Jean Boissel

Jean Boissel
Image dans Infobox.
Julius Streicher et Jean Boissel lors du rassemblement de la Ligue antijuive universelle le 9 mai 1935 au Herkules-Velodrom à Nuremberg.
Fonction
Directeur
Le Réveil du peuple
Biographie
Naissance
Décès
(à 60 ans)
Nom de naissance
Anselme Joseph Médéric Marie Boissel
Nationalité
Activités
Architecte, journaliste, militant politique, homme politique
Autres informations
Conflit

Anselme Joseph Médéric Marie Boissel dit Jean Boissel, né le à Bains (Haute-Loire) et mort le , est un sergent de la Première Guerre mondiale, aviateur, architecte, journaliste et militant d'extrême droite français.

Il est le fondateur et directeur de l'hebdomadaire collaborationniste parisien Le Réveil du peuple.

Biographie

Fils de gendarme, Jean Boissel est gravement blessé lors de la Première Guerre mondiale. Il reste mutilé à vie et sera pensionné à cent pour cent. Il poursuit ensuite ses réalisations architecturales. Il est l'architecte de nombreux édifices, principalement des villas au Touquet-Paris-Plage dont certaines sont classées à l'inventaire général du patrimoine architectural français.

Il publie en 1933 Les Croix de sang, livre qui relate ses souvenirs du front et annonce son programme antisémite et antiparlementaire[1]. En 1934, très imprégné des concepts ethno-racialistes chers à Arthur de Gobineau, il s'engage sur le plan politique : il crée une éphémère Légion frontiste R.I.F., se voulant à la fois « antimaçonnique, antiparlementaire et anti-judéo-métèque », et un périodique, R.I.F. (Racisme international fascisme)[2].

En , il se rend à Nuremberg pour y participer au congrès de la Ligue antijuive universelle aux côtés du propagandiste nazi Julius Streicher[3]. En 1936, il est même reçu par Adolf Hitler[4]. Il entre également en correspondance avec Theodor Kessemeier, responsable du Deutscher Fichte-Bund[5].

Dans Le Réveil du peuple, bimensuel violemment antisémite qu'il dirige depuis , organe de son Front franc[6], il profère des menaces de mort contre Léon Blum alors président du Conseil. Il est condamné à quatre mois de prison en [7]. L'année suivante, il prend la défense de Roger Cazy, délégué régional du Front franc incarcéré pour avoir diffusé de la propagande hitlérienne à Arras[8].

Arrêté et emprisonné à son tour pour intelligence avec l'ennemi en 1939, Boissel est libéré par les Allemands. Contrairement à Marcel Déat, Jacques Doriot ou Eugène Deloncle, il ne tient qu'un rôle de second plan dans la collaboration. Il préside le Front franc, publie à nouveau Le Réveil du peuple et tient quelques conférences, à Paris[9] et en province[10]. Il préside un autre groupuscule collaborationniste, l'Union des forces françaises, qui organise en un « pèlerinage » à la tombe du polémiste antisémite Édouard Drumont[11].

Réfugié à Baden-Baden puis à Sigmaringen, il est arrêté en 1944, condamné à mort le et radié de la Légion d'honneur ; il est en partie gracié en décembre de la même année[12] et sa peine est commuée en emprisonnement.

Il meurt en prison en 1951[13].

Famille

Son épouse, poursuivie pour espionnage au profit de l'Allemagne, est condamnée aux travaux forcés à perpétuité par le tribunal militaire de Constantine.

Son fils aîné, Maurice, est condamné en à quatre ans de prison, pour son adhésion au Front franc et sa collaboration au Réveil du peuple.

Enfin, son fils cadet, Jean, est condamné à 22 ans en par la Cour de justice de la Seine, pour « intelligence avec l'ennemi », à dix ans de travaux forcés et à la dégradation nationale : il a adhéré lui aussi au Front franc, s'est engagé en 1942 dans le Nationalsozialistisches Kraftfahrkorps (N.S.K.K.), et, en , dans les rangs de la Milice de Joseph Darnand. Il a participé à diverses opérations contre les maquis (le maquis des Glières notamment), puis a gagné l'Allemagne en 1944, où il s'est engagé dans la division Charlemagne, a combattu en Tchécoslovaquie et a été fait prisonnier par les Soviétiques[14].

Réalisations architecturales au Touquet-Paris-Plage

Poste du Touquet.

La Poste

L'hôtel des postes du Touquet-Paris-Plage est construit en 1927 par l'entreprise Delcourt Frères. Jean Boissel remporte le concours organisé par la municipalité (les perdants sont les architectes Louis Quételart et Albert Pouthier).

Boissel a voulu garder le souvenir de l'ancienne chapelle Saint-André précédemment édifiée à cet emplacement, d'où la fantaisie architecturale du petit clocher. Ont collaboré à ce projet : le céramiste Delassus de Desvres et le peintre-verrier boulonnais Gaëtan Jeannin. La poste est inscrite au titre des monuments historiques par arrêté du [15].

Villas

  • Banco (angle de l'avenue Fernand-Recoussine - avenue de la Paix)
  • Blanc-Mesnil
  • Carte Blanche
  • Clarendon House (avenue Joseph-Louis Sanguet)
  • Forêt bleue
  • Loin des flots, rebaptisée « Oxer »[16] en 1946. Construite vers 1925[17].
  • Mamette
  • La Marotte, rebaptisée « Le Manoir des Pins » (avenue John-Whitley). Construite au début du XXe siècle[18].
  • L'Oiseau bleu
  • Pare-Brise
  • Sable d'Or
  • Sainte-Thérèse

Publications

  • Les Croix de sang, Paris, éditions Rénovation, 1933 ; rééd. sous le titre Les Croix de sang. Recueil d'opinions, Paris, Steff, 1934
  • « Le Juif, poison mortel », conférence donnée à la salle des Centraux le , Paris, Éditions R.I.F., coll. « Les grandes conférences de combat », 1935
  • L'Appel à la France, lancé par Jean Boissel le , Paris, Éditions du « Réveil du peuple », 1941
  • Charte du Front Franc, précédée d'un Appel à la France, introduction de A. Féval, Paris, Éditions du « Réveil du peuple », 1941
  • La Crise, œuvre juive : manière de la conjurer, suivi de La Charte anti-judéo-maçonnique, Paris, Éditions du « Réveil du peuple », 1941
  • Mon discours de Nuremberg () : « La paix des anciens combattants », préface d'Alphonse de Châteaubriant, Paris, Éditions du « Réveil du peuple », 1941
  • Souvenirs de mes prisons, préface de Roger Cazy, Paris, Éditions du « Réveil du peuple », 1941

Dans la littérature

Jean Boissel est « Neuneuil » dans D'un château l'autre de Céline.

Notes et références

  1. Le Combattant des Deux-Sèvres, juillet 1933, Le Peuple, 18 octobre 1933, Pierre-André Taguieff (dir.), L'Antisémitisme de plume (1940-1944), Berg International, 1999.
  2. Notre temps, 3 novembre 1934, Nomenclature des journaux, 1936, Pierre-André Taguieff (dir.), op. cit.
  3. Pascal Ory, Les Collaborateurs, coll. « Points/Histoire », éd. du Seuil, 1976, p. 25.
  4. Pascal Ory, op. cit., p. 93.
  5. Paul Nizan, « M. Jean Boissel s'est donné un maître : Streicher », Ce soir, 21 juillet 1939, p. 3.
  6. L'Action française, 26 avril 1937
  7. L'Express de Mulhouse, 11 janvier 1938.
  8. Ce Soir, 21 juillet 1939.
  9. Paris-Soir, 19 avril 1941.
  10. Le Progrès de la Côte d'Or, 17 juin 1942.
  11. Le Petit Parisien, 3 février 1943, p. 3.
  12. Le Monde, 3 décembre 1946.
  13. Pierre-André Taguieff, L'Antisémitisme de plume 1940-1944, Univers Poche, , 817 p. (ISBN 978-2-823-81589-4, lire en ligne).
  14. Le Monde, 10 octobre 1946, Le Monde, 9 octobre 1946.
  15. Notice no IA62000154, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  16. L'oxer est un obstacle sur un champ de courses ; ce nom a été choisi par le propriétaire de la villa, grand amateur d'équitation.
  17. Notice no IA62000201, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  18. Notice no IA62000163, base Mérimée, ministère français de la Culture.

Voir aussi

Bibliographie

  • Beaujour Paul-Louis, Jean Boissel et Le Front Franc ou La vraie vie du « Neuneuil » de Céline, 254 p., 2015, collection pour l’Histoire, éditions Déterna (ISBN 9782360060788)

Articles connexes

Liens externes