Gaspard Monge

Gaspard Monge, comte de Péluse, né le à Beaune[1] et mort le à Paris (ancien 10e arrondissement)[2], est un mathématicien et homme politique français.

Son œuvre considérable[n 1] mêle géométrie descriptive, analyse infinitésimale et géométrie analytique.

Il concourt également avec Berthollet, Chaptal et Laplace à la création de l'École d'arts et métiers.

Il est également membre de la commission des sciences et des arts lors de la campagne d'Italie (1796–1797), et chargé de mission dans l'expédition d'Égypte (1798–1799).

Biographie

Enfance

Baptisé le jour de sa naissance[1], Gaspard Monge est le fils de Jacques Monge, un marchand forain haut-savoyard qui devint bâtonnier de la confrérie des merciers de Beaune, et de Jeanne Rousseaux.

Formation

Monge étudie au collège des oratoriens de Beaune avec ses deux frères : Louis, qui participe brièvement (du au ) à l'expédition de La Pérouse, et Jean[n 2]. Il y reçoit de la part des religieux une éducation libérale, puisqu'en plus des humanités, il est instruit en histoire, sciences naturelles et mathématiques. Il montre dès lors les premiers signes de son excellence, au point que le directeur le qualifie de « puer aureus » (enfant d'or). À l'âge de quatorze ans, il construit une pompe à incendie, dont les effets suscitent l'admiration[3]. De 1762 à 1764 il part terminer ses études au collège de la Trinité de Lyon, où il donne aussi un cours de sciences physiques[4],[5].

Revenu à Beaune, Monge dessine un plan de la ville qui lui vaut d'être remarqué par le lieutenant-colonel Merveilleux du Vignaux de l'École royale du génie de Mézières où il est bientôt engagé comme dessinateur en 1765. Il y fait la connaissance de Charles Bossut, le professeur de mathématiques de l'École, avec qui il peut discuter de ses idées sur la géométrie. Cependant il ne peut pas devenir officier du génie puisqu'il n'est pas de famille noble. Un an après son arrivée, on lui confie la réalisation de plans de fortifications[n 3]. En 1766, Bossut le choisit comme répétiteur de mathématiques, chargé de suppléer ses cours. Monge fait entrer la géométrie descriptive dans l'enseignement de l'école[n 4]. C'est dans le cadre de l'École royale du génie qu'il devient membre de la franc-maçonnerie[8], initié à la loge L’union parfaite du corps royal du génie de cette école militaire[9],[10].

Grands débuts du scientifique

À travers la correspondance que Monge entretient avec diverses personnalités liées aux mathématiques — tel que Alexandre-Théophile Vandermonde —, on voit qu'il approfondit sa connaissance de la géométrie analytique et de la géométrie différentielle dès 1768, année d'élection de Bossut à l'Académie des sciences. C'est à cette époque qu'il prend connaissance de l'œuvre du Suisse Leonhard Euler et du Français d'origine turinoise Joseph-Louis Lagrange. Il cherche alors à étendre à l'espace le calcul des variations que ces mathématiciens avaient développé pour le plan.

L'année suivante, Monge entre en contact avec d'Alembert et surtout Condorcet. À l'invitation de d'Alembert, de Bossut et de Vandermonde, entre 1771 et 1772, il rédige six mémoires[n 5]. Il en présente la plupart à l'Académie des sciences de Paris et à celle de Turin. À cette époque, il établit les principes qui vont guider ses recherches sur la géométrie différentielle, sur plusieurs types de surfaces dans l'espace, sur des équations différentielles et sur le calcul intégral. À partir de 1771, il devient aussi professeur de physique à l'École de Mézières. Il y développe son intérêt pour d'autres domaines de la science, tels que la géologie, la météorologie et la chimie. En , il devient le correspondant de l'Académie des sciences de Paris, grâce aux rapports favorables de d'Alembert, Bossut et Vandermonde[12].

Au printemps de 1774, Gaspard Monge rencontre un puissant protecteur, le marquis de Castries. Il commence à nouer une très longue amitié avec le fils du concierge de ce dernier, Jean-Nicolas Pache.

Le , Monge est élu membre de l'Académie des sciences de Paris, en tant que géomètre-adjoint, en remplacement de Vandermonde. Cette nomination l'oblige à résider à Paris au moins cinq mois par an pour pouvoir assister aux sessions. L'abbé Bossut fait en sorte que Monge puisse conserver son poste d'enseignant à l'École royale du Génie de Mézières. Pendant ses mois d'absence, il sera remplacé par son frère Louis, mathématicien. D'autre part, Bossut lui demande de l'assister dans ses cours d'hydrodynamique qu'il donne à l'Académie des sciences, au Louvre.

En , le maréchal de Castries, ministre de la Marine, choisit Gaspard Monge comme examinateur des gardes-marine, pour remplacer Étienne Bezout décédé. Cette nomination représente un tournant considérable dans sa vie professionnelle. Il doit renoncer à une nomination très probable à la chaire d'hydrodynamique à l'Académie des sciences et, de plus, abandonner définitivement l'École de Mézières. Il gardera cette charge d'examinateur des gardes-marine jusqu'au début de la révolution de 1789, mais n'abandonne pas ses activités scientifiques. Pendant plusieurs années,il alterne les voyages d'inspection dans les différents ports du pays hébergeant des écoles de la Marine, avec la rédaction de ses mémoires en mathématiques, physique et chimie.

Chaque année, à date fixe, Monge part organiser les examens à Alès et Vannes, plus tard à Brest, Rochefort et Toulon. Pour Monge, la façon dont se déroulent les examens n'est pas indifférente : ce n'est pas tant la masse de données mémorisées qui l'intéresse, que le raisonnement des élèves et leur capacité à appliquer ce qu'ils ont appris. Ce nouvel esprit se reflète dans son système d'évaluation, qui prend en compte divers aspects du candidat avant de conclure. Il note avant tout la façon dont le candidat a répondu aux différentes parties de l'examen — arithmétique, géométrie, trigonométrie rectiligne et sphérique, navigation —. Puis il évalue aussi bien son intelligence que son caractère. Enfin, il préserve la plus grande équité entre les candidats et se montre totalement insensible aux lettres de recommandation. Cette mission, aussi bien à Paris que dans les différents ports, lui permet d'entrer en contact avec une administration qu'il ne va pas tarder à avoir sous ses ordres en tant que ministre de la Marine. Au cours de ses voyages — chacun pouvait durer plus de trois mois — il visite les mines, les fonderies et tous les arsenaux les plus importants. Il approfondit sa connaissance des questions techniques qui se révéleront cruciales au moment de la Révolution française[13].

En 1784, le maréchal de Castries lui demande de réécrire le cours élémentaire de mathématiques de Bézout considéré comme obsolète. À l'été 1786, Monge écrit un traité de statique qui doit former le premier volume d'un cours complet de mathématiques. Après avoir présenté le traité à l'Académie des sciences début 1787, il l'envoie au ministre en s'engageant à écrire le cours complet. Le Traité élémentaire de statique est publié en 1788, mais les autres traités restent à éditer. Cet ouvrage exerce une grande influence et est traduit en différentes langues, dont l'allemand, l'anglais et le russe[14].

Mariage et descendance

Pendant la période où il exerce comme professeur à Mézières et correspondant de l'Académie des sciences de Paris, Monge s'éprend d'une femme de trente ans, Marie-Catherine Huart, veuve de Jacques Horbon, lui-même propriétaire d'une fonderie à Couvin. Il l'épouse le et le couple réside à Rocroi. ils auront trois filles :

Son mariage avec Catherine Huart, qui appartient à une famille bourgeoise des Ardennes, l'introduit dans un nouveau milieu. Il devient propriétaire d'une fonderie et s'intéresse dès lors à tout ce qui concerne la sidérurgie et la métallurgie. Son réseau de proches et d'amis s'étend, ce qui favorise sa rapide ascension sociale[15]..

Monge et la Révolution : l'organisateur

Gaspard Monge (musée François Rude de Dijon).

La Révolution française, qu'il soutient dès 1789, change complètement le cours de sa vie, alors qu'il est un des scientifiques les plus importants de France. Vraisemblablement vers le mois de , il adhère, comme beaucoup de ses collègues académiciens, à un premier club modéré, la société patriotique de 1789, située au Palais-Royal. Puis il entre à la Société patriotique de la section du Luxembourg[n 6] avec ses amis Jean-Nicolas Pache, Alexandre-Théophile Vandermonde, Jean-Baptiste Meusnier et Jean-Henri Hassenfratz. Il devient finalement membre du Club des Jacobins[n 7].

Pourtant, la Révolution ne l'empêche pas d'exercer ses fonctions d'examinateur ni de siéger à L'Académie des sciences, qui reçoit très vite la mission d'établir les bases d'un système de mesures unifié sur une base décimale. En , Monge est nommé ministre de la Marine, en tant que scientifique reconnu, partisan de la cause populaire et examinateur des gardes-marine. Après le début des activités de la Convention le , il conserve son poste de ministre de la Marine dans la Première République naissante. Une de ses premières décisions est de limiter ses privilèges de ministre et de partager sa résidence de fonction de la rue Royale avec des officiers de marine. La Marine française est complètement désorganisée en raison de la fuite de nombreux cadres, l'insubordination dans les arsenaux et la difficulté de recrutement. Il doit aussi freiner la vague de démissions que beaucoup de fonctionnaires lui présentent et ne peut éviter le départ de nombreux officiers. En , il fait face, en tant que ministre de la Marine, à la déclaration de guerre à l'Angleterre. Le , il démissionne de son poste de ministre de la Marine, dépassé par les querelles politiques, et retourne à l'Académie des sciences, mais celle-ci est dissoute par la Convention en août de la même année. Il est l'un des promoteurs du calendrier révolutionnaire, avec Fabre d'Églantine[17].

Républicain convaincu, soutenant ardemment la Révolution, il continue de travailler sur des projets militaires ou encore sur une réforme du système éducatif. Depuis 1793, l'idée germe en France de fonder une école unique destinée à préparer les différentes catégories d'ingénieurs civils et militaires. Monge, aussi bien que l'ingénieur Jacques-Élie Lamblardie, directeur de l'École des ponts et chaussées, pensent qu'une même formation au sein de la même école permettra d'en finir avec les rivalités entre ingénieurs de différentes spécialités. Sur le rapport de Barère, par le décret du de la Convention, il est nommé membre de la commission chargée de la création d'une commission des travaux publics, à laquelle revient la direction des ponts et chaussées, des bâtiments civils, des travaux maritimes et du génie militaire. Lazare Carnot — dit le « grand Carnot » — y participe. Un premier projet est refusé par le Comité de salut public, qui confie un dossier plus ambitieux de création d'une école centrale des travaux publics, ébauche de l'École polytechnique. Il aide Lamblardie, premier directeur de la nouvelle école, pour l'organisation et l'installation de l'école à l'hôtel de Lassay, à côté du palais Bourbon. De nombreux membres fondateurs de l'école appartiennent, comme lui, à la franc-maçonnerie. Ses idéaux sont ceux d'un homme de la Révolution, soucieux de l'indépendance du pays, qui cherche à donner toute son autonomie à l'industrie nationale. Selon lui, il faut orienter la jeunesse vers le savoir scientifique et la maîtrise de la technologie. Il estime que l'enseignement, tant scientifique que technique, est destiné aux couches les plus populaires et pas seulement aux classes privilégiées. À l'École polytechnique, il est aidé par Jean Nicolas Pierre Hachette pour l'enseignement de la géométrie descriptive et Étienne-Marie Barruel et Joseph Jacotot pour celui de la physique. Responsable de la stéréotomie, il rédige un cours accéléré de cette discipline. Il rédige aussi trois cours de météorologie et d'acoustique. L'une des branches de la science à laquelle il consacre le plus d'efforts est l'application de l'analyse à la géométrie. C'est de cette époque que datent les Feuilles d'analyse appliquée à la géométrie, qui constituent l'ébauche d'Application de l'analyse à la géométrie, publiée en 1795[18]

Alors que l'enseignement a déjà commencé à l'École polytechnique, une commission nommée par la Convention met en route l'organisation de l'École normale, destinée à former tous les professeurs des écoles secondaires du pays. Les professeurs sont choisis parmi les meilleurs scientifiques du moment, Lagrange et Laplace pour les mathématiques, Berthollet pour la chimie et Monge pour la géométrie descriptive. Mais l'école vit à peine cinq mois, ce qui empêche Monge de développer les applications de la géométrie descriptive à la représentation et à la conception des machines comme prévu[19]

Monge et la Révolution : le défenseur

En , alors qu'il vient de quitter le ministère de la Marine, Gaspard Monge se consacre à la défense militaire de Paris. Le mathématicien, membre du Club des jacobins, évite autant que possible de se compromettre avec les nombreuses factions politiques qui luttent pour s'emparer du pouvoir. Son rôle politique est réduit, même s'il collabore pleinement avec le Comité de salut public. L'un des besoins les plus urgents de la France révolutionnaire est de se doter de moyens de défense crédibles pour faire face à la menace d'invasion. Depuis des années, Monge s'intéresse à tout ce qui concerne la métallurgie et cette expérience lui permet de jouer un rôle déterminant dans le développement de l'industrie française de l'armement. Il modernise la fabrication de l'acier et accélère la production d'armes, en facilitant la propagation des innovations techniques. La première urgence est de se procurer les matières premières nécessaires à la fabrication de la poudre, telles le salpêtre et le soufre. Monge fait explorer le territoire à la recherche de salpêtre, dont la production est multipliée par quinze en peu de temps. Il faut aussi satisfaire les besoins en acier de l'industrie de guerre. Monge réorganise la fabrication des canons, avec l'objectif de fournir à l'armée les 6 000 pièces dont elle a besoin. Pour cela, il transforme certains hauts-fourneaux en fonderies de canons, en utilisant aussi bien le bronze que le fer fondu. Le même circuit de fabrication est mis en place pour d'autres armes, telles que les bombes, les obus, les fusils etc.[20].

Depuis l'été 1793, Monge occupe les bureaux de la section des armes du Comité de salut public. Il y rédige des instructions et des décrets, désigne des responsables et dirige directement des opérations. Avec ses amis Vandermonde, Guyton de Morveau et Berthollet, c'est l'un des principaux acteurs de la recherche scientifique d'État. Il contrôle les établissements secrets de Meudon, l'administration des poudres et du salpêtre ainsi que les arsenaux de Paris. Fin 1793, Monge est chargé, avec Vandermonde et Berthollet, de rédiger un opuscule, Avis aux ouvriers en fer sur la fabrication de l'acier pour aider à augmenter la production d'armements. Les résultats suivent rapidement. Par un décret du début de 1794, le Comité de salut public invite les représentants des artilleurs à suivre des cours sur l'art d'extraire le salpêtre, le raffiner, confectionner la poudre et fabriquer les canons. Jean-Henri Hassenfratz et Gaspard Monge sont chargés d'y enseigner la méthode pour fondre, perforer et calibrer les canons de bronze pour l'armée de terre et les canons de fer fondu pour la Marine. La même année, Monge rédige un opus Description de l'art de fabriquer des canons, qui deviendra le bréviaire des artilleurs et ingénieurs de l'armement. Monge dirige la fabrication des armes et des poudres jusqu'en , quand l'orientation politique de cette organisation industrielle et militaire change sensiblement, après la chute de Robespierre[21].

Monge et Bonaparte : Italie ( - )

Article détaillé : Campagne d'Italie (1796-1797).

En , Gaspard Monge est nommé membre d'une commission chargée de récupérer en Italie « les monuments d'art et de science que les traités de paix accordent aux armées françaises victorieuses ». Sous l'influence des idées révolutionnaires, il voit cette guerre comme une lutte pour la liberté et contre la tyrannie, ce qui justifie, lui semble-t-il, la spoliation des chefs-d'œuvre italiens. En , il fait la connaissance du général Bonaparte en Italie et, à partir de cette rencontre, un courant de sympathie mutuelle s'établit entre les deux hommes. Monge voit en Bonaparte un homme capable d'étendre au-dehors les conquêtes révolutionnaires les plus essentielles. Quand le traité de Campo-Formio est signé, le , Bonaparte le charge, avec le général Berthier, de transporter le document du traité à Paris. Monge est reçu par le Directoire avec beaucoup de cérémonie, et est obligé d'accepter, à partir de ce jour, la direction de l'École polytechnique[22].

Gaspard Monge part de Paris le pour Rome. Un ultimatum est adressé au pape Pie VI, au nom de la République française, pour qu'il renonce à son pouvoir temporel et se limite à l'autorité spirituelle. Comme on sait cette demande irréalisable, on lui substitue un ordre d'exil sous deux jours. Pie VI est déporté dans la nuit du au , d'abord vers la Chartreuse de Galluzzo (Florence). Après les exactions du général André Masséna et son renvoi (), Monge nomme des gens à toutes les fonctions de la nouvelle « République romaine », hormis aux Finances.

Monge et Bonaparte : Égypte ()

Articles connexes : Campagne d'Égypte et Institut d'Égypte.

Monge et Napoléon : sénateur à vie

Gaspard Monge (1746–1818), comte de Péluse, mathématicien, en grand habit de président du Sénat Conservateur, Jean Guillaume Elzidor Naigeon, 1842, musée de l'Histoire de France (Versailles).

Le a lieu le coup d'État fomenté par Bonaparte, qui débouchera sur la proclamation de Napoléon Bonaparte comme Empereur des Français le . Bien qu'il ait maintenu intactes ses convictions républicaines, Monge figure toujours parmi les compagnons les plus proches de Bonaparte. En 1803, il accompagne Bonaparte dans un voyage d'inspection à Anvers et , au retour il est nommé vice-président du Sénat et sénateur de Liège. En 1806, il accède à la présidence du Sénat et, grâce à une dotation financière de l'Empereur, il achète le château de Bierre, en Bourgogne. Deux ans plus tard, il est fait comte de Péluse. En 1809, il abandonne l'enseignement à l'École polytechnique[23].

Fin de vie

La tombe de Gaspard Monge au cimetière du Père-Lachaise.

Après avoir été sollicité par Napoléon rêvant alors d'Amérique avant qu'il ne soit finalement contraint à l'exil, à la Restauration, Gaspard Monge est écarté. Il est exclu de l'Institut national des sciences et des arts de Paris. Une ordonnance royale du licencie l'École polytechnique. Elle est ressuscitée le sous le nom d'École royale polytechnique.

Seuls quelques fidèles continuent de voir Gaspard Monge. Il est frappé de plusieurs attaques d'apoplexie et meurt le au 31 rue de Bellechasse à Paris. Ses obsèques ont lieu le en l'église Saint-Thomas d'Aquin à Paris, Aucun hommage officiel ne lui est rendu, mais de nombreux amis tels Berthollet, Laplace et Chaptal, ainsi que plusieurs ingénieurs qui avaient été ses élèves assistent à son enterrement. Le , les élèves de l'École polytechnique, passant outre aux interdictions, lui rendent un dernier hommage au cimetière du Père-Lachaise. Puis en 1989 il est inhumé dans le caveau VII du Panthéon de Paris[24].

Œuvre

Le scientifique éclectique

Depuis le début de sa carrière, Gaspard Monge manifeste sa curiosité pour tous les phénomènes de la nature, et voit la technologie comme un moyen de transformer la condition humaine. À l'École royale du Génie de Mézières, il s'intéresse à l'architecture et aux fortifications. Plus tard, quand il doit gérer la forge héritée de son épouse, il se familiarise avec la sidérurgie. Ce large éventail de centres d'intérêt apparaît sur différents mémoires sur la composition de l'acide nitrique, la biréfringence et la structure du spath d'Islande, la composition de l'acier, les causes des divers phénomènes météorologiques. Sa contribution à la chimie est particulièrement importante[n 8]. Il fait d'importantes contributions à la théorie de la chaleur, à l'acoustique et à l'optique. En 1781, il réalise la combinaison de l'oxygène et de l'hydrogène et, en 1783, la synthèse de l'eau en même temps que le chimiste Lavoisier[n 9]. En 1784, Monge réussit, en collaboration avec le chimiste Jean-François Clouet, la première liquéfaction du dioxyde de soufre. Entre 1786 et 1788, il fait des recherches, avec Berthollet et Vandermonde, sur les principes de la métallurgie et de la composition du fer et de l'acier, ainsi que sur les effets de la capillarité. Il présente aussi plusieurs mémoires de physique à l'Académie des sciences, tels que De quelques effets d'attraction ou de répulsion apparents entre les molécules et la matière, en 1787, et De quelques phénomènes de la vision en 1789. L'année suivante, il publie des observations en matière d'optique dans les Annales de chimie et un traité sur les principaux phénomènes de la météorologie[27].

Contributions importantes

Géométrie descriptive

Gaspard Monge est l'inventeur de la géométrie descriptive, une forme contemporaine du dessin technique (ou dessin industriel). Il est l'auteur du traité Géométrie descriptive qui s'appuie sur les cours donnés à l'École normale au cours des années 1794 et 1795. La première section aborde la façon de traiter les surfaces, la deuxième les plans tangents aux surfaces courbes et normales, la troisième les intersections des surfaces courbes, la quatrième les autres problèmes géométriques. En 1820, l'ingénieur et mathématicien Barnabé Brisson, disciple de Monge qui participa à la quatrième édition, ajoute au texte d'origine la Théorie des ombres et de la perspective, compilation des cours donnés par son maître à l'École normale et à l'École polytechnique[28].

Système de poids et de mesures

Gaspard Monge a fait partie des scientifiques français qui ont poussé à l'instauration d'un système de poids et mesures fondé sur le système décimal.

La numération décimale avait été introduite en Francie par Gerbert d'Aurillac, devenu pape vers l'An mil sous le nom de Sylvestre II, mais elle ne s'était pas encore généralisée aux poids et mesures.

Par le décret du obtenu par Talleyrand, l'Académie des sciences reçoit la mission de mettre au point un système d'unification des poids et mesures. Gaspard Monge fait partie de la Commission centrale des poids et mesures qui doit mettre en œuvre cette décision, avec Condorcet, Laplace, Lagrange, et Borda.

Après avoir reçu des départements les étalons des anciennes mesures, la commission cherche l'unité appropriée. Dans son rapport du , la commission propose d'adopter la longueur du quart du méridien terrestre pour base de mesure, et sa dix millionième partie pour unité usuelle. Ce sont les bases théoriques du système métrique, ainsi que du Système international d'unités (SI) des poids et mesures tel qu'il existe de nos jours.

Gaspard Monge est aussi parmi les personnalités qui proposent d'instaurer un calendrier avec des semaines de dix jours. Le calendrier républicain ne dure pas au-delà de 1806, en raison de diverses difficultés.

Théorie du transport

Monge a aussi donné son nom à un problème générique de la théorie du transport, connu sous le nom de problème de Monge-Kantorovitch (ou MKP, pour Monge-Kantorovich Problem), ce dernier ayant reçu le « prix Nobel » d'économie en 1975, et est connu pour avoir prouvé l'existence d'une solution optimale à ce problème en 1942. Monge a introduit ce problème dans son Mémoire sur la théorie des déblais et des remblais en 1781.

Publications (sélection)

Le mémoire manuscrit Application des principes de stéréotomie au figuré du terrain, sans date et sans nom d'auteur, décrit la méthode de Monge (voir Archives de l'inspection du Génie, art. 21, section 3, carton 1) : Belhoste, p. 77.

Comme auteur ou co-auteur

  • Mémoire sur la théorie des déblais et des remblais, Imprimerie Royale, 1781
  • Description de l'art de fabriquer les canons, An II[29]
  • « Développemens sur l'enseignement adopté pour l'École centrale des Travaux publics, Paris, 1794. Ce texte a été imprimé sans nom d'auteur par ordre du Comité de Salut public[30]. »
  • Une application d'analyse à la géométrie, 1795[31]
  • Géométrie descriptive. Leçons données aux écoles normales, 1799[32]
    • (avec Jean Nicolas Pierre Hachette et Sir John Leslie) Second supplément de la géométrie descriptive[33], F. Didot, 1818[n 10]
  • Darstellende Geometrie[34]
  • Application de l'analyse à la géométrie, à l'usage de l'École impériale polytechnique, 1807[35]
  • (avec Jean Nicolas Pierre Hachette) Traité élémentaire de statique, à l'usage des écoles de la Marine, 1810[36]
    • Gaspard Monge's Anfangsgründe der Statik, 1806[37]
    • An elementary treatise on statics, 1851[38]

Participations

Monge a collaboré à l'Encyclopédie méthodique de Panckoucke[39].

On trouve des interventions de Monge dans les Séances des Écoles normales : Débats[40].

Correspondance

  • Une correspondance mathématique inédite de Monge, présentation de René Taton, Gauthier-Villars, 1947, 19 p.

Élèves (sélection)

Plus de soixante mathématiciens sont cités dans L'œuvre scientifique de Monge, monographie publiée en 1951 par René Taton, historien des sciences[41].

Reconnaissance

Hommages

  • Son nom est inscrit sur la tour Eiffel (numéro 54/72).
  • Une plaque est apposée au 31 rue de Bellechasse (7e arrondissement), là où il vécut.
  • Une statue en bronze, offerte par ses anciens élèves et sculptée par François Rude sur commande de la commission Monge en 1846, a été érigée à Beaune, sur la place qui porte son nom. Elle fut inaugurée le . Monge, représenté donnant un cours de géométrie, est coiffé d’un catogan et vêtu à la mode de la fin du XVIIIe siècle. Sur le socle du monument, est gravé « À Gaspard Monge ses élèves et ses concitoyens MDCCCXLIX (1849) ». La maquette préparatoire de l'œuvre se trouve au musée des Beaux-arts de Beaune. Une reproduction se trouve au musée François Rude à Dijon. C'est la seule des statues de Beaune qui fut épargnée durant l'Occupation allemande, toutes les autres furent envoyées à la fonte générale. Elle est classée aux Monuments Historiques en 1944[46].
  • Le , ses cendres ont été transférées au Panthéon[47].
  • On a frappé en son honneur en 1998 une médaille d'argent de 22,2 g et de 37 mm[48], tirée à 300 exemplaires.
  • La Poste française a émis un timbre à surtaxe de 18 F + 5 F en (d'une série de six célébrités), timbre dessiné par André Spitz et gravé par René Cottet.
  • À l'occasion des célébrations du Bicentenaire de la Révolution française, la Poste a émis un bloc de 4 timbres de 2,50 F en 1990, dessinés et gravés par Jacques Gauthier, dont un à l'effigie de Gaspard Monge (les trois autres timbres commémorent l'abbé Grégoire, la création du drapeau tricolore et la création des départements).

Éponymie

Portent son nom, en dehors des mathématiques :

Titre

  • Comte de Péluse et de l'Empire. Armoiries :
Figure Blasonnement
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Blason Gaspard Monge (1746-1818).svg
Armes du comte de Péluse et de l'Empire

D'or, au palmier de sinople terrassé du même ; franc-quartier des Comtes Sénateurs brochant au quart de l'écu[50],[51],[52]

Distinctions

Dans la fiction

Gaspard Monge a inspiré l'un des personnages du roman historique Le Secret de Champollion.

Notes et références

Notes

  1. Fonds Monge numérisé de l'École polytechnique. Son ouvrage principal, Géométrie descriptive (1799), contient la méthode de représentation plane d'une figure de l'espace par utilisation des projections orthogonales de la figure donnée sur deux plans rectangulaires (plan horizontal et plan frontal de projection) constituant l'épure.
  2. Jean Monge (1751–1813), est professeur de mathématique, consul de France à La Corogne (1792-1795), professeur de navigation à Nantes (1798) et d'hydrographie à Anvers (1799–1810).
  3. Pour réaliser les plans de fortifications, Monge devait résoudre les "problèmes de défilement", qu'il a résolus brillamment. Ce qui lui valut un grand prestige[6]
  4. Comme il ne pouvait pas faire connaître publiquement ses découvertes sur cette nouvelle branche de la géométrie, en raison des compétences attribuées à chacune des écoles militaires et des rivalités qui en découlaient, il s'intéressa à d'autres domaines des mathématiques[7]
  5. Dont quatre dans chacun des domaines des mathématiques qu'il étudie alors : le calcul des variations, la géométrie infinitésimale, la théorie des équations aux dérivées partielles et la combinatoire[11]
  6. Dans la section des Quatre-Nations, comme l'un des électeurs destinés à nommer les vingt-quatre députés de la Seine. Les statuts, acceptés en , précisent qu'elle agit pour répandre la connaissance des devoirs et du rôle des citoyens dans la Constitution. C'est l'un des clubs les plus extrémistes de l'avant-scène révolutionnaire, selon François Perrault[16]
  7. Il en est élu vice-président la veille du 9-Thermidor et est proche de Robespierre[16]
  8. Bien qu'il n'ait jamais rien publié dans cette discipline[25]
  9. Dans le mémoire que Monge présente à l'Académie des sciences sur ses résultats, il est encore question de phlogistique, notion qui allait être éliminée par les nouvelles théories d'Antoine Lavoisier auxquelles Monge adhéra aussitôt[26]
  10. Il existe un Supplément de la géométrie descriptive, J. Klostermann fils, 1812, paru sous la seule signature de Hachette.

Références

  1. a et b « Archives Départementales de la Côte d'or » registre paroissial de Beaune 1745-1746, FRAD021_057_MI05R027, vue no 174/281.
  2. Fiche no 44/51, État civil reconstitué de Paris, Archives de Paris.
  3. Pairault 2000.
  4. René Taton, « Monge, Gaspard », dans Complete Dictionary of Scientific Biography, Charles Scribner's Sons, (lire en ligne)
  5. Louis de Launay : « Bientôt, ils lui confient, malgré sa jeunesse, une chaire de physique qu'il occupe jusqu'à l'été de 1764. », in Un grand Français, Monge, fondateur de l'École polytechnique, éditions Pierre Roger, 1933.
  6. Berenguer Clarià et Garnier 2018, p. 18-19.
  7. Berenguer Clarià et Garnier 2018, p. 57.
  8. Alain Queruel, Les franc-maçons de l'Expédition d'Egypte, Editions du Cosmogone, .
  9. (en) Snezana Lawrence et Mark McCartney, Mathematicians and their Gods: Interactions between mathematics and religious beliefs, OUP Oxford, (lire en ligne).
  10. Emmanuel Pierrat et Laurent Kupferman, Le Paris des Francs- Maçons, Le Cherche Midi, (lire en ligne)
  11. Berenguer Clarià et Garnier 2018, p. 58.
  12. Berenguer Clarià et Garnier 2018, p. 57-58.
  13. Berenguer Clarià et Garnier 2018, p. 91-93.
  14. Berenguer Clarià et Garnier 2018, p. 93-94.
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Annexes

Bibliographie

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Articles connexes

Liens externes