]. La villa suburbaine Saint-Michel (Sent-Miquèu) est l'élément principal de ces découvertes[B 160], le cœur de l'agglomération se situait alors dans l'actuel quartier du Bialé[B 161] tandis que la Haute-Ville est remparée à l'époque tardo-antique[308]. Fondée au Ier siècle, Iluro dévoile également peu à peu ses secrets par une série d'une cinquantaine d'opérations de fouilles ou sondages depuis 1986[309]. Des restes de villas, de thermes publics ou encore d'un hypocauste sont ainsi apparus[309].

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La période médiévale apporte au Béarn un patrimoine riche en châteaux forts. La construction du château de Pau débute dès le Xe siècle, avant que les vicomtes de Béarn ne le fortifient progressivement du XIIe siècle au XIIIe siècle[310]. Au XIVe siècle, Fébus fait de la souveraineté du pays de Béarn une ambition majeure. Il crée donc un système de défense pouvant satisfaire sa volonté. Il transforme radicalement[310] le château de Pau, et fait construire plusieurs autres forteresses à Montaner et Morlanne notamment. D'autres édifices fortifiés proviennent de cette période allant du XIIe siècle au XIVe siècle, il s'agit par exemple du Pont Vieux et de l'hôtel de la Lune à Orthez, de la tour de Grède à Oloron-Sainte-Marie, du pont de la Légende de Sauveterre-de-Béarn, ou encore d'une série de portes fortifiées à Lescar, Gan, Lembeye et Bougarber. Pour répondre à l'expansion démographique et à l'essor du commerce, les vicomtes de Béarn créent plusieurs villes neuves sous la forme des bastides. De la fin du XIIIe siècle jusqu'à la première moitié du XIVe siècle, douze bastides voient le jour en Béarn[311]. De cette époque, il reste aujourd'hui le traditionnel plan en damier de ces cités, avec la place du marché en son centre. Les communes de Nay[312] et Gan[313] sont des exemples marquants de ces réalisations. Navarrenx est une autre bastide voulue par les souverains de Béarn, elle devient au XVIe siècle la première cité bastionnée des actuels territoires français[314]. Plus d'un siècle avant Vauban, les souverains de Béarn font appel à l'ingénieur italien Fabricio Siciliano[315] pour réaliser cette forteresse de 1538 à 1549[314]. La place forte de Navarrenx joue un rôle primordial pour l'indépendance du Béarn, notamment en 1569 face aux assauts des troupes françaises dirigées par Antoine de Lomagne[314].

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Modifiés ou construits au cours du XVIe siècle, plusieurs bâtiments béarnais évoquent la période Renaissance. Le château de Pau devient la résidence principale des rois de Navarre à partir de 1512, il bénéficie de vastes changements qui transforment le château-fort laissé par Gaston Fébus au XIVe siècle[310]. Le château se mue en palais royal de style Renaissance grâce au règne d'Henri d'Albret et de Marguerite d'Angoulême. De magnifiques jardins sont également réalisés à l'époque de Jeanne d'Albret, certains contemporains les décrivent comme étant « les plus beaux d'Europe »[316]. La Maison carrée de Nay (ou maison Bonasse) est un hôtel particulier construit par une famille de riches commerçants dans la seconde moitié du XVIe siècle[317], elle reprend les codes du style Renaissance avec sa façade intérieure ouest composée de quatre niveaux de loggias[318]. Station climatique courue par l'aristocratie internationale[319], la ville de Pau concentre plusieurs bâtiments caractéristiques du XIXe siècle, et notamment de la Belle Époque. Ces touristes souhaitent vivre dans des palaces luxueux (comme l'hôtel de Gassion), ils se font construire des villas avec de grands jardins donnant sur les Pyrénées. La ville édifie divers équipements pour leur confort et leur distraction (bains, casino, funiculaire, promenade d'agrément). La mode du thermalisme se développe au XIXe siècle en Béarn, cette époque permet l'apparition de plusieurs bâtiments répondant aux attentes des curistes. L'hôtel des Princes des Eaux-Bonnes ou l'hôtel du Parc de Salies-de-Béarn sont deux exemples de cette période.

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Patrimoine religieux

La vie religieuse du Béarn s'articule pendant plusieurs siècles autour de deux lieux, la cathédrale Notre-Dame de Lescar et la cathédrale Sainte-Marie d'Oloron. Sièges de deux évêchés dès le concile d'Agde en 506, ces deux villes sont les héritières des cités antiques de Beneharnum et Iluro. La cathédrale de Lescar est située dans la ville haute de la cité, elle prend place au XIe siècle sur l'emplacement d'un baptistère dédié à saint Jean Baptiste. Selon l'hypothèse, ce baptistère accompagne une église détruite avant le Xe siècle[320]. L'actuel édifice roman est construit sous l'évêque croisé Guy de Lons dans le deuxième quart du XIIe siècle[320]. De cette époque, il reste notamment la mosaïque du chœur de la cathédrale, avec le personnage énigmatique du « chasseur maure unijambiste »[321]. Les modillons et les chapiteaux proviennent également du XIIe siècle. La cathédrale subit de nombreux dommages au fil du temps, en particulier au cours des guerres de Religion et de la Révolution. Depuis 1840, les campagnes de restauration se suivent. Elles ont également permis de mettre au jour les tombeaux des derniers rois de Navarre[322], ainsi qu'une partie du trésor de la cathédrale[323]. La construction de la cathédrale d'Oloron débute en 1102 grâce aux butins ramenés par Gaston IV le Croisé lors de ses participations aux croisades et à la Reconquista[324]. Détruit partiellement aux XIIIe siècle et XIVe siècle par des incendies, l'édifice de style roman et gothique est reconstruit puis agrandi au XVIIIe siècle[325]. Le portail roman est l'un des éléments conservés de l'édifice originel du XIIe siècle[324]. La cathédrale d'Oloron est inscrite au patrimoine mondial par l'UNESCO depuis 1998 au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle[326].

Outre ces deux cathédrales, le Béarn compte de nombreuses églises remarquables. L'église Sainte-Foy de Morlaàs possède un portail roman datant du XIIe siècle, celui-ci représente l'Apocalypse[327]. À l'image de la cathédrale d'Oloron, Gaston IV le Croisé profite de ses importantes ressources financières pour faire construire plusieurs hôpitaux, dont l'ensemble hospitalier de Lacommande ainsi que l'église de L'Hôpital-Sainte-Blaise (à la limite entre Béarn et Soule). Il s'agit pour lui d'accueillir les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle sous le contrôle du prieuré de Sainte-Christine-du-Somport[328]. Les sanctuaires, de style baroque, de Notre-Dame de Bétharram sont progressivement construits à partir du XVIIe siècle[329] afin de répondre au pèlerinage dont ce lieu fait l'objet depuis le XVIe siècle. Une série de miracles[330] rendent ce pèlerinage parmi les deux ou trois plus populaires au sein du royaume de France jusqu'au XVIIIe siècle[331]. Supplanté par le pèlerinage de Lourdes au XIXe siècle, distant de seulement 15 km, les sanctuaires de Bétharam accueillent toujours 50 000 visiteurs et pèlerins chaque année[332]. Les abbayes laïques constituent pendant plusieurs siècles une particularité béarnaise et bigourdane. En dehors de l'Église catholique, le temple protestant d'Orthez[333] et l'église anglicane Saint-Andrew de Pau[334] sont deux édifices religieux remarquables du Béarn.

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Patrimoine environnemental

Le parc national des Pyrénées

Le parc national des Pyrénées est l'un des dix parcs nationaux français, il est situé à cheval entre la Bigorre et le Béarn depuis 1967[335]. Le cœur du parc s'étend sur 45 707 ha, une aire d'adhésion de 128 400 ha a pour but d'intégrer la vie locale comme partenaire permanent[335]. Le parc abrite une riche diversité en faune et flore. On y retrouve quelques espèces symboliques des Pyrénées comme l'isard, l'ours brun, le Vautour fauve, l'Aigle royal, la marmotte ou encore le Desman des Pyrénées. Le parc national a pour mission d'assurer la diversité des milieux et d'agir lorsque des espèces sont en danger de disparition[336]. Menacé d'extinction dans les années 1950, l'isard bénéficie de mesures de protection et compte plus de 5 000 individus sur l'ensemble du parc[337]. Lieu d'implantation historique des ours bruns pyrénéens, le Béarn voit disparaître peu à peu ses derniers éléments. Ils étaient une cinquantaine dans les années 1950, mais seulement quatre désormais[338]. Une vingtaine d'ours se situent dans les Pyrénées centrales, grâce à la tenue de plusieurs réintroductions depuis 1996. Concernant la flore, on recense environ 160 espèces espèces endémiques dans les Pyrénées. Le Lis des Pyrénées, l'Iris des Pyrénées, la Ramondie des Pyrénées, le vélar, ou l'hélianthème ont toutes une variété spécifique aux Pyrénées[339]. En Béarn, la zone protégée du parc concerne six communes de la vallée d'Aspe et de la vallée d'Ossau. De nombreux sentiers de randonnées (à pied ou à VTT) sont balisés, des zones d'escalade sont praticables et la pêche est autorisée dans les lacs et les gaves[340].

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Outre l'espace protégé par le parc national des Pyrénées, les trois vallées des Pyrénées béarnaises concentrent quantités d'espaces naturels appréciés des randonneurs, skieurs et adeptes du tourisme vert. La vallée de Barétous est la plus occidentale des vallées béarnaises, elle contient le gouffre de la Pierre-Saint-Martin et son immense salle de La Verna. Le massif est exploré dès la fin du XIXe siècle mais il faut attendre les années 1950 pour son exploration par des spéléologues. Le puits d'entrée mesure 328 mètres, ce qui constitue un record à l'époque et lui vaut le surnom d'« Everest des profondeurs »[341]. L'épopée de sa découverte provoque la mort dramatique de Marcel Loubens en 1952[342],[343]. Plus à l'est se trouve la vallée d'Aspe, cette dernière permet le passage vers le sud des Pyrénées depuis l'antiquité (via le col du Somport). Le cirque de Lescun (surnommé « Dolomites des Pyrénées »[344]) est un élément emblématique du paysage de cette vallée, il se compose notamment des aiguilles d'Ansabère, de la Table des Trois Rois et du pic d'Anie. Taillé dans le rocher d'une falaise pour permettre l'exploitation forestière de la vallée au XVIIIe siècle, le chemin de la Mâture surplombe les gorges de l'Enfer et constitue une particularité du paysage aspois. La vallée d'Ossau, ainsi qu'une partie de la vallée de l'Ouzom, représentent la partie orientale des Pyrénées béarnaises. Cette vallée est marquée par la figure emblématique et caractéristique du pic du Midi d'Ossau. Flanqué de ces deux pics formant une dent centrale, l'Ossau est l'objet de nombreuses légendes[Note 111] ainsi que d'une affection particulière des Béarnais. Ces derniers surnomment le pic « Jean-Pierre » (Jan-Pèr), qui peut être une déformation du « géant de pierre ». À moins qu'il ne s'agisse de l'association des deux prénoms Jean et Pierre, prénoms traditionnels donnés aux deux premiers fils dans les familles béarnaises[346].

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Le pays des gaves

Photographie en couleurs d'un cours d'eau aux rives boisées ; château en surplomb en arrière-plan.
Le gave de Pau depuis Gelos, avec en fond le château de Pau.

Un gave est le nom générique donné aux cours d'eau en Béarn ainsi qu'en Bigorre. Les deux principaux gaves du Béarn sont le gave de Pau et le gave d'Oloron. Le réseau Natura 2000[Note 112] distingue ces deux cours d'eau. Le gave de Pau pour son vaste réseau hydrographique, avec un système de saligues encore vivace[348], et le gave d'Oloron car il s'agit d'une rivière à saumon et écrevisse à pattes blanches[349]. Ces deux gaves possèdent une faune particulière, ils ont en commun l'écrevisse à pattes blanches et le saumon atlantique. Le gave de Pau a la particularité d'abriter de la mulette, de la Cordulie à corps fin et du Gomphe de Graslin, le gave d'Oloron a pour spécificité le Desman des Pyrénées et la Loutre d'Europe. Le réseau Natura 2000 distingue également une dizaine d'autres sites naturels béarnais[Note 113]. Les gaves de Pau[351] et d'Oloron[352], ainsi que leurs affluents, sont également identifiés par une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF). Les deux gaves sont de type II, c'est-à-dire qu'il s'agit de « grands ensembles naturels riches et peu modifiés, offrant des potentialités biologiques importantes »[353].

Ces cours d'eau ont largement façonné le paysage béarnais en tant que voies de communication et de commerce. Les gaves contiennent également un écosystème particulier. Les saligues du gave de Pau constituent, par exemple, les dernières zones humides pour les oiseaux migrateurs avant la traversée des Pyrénées[354]. Ces zones correspondent à l'espace de divagation du gave : bancs de graviers, chenaux, bras secondaires, fourrés et boisements inondables les composent. L'eau est omniprésente en Béarn au travers des lacs et des gaves, elle permet la pratique de nombreuses activités aquatiques comme le canoë-kayak, le rafting, le canyonisme ou le stand up paddle.

Notes et références

Notes

  1. Ainsi, lorsque la localité de Lescar est passée au rang de cité, et donc de capitale, à la fin du IVe siècle, il aurait fallu parler de Lascurris Venarnorum soit Lescar des Venarni. Lorsque la cité est reconstruite vers le IXe siècle ou Xe siècle après les invasions normandes, Lescar n'aurait fait que retrouver son nom initial.
  2. Titres publiés dans les preuves de l'Histoire de Béarn de Pierre de Marca.
  3. Gardères et Luquet pour l'une et d'Escaunets, Séron et Villenave-près-Béarn pour l'autre.
  4. « Vath » fait référence à la vallée en béarnais. Quant à Vielha ou Bielle, cela pourrait provenir du béarnais « vieille » ou du latin « villa », désignant alors un groupe de maisons ou hameau.
  5. La vicomté de Louvigny est intégrée au Béarn moderne, avec d'autres communes gasconnes lors de la Révolution.
  6. La vallée du gave de Pau s'élargit ensuite après Lescar.
  7. Puyoô se situe par exemple à une altitude de 45 m contre 2 974 m pour le pic Palas.
  8. La température moyenne sur la période 1940-1953 est de 8,2 °C à l'usine du lac de Fabrèges (1 132 m), contre 6,2 °C au lac d'Artouste (1 997 m).
  9. Un biface acheuléen en quartzite est découvert sur la commune de Lons[B 7].
  10. Un foyer à pierres chauffées incluant des éclats de silex est découvert sur la commune de Bougarber[B 7].
  11. Torques, pendeloques, fibules ou agrafes, lances et épées sont découverts dans les nécropoles de Ger[B 14].
  12. Les Ligures sont refoulés dans les quartiers moins fertiles de l'Aquitaine, les côtes de l'océan, les sables des Landes et les forêts[B 16].
  13. Dans un espace compris entre Morlaàs, Thèze, Arthez, Artix et Nay[B 19].
  14. Paul Raymond note que les Oscidates Montani peuplent aussi les vallées d'Aspe et de Barétous[B 19].
  15. La cité est équipée de très larges artères urbaines, signe du caractère semi-urbain de l'agglomération, ces axes devant accueillir la circulation de la ville mais aussi des activités rurales gourmandes en espace (circulation et parcage des troupeaux, marchés, etc.)[B 23].
  16. Une borne militaire est découverte en 1860 près du Somport. Elle porte l'inscription Iluro M(illia) P(assuum) (Oloron, milliers de pas).
  17. Pierre de Marca place la création de la vicomté à l'an 820 — sous Louis le Débonnaire[B 36] — contre 840 — sous Charles le Chauve — pour Jean de Jaurgain[B 37].
  18. Une quasi-absence de sources fiables empêche de remonter avec certitude la généalogie des premiers Centulle[49].
  19. Le château d'Escurès se situe très probablement sur l'actuelle commune de Lembeye, localité créée dans la seconde moitié du XIIIe siècle. La motte du château se situe au sud de l'église de Lembeye, elle est détruite en 1830[49].
  20. Territoire qui correspond à la zone de peuplement des Illuronenses, partie prenante de la Novempopulanie antique.
  21. Sous Centulle IV et Centulle V[B 39].
  22. Lors de la conquête de Saragosse en 1118 et de Cutanda en 1120.
  23. Cette alliance Béarn-Aragon est initialement équilibrée, mais l'union de l'Aragon avec la Catalogne en 1137 rompt cet équilibre au profit de l'Aragon. Le Béarn devient un pays vassal de la couronne aragonaise, qui tente de créer un vaste ensemble sur les deux versants des Pyrénées. Cette vassalité se traduit notamment par le mariage de la vicomtesse Marie de Béarn avec Guillaume de Moncade, issue de l'une des plus puissantes familles de Catalogne[B 41].
  24. Les rois d'Aragon se concentrent désormais sur leurs ambitions méditerranéennes.
  25. Les rois d'Angleterre ont obtenu le titre de duc de Gascogne en 1152, à la suite du mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri II Plantagenêt.
  26. D'un côté le Béarn est vassal des rois d'Angleterre, et Foix vassal des rois de France.
  27. Avec le désastre que constitue la bataille de Poitiers en 1356.
  28. Fébus gagne du temps par tous les moyens[B 48], ce qui empêche le Prince Noir d'intervenir avant son retour d'une expédition en Castille particulièrement coûteuse en hommes et en argent en 1365[B 48].
  29. Son unique fils légitime, Gaston, meurt en 1380, probablement de la main de son père.
  30. En parallèle, un conflit judiciaire puis politique avait fait s'affronter les souverains béarnais au roi de France. Dans une question de droits de succession, le Parlement de Toulouse finit par trancher en 1510 que le Béarn devait porter hommage au roi de France. Louis XII voulut faire appliquer cette décision en intervenant militairement. Le roi de France finit par reculer à la suite de la rupture de son alliance avec la Castille et la menace des souverains béarnais de laisser passer les troupes castillanes par la Navarre et le Béarn. Un compromis est finalement trouvé à Blois en 1512, qui casse le jugement du Parlement de Toulouse et reconnait donc la souveraineté de facto du Béarn mais obtient en échange l'alliance du Béarn.
  31. Les rois catologiques ne peuvent laisser les troupes françaises s'installer durablement au sud des Pyrénées.
  32. Henri d'Albret rénove les vieillissants fors en 1551. Il s'agit du premier livre imprimé à Pau, le premier en Béarn le fut à Lescar en 1541. Il s’agissait d'un bréviaire latin[51], il crée le conseil souverain de Béarn en 1519[B 52] et une chambre des comptes entre 1520 et 1535.
  33. Afin de satisfaire la « Marguerite des Marguerite », Henri d'Albret fait transformer l'austère château de Pau en un palais de style Renaissance.
  34. La mort de son mari Antoine de Bourbon en 1562 constitue la bascule qui pousse Jeanne vers plus d’extrémités avec sa volonté d'imposer à son peuple sa foi personnelle[B 54].
  35. L'ordonnance de 1571 édicte les peines des plus sévères contre ceux qui s'efforcent d'« enseigner quelque fausse doctrine au peuple[B 57] ».
  36. Une éventuelle annexion signifierait le rétablissement du culte catholique ainsi que l'introduction d'un gouvernement absolutiste.
  37. Jeanne d'Albret qui vient de décéder.
  38. Le , Jeanne d'Albret accouche du petit Henri en chantant un cantique béarnais à la sainte Vierge, afin que son fils ne soit « ni peureux, ni rechigné ». La légende dit que les lèvres du futur monarque furent baptisées avec du vin de jurançon et de l'ail.
  39. Henri de Navarre descend en ligne masculine ininterrompue du roi Louis IX.
  40. Henri IV proclame l'édit de Fontainebleau le pour les catholiques du Béarn en leur accordant la liberté de conscience, les catholiques étaient alors devenus minoritaires en Béarn, sous l'effet des écoles calvinistes[52].
  41. La coutume veut qu'un nouveau roi doive intégrer à la couronne de France ses biens personnels. Sous les protestations du Parlement de Paris, Henri IV cède en 1607 mais en faisant exception pour le Béarn et la Navarre qu'il considère comme souverains.
  42. Il se déroule la solennelle procession qui ramène du faubourg à l'église Saint-Martin de Pau le Corpus Christi avec le roi Louis XIII qui suit tête nue et un cierge à la main.
  43. Un soulèvement est organisé par le marquis de La Force, gouverneur du Béarn, mais stoppé par le duc de Guyenne. L'exécution de Jean-Paul de Lescun en 1622, un ancien membre du Conseil souverain, marque le symbole de la défaite du parti protestant en Béarn.
  44. Regroupant les cours de Pau (Béarn) et de Saint-Palais (Basse-Navarre).
  45. Le Parlement de Navarre connaît une première grave crise entre 1760 et 1765 qui conduit à l'exil de la plus grande partie des présidents et des conseillers face à l'intransigeance royale. La révolte gronde dans la population paloise, qui se révèle toujours très attachée à cette institution et se rend compte de son importance pour la prospérité de la cité[B 68]. L'ordre revient en 1775 avec le retour des exilés accompagné d'une explosion de joie populaire[B 69]. Le Parlement montre sa reconnaissance envers la clémence royale mais fait toujours preuve d'une grande méfiance quant à la défense d'un peuple toujours plus opprimé par des contributions de plus en plus lourdes. Une nouvelle crise, la dernière, se joue en 1788 avec la volonté du roi d'obliger les provinces à faire enregistrer des édits augmentant les impôts malgré le refus des différents parlements dont le parlement de Navarre. Les parlementaires béarnais, soutenus par la population, protestent et se révoltent contre ce passage en force. Le roi Louis XVI ordonne alors que le parlement cesse immédiatement ses fonctions et que ses troupes marchent sur le Béarn[B 70]. Il recule finalement face au soulèvement général provoqué dans toute la France pour convoquer les États généraux.
  46. Notamment au sein des États. Ces derniers ne voulant céder en rien aux libertés fondamentales du pays ainsi qu'à sa souveraineté, pourtant largement édulcorée. Les États sont surtout inquiets de la fin de leur rôle politique, dans un royaume qui serait désormais unifié et centralisé[B 74].
  47. Les principaux partisans de l'autonomie béarnaise sont menacés de violences et s'enfuient de Pau. Le camp des patriotes, mené par l'avocat Mourot, en profite pour réaliser ce vote.
  48. Par exemple, aucun des députés béarnais ne vote la mort de Louis XVI.
  49. Fermeture de la frontière espagnole, la fin du commerce avec les Antilles, la fin de la vie parlementaire, la fermeture de l'Université et le départ des ordres religieux[B 78].
  50. En 1863 à Pau, en 1866 à Oloron-Sainte-Marie.
  51. 800 000 bérets y sont fabriqués en 1844.
  52. Pau devenant une des stations les plus élégantes d'Europe[B 86]. Elle bénéficie de l'arrivée de nombreux touristes fortunés (notamment britanniques) voulant profiter des bienfaits du climat hivernal de la région, suite de la parution d'un ouvrage du médecin écossais Alexander Taylor en 1842[54].
  53. De nombreux palaces et villas sont construits pour satisfaire cette aristocratie internationale. Les équipements publics se multiplient également, tandis que les théories de l'hygiénisme urbain sont appliquées, apportant à la capitale béarnaise le surnom de Hygiopolis[B 86].
  54. Dans les régions d'Orthez, Salies-de-Béarn et Sauveterre-de-Béarn notamment.
  55. Le maréchal Pétain tient un discours adressé aux paysans de France le en Béarn.
  56. Une partie du gisement est conservée pour une utilisation industrielle.
  57. Autour de la plateforme de l'aéroport de Pau-Pyrénées, de l'usine Turboméca à Bordes ou encore de l'usine Messier à Bidos.
  58. Oloron, Orthez, Sauveterre, Pau, Morlaàs, Nay, Aspe, Ossau, Soubestre (Garos), Salies, Montaner, Monein, Navarrenx.
  59. Navarrenx a fait office de première préfecture jusqu'au , avec que Pau ne prenne le relais, avec un court intermède à Oloron-Sainte-Marie du au .
  60. L’identité-culture, l’économie-tourisme-rayonnement, la transition énergétique-eau-environnement, la ruralité-agriculture-montagne, l’aménagement-planification, l’innovation-recherche-enseignement supérieur, la santé et les transports-mobilité-numérique.
  61. Des fors particuliers sont également concédés aux trois vallées des Pyrénées béarnaises, en 1221 pour la vallée d'Ossau, en 1222 pour la vallée d'Aspe et en 1247 pour la vallée de Barétous.
  62. Les États de Béarn sont fondés à la mort de Gaston Fébus par la fusion de la Cour majour et de la Cour des communautés.
  63. Chiffres obtenus en réalisant un comptage auprès des communes béarnaises recensées dans la liste des communes du Béarn[68].
  64. Les pasteurs montagnards interdisent à toute autorité laïque ou ecclésiastique d'intervenir en matière de plan d'occupation des sols[B 124].
  65. Pour protéger les frontières de la principauté, pousser au défrichement des terres inutilisées et contrôler le mouvement des troupeaux transhumants[B 126].
  66. L'agglomération oloronaise bénéficie d'une dynamique positive entre 1876 et 1962, passant de 4,4 % de la population béarnaise à 6,2 % en 1962. Depuis sa population a tendance à stagner. L'agglomération orthézienne tire profit de l'exploitation du gisement de Lacq à partir de la fin des années 1950 pour bénéficier d'une croissance significative, d'environ 8 000 habitants en 1954 jusqu'à 13 000 habitants aujourd'hui. La tendance s'est essoufflée depuis les années 1980.
  67. En 1846, ces trois vallées atteignent un point haut de 35 000 habitants contre environ 16 000 habitants en 2013, comptage réalisé selon le périmètre des communautés de communes respectives, en Ossau, en Aspe et en Barétous.
  68. Armand de Sillègue d'Athos d'Autevielle est Athos, Isaac de Portau est Porthos, Henri d'Aramitz est Aramis et Jean-Armand du Peyrer est le comte de Troisvilles.
  69. Jean-Vincent d'Abbadie de Saint-Castin s'embarque pour la Nouvelle-France, épouse une Abénaquis et devient lui-même chef au sein de cette nation avant de revenir en Béarn assurer la succession de ses enfants métis.
  70. Son avion prend le nom de Spirit of St. Louis en référence à la même ville fondée par Pierre Laclède.
  71. Lors du Congrès de Tucumán les représentants de plusieurs provinces de la vice-royauté de Río de la Plata déclarent l'indépendance de Provinces-Unies du Río de la Plata et désignent Juan Martín Pueyrredón directeur suprême ce qui fait de lui le premier chef d'État de l'État argentin qui ne va s'appeler officiellement « Argentine » que plus tard.
  72. C'est le cas entre autres de l'« association Béarn Argentina »[79]. D'autres associations représentent cette diaspora béarnaise, en France comme à l'étranger, à l'image de « La Garbure » et « Les Béarnais de Paris »[80] pour la capitale française ou encore de la « Ligue Henri IV »[81] à San Francisco.
  73. Sous la forme agot.
  74. Au Moyen Âge il est considéré que ces deux matériaux ne peuvent pas transmettre la lèpre.
  75. En 1625, le palois Jean de Tran est le premier cagot réhabilité[84].
  76. La polyclinique Marzet, située boulevard Alsace-Lorraine, est rachetée par la polyclinique de Navarre en 2013. Le nouvel ensemble compte 400 lits et emploie près de 700 personnes.
  77. Cette clinique a été vendue par le groupe Kapa Santé à Claude Bernard début 2016[98].
  78. Il s'agit de l'une des plus grandes salles de basket-ball en France avec 7 856 places assises.
  79. Henri IV fait adopter l'édit de Fontainebleau le pour les catholiques du Béarn en leur accordant la liberté de conscience.
  80. Actuel temple protestant.
  81. Qui accueille le cinéma Le Mélies.
  82. Seules les communes de plus de 50 ménages fiscaux ont été comptabilisées au sein de la liste des communes du Béarn[154].
  83. Chiffres obtenus en réalisant un comptage auprès des communes béarnaises recensées dans la liste des communes du Béarn[155].
  84. Le sous-sol béarnais fournit uniquement de la pierre et du sel.
  85. Vers l'Espagne et désormais les Antilles, avec l'appui des nombreux émigrés béarnais
  86. Chiffres obtenus en réalisant un comptage auprès des communes béarnaises recensées dans la liste des communes du Béarn[160].
  87. Les troncs sont transportés sous la forme de radeaux, qui descendent le gave de Pau puis l'Adour jusqu'à Bayonne.
  88. Anciennement nommée Coop de Pau.
  89. Grâce à la présence de la diaspora béarnaise expatriée.
  90. Épaisse bure.
  91. Bure pour les capes.
  92. Habillement, fabrication de textile, fabrication de chaussures.
  93. L'exploitation monte progressivement en gamme en passant d'1 million de m³ traités quotidiennement jusqu'à un pic de 33 millions de m3 en 1971[173]. Ce rythme se maintient jusqu'au milieu des années 1980, avant de se stabiliser à environ 8 millions de m³ jusqu'au début des années 2000.
  94. Le groupe Total s'est engagé à conserver 3 % du gisement de gaz pour permettre aux industriels du bassin de Lacq de s’alimenter en énergie à bon marché pendant trente ans[174].
  95. Lors de la découverte du gisement de Lacq en 1951, des spécialistes américains sont appelés pour aider à son exploitation. Leur jugement est alors affirmatif, ce gisement est inexploitable selon eux.
  96. Chiffres obtenus en réalisant un comptage auprès des communes béarnaises recensées dans la liste des communes du Béarn[186].
  97. Côté pile saint Jean Baptiste et côté face le lys, deux symboles de Florence, avec la marque Dominus Bearnii ou Febus Comes[B 155].
  98. Les autres graphies, historiques ou mistraliennes donnent : So/Sou, diné, dièr, mounede, Baquete, ardit, morlaa/mourlâ, escut, double, doubloû, quoadruple, pistole.
  99. Le béarnais emploie les mots suivants pour décrire la monnaie (en graphie classique[191],[Note 98]) :
    • pour désigner l'argent en général : sòu, diner, escut, moneda (moneda jurada si sa valeur est garantie par le souverain) ;
    • pour désigner les différentes devises historiquement en circulation :
      • petite monnaie : sòu également, Vaqueta (le quart d'un ardit selon Raymond et Lespy[192]), ardit (petite monnaie, liard), morlan (d'une valeur de 3 vaquetas, moins qu'un ardit selon Raynmond et Lespy),
      • autre monnaie : escut (généralement valant 3 francs) doble ou doblon, quadruple (monnaie d'or valant 50 ou 100 liures ou francs), liure (préféré au mot franc), franc, tolosan (de valeur inférieure au franc selon Raymond et Lespy), pistòla (somme d'une valeur de 10 liures — ou 10 francs — « ancienne monnaie d'or d'Espagne » selon Raymond et Lespy), florin (selon Simin Palay[B 135], l'équivalent d'un Louis d'or de 10 à 20 francs) et finalement euro.
  100. Tinda provient du verbe béarnais tindar (« tinter » en français), résonance des cloches attachées au cou des vaches béarnaises[194].
  101. Selon une légende, le vicomte du Béarn défia l'archevêque de Morlaàs qui élevait un ours, en lui soutenant qu'une de ses vaches l'emporterait au combat, ce qui se produisit[200].
  102. Le latin est auparavant utilisé.
  103. Qu'il soit nommé « béarnais » dans la majorité des cas, ou bien « occitan », « gascon » et « patois ».
  104. Le groupe coopératif béarnais Euralis est le 1er producteur mondial de foie gras[223].
  105. Une célèbre légende prétend que la ville se serait bâtie autour d’une source salée découverte au cours d’une chasse au sanglier[232].
  106. « Le Cami Salié (« chemin du sel » en béarnais) est évoqué dès 1500 ans avant Jésus-Christ, il s'agit du chemin historique allant du plateau de Ger vers Salies-de-Béarn et sa production de sel[32] ».
  107. Le mot français béret, provient du béarnais berret qui proviendrait du latin birretum[242].
  108. Des classiques qui plaisent également à Louis XV, avec l'interprétation de Pierre de Jélyotte[253].
  109. Auteur d'origine gasconne mais qui finit ses jours à Pau.
  110. Chiffre obtenu en réalisant un comptage auprès des communes béarnaises recensées dans la liste des communes du Béarn[297].
  111. D'après la légende, deux bergers jumeaux vivaient en haut de la montagne : Jean le petit d'humeur joyeuse et Pierre le colosse taciturne. Une nuit, Pierre entendit un bruit épouvantable grondant des profondeurs. Alors qu'il patrouillait avec son frère autour de la cabane, une sorcière (brouche) surgit et entraîna les bergers dans son monde souterrain. Les barbares en profitèrent alors pour attaquer et anéantir la vallée. Soudain, Jean et Pierre jaillirent du volcan, immenses, côte à côte, brandissant leurs épées de feu avec lesquelles ils embrochèrent les envahisseurs. Les brouches pétrifient l'exploit des deux jumeaux dans l'éternité devenant indissociables au sein du pic d'Ossau[345].
  112. Le réseau Natura 2000 rassemble des sites naturels ou semi-naturels ayant une grande valeur patrimoniale[347].
  113. Le massif de Sesques et de l'Ossau, le massif de l'Anie et d'Espelunguère, le massif du Layens, la montagne de Barétous, le parc boisé du château de Pau, les coteaux de Castetpugon, de Cadillon et de Lembeye, la tourbière de Louvie-Juzon, le gave d'Aspe et le Lourdios, le gave d'Ossau, le barrage d'Artix et saligue du gave de Pau, le château d'Orthez et bords du gave[350].

Références

Sources bibliographiques

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