Claude Bourdet

Claude Bourdet, né le à Paris et mort le à Paris, est un résistant (alias Lorrain, dans la Résistance), déporté, compagnon de la Libération, écrivain, journaliste, polémiste et militant politique français de l'Union de la gauche socialiste (UGS) puis du Parti socialiste unifié (PSU) et du Mouvement pour le désarmement, la paix et la liberté.

Biographie

Famille et jeunesse

Il est le fils d'Édouard Bourdet, administrateur de la Comédie-Française et auteur dramatique, et de l'écrivain Catherine Pozzi.

Claude Bourdet fait des études en Suisse[1]. Il sort de l’École polytechnique fédérale de Zurich avec un diplôme d’ingénieur en physique technique en 1933. Il fait son service militaire, pendant lequel il est sous-lieutenant dans un régiment d’artillerie de montagne. Dès 1936, il est chargé de mission au ministère de l’Économie dans le gouvernement du Front populaire. C'est à cette époque qu'il se marie et a trois enfants.

Résistance et déportation

Claude Bourdet est mobilisé en 1939 comme lieutenant dans l'artillerie et connaît les heures difficiles de la bataille de France. Démobilisé, il devient entrepreneur dans l'industrie, et entre dans la Résistance dès l'automne 1940. Il est rapidement très actif dans les mouvements de Résistance. Il participe avec Henri Frenay à la fondation de Combat, dont il sera membre du comité directeur puis représentant en 1943 lors du départ de Frenay à Londres puis à Alger. Il se charge à partir de 1942 de la création et du développement du service de noyautage des administrations publiques dont il sera le responsable national. Claude Bourdet représente Combat au Conseil national de la Résistance.

En 1944, il est arrêté par la Gestapo, emprisonné à Fresnes, puis au camp de Royallieu à Compiègne (où il fait la connaissance de Maurice Bourdet) et de là déporté dans plusieurs camps de concentration : Neuengamme, Sachsenhausen (où il croise Pierre Le Rolland et René Lhopital) et Buchenwald.

Engagements politiques et activités journalistiques

À la Libération, l'expérience de la guerre l'a fait évoluer vers l'extrême gauche et la recherche d'un socialisme non stalinien. Il participe au Centre d'action des gauches indépendantes (CAGI), qui n'a aucune inclination pour le stalinisme.

À son retour des camps au printemps 1945, il est nommé à l'Assemblée consultative au titre des prisonniers et déportés. Il en est élu vice-président le , pour peu de temps, puisque cette assemblée cesse d'exister le . Il s’associe avec Hector de Galard avant de fonder à l’été 1946 avec d’autres anciens de Socialisme et liberté (Yves Déchezelles, Henri Frenay, Marceau Pivert) le journal Octobre. Ils sont alors imprégnés par un certain nombre de thèmes (pacifisme, anticolonialisme) autour de la recherche d’un passage démocratique au socialisme et de la formation d’un nouveau pôle à gauche conservant l’esprit de la résistance socialiste tout en refusant l’asservissement stalinien[réf. nécessaire]. Il reste néanmoins peu critique vis-à-vis de l'univers concentrationnaire soviétique[2].

Claude Bourdet continue à écrire dans Combat, mais un conflit éclate avec le nouveau propriétaire du journal, Henri Smadja, qui soutient les gaullistes. Il quitte le journal en 1950.

Avec Gilles Martinet et Roger Stéphane, Claude Bourdet fonde en 1950 L’Observateur qui devient L’Observateur Aujourd’hui (1953) puis France Observateur (1954) puis le Nouvel observateur (1964) et enfin L'Obs en 2014. Claude Bourdet y défend l’union de toutes les gauches autour d'une seule et même cause : la justice sociale.

Anti-colonialisme

Il soutient aussi la lutte anti-coloniale, dénonce la répression à Madagascar et la torture en Algérie dans un article du intitulé « Y a-t-il une Gestapo en Algérie? », à l'occasion des procès de 1951-1952 de militants de l'OS[C'est-à-dire ?] du MTLD de Messali Hadj. Il réitère ses accusations dès le début de la guerre dans « Votre Gestapo d'Algérie », le .

Le 29 mars 1956, Claude Bourdet écrit :

« Cent mille jeunes Français sont menacés d'être jetés dans la sale guerre d'Algérie, d'y perdre leurs meilleures années, peut-être d'y être blessés, voire tués, pour une cause que peu d'entre eux approuvent, dans un genre de combat qui révolte la plupart. »[3]

Le 31 mars, sur plainte du ministre de la Défense nationale, il est inculpé d'entreprise de démoralisation de l'armée, emprisonné à Fresnes et relâché le même jour. France-Observateur est saisi à plusieurs reprises à cause de ses articles sur la guerre d'Algérie.

Claude Bourdet est l'un des élus de l’Union de la gauche socialiste au Conseil de Paris, conseiller municipal du 13e arrondissement de 1959 à 1971.

Claude Bourdet est l'un des fondateurs du Parti socialiste unifié (PSU) en . Son militantisme politique, jugé excessif par ses ennemis, entraîne des tensions qui aboutissent, en 1963, à une rupture majeure au sein de l’équipe de France-Observateur avec son départ.

Il est membre de la rédaction du journal clandestin Vérité-Liberté[4] qui, en 1960, publie le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie » et signé par des intellectuels, universitaires et artistes mais pas par Claude Bourdet[5].

A l'initiative de l'Action civique non-violente, trente-six personnalités, dont Claude Bourdet et Gilles Martinet du Parti socialiste unifié (PSU) et Gisèle Halimi, signent l'appel à un rassemblement à Paris, le , contre les camps d'internement administratif où sont consignés des Algériens sur simple suspicion d'appartenance au Front de libération nationale[6]. Les policiers « bousculent, traînent et entassent les manifestants les uns sur les autres ; il y a de nombreux coups de pieds dans le ventre ou les reins, des coups de poing, des vêtements déchirés, beaucoup sont partiellement ou complètement nus à l’arrivée des camions[7] ! » Selon les autorités judiciaires, 629 personnes sont appréhendés. Elles sont emprisonnés jusqu’au lendemain[8].

« Nombreux étaient les jeunes gens, chrétiens, membres du P.S.U., jeunes communistes isolés n'appartenant à aucune organisation, qui nous disaient au cours de cette nuit : « C'est la première fois que nous avons l'impression de faire quelque chose : ni les les partis, ni les syndicats, ni les comités n'avaient su nous donner cet espoir et cette satisfaction. » »

— Claude Bourdet, « « Action directe » et « non-violence » », France Observateur,‎ (lire en ligne)

En 1961, Claude Bourdet invective et dénonce le préfet de police Maurice Papon à propos des exactions et massacres commis à Paris le 17 octobre 1961 par la police contre les manifestants algériens du FLN. Il milite au SGEN-CFDT dont il dirige la Commission pédagogique nationale aux côtés de Jacques Natanson[9].

Pacifisme

En février 1963, il est cosignataire d'une lettre du Comité de secours aux objecteurs de conscience réclamant au Président de la République et au Premier ministre un statut pour que les objecteurs puissent effectuer un service civil et non militaire[10].

En février – mars 1963, pour se démarquer du Mouvement de la paix qui est lié au parti communiste, il lance, avec le soutien du Parti socialiste unifié (PSU), une organisation non-alignée, le Mouvement contre l'armement atomique (MCAA)[11],[12]. Claude Bourdet en est président et le biologiste Jean Rostand président d’honneur[13]. En 1968, Le MCCA élargit son champ d’intervention et se rebaptise Mouvement pour le désarmement, la paix et la liberté (MDPL). On notera également le soutien exprimé par Claude Bourdet au régime des Khmers rouges notamment dans un article de Témoignage chrétien du [14].

En 1978, il est le candidat du Front autogestionnaire aux élections législatives à Villeurbanne, opposé au maire Charles Hernu, spécialiste des affaires militaires du parti socialiste[15],[16].

En février 1979, il crée et préside la première Association France-Palestine, qui vise à « développer l'aide matérielle et humanitaire au peuple palestinien meurtri par la guerre, l'exil et l'occupation [...et] œuvrer pour que [...] soient reconnus et effectivement respectés les droits nationaux inaliénables du peuple palestinien, qui lutte sous la direction de son seul représentant légitime, l'Organisation de libération de la Palestine (O.L.P.) »[17],[18].

Claude Bourdet est membre du Comité de parrainage du Centre de documentation et de recherche sur la paix et les conflits rebaptisé Observatoire des armements.

Claude Bourdet continue à publier des articles dans Témoignage chrétien, Politique hebdo ou Politis et participe aux numéros spéciaux du Nouvel Observateur.

Il se définissait comme un humaniste chrétien de gauche combattant tous les totalitarismes[réf. nécessaire].

Mort

Claude Bourdet meurt le âgé de 86 ans. Après la cérémonie religieuse, les honneurs militaires lui sont rendus dans la grande cour des Invalides.

Distinctions et hommages

Claude Bourdet est commandeur de la Légion d'honneur. La place Claude-Bourdet dans le 13e arrondissement de Paris porte son nom depuis le .

Publications de Claude Bourdet

  • Le Schisme Yougoslave, Paris, Minuit, 1950.
  • Les Chemins de l'Unité, Paris, Maspéro, 1964.
  • À qui appartient Paris, Paris, Le Seuil, 1972.
  • L'Aventure incertaine - De la Résistance à la Restauration, Paris, Stock, 1975.
  • L’Europe truquée ; supra-nationaliste, Pacte atlantique, force de frappe, Paris, Seghers, 1977.
  • Mes batailles, Éditions In fine, 1993.
  • L'Afrique, l’aventure d’Albarka, Jean Suret-Canal et Claude Bourdet, Éditions Burin-Martinsart, 1973.

Notes et références

  1. Il y rencontre la journaliste et photographe Annemarie Schwarzenbach, avec laquelle il échangera une longue correspondance.
  2. Emile COPFERMANN, Les communistes, le goulag et la «salade confite», liberation.fr, 12 décembre 1997
  3. France-Observateur cité par Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 47
  4. Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 240
  5. Hervé Hamon et Patrick Rotman, Les Porteurs de valises : la résistance française à la guerre d'Algérie, Paris, Éditions du Seuil, , 440 p. (ISBN 2020060965 et 9782020060967, OCLC 461675909, lire en ligne), p. 281
  6. « Plusieurs centaines de « non-violents » se sont rassemblés pour protester contre les camps d'internement », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  7. « L'action des volontaires et les actions populaires contre les camps à Paris », Action civique non-violente, no 6,‎ mai et juin 1960, p. 5
  8. Tramor Quémeneur, « L'ACNV (Action civique non-violente) et la lutte contre les camps », Matériaux pour l’histoire de notre temps, no 92 « L'internement en France pendant la guerre d’indépendance algérienne »,‎ , p. 57 à 63 (lire en ligne)
  9. Patricia Legris, L'écriture des programmes d'histoire en France (1944-2010). Sociologie historique de la production d'un instrument d'une politique éducative, Science politique, université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, 2010, p. 141.
  10. « Nouvelle démarche en faveur d'un statut des objecteurs de conscience », Le Monde,‎
  11. Claude Bourdet, Mes batailles : récit, Ozoir-la-Ferrière, Ed. In Fine, , 256 p. (ISBN 2840460149 et 9782840460145, OCLC 31854439, lire en ligne), p. 194.
  12. « Le « M.C.A.A. » n'entend pas lutter uniquement contre la force de frappe française », Le Monde,‎
  13. Bernard Ravenel, « Les origines du MCAA », Alerte atomique, numéro spécial - bilan, no Supplément au 147 « 33 ans d'actions et de réflexions... du MCAA... au MDPL »,‎ 1er trimestre 1997, p. 4.
  14. Claude Bourdet, « L’énigme cambodgienne », Témoignage chrétien, 29 avril 1976.
  15. « PSU – Claude Bourdet », sur institut-tribune-socialiste.fr, Institut Tribune Socialiste (consulté le 23 avril 2017).
  16. Propos recueillis par Claude Deslhiat, « Claude Bourdet II. - Un Front pour l’écologie, la paix, l’autogestion – Claude Bourdet, candidat du Front autogestionnaire à Villeurbanne, répond aux questions de TS », Tribune Socialiste, no 773,‎ 9 au 15 février 1978, p. 10-11 (lire en ligne [PDF], consulté le 23 avril 2017).
  17. Créé avec Geneviève Sellier, professeur, et Bernard Morin, médecin. Voir Archives de la Préfecture de Police de Paris, associations dissoutes, cote 348 W 30-50780.
  18. « La mort de Claude Bourdet », humanite.fr, 21 mars 1996.

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes