Académie française

Académie française
French Institute, Paris 2014 002.jpg
L'Institut de France, où siège l'Académie française.
« À l'immortalité »
Histoire
Fondation
1634 pour les premières réunions, 1635 pour les lettres patentes[1]
Cadre
Type
Domaine d'activité
Objectif
« Veiller sur la langue française et accomplir des actes de mécénat. »
Siège social
Pays
Langue
Organisation
Membres
40 membres élus par leurs pairs
Fondateur
Secrétaire général
Protecteur
Branche
Affiliation
Site web

L’Académie française, fondée en 1634 et officialisée en 1635 par le cardinal de Richelieu, est une institution française dont la fonction est de normaliser et de perfectionner la langue française. Elle se compose de quarante membres élus par leurs pairs, et est la première des cinq académies de l'Institut de France.

La mission qui lui est assignée dès l’origine, et qui sera précisée par lettres patentes de Louis XIII le 29 janvier 1635, est de travailler à « donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ». Dans cet esprit, elle compose un Dictionnaire de l'Académie française, dont la première édition est publiée en 1694 et la neuvième est en cours d'élaboration. Elle attribue également des prix littéraires, dont le plus renommé est le Grand prix de littérature de l'Académie française.

L'Académie française rassemble des personnalités qui ont illustré la langue française : poètes, romanciers, dramaturges, critiques littéraires, philosophes, historiens, scientifiques, et, par tradition, des militaires de haut rang, des hommes d’État et des dignitaires religieux.

Il n'existe aucune condition de titres ou de nationalité pour entrer dans la Compagnie, sinon celle d'avoir illustré la langue française.

Histoire

À l'origine, les réunions d'un groupe de lettrés

Les origines de l'Académie se trouvent dans les réunions informelles d'un groupe littéraire, le « cercle Conrart », qui se rassemble depuis 1629 au numéro 135 de la rue Saint-Martin, domicile de Valentin Conrart, protestant calviniste et néanmoins conseiller de Louis XIII et habitué de l'hôtel de Rambouillet où se rencontraient déjà ces hommes de lettres. Ces réunions littéraires secrètes (comme auparavant l’Académie de musique et de poésie fondée en 1570 par Jean-Antoine de Baïf et Joachim Thibault de Courville sous le règne de Charles IX et qui, tout en restant secrète, devient en 1574 l’Académie du palais sous Henri III) inspirent à Richelieu, dont les idées prennent un caractère de grandeur, le projet de créer l'Académie française en transformant ces réunions en une compagnie littéraire sous l'autorité royale, prenant pour modèle l'Accademia della Crusca fondée à Florence en 1582 et ayant déjà publié son Vocabolario en 1612[2]. Les registres des réunions sont tenus par Conrart dès le [3],[4].

Constitution en Académie à l'inspiration de Richelieu

Le cardinal de Richelieu, premier « chef et protecteur » de l'Académie. Portrait de Philippe de Champaigne.

Les statuts sont élaborés durant toute l'année 1634[5], statuts à caractère prescriptif visés par le Cardinal en 1635[6]. Conrart en dresse les lettres patentes signées par Louis XIII le (date traditionnellement attribuée pour la naissance officielle de l'Académie française)[7] et enregistrées par le Parlement de Paris en 1637[8]. Les statuts et règlements sont signés le [9]. Treize nouveaux membres, appelés jusqu’en 1636 du nom d’« Académistes » (« académiciens » à partir du 12 février 1636), sont admis à siéger avec le groupe initial des 9 membres. Valentin Conrart en devient le premier secrétaire perpétuel de 1634 à 1675, Richelieu est nommé « père et protecteur » de ces lettrés au départ quelque peu rétifs (depuis le protectorat de Louis XIV, chaque chef de l'État français demeure le protecteur de l'Académie, approuvant ou non l'élection d'un membre)[10]. Un des premiers travaux de cette Académie est d'arbitrer la querelle entre Georges de Scudéry et Pierre Corneille concernant Le Cid. En 1637, sur l'insistance de Richelieu, Jean Chapelain rédige Les sentiments de l'Académie Française sur la tragi-comédie du Cid[11],[12].

Le livre Histoire de l'Académie françoise (premier volume paru en 1653) écrit par un de ses membres, Paul Pellisson (le second de l'abbé d'Olivet relatant son histoire est paru en 1729), rédigé à partir des registres de l'Académie française et sous l'influence des académiciens (d'autant plus que Pellisson souhaite intégrer la compagnie), est la source unique sur la fondation de l'Académie. Pellisson considère qu'elle n'a aucune finalité savante — comme l'académie de Baïf fondée en 1570 et l'académie de Mersenne — ou finalité politique — comme l'académie des frères Dupuy[13] —, mais son récit omet que le cercle Conrart réunit des hommes de plume, de grands aristocrates et a aussi pour vocation de s'échanger des informations pour offrir au groupe une position privilégiée sur l'espace socio-politique de l'époque[14]. De plus, l'Académie donnant son avis sur les œuvres littéraires (voir son intervention dans la « querelle du Cid »), Richelieu y voit un moyen de contrôle sur la vie intellectuelle et littéraire française. Dans sa volonté de rassembler, Richelieu veut que la langue française soit l'affaire des représentants des divers domaines du savoir (ecclésiastiques[N 1], militaires — le premier est le duc Armand de Coislin en 1652 —, diplomates, puis écrivains et philosophes — le premier est Montesquieu en 1727 — sous Louis XV qui menace de supprimer l'Académie qui prend son indépendance grâce aux Lumières) et décide que l'Académie s'ouvre à quarante membres égaux et indépendants, donc qu'elle ne soit pas subventionnée[15].

Les membres de l'Académie française venant offrir à Louis XIV leur Dictionnaire en 1694.

Le caractère officiel de cette compagnie de « beaux esprits » étant établi, elle se réunit d’abord chez tel ou tel de ses membres, puis chez le chancelier Pierre Séguier à partir de 1639, est hébergée à la mort de Richelieu en 1642 par Anne d'Autriche grâce à l'intervention de l'académicien Vincent Voiture, interprète de la reine mère[16], sur les conseils de Colbert elle est transférée au Louvre à partir de 1672.

En 1694 paraît la première édition du Dictionnaire de l'Académie française.

Parenthèse révolutionnaire et installation quai de Conti

En 1793, par décret daté du 8 août, la Convention thermidorienne supprime toutes les académies royales (« royaume des lettrés, titrés, mitrés » selon la formule de Chamfort), y compris l'Académie française, et confirme l'interdiction d'élire de nouveaux membres pour remplacer ceux décédés. Pendant la Terreur, l'abbé Morellet sauve les archives de l'Académie en les cachant chez lui. En 1795, par décret daté du 22 août, ces Académies sont remplacées par une seule entité : l'Institut de France, dont la loi Daunou arrête l'organisation[N 2].

En 1803, par arrêté du 3 pluviôse de l'an XI (23 janvier), le Premier consul Bonaparte décide de restaurer les anciennes académies, mais simplement comme classes (divisions) de l'Institut de France. La seconde « classe de langue et littérature françaises » correspond de facto à l'ancienne Académie française. Bonaparte avait en 1800 opposé un refus à son frère Lucien, alors ministre de l'Intérieur et rêvant d'être académicien, qui lui avait suggéré de restaurer l'Académie[N 3].

En 1805, l'Académie s'installe enfin au collège des Quatre-Nations – devenu Institut de France en 1795 –, où elle demeure toujours[17].

À travers les conflits du XXe siècle

Le patriotisme issu de la Première Guerre mondiale favorise l'élection de nombreux maréchaux, dont le premier est le maréchal Lyautey en 1912.

Sous l'Occupation, certains membres de l'Académie s'engagent dans la collaboration (Charles Maurras, Abel Bonnard, Abel Hermant, et le maréchal Pétain). Élu provisoirement secrétaire perpétuel en 1942, Georges Duhamel fait suspendre les élections, comme en 1790, évitant ainsi la subordination de l'Académie au régime de Vichy[18]. Une légende veut que François Mauriac soit l'âme de la Résistance académique. À la Libération, le monde intellectuel est dans les mains du Comité national des écrivains qui est actif dans l'Épuration et souhaite supprimer l'Académie. Georges Duhamel défend avec succès la cause de l'institution auprès du général de Gaulle, la loi d'indignité nationale prévoyant que toute personne frappée d'indignité nationale et appartenant à un corps constitué est automatiquement exclue, excluant de fait les collaborateurs de l'Académie.

Histoire récente

L'Académie retrouve sa pleine indépendance (politique et financière)[19] vis-à-vis de l'Institut de France par la loi de programme pour la recherche de 2006[15].

Missions

Définir les normes de la langue française

Première édition du Dictionnaire de l'Académie française (1694).

La création de l'Académie française s'inscrit dans la continuité de l'institution du français comme langue officielle de la nation, traduite en particulier par l'ordonnance de Villers-Cotterêts édictée par François Ier en 1539, dont les articles 110 et 111 sur la langue française sont toujours en vigueur. Son rôle est de contribuer à l'harmonisation de la langue française, pour qu'elle soit compréhensible par tous les Français et aussi par tous les Européens qui l'adoptent alors comme langue commune. L'Académie est donc garante de la précision de la langue française, en ayant pour objectif d'éviter qu’une confusion dans les mots n'entraîne une confusion dans les idées[20].

L’article 24 de ses Statuts précise que « la principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possible à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences ».

L'accomplissement de cette mission de normalisation de la langue française se traduit par trois principales actions :

  • l'édition d'un dictionnaire lexicographique, qui recueille et fixe l'usage de la langue (nomenclature, orthographe, sens et prononciation des mots) : le Dictionnaire de l'Académie française.
  • l'émission de recommandations et d'avis sur les règles de la langue : publications officielles et publications d'académiciens sur le bloc-notes internet de l'Académie et dans la presse.
  • la participation aux différentes commissions de terminologie[21], visant à créer de nouveaux mots dans tous les domaines, en particulier ceux où les inventions et développements de la science sont nombreux. L'Académie donne son aval pour la publication des termes au Journal officiel, qui sont alors aussi publiés sur le site internet FranceTerme, et leur usage devient obligatoire au sein des administrations et des services publics en remplacement des termes étrangers.

L’article 26 des Statuts demande que soient composés « un Dictionnaire, une Grammaire, une Rhétorique et une Poétique sur les observations de l’Académie ». Le Dictionnaire a été et continue d'être édité, la Rhétorique et la Poétique n'ont jamais été publiés, et la Grammaire a été publiée une unique fois en 1930[22]. Rapidement décriée et désavouée, son édition n'a pas été renouvelée[23],[24],[25].

L'Académie française exerce sa mission de normalisation de la langue en recueillant les us et coutumes et en les codifiant en lois sans se donner le droit d'en changer les dispositions, et en participant à la création de nouveaux mots dans les commissions de terminologie, mais elle s'est toujours défendue d'être la créatrice de la langue[26]. Toutefois, la langue étant vivante et donc en constante évolution, l'Académie est aussi volontiers considérée comme une autorité naturelle pour déterminer le bon usage de la langue. Cette autorité est concurrencée par les ministères français tels que celui de l'Éducation nationale qui a autorité pour définir les usages acceptés aux examens, par les autorités d'autres pays francophones tels que le Canada et son Office québécois de la langue française, très vigilant à l'usage des anglicismes, voire par une conception libérale qui donne une égale autorité linguistique à tous les éditeurs privés.

Illustrer la langue française

Séance de remise des prix de l'Académie française en 2007 en présence d'une vingtaine d’académiciens.

La seconde mission de l'Académie est l'illustration de la langue française. Elle est accomplie notamment à travers le mécénat, non prévu dans les statuts d'origine, qui procède de l'exécution des dons et legs qui lui ont été faits et ce dès l'Ancien Régime[N 4].

Œuvres des académiciens

Chacun dans sa spécialité, les membres de l'Académie ont contribué par leurs ouvrages à l'illustration et au prestige de la langue définie par la Compagnie, tels que Corneille, Racine, La Fontaine ou Bossuet[27].

Attribution de prix littéraires

Article détaillé : Prix de l'Académie française.

C'est en 1671 que pour la première fois sont attribués des prix par l'Académie : un prix d'éloquence et un prix de poésie[27].

L’Académie française décerne actuellement chaque année environ soixante prix littéraires, dont les dotations sont financées par des donateurs souvent en exécution de legs, parmi lesquels :

Attribution de dons et subventions

L’Académie attribue des subventions à des sociétés littéraires ou savantes, des œuvres de bienfaisance, des aides à des familles nombreuses, aux veuves, aux personnes défavorisées ou qui se sont distinguées par l’accomplissement d’actes de dévouement ainsi qu’un certain nombre de bourses d'étude : Jean-Walter-Zellidja, Neveux, Corblin, Damade.

Statut et organisation

L'Académie française est une personne morale de droit public à statut particulier gérée par ses membres en assemblée[28], c'est-à-dire une institution publique centrale de l'État français.

Elle élit son secrétaire perpétuel qui, comme son nom l'indique, le reste jusqu'à son décès ou à sa démission. Cette permanence en fait le personnage le plus important de l'institution.

Elle élit également, tous les trois mois, un président chargé de présider les séances.

Les 40 « immortels »

L'historien Louis Duchesne recevant Hubert Lyautey sous la coupole en 1920.
Remise de l'épée d'Antoine de Lévis-Mirepoix en 1953.

L’Académie française se compose de 40 membres élus par leurs pairs. Depuis sa fondation, elle a reçu en son sein plus de 700 membres (732 membres en 2019[29]). Elle rassemble des poètes, des romanciers, des dramaturges, des philosophes, des historiens, des médecins, des scientifiques, des ethnologues, des critiques d’art, des militaires, des hommes d’État, des hommes d’Église, qui ont tous en commun d'avoir illustré particulièrement la langue française[réf. nécessaire].

L’élection à l’Académie française est souvent considérée par l’opinion comme une consécration suprême.[réf. nécessaire]

Origine des 40 fauteuils

L'origine des fauteuils de l'Académie française est racontée ainsi par l'académicien Charles Pinot Duclos :

« Il n'y avait anciennement dans l'Académie qu'un fauteuil, qui était la place du directeur. Tous les autres académiciens, de quelque rang qu'ils fussent, n'avaient que des chaises. Le cardinal d'Estrées, étant devenu très infirme, chercha un adoucissement à son état dans l'assiduité à nos assemblées : nous voyons souvent ceux que l'âge, les disgrâces, ou le dégoût des grandeurs forcent à y renoncer, venir parmi nous se consoler ou se désabuser. Le cardinal demanda qu'il lui fût permis de faire apporter un siège plus commode qu'une chaise. On en rendit compte au roi Louis XIV, qui, prévoyant les conséquences d'une telle distinction, ordonna à l'intendant du garde-meubles de faire porter quarante fauteuils à l'Académie, et confirma, par là et pour toujours, l'égalité académique. La compagnie ne pouvait moins attendre d'un roi qui avait voulu s'en déclarer le protecteur[30]. »

En 1639, les académiciens passent de 39 à 40 fauteuils.

L'« immortalité »

Surnommés « les immortels », les académiciens doivent ce surnom à leur devise « À l’immortalité ». Celle-ci figure sur le sceau donné à l’Académie par son fondateur, le cardinal de Richelieu, et vise à l'origine la langue française et non les académiciens. Rapidement, cette notion s'est étendue aux académiciens pour leur gloire posthume, l'immortalité littéraire étant conférée par le roi en échange de l'unification linguistique du royaume et son autonomisation par rapport à l'Église. À partir du XVIIIe siècle, les académiciens comme tous les écrivains développent une éthique qui ne se veut plus être au service du pouvoir mais gardent ce titre d'« immortels »[31].

La qualité d’académicien est une dignité inamovible. Celui qui se déclare démissionnaire n’est pas remplacé avant son décès : Pierre Benoit, Pierre Emmanuel et Julien Green en sont des exemples. Des exclusions peuvent être prononcées par l'Académie pour de graves motifs, notamment des motifs entachant l’honneur. Ces exclusions au cours de l’histoire ont été rarissimes. Plusieurs furent mises en œuvre après la Seconde Guerre mondiale pour faits de collaboration, à l'endroit de Philippe Pétain, Charles Maurras, Abel Bonnard et Abel Hermant. Les fauteuils de Pétain et Maurras ne furent pas pourvus avant leur mort, à l'inverse de ceux de Bonnard et Hermant, par mesure exceptionnelle[32].

L'élection et la réception

Quand un fauteuil est laissé vacant par la mort de son titulaire, l'Académie déclare la vacance à l'issue d'un délai de décence de plusieurs mois, et une élection est alors organisée dans les trois mois qui suivent. Les candidatures sont déposées par les candidats avec un courrier adressé au secrétaire perpétuel, ou sont présentées par un ou plusieurs académiciens. L'âge limite est de 75 ans à la date du dépôt de candidature[33].

L'élection est effectuée à bulletins secrets, et requiert la majorité absolue des suffrages exprimés. Un quorum de 20 votants est fixé. Les votes blancs ne sont pas pris en compte pour l'établissement de la majorité absolue, à l'inverse des bulletins blancs marqués d'une croix[33].

L'élection ne devient définitive qu'après l'approbation du protecteur de l'Académie, le roi puis le président de la République, qui manifeste celle-ci en donnant audience au nouvel élu. C'est ainsi que l'élection de Paul Morand a été différée jusqu'en 1968, car le général de Gaulle s'y était jusqu'alors opposé en raisons des postes occupés par celui-ci sous le régime de Vichy.

Le nouvel élu est alors installé dans une cérémonie à huis clos. Une semaine après, il est officiellement reçu dans la Compagnie en habit vert, qu'il se sera fait confectionner. Au cours de cette cérémonie publique, il prononce un discours de remerciement où il fait l'éloge de son prédécesseur, auquel répond le directeur du trimestre où la vacance a été notifiée. Cette tradition remonte à Olivier Patru, reçu en 1640 :

« À sa réception, rapporte Pellisson, Patru prononça un fort beau remerciement dont on demeura si satisfait qu’on a obligé tous ceux qui ont été reçus depuis d’en faire autant. »

— René de La Croix de Castries, La Vieille Dame du Quai Conti[33]

L'uniforme

Article détaillé : Habit vert.

L'habit des académiciens, avec bicorne, cape et épée, qu'ils revêtent lors des séances solennelles sous la Coupole, a été dessiné sous le Consulat. Grand amateur d'uniformes, Bonaparte avait d'abord pensé à un habit jaune, mais c'est un uniforme noir avec des broderies vertes en forme de rameaux d'olivier qui fut finalement choisi par une commission de trois membres : Houdon, Vincent et Chalgrin, sur un dessin attribué au peintre Jean-Baptiste Isabey.

Cet uniforme est commun à tous les membres de l’Institut de France.

Les femmes et les ecclésiastiques sont dispensés du port de l'uniforme et de celui de l'épée. Mmes de Romilly, Carrère d'Encausse, Delay, Veil, Sallenave et Bonna ont cependant opté pour l'« habit vert » lors de leur réception. Mme Carrère d'Encausse a été la première femme à porter l'épée, arme créée pour l'occasion par l'orfèvre géorgien Goudji, et les femmes élues ensuite, Mmes Delay, Djebar, Veil, Sallenave et Bonna ont opéré le même choix, à l'inverse de Jacqueline de Romilly, qui avait reçu une broche symbolique après son élection à l'Académie des inscriptions et Belles-Lettres en 1975 et qui demeure la seule femme à avoir été membre de deux académies de l'Institut.

Quelques statistiques

La première femme élue à l'Académie française est Marguerite Yourcenar, en 1980. Elle a été suivie par Jacqueline de Romilly en 1988 et Hélène Carrère d'Encausse en 1990, qui est l'actuel secrétaire perpétuel de l'institution.

Article détaillé : Femmes à l'Académie française.

La nationalité française n'est pas formellement une obligation pour être élu à l'Académie, rien n'étant prévu à ce sujet dans le règlement de l'institution. Plusieurs académiciens sont ainsi originaires d'autres pays que la France. Si la plupart d'entre eux ont été naturalisés avant leur élection — comme Joseph Kessel ou Eugène Ionesco —, certains ont été élus avec une autre nationalité — comme Julien Green —. Peu de temps avant son élection en 1980, Marguerite Yourcenar, devenue citoyenne des États-Unis en 1947, avait repris la nationalité française. Des académiciens français sont également nés dans un pays étranger, sans toutefois avoir la nationalité de ce pays — comme Valéry Giscard d'Estaing, né en 1926 en Allemagne —.

L'âge moyen d'entrée à l'Académie, d'après les calculs du démographe Jacques Véron, était de 44 ans entre 1635 et 1757, de 50 ans pour les promotions de 1758 à 1878 et de 60 ans pour les promotions de 1880 à 1983[37]. L'âge moyen d'entrée des 19 académiciens élus entre 2005 et mars 2016 est de 68 ans[37].

Membres actuels

Fauteuil Membre Nationalité Date d'élection Réception
Date Discours Réponse
1 Dagens, Claude Claude Dagens Drapeau de la France France [*] Delay, Florence Florence Delay : [*]
2 Laferrière, Dany Dany Laferrière Drapeau du Canada Canada
Drapeau d'Haïti Haïti
[*] Maalouf, Amin Amin Maalouf : [*]
3 Bredin, Jean-Denis Jean-Denis Bredin Drapeau de la France France

[*]

Moinot, Pierre Pierre Moinot : [*]
4 Marion, Jean-Luc Jean-Luc Marion Drapeau de la France France [*] Dagens, Claude Claude Dagens : [*]
5 Makine, Andreï Andreï Makine Drapeau de la France France [*] Dominique Fernandez : [*]
6 Fumaroli, Marc Marc Fumaroli Drapeau de la France France

[*]

Bredin, Jean-Denis Jean-Denis Bredin : [*]
7 Hoffmann, Jules Jules Hoffmann Drapeau de la France France

[*]

Pouliquen, Yves Yves Pouliquen : [*]
8 Vacant
9 Patrick Grainville Drapeau de la France France 21 février 2019 [*] Dominique Bona : [*]
10 Delay, Florence Florence Delay Drapeau de la France France

[*]

Bianciotti, Hector Hector Bianciotti : [*]
11 Broglie, Gabriel de Gabriel de Broglie Drapeau de la France France

[*]

Druon, Maurice Maurice Druon : [*]
12 Vacant
13 Vacant
14 Carrère d'Encausse, Hélène Hélène Carrère d'Encausse Drapeau de la France France

[*]

Déon, Michel Michel Déon : [*]
15 Vitoux, Frédéric Frédéric Vitoux Drapeau de la France France

[*]

Déon, Michel Michel Déon : [*]
16 Giscard d'Estaing, Valéry Valéry Giscard d'Estaing Drapeau de la France France

[*]

Rouart, Jean-Marie Jean-Marie Rouart : [*]
17 Orsenna, Erik Erik Orsenna Drapeau de la France France

[*]

Poirot-Delpech, Bertrand Bertrand Poirot-Delpech : [*]
18 Serres, Michel Michel Serres Drapeau de la France France

[*]

Poirot-Delpech, Bertrand Bertrand Poirot-Delpech : [*]
19 Dabadie, Jean-Loup Jean-Loup Dabadie Drapeau de la France France

[*]

Vitoux, Frédéric Frédéric Vitoux : [*]
20 Rinaldi, Angelo Angelo Rinaldi Drapeau de la France France

[*]

Deniau, Jean-François Jean-François Deniau : [*]
21 Finkielkraut, Alain Alain Finkielkraut Drapeau de la France France [*] Nora, Pierre Pierre Nora : [*]
22 Obaldia, René de René de Obaldia Drapeau de la France France

[*]

Poirot-Delpech, Bertrand Bertrand Poirot-Delpech : [*]
23 Rosenberg, Pierre Pierre Rosenberg Drapeau de la France France

[*]

Cabanis, José José Cabanis : [*]
24 Vacant
25 Fernandez, Dominique Dominique Fernandez Drapeau de la France France [*] Rémy, Pierre-Jean Pierre-Jean Rémy : [*]
26 Rouart, Jean-Marie Jean-Marie Rouart Drapeau de la France France

[*]

Carrère d'Encausse, Hélène Hélène Carrère d'Encausse : [*]
27 Nora, Pierre Pierre Nora Drapeau de la France France

[*]

Rémond, René René Rémond : [*]
28 Rufin, Jean-Christophe Jean-Christophe Rufin Drapeau de la France France [*] Pouliquen, Yves Yves Pouliquen : [*]
29 Maalouf, Amin Amin Maalouf Drapeau de la France France
Drapeau du Liban Liban
[*] Rufin, Jean-Christophe Jean-Christophe Rufin : [*]
30 Sallenave, Danièle Danièle Sallenave Drapeau de la France France [*] Fernandez, Dominique Dominique Fernandez : [*]
31 Edwards, Michael Michael Edwards Drapeau de la France France
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
[*] Vitoux, Frédéric Frédéric Vitoux : [*]
32 Weyergans, François François Weyergans Drapeau de la France France
Drapeau de la Belgique Belgique

[*]

Orsenna, Erik Erik Orsenna : [*]
33 Bona, Dominique Dominique Bona Drapeau de la France France

[*]

Rufin, Jean-Christophe Jean-Christophe Rufin : [*]
34 Cheng, François François Cheng Drapeau de la République populaire de Chine Chine
Drapeau de la France France

[*]

Rémy, Pierre-Jean Pierre-Jean Rémy : [*]
35 Pouliquen, Yves Yves Pouliquen Drapeau de la France France

[*]

Mohrt, Michel Michel Mohrt : [*]
36 Barbara Cassin Drapeau de la France France
37 Zink, Michel Michel Zink Drapeau de la France France [*] Michael Edwards : [*]
38 Lambron, Marc Marc Lambron Drapeau de la France France [*] Orsenna, Erik Erik Orsenna : [*]
39 Clair, Jean Jean Clair Drapeau de la France France

[*]

Fumaroli, Marc Marc Fumaroli : [*]
40 Darcos, Xavier Xavier Darcos Drapeau de la France France [*] Dabadie, Jean-Loup Jean-Loup Dabadie : [*]

Nombre effectif des académiciens

Le nombre de 40 académiciens n’a été atteint que cinq ans après la création de l’Académie, avec l’élection de Daniel de Priézac le .

Jusqu’à la fin de la première moitié du XIXe siècle, l’effectif de l’Académie française était souvent complet, chaque décès étant rapidement suivi par une élection et le nouvel académicien était rapidement reçu[N 5].

Depuis, les délais d’élection et de réception se sont considérablement allongés. Il se passe aujourd’hui environ un an entre un décès et une élection, et encore un an entre l’élection et la réception[N 6], de sorte que le chiffre de 40 académiciens est peu souvent atteint. L'Académie fut au complet pour la dernière fois du (élection de Marc Lambron) au (décès d'Assia Djebar)[N 7].

Mais si l’on ne tient compte que des académiciens reçus, et non pas seulement élus, alors l’Académie n’a été complète que pendant 24 jours au cours du XXe siècle, et ne l’a encore jamais été au XXIe siècle. Les périodes où l’Académie était complète ont été :

Si l’on ne tenait pas compte de l’exclusion de facto de Charles Maurras et Philippe Pétain pour cause de condamnation à l'indignité nationale[N 8], alors il y aurait deux autres périodes pendant lesquelles l’Académie serait au complet :

Le nombre d'académiciens élus a été au plus bas avec 28 membres du au . Le nombre d'académiciens reçus a été au plus bas avec 26 membres du au [38],[29].

Le « 41e fauteuil »

Article détaillé : 41e fauteuil.

L’expression 41e fauteuil a été forgée en 1855, par l’écrivain Arsène Houssaye, lui-même candidat malheureux, pour désigner ces auteurs qui n'ont jamais siégé à l'Académie, malgré leur notoriété ou leurs qualités généralement reconnues, tels Descartes, Molière, Pascal, La Rochefoucauld, Rousseau, Diderot, Beaumarchais, André Chénier, Balzac, Dumas père, Gautier, Flaubert, Stendhal, Nerval, Maupassant, Baudelaire, Zola, ou Daudet[39].

Certains ne songèrent pas à introduire une candidature, tels Giraudoux, Larbaud ou Ravel. D’autres sont décédés avant leur élection probable : Apollinaire, Proust, Debussy ou Péguy.

Refus de se présenter

De nombreux écrivains, intellectuels ou de scientifiques ont décliné l'invitation à se présenter à l'élection parmi les « immortels ». Sollicité par François Mauriac en 1950, Marcel Aymé lui répond ainsi :

« Je vous suis très reconnaissant d'avoir pensé à moi pour le Quai de Conti […]. Avec beaucoup d'émoi, je réponds à votre « clin d'œil » qui me rend très fier. Pourtant, je dois vous dire que je ne me sens pas l'étoffe d'un académicien. En tant qu'écrivain, j'ai toujours vécu très seul, à l'écart de mes confrères mais pas du tout par orgueil, bien au contraire, plutôt par timidité et indolence aussi. Que deviendrais-je si je me trouvais dans un groupe de quarante écrivains ? J'en perdrais la tête et à coup sûr, je n'arriverais pas à lire mon discours. Ainsi feriez-vous une piètre acquisition[40]. »

De même Georges Bernanos refusa qu'on pût seulement lui proposer d'y entrer, car, écrit-il, s'il n'en était déjà dégoûté, la présence au sein de l'Académie « d'un vieil imposteur comme Claudel-Turelure » l'en éloignerait[41]. De Bernanos, on cite souvent la phrase : « Quand je n'aurai plus qu'une paire de fesses pour penser, j'irai l'asseoir à l'Académie ».

Edmond Rostand a ironisé sur l'immortalité de noms de certains académiciens pourtant aujourd'hui tombés dans l'oubli : « - L'Académie est là ? - Mais... j'en vois plus d'un membre ; Voici Boudu, Boissat, et Cureau de la Chambre ; Porchères, Colomby, Bourzeys, Bourdon, Arbaud... Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c'est beau. » (Cyrano de Bergerac, acte I, scène 2). Rostand ne s'en présenta pas moins à l'Académie où il fut élu en 1901.

Certains, délibérément hostiles à l'Académie et rejetant par principe ce qu’on nomme académisme, ont refusé les avances qui leur étaient faites. Ce fut le cas notamment de Stendhal, de Gustave Flaubert, d’Alphonse Daudet, d’André Gide, de Roger Martin du Gard et de Jacques Monod.

Approchés, plusieurs hommes de lettres contemporains dont Daniel Pennac, Jean Echenoz, Simon Leys, J. M. G. Le Clézio, Patrick Modiano, Milan Kundera, Pascal Quignard ou Tonino Benacquista déclinèrent la proposition de se présenter.

Prises de positions de l'Académie

Langues régionales

Fidèle à sa mission originale d'établissement des normes de la langue officielle, l'Académie française s'oppose à ce qu'il soit fait mention des langues régionales dans la Constitution française, selon une déclaration rendue publique le . En effet, selon les académiciens, cette mention amènerait la France à pouvoir ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires[42], ce qu'elle ne souhaite pas.

Rectifications de l’orthographe

Dans son discours du , le Premier ministre a proposé à la réflexion du Conseil supérieur de la langue française cinq points précis concernant l’orthographe :

  • le trait d’union ;
  • le pluriel des mots composés ;
  • l’accent circonflexe ;
  • le participe passé des verbes pronominaux ;
  • diverses anomalies.

C’est sur ces cinq points qu'ont porté les propositions de l'Académie française. Elles ne visent pas seulement l’orthographe du vocabulaire existant, mais aussi et surtout celle du vocabulaire à naître, en particulier dans les sciences et les techniques.

Présentées par le Conseil supérieur de la langue française, ces rectifications ont reçu un avis favorable de l’Académie française à l’unanimité, ainsi que l’accord du Conseil de la langue française du Québec et celui du Conseil de la langue de la Communauté française de Belgique.

Elles ont été publiées au Journal officiel du . Ces rectifications, modérées dans leur teneur et dans leur étendue, se résument ainsi :

  • le trait d’union : un certain nombre de mots remplaceront le trait d’union par la soudure (exemple : portemanteau comme portefeuille) ;
  • le pluriel des mots composés : les mots composés du type pèse-lettre suivront au pluriel la règle des mots simples (des pèse-lettres) ;
  • l’accent circonflexe : il ne sera plus obligatoire sur les lettres i et u, sauf dans les terminaisons verbales et dans quelques mots où sa présence est essentielle pour distinguer un homonyme (exemples : qu’il fût, mûr) ;
  • le participe passé : il sera invariable dans le cas de laisser suivi d’un infinitif (exemple : elle s’est laissé mourir) ;
  • les anomalies :
    • mots empruntés : pour l’accentuation et le pluriel, les mots empruntés suivront les règles des mots français (exemple : un imprésario, des imprésarios) ;
    • séries désaccordées : des graphies seront rendues conformes aux règles de l’écriture du français (exemple : douçâtre), ou à la cohérence d’une série précise (exemples : boursouffler comme souffler, charriot comme charrette).

La dernière autorité s'avère en fin de compte l'usage : menée par quelques défenseurs inattendus dont François Cavanna et Delfeil de Ton, ordinairement peu enclins à soutenir l'ordre établi, la réforme de 1990 (rectification d'anomalies orthographiques, suppressions de certains accents circonflexes, francisation des noms d'origine étrangère, etc.) fut fortement contestée et l'Académie, tout en indiquant que les modifications proposées possédaient une logique, réaffirma la nécessité de laisser l'usage seul trancher[réf. nécessaire].

Féminisation des noms de métiers

L'Académie a longtemps été opposée à la féminisation des noms de métiers. En 2014, elle considérait, par exemple, des mots formés par l'adjonction de -e à des mots en -eur comme des « barbarismes »[43]. (Voir ci-dessous les Critiques). Mais en 2019, ses positions deviennent nettement plus nuancées, et elle affirme qu'« il convient de laisser aux pratiques qui assurent la vitalité de la langue le soin de trancher : elles seules peuvent conférer à des appellations nouvelles la légitimité dont elles manquaient à l’origine. »[44].

Critiques de l'institution

L'Académie française essuie depuis sa création de nombreuses critiques tenant tout à la fois à ses positions conservatrices, son mode de fonctionnement et de recrutement, sa légitimité ou encore son expertise.

Lenteur de rédaction

Son premier dictionnaire est critiqué pour sa lenteur de rédaction (il faut attendre 1694 pour le voir paraitre alors que l'institution a été créée en 1635). Tranchant dans les débats de l'époque, l'Académie opte pour une « orthographe ancienne » (c'est-à-dire à tendance étymologique) en ce qu'elle « distingue les ignorants d'avec les gens de lettres et les simples femmes »[45],[46]

Avant la parution de la première édition, Antoine Furetière, académicien avant d'être exclus par ses pairs, se vengera de son éviction en décrivant au vitriol les modalités de travail de la commission du dictionnaire :

« Chacun pointille sur chaque article, et le juge bon ou mauvais selon sa connaissance ou son caprice; très souvent on le réforme au pis, ou on ne fait que changer peu de chose dans l'expression. Mais cela se fait avec tant de bruit et de confusion, que les plus sages se taisent, et que l'avis des plus violents l'emporte. Celui qui crie le plus haut, c'est celui qui a raison(....). Quand un Bureau est composé de cinq ou six personnes, il y en a un qui lit, un qui opine, deux qui causent, un qui dort et un qui s'amuse à lire quelque dictionnaire qui est sur la table[47] »

Opacité de fonctionnement

Son fonctionnement opaque et sa gestion financière ont fait l'objet d'un rapport de la cour des Comptes en 2015 pointant une « gestion du patrimoine peu rigoureuse » et « fonctionnement interne marqué par des dérives »[48].

Son manque d'expertise linguistique est régulièrement la cible de critiques ainsi que son caractère non démocratique[49] en tant qu'institution normative. L'Académie se défend cependant d'être une institution normative, se retranchant derrière la notion de « greffier de l'usage ». Plusieurs observateurs ont néanmoins estimé qu'à partir du moment où les usages non normés sont délégitimés par les locuteurs et institutions qui se réfèrent à l'Académie (au premier chef desquelles l'école), les usages sont conditionnés de fait par l'Académie (entre autres au travers du dictionnaire, de ses communiqués ou de sa rubrique « On dit/on ne dit pas »)[50].

Positions conservatrices

Le caractère conservateur de ses prises de positions dans les débats sur l'orthographe et la féminisation des noms de titres et de fonctions a été l'occasion à de plusieurs critiques. Les chercheuses Maria Candea, Yannick Chevalier, Sylvia Duverger, Anne-Marie Houdebine et Éliane Viennot décrivent ainsi dans leur livre L'Académie contre la langue française[51] ce qu'elles estiment être « la croisade contre la "féminisation", en dépit des besoins langagiers d'une société où l'égalité des sexes progresse - en dépit, surtout, des logiques de la langue française et des évolutions à l'œuvre dans les autres pays francophones »[52].

Élections contestées

L’annonce de la candidature de Valéry Giscard d'Estaing en 2003 suscite une opposition de Maurice Druon et de plusieurs membres de l’Académie parmi lesquels Angelo Rinaldi, Erik Orsenna et Pierre Messmer. Druon écrit un article virulent dans Le Figaro littéraire, où il souligne que jamais un ancien protecteur de l'Académie n'a osé être candidat sous la Coupole, et estime que la politique ne doit pas envahir l'Académie, que les gaullistes n'ont toujours pas digéré l'attitude de Giscard lors du référendum de 1969, et que Giscard n'est pas un écrivain[53]. Giscard d’Estaing est néanmoins élu dès le premier tour, avec 19 voix sur 34[54],[55].

L'élection d'Alain Finkielkraut en 2014 divise les académiciens et soulève l'opposition de huit d'entre eux, qui barrent leur bulletin d'une croix. Il est cependant élu dès le premier tour avec 16 voix sur 24[56]. Il succède à Félicien Marceau, dont l'élection avait provoqué la démission d'une autre académicien, Pierre Emmanuel, qui entendait protester contre l'arrivée de cet écrivain sur lequel avaient pesé des soupçons de collaboration avec l'occupant allemand dans les dernières années de la guerre dans son pays d'origine, la Belgique[57]. Condamné par contumace en Belgique en 1946, sa condamnation fut estimée injustifiée par le général de Gaulle qui lui accorda donc la nationalité française en 1959[58].

Notes et références

Notes

  1. Lettrés de l'époque, ce sont souvent des cadets de famille à qui on ne peut donner l'héritage et la fonction militaire. Ils atteignent 24 ecclésiastiques sur les 40 membres en 1712.
  2. La séance solennelle de rentrée des cinq académies perpétue la tradition célébrant cette loi par une séance plénière se tenant le mardi le plus proche du 25 octobre.
  3. Lettre du Premier Consul à son frère Lucien Bonaparte, datée du 26 messidor an VIII ()
  4. Comme le prix Montyon.
  5. Quelques exemples :
  6. Réception au cours de laquelle est prononcé un éloge qui a pour origine l'éloge funèbre de Pierre Bardin.
  7. Cela avait été le cas auparavant entre le (élection de François Weyergans) et le suivant (mort de Maurice Druon), et la précédente période a duré du (élection d’Assia Djebar) au (mort de Jean Bernard).
  8. Leur condamnation à la dégradation nationale, respectivement le et le , provoque automatiquement la destitution et l'exclusion de toutes fonctions, offices publics et corps constitués, mais l’Académie française, tout en reconnaissant la vacance de leurs fauteuils, n’a pas voté sur leur radiation et ils n’ont été remplacés qu’après leur mort.

Références

  1. Les grandes dates, sur le site de l'Académie.
  2. (en) Einar Ingvald Haugen, Anwar S. Dil, The Ecology of Language, Stanford University Press, , p. 169.
  3. Paul Pellisson-Fontanier, Pierre Joseph Thoulier d'Olivet et Charles-Louis Livet, Histoire de l'Académie française, vol. 1, (lire en ligne), p. 18.
  4. Sur le site de l'Académie française, parmi les « grandes dates », on peut lire : « Le garde des Sceaux, Pierre SÉGUIER, duc de Villemoze, scella les lettres patentes justifiant la constitution de l’Académie le 4 décembre 1634, huit ans jour pour jour avant le décès du Cardinal » et « 1634 : Naissance de l’« Académie française ». Richelieu en sera le protecteur et Valentin Conrart le premier secrétaire perpétuel ».
  5. Pellisson-Fontanier, Thoulier d'Olivet et Livet 1858, p. 20-30.
  6. [PDF] STATUTS ET RÈGLEMENTS, sur le site de l'Académie.
  7. l'Académie française Les grandes dates
  8. René Pocard du Cosquer de Kerviler et Pierre Séguier, Le chancelier Pierre Séguier second protecteur de l'Académie française : études sur sa vie privée, politique et littéraire et sur le groupe académique de ses familiers et commensaux, Didier, , p. 59.
  9. Jean-Pol Caput, L'Académie française, Presses Universitaires de France, , p. 9.
  10. Paul Pellisson Histoire de l’Académie française depuis son établissement jusqu’en 1652 (1653). Réédition : Slatkine Reprints, Paris, 1989. Disponible sur Gallica Vol. 1, Vol. 2.
  11. Jean Chapelain, Les sentimens de l'Académie françoise sur la tragi-comédie du Cid, d'après le manuscrit de la main de Chapelain conservé a la Bibliothèque nationale, correction, introduction et notes de George Collas, 1912.
  12. Colbert Searles, L'Académie française et "Le Cid", Revue d'Histoire littéraire de la France, 21e Année, No. 2 (1914), p. 331-374.
  13. Hélène Merlin-Kajman, L'Excentricité académique, éd. Les Belles-Lettres, 2001, 278 p. (ISBN 2-251-38052-3).
  14. Nicolas Schapira, Un professionnel des lettres au XVIIe siècle : Valentin Conrart, une histoire sociale, éd. Champ Vallon, 2003, p. 77.
  15. a et b Hélène Carrère d'Encausse, Des siècles d'immortalité - L'Académie française 1635-…, Fayard, 2011, 401 p.
  16. Quintin Craufurd, Essais sur la Littérature française, , p. 342.
  17. L'histoire, sur le site de l'Académie.
  18. Hélène Carrère d'Encausse, Le mystère de l'Académie : pouvoir intellectuel, pouvoir politique, Discours prononcé lors de la séance publique annuelle, le .
  19. Loi de programme no 2006-450 du 18 avril 2006.
  20. Jean d'Ormesson, « Depuis sa fondation en 1635 », Bloc-notes d'avril 2012.
  21. Les commissions de terminologie ont été instituées par le décret du 3 juillet 1996, en application de la loi Toubon du , telles que la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, la Commission générale de terminologie et de néologie, et la Commission spécialisée de terminologie et de néologie
  22. La grammaire de l'académie française, présentation en Séance publique annuelle des Cinq Académies le samedi 25 octobre 1930.
  23. Grammaire officielle (Existe-t-il une… ?)
  24. Ferdinand Brunot, doyen de l'Académie des inscriptions et belles lettres : Observations sur la Grammaire de l'Académie Française, 1932.
  25. L'offensive contre la grammaire de l'académie vue de New York, M.R.Deville, 1933.
  26. http://www.academie-francaise.fr/linstitution/lhistoire.
  27. a et b Les missions, sur le site de l'Académie.
  28. Comme le reconnaît la loi de programme pour la recherche de 2006
  29. a et b Les quarante aujourd'hui.
  30. Cité par Tyrtée Tastet, Histoire des quarante fauteuils de l'Académie française depuis la fondation jusqu'à nos jours, 1635-1855, volume I, p. 11-12 (1844).
  31. Gisèle Sapiro, La Responsabilité de l'écrivain. Littérature, droit et morale en France, XIXe-XXIe siècle, Seuil, .
  32. « Abel HERMANT », sur academie-francaise.fr (consulté le 4 avril 2019)
  33. a b et c De la candidature à l'élection, sur le site de l'Académie
  34. « MARGUERITE YOURCENAR A RECOUVRÉ LA NATIONALITÉ FRANÇAISE », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le 30 décembre 2016)
  35. René de Obaldia, Exobiographie (lire en ligne).
  36. http://www.lexpress.fr/culture/livre/rene-de-obaldia-je-suis-hante-par-le-mystere-du-mal_1032245.html
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  38. Alain Beuve-Méry, « Sept sièges vacants sous la Coupole », sur Le Monde,
  39. Arsène Houssaye, Histoire du 41e fauteuil de l'Académie française, L. Hachette et Cie, , 420 p. (lire en ligne).
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  42. Le Monde, édition du 18 juin 2008, L'Académie française ne veut pas des langues régionales dans la Constitution.
  43. « Mise au point », sur Académie française, (consulté le 11 mars 2019)
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  46. « L’orthographe : Histoire d’une longue querelle »
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  49. « Réformer l'orthographe ? Non, l'Académie française n'a pas à décider pour nous », sur http://leplus.nouvelobs.com,
  50. Marc Wilmet, Petite histoire de l'orthographe française, Académie royale de Belgique, , p.43
  51. « L’Académie contre la langue française »
  52. « L'ACADÉMIE CONTRE LA LANGUE FRANÇAISE Le dossier "féminisation" »
  53. « Tempête sous la Coupole », sur L'Express,
  54. « Giscard adhère aux verts », sur Libération,
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  56. « Alain Finkielkraut fait son entrée à l'Académie française », sur France TV info,
  57. « Pierre Emmanuel - L’homme d’action - Les fonctions officielles », sur pierre-emmanuel.net (consulté le 4 avril 2019)
  58. J.F. ET FR.M., « Félicien Marceau, plume libre », sur La Libre.be, (consulté le 4 avril 2019)

Annexes

L'Académie dans la fiction

Bibliographie

  • Léon Aucoc, L’Institut de France et les anciennes Académies, Paris, Éditions Plon, , 48 p.  (Wikisource).
  • Jean-Pol Caput, L'Académie française, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? » (no 2322), , 127 p. (ISBN 2-13039720-4).
  • Christophe Carlier, Lettres à l'Académie française, Les Arènes, , 232 p., 13 cm x 21 cm (ISBN 978 2 35204 102 3, présentation en ligne).
  • Hélène Carrère d'Encausse, Des siècles d'immortalité : l'Académie française, 1635-..., Paris, Fayard, , 401 p. (ISBN 978-2-213-66633-4).
  • Jacques Véron, L'Académie Française et la circulation des élites : une approche démographique, Delagrave, (lire en ligne), partie 3, « Population », p. 455-471.
  • Paul Gautier, Anthologie de l'Académie française : un siècle de discours académiques : 1820-1920, Delagrave, (ASIN B00720CHNO).
  • Daniel Garcia, Coupole et dépendances, Éditions du moment, 2014 (ISBN 2354172648 et 978-2354172640).
  • Daniel Garcia, « L'Académie française, une zone de non-droit en plein Paris », Revue du crieur, no 3,‎ .
  • Pierre Gaxotte, L'Académie française, Paris, Hachette, 1965.
  • Éliane Viennot (dir.), Maria Candea, Yannick Chevalier et al., L'Académie contre la langue française : Le dossier « féminisation », Éditions iXe, , 224 p. (ISBN 979-10-90062-33-7, présentation en ligne).

Articles connexes

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