Paraguay

République du Paraguay

(es) República del Paraguay Écouter

(gn) Tetã Paraguái

Drapeau

Drapeau du Paraguay

Armoiries du Paraguay
Devise en espagnol : Paz y justicia (« Paix et justice »)
Hymne en espagnol : Paraguayos, República o muerte (« Paraguayens, la République ou la mort »), depuis 1846
Fête nationale
· Événement commémoré
Révolution de Mai de 1811
Description de cette image, également commentée ci-après
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Ssolbergj (source map), Connormah
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La République du Paraguay en Amérique du Sud (l'Amérique du Sud est en gris).
Carte du Paraguay avec les principales villes.
Administration
Forme de l'État République unitaire à régime présidentiel
Président Mario Abdo
Vice-président Hugo Velázquez
Parlement Congrès
Chambre basse
Chambre haute
Chambre des députés
Sénat
Langues officielles Espagnol et guarani[1]
Capitale Asuncion

25° 17′ S, 57° 38′ O

Géographie
Plus grande ville Asuncion
Superficie totale 406 752 km2
(classé 59e)
Superficie en eau 2,6 %
Fuseau horaire UTC -4
Histoire
Indépendance Bandera de España 1808-1813.svg Espagne
De facto
Déclarée
Reconnue
(211 ans)

Gouvernorat de Nouvelle-Andalousie
Gouvernorat du Paraguay
Intendance du Paraguay
Guerres d'indépendance hispano-américaines
Gouvernement provisoire
Première République
Mort de José Gaspar Rodríguez de Francia
Guerre de la Triple Alliance
Deuxième République
Guerre du Chaco
Troisième République
Coup d'État d'Alfredo Stroessner
El Stronato
Renversement d'Alfredo Stroessner
Transition démocratique
Quatrième République
Démographie
Gentilé Paraguayen
Groupes ethniques Métisses (95 %), autres (5 %)[2]
Population totale (2022[2]) 7 356 409 hab.
(classé 104e)
Densité 18 hab./km2
Économie
PIB nominal (2022) en augmentation 41,935 milliards de $
+ 9,52 %
PIB (PPA) (2022) en augmentation 107,554 milliards de $
+ 6,59 %
PIB nominal par hab. (2022) en augmentation 5 626,082 $
+ 8,04 %[3]
PIB (PPA) par hab. (2022) en augmentation 14 429,657 $
+ 5,15 %[3]
Taux de chômage (2022) Decrease Positive.svg 7,1 % de la pop. active
- 7,64 %
Dette publique brute (2022) Nominale
Increase Negative.svg 115 454,847 milliards de
+ 18,09 %
Relative
Increase Negative.svg 39,390 % du PIB
+ 6,41 %
IDH (2021) en diminution 0,717[4] (élevé ; 105e)
Monnaie Guaraní (PYG​)
Divers
Code ISO 3166-1 PRY, PY​
Domaine Internet .py
Indicatif téléphonique +595
Organisations internationales ONU (1945)
Mercosur (1991)
OEI
CIR
GGGI
Groupe de Cairns

Le Paraguay (prononcé : /pa.ʁa.gwɛ/[5] ; en espagnol : /paɾaˈɣwaj/[6] ; Écouter ; en guarani : /paɾaˈɰwaj/), en forme longue république du Paraguay depuis 1813, est un État souverain d'Amérique du Sud enclavé.

Depuis son indépendance au XIXe siècle, le pays connaît une instabilité politique chronique. La dictature d'Alfredo Stroessner est la plus longue de toutes les dictatures qu'a connu l'Amérique du Sud.

Son territoire compte deux régions différentes séparées par la rivière Paraguay : la partie orientale, qui est la plus peuplée, et l'occidentale, qui intègre le Chaco Boreal ou Gran Chaco (le Chaco est une région naturelle qui s'étend de la Bolivie centrale à l'Argentine septentrionale incluse). Entouré par le Brésil à l'est-nord-est, la Bolivie au nord-ouest et l'Argentine au sud-sud-ouest, le Paraguay occupe une superficie de 406 752 km2, sa population est de 6 862 812 en , sans compter une diaspora de centaines de milliers de Paraguayens, notamment en Argentine, où ils ont souvent fait souche. Sa capitale et plus grande ville est Asuncion.

Toponymie

Le toponyme Paraguay est d'origine guarani. Son étymologie est discutée, des interprétations diverses faisant référence à :

  • Une « rivière prenant naissance dans une mer » (le Gran Pantanal) ;
  • Un « fleuve coulant dans la mer » (le Gran Pantanal), selon l'historien et écrivain franco-argentin Paul Groussac ;
  • Le « fleuve des habitants de la mer », selon l'ancien président paraguayen Juan Natalicio González ;
  • La « rivière couronnée », selon Fray Antonio Ruiz de Montoya.
  • L'« eau des Payaguaes », selon Félix de Azara, militaire et scientifique espagnol, du nom des indigènes payaguaes qui vivaient sur les rives du fleuve ou d'un cacique appelé « Paraguaio ».

Géographie

Image satellite du Paraguay.

Caractéristiques générales

Le Paraguay est, avec une superficie de 406 752 km2 le 60e plus grand pays du monde[2],[7],[8]. Cela représente environ 74 % de la superficie de la France[8]. Il est limitrophe de l'Argentine, de la Bolivie et du Brésil[8]. Le pays compte 4 655 km de frontières terrestres, dont 2 531 km avec l'Argentine, 753 km avec la Bolivie et 1 371 km avec le Brésil[2].

Géologie, topographie et hydrographie

Le Paraguay est un pays enclavé, c'est-à-dire sans accès à la mer, situé à 611 km de l'océan Atlantique et à 819 km de l'océan Pacifique. Il n'a donc pas de zone économique exclusive ni de plateau continental. Ses deux principaux cours d'eau, le Río Paraguay et le Rio Paraná, font partie du bassin du Río de la Plata qui permet de relier l'océan Atlantique. Le Río Paraguay prend sa source au Brésil dans le Mato Grosso et se jette dans le Rio Paraná au bout d'un parcours d'environ 2 695 km. Le Río Paraguay divise le pays en deux espaces distincts[9],[10].

Le point culminant est le Cerro Peró qui atteint 842 m d'altitude. Le point le plus bas se situe à la confluence entre le Río Paraguay et le Rio Paraná à environ 46 m d'altitude. L'altitude moyenne de 178 m.

Climat

Crédit image :
Beck, H.E., Zimmermann, N. E., McVicar, T. R., Vergopolan, N., Berg, A., & Wood, E. F.
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Climats du Paraguay selon la classification de Köppen.

Le Paraguay est, du fait de ses coordonnées géographiques, un pays possédant un climat subtropical humide. Cela favorise deux phénomènes qui se produisent régulièrement, à savoir les cyclones (ou ouragans) et le phénomène El Niño qui atteint généralement son apogée vers la période de Noël, d'où son nom qui fait référence à l'enfant Jésus[11]. Le pays fait partie de ce que les chercheurs appellent « l'Amérique tropicale »[12]. Situé entre le 19e et le 27e parallèle sud et le 54e et 62e méridien ouest, il est traversé par le tropique du Capricorne[13]. On distingue généralement deux saisons[13] :

Les étés sont très chauds, avec une centaine de jours de fortes températures qui peuvent dépasser les 41° C[13]. Le record de température est atteint le , avec 45,6° C relevés à Sombrero Hovy dans le nord du pays[14]. À l'inverse, le thermomètre affiche — °C en octobre 2008[15]. La température moyenne est entre 20° et 24° C entre les lignes isothermes[13]. Le Gran Chaco est situé en zone semi-aride, avec une pluviométrie très faible[13]. Le record de pluviométrie date de décembre 1971, avec une moyenne de 31,6 mm/jour[15].

Flore et déforestation

Plus de 8 000 espèces de plantes ont été recensées au Paraguay, parmi lesquelles environ 15 % sont utilisées comme plantes médicinales (stévia, citronnelle paraguayenne)[16]. Toutes ces plantes, sont menacées à cause de la déforestation liée aux cultures de soja.

Le Paraguay est l'un des pays subissant les plus fort taux de déforestation. Quelque 2,5 millions d'hectares de forêts du Chaco paraguayen ont été perdus au cours de la décennie 2003-2013.

Les terres boisées publiques sont vendues à des éleveurs sud-américains, européens ou américains. Les forêts sont coupées ou brûlées pour permettre la culture du soja ou la création de pâturages pour le bétail. Au Paraguay, la vente et le défrichement des terres sont libéralisés par le manque de mesures régulatrices et l'un des taux de corruption les plus élevés en Amérique latine.

La perte d'habitats provoquée par la déforestation menace la biodiversité de la région : « L'abondance de plusieurs espèces a énormément diminué au cours des dernières années à cause de la déforestation », selon le parc national Teniente Agripino Enciso.

En 2013, l'ancien ministre de l'Environnement José Luis Casaccia déclare que « seulement 13 % de la forêt originale de la partie orientale du pays subsiste encore », précisant que « si on [le gouvernement] continue comme ça, dans trente ans, il n’y aura plus un arbre »[17].

Répartition spatiale des hommes et des activités

Le pays connait une croissance urbaine importante depuis la fin des années 1980. Il fait partie des pays d'Amérique latine dont la transition urbaine est modérée, c'est-à-dire que la population est majoritairement urbaine (entre 50 et 70 %) mais que les espaces ruraux restent très nombreux[18]. De plus, la région du Gran Chaco est difficile à aménager et à mettre en valeur[10]. Ce n'est qu'en 1992 que les urbains deviennent plus nombreux que les ruraux[19].

Le taux d'urbanisation est de 61 % en 2012[19]. La direction nationale des statistiques indique que les aires urbaines « correspondent à toutes les capitales de district, définies conformément aux lois administratives, lesquelles présentent des formes orthogonales, sans aucune autre considération particulière »[19]. Le pays suit le même processus d'urbanisation que la plupart des pays d'Amérique latine avec quelques spécificités et particularités[19]. Le coût du foncier est très inégalitaire selon les zones géographiques et est largement hérité de la dictature d'Alfredo Stroessner[19]. Les villes les plus dynamiques sont pour la plupart situées à la frontière avec l'Argentine et le Brésil[19].

L'aire urbaine du « Grand Asunción » concentre 40 % de la population totale et 60,3 % de la population urbaine[19]

Histoire

Ère précolombienne

Les indigènes Guaraní vivaient dans l'est du Paraguay depuis au moins un millénaire avant l'arrivée des Espagnols. L'ouest du Paraguay, le Gran Chaco, était habité par des nomades dont les peuples Guaycuru étaient les plus importants. Le Río Paraguay était à peu près la ligne de démarcation entre le peuple agricole Guarani à l'est et le peuple nomade et semi-nomade à l'ouest dans le Gran Chaco. Les nomades Guaycurú étaient connus pour leurs traditions guerrières et n'ont été complètement pacifiés qu'à la fin du XIXe siècle. Ces tribus indigènes appartenaient à cinq familles linguistiques distinctes, qui étaient à la base de leurs principales divisions. Les différents groupes linguistiques étaient généralement en concurrence sur les ressources et les territoires. Ils ont ensuite été divisés en tribus en parlant des langues dans les branches de ces familles.

Époque coloniale

Les premiers conquistadores à explorer la région sont menés par l'explorateur Juan Díaz de Solís en 1516 qui s'aventurent dans le Río de la Plata[20]. À l'époque, les Espagnols cherchaient un moyen d'accès pour réduire le trajet pour atteindre les Moluques[20]. Les expéditions se multiplient dans les années 1530. Hormis le fleuve Amazone, les explorateurs ont beaucoup emprunté le Río Paraguay et le Rio Paraná pour avancer dans les terres. C'est ainsi que les Espagnols choisiront le site de la future Asunción en raison de la proximité avec les indigènes Guaraní[21]. Ils s'installent dès 1536 dans la région[13]. Le fort d'Asunción (ou plutôt Nuestra Señora Santa María de la Asunción) est fondé le , le jour de l'Assomption. De 1541 à 1580, Asunción est le siège du gouvernorat de Nouvelle-Andalousie jusqu'à la refondation de Buenos Aires[22]. La ville est l'un des principaux points de passage de la route transcontinentale par laquelle transitait l'or extrait des mines de Potosí[23]. C'est la résistance des Guaraní qui redonne à Buenos Aires la centralité du gouvernorat[24]. La fonction commerciale qui avait été dévolue à la région devient la cause principale de son isolement[24].

À partir de 1608, la mission jésuite commence à s'installer dans les régions qui n'ont pas été colonisées par les Espagnols, principalement entre le Río Paraguay et le Rio Paraná. Jusqu'en 1767, lorsque le roi Charles III décida de l'expulsion des Jésuites[25], les missions fonctionnent en créant un modèle d'organisation spécifique, que certains qualifient de théocratie[24]. Les missions permirent de protéger les Guaraní des exactions éventuelles des Espagnols ou des Portugais, en échange de quoi beaucoup se convertirent au catholicisme. Les missions ont permis de préserver la langue parlée et à faire publier de nombreux ouvrages en Guarani grâce aux imprimeries qu'ils ont créé[25].

En 1782, le Paraguay devient une intendance au sein de la vice-royauté du Río de la Plata. À partir de la fin du XVIIIe siècle, une série de révoltes sont lancées contre Buenos Aires et les représentants de Madrid. Lorsque commence la révolution de Mai en 1810, Buenos Aires cherche à annexer l'intendance du Paraguay[26]. Les militaires paraguayens, désireux de préserver l'indépendance du territoire et marqués par l'expérience des missions jésuites, se soulèvent contre Buenos Aires. En septembre 1810, le général Manuel Belgrano et ses hommes envahissent l'intendance mais ils sont battus en janvier et mars 1811. Le , le Paraguay se proclame indépendant à la fois de Buenos Aires et de Madrid[27]. Ce n'est que le que le Paraguay fait sa déclaration d'indépendance vis-à-vis de l'Espagne. Le , un premier Congrès est constitué et une junte de cinq personnes est formée autour de Fulgencio Yegros. Un traité de paix et d'amitié est signé en octobre avec Buenos Aires.

La République dictatoriale (1813-1870)

Le , un second Congrès se réunit. Les membres réfléchissent à la forme de gouvernement pour le pays et adoptent le principe de la République. Le Congrès nomme Fulgencio Yegros et José Gaspar Rodríguez de Francia pour diriger la nouvelle junte. Yegros est marginalisé par Francia, qui délaisse les aspects politiques. Francia est élu dictateur pour cinq ans le puis « dictateur suprême à vie »[26] lors du quatrième Congrès le . Francia mène une politique isolationniste, faisant du Paraguay l'un des pays les plus isolés du reste du monde comme le Japon avant l'ère Meiji[27]. Des accords commerciaux sont tout de même signés avec l'Empire du Brésil, l'Argentine et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande[27].

Le régime autoritaire de Francia construit les bases d'un État fort et dirigiste afin d'entreprendre la modernisation économique du pays. Le Paraguay instaure ainsi un protectionnisme rigoureux à une époque où la plupart des autres pays adoptaient le système libre-échangiste promu par le Royaume-Uni tout en confiant à leur bourgeoise nationale le soin de piloter la création de richesses. Ce modèle, poursuivi après la mort de Francia par ses successeurs Carlos Antonio López puis Francisco Solano López, fit du Paraguay l'un des pays les plus modernes et les plus socialement avancés d’Amérique latine : la redistribution des richesses est si importante que de nombreux voyageurs étrangers rapportent que le pays ne connaît ni la mendicité, ni la faim, ni les conflits. La réforme agraire a permis de répartir assez équitablement la terre. Asunción figure parmi les premières capitales du continent à inaugurer un réseau de chemins de fer. Le pays possède une industrie en pleine expansion et une flotte marchande composée de navires construits dans des chantiers nationaux, présente une balance commerciale excédentaire et ne connait pas l’endettement[28]. À la mort de Francia, le Congrès cherche un successeur au dictateur mais tous sont déposés par une fraction de l'armée. Le Congrès jette finalement son dévolu sur le neveu de Francia, Carlos Antonio López, et rédige la déclaration d'indépendance , adressée à la fois à Buenos Aires et à Madrid. Carlos Antonio López dirige le pays jusqu'à sa mort en 1862. Bien qu'étant enclavé, le pays se dote d'une marine grâce à la présence du Río Paraná qui donne accès à l'océan Atlantique[28]. Néanmoins, entre 1841 et 1852, le dictateur argentin Juan Manuel de Rosas bloque l'accès au Río de la Plata[29]. En 1856, Lopez obtient du Congrès le droit de désigner son successeur. C'est ainsi que son fils, Francisco Solano López, lui succède à sa mort le , confirmé par le Congrès le suivant.

De la Guerre de la Triple-Alliance à la Guerre du Chaco (1864-1935)

Fort des moyens économiques laissés par son père, Francisco Solano López se prépara à la guerre qui devait éclater en 1864 avec le Brésil, puis en début 1865 avec l'Argentine et l'Uruguay, les trois pays se liguant par le traité de la Triple-Alliance (1er mai 1865). Le poids relatif du Paraguay inquiétait ses voisins. Son refus de se plier aux exigences du libre commerce prôné par la Grande-Bretagne et les États-Unis déplaisait aux intérêts argentins et brésiliens. Défait, l'acharnement principalement des armées brésiliennes et la résistance obstinée de Francisco Solano Lopez aboutit à sa mort au combat et à la dévastation complète de la partie peuplée du pays.

En 1870, le pays sort de la guerre exsangue, perdant 88 000 km2 au profit des vainqueurs, soit un tiers de sa superficie[30],[31]. Des épidémies de choléra et fièvre jaune déciment la population[30]. En six ans, le pays perd 60 % de sa population[32]. Il mène alors une politique très favorable à l'immigration pour favoriser le repeuplement. L'Empire du Brésil occupe le pays jusqu'en 1876, date de la signature du traité de paix. En 1878, le président américain Rutherford B. Hayes arbitre favorablement un conflit frontalier avec l'Argentine.

En 1887, les deux principaux partis politiques du pays, toujours existant aujourd'hui, sont créés : le Parti colorado et le Parti libéral radical authentique[33]. Le pays se remet très lentement de la guerre. En 1900, le Paraguay dépasse à peine le nombre d'habitants de 1850[34]. De 1904 à 1912, la vie politique est très instable[35]. Le pays connaît une première guerre civile  en 1922. En 1924, le président Eligio Ayala  lance un projet de colonisation et de peuplement du Gran Chaco, qui ravive un vieux conflit frontalier avec la Bolivie[27]. Le projet est poursuivi par son successeur José Patricio Guggiari [35]. Les premiers affrontements armés avec la Bolivie ont lieu dès 1926, mais la Guerre du Chaco ne commence qu'en 1932[36]. Ce conflit, le dernier né d'un conflit territorial, est le plus meurtrier du XXe siècle proportionnellement au nombre de combattants engagés[37]. Comme lors de la précédente guerre, les épidémies déciment les troupes, frappées par le paludisme ou le typhus. La Société des nations, malgré ses médiations, ne parvient pas à mettre fin au conflit[36]. C'est la médiation de l'Argentine et du Brésil qui met fin au conflit le .

Instabilité et guerre civile (1935-1954)

C'est après la fin de cette guerre que les forces politiques sous l'influence de l'Argentine puis, à moindre titre, du Brésil, regroupées, en synthèse, entre libéraux (les « bleus ») et libéraux nationalistes (les « rouges » ou « colorados »), durent céder le pouvoir à des régimes militaires sous la pression notamment des anciens combattants du Chaco et du Colonel Franco qui fondera le parti « Fébrériste ». L'orientation politique de ceux-ci alla d'une tendance démocratique (José Félix Estigarribia, « général de la victoire » de la guerre du Chaco, élu le , décédé dans un accident d'avion le ) jusqu'à une tendance influencée par une adaptation locale du fascisme (Général Victor Morinigo, , avec perte progressive d'influence jusqu’au ), pour déboucher, les « colorados » alors dominants, sur une période de guerres civiles (1947), coups d'État et de troubles dont sortira finalement vainqueur le général Alfredo Stroessner en 1954 et renversement de l'influence des deux grands voisins au profit du Brésil.

Dictature d'Alfredo Stroessner (1954-1989)

Après avoir conquis le pouvoir, Alfredo Stroessner dissout le Parlement, interdit les partis d'opposition et purge le Parti Colorado. Tous les quatre ans, le régime organise des élections qui aboutissent chaque fois à la réélection du président. La Constitution est amendée afin de permettre une présidence à vie[38]. Plusieurs centaines, voire milliers, de personnes sont tuées pour des raisons politiques, au moins 20 000 individus sont torturés, 1,8 million de Paraguayens (environ le tiers de la population) choisissent l'exil pour des raisons politiques ou économiques.

Il bénéficie d'un fort soutien des États-Unis, du Brésil, alors sous dictature militaire, et du Chili après le coup d’État. Le président Richard Nixon va jusqu'à déclarer que le régime de Stroessner est un « modèle de démocratie viable pour l’Amérique latine ». « Guidé par la main experte du général Stroessner », déclare Gustavo Leigh, l'un des membres de la Junte chilienne derrière Pinochet, en ouverture du troisième congrès de la Confédération anticommuniste latino-américaine en 1977, « le Paraguay a été l'un des premiers en Amérique à dresser des barricades pour se défendre contre le germe communiste, dans une attitude exemplaire pour les peuples américains ». Des officiers américains participent à la formation de leurs homologues paraguayens aux techniques de torture. La plus célèbre, la pileta consistait à plonger des opposants dans une baignoire emplie d’excréments, jusqu’aux limites de leurs forces[39].

Le régime est également responsable de la sédentarisation forcée et brutale des indigènes Aché à partir de 1967, sédentarisation accompagnée de meurtres et au cours de laquelle des indigènes connurent des conditions de travail proches de esclavage et des enfants furent volés. En 2013, les Aché ont porté plainte contre l’État paraguayen pour crimes contre l’humanité et génocide devant la justice argentine[40].

Outre le soutien financier reçu des États-Unis, l’État paraguayen, grâce à sa situation géographique, fait de la contrebande l'une de ses principales sources de revenu. De l'alcool aux animaux exotiques, en passant par les drogues et les voitures, le volume de la contrebande serait de trois fois supérieur au chiffre officiel des exportations. Le régime de Stroessner emploie amplement la corruption pour conserver la fidélité des Forces armées. Entre 1954 et 1989, quelque 8 millions d'hectares (soit un tiers des terres agricoles du pays) ont été distribués à des proches du pouvoir, principalement des officiers, dont certains ont ainsi pu amasser des fortunes considérables. La forte concentration des richesses et des terres a fait du Paraguay l'un des pays les plus inégalitaires de la planète au cours de cette période[38].

Depuis 1989

Alfredo Stroessner est renversé par un coup d'État le mené par le général Andrés Rodríguez Pedotti, chef d'état-major mais surtout son propre gendre[41]. Trois mois plus tard, ce dernier se fait élire président de la République avec 74 % des voix dans un contexte de fraudes massives. Stroessner s'exile au Brésil qui lui offre l'asile politique tandis que le Parti Colorado lui survit au prix d'une mise au goût du jour : les élections présidentielles sont donc désormais formellement libres. Le Paraguay n'a jamais traduit en justice les principaux responsables des actes de torture et assassinats perpétrés pendant la dictature (seuls quelques policiers et un civil ont été condamnés)[38].

L'homme d'affaires Juan Carlos Wasmosy, lui aussi issu du parti Colorado, est élu président en 1993. En , une marche organisée par 20 000 paysans réclamant une réforme agraire converge vers Asunción. Le pays connait également cette même année sa première grève générale depuis trente-cinq ans - qui aboutit à des hausses de salaire - et le gouvernement se trouve déstabilisé par une importante affaire de corruption qui entraine la démission du ministre des Finances[42]. Le président Wasmosy nomme, sous la pression de Washington, le général Ramon Rozas Rodriguez chef de la lutte anti-drogue. Celui-ci est assassiné par balles en , peu avant de présenter son rapport sur les activités illicites de hauts responsables des forces armées, du gouverneur de l'Alto Paraná Carlos Barreto Sarubbi, de l'homme d'affaires brésilien Fahd Jamil et de plusieurs agents de la DEA américaine. En , il démet de sa fonction de commandant en chef de l'Armée de terre le général Lino Oviedo, tenant d'une ligne dure à l'intérieur du Parti colorado et ne cachant plus ses ambitions politiques. Avec le soutien d'un grand nombre d'officiers, Oviedo menace le président de lancer ses chars à l'assaut de l'ordre constitutionnel. Réfugié dans l'enceinte de l'ambassade américaine, Wasmosy négocie et lui promet de le nommer ministre de la Défense. Il revient rapidement sur sa décision devant la pression de manifestation, des États-Unis (qui menacent de suspendre l'aide militaire) et du Mercosur (qui menace d'exclure le Paraguay en cas de retour d'un régime militaire).

Raúl Cubas Grau (Colorado) devient président en 1998. Les tensions à l'intérieur du Parti Colorado restent très vives et culminent avec l'assassinat en 1999 du vice-président Luis María Argaña, rival de Raúl Cubas Grau. Ce dernier, objet d'une procédure de destitution, démissionne et se réfugie au Brésil. Le président du Sénat, Luis Ángel González Macchi, le remplace. Il doit pourtant faire face à une procédure de destitution un an seulement après son arrivée au pouvoir, étant accusé d'avoir détourné à son profit 16 millions de dollars. Il parvient cependant à se maintenir au pouvoir à la faveur d'une « guerre de clans » à l'intérieur du parti colorado. Très impopulaire, il tente d'apaiser le mécontentement en acceptant de suspendre le processus de privatisations. Il déclare l’état d'urgence en . La répression de manifestations contre son gouvernement fait plusieurs morts et conduit à des centaines d'arrestations[43].

En aout 2004, au moins quatre cents personnes meurent dans l'incendie accidentel d'un centre commercial de la capitale, les propriétaires ayant fait fermer les portes afin d’empêcher les clients de partir sans payer[42].

Des élections pour renouveler le président et les deux chambres ont eu lieu le . Nicanor Duarte Frutos, du parti Colorado, est élu président. Le , le parti Colorado voyait son règne de plus de soixante ans s'achever avec l'élection de Fernando Lugo, ancien évêque de gauche de l'Alliance patriotique pour le changement (APC), à la présidence du pays. Celui-ci, premier président de gauche de l’histoire contemporaine du Paraguay, est destitué par le Sénat, où la droite était restée majoritaire, le et remplacé par son vice-président, Federico Franco, issu du Parti libéral de centre droit. Cette destitution, très controversée, fut notamment qualifiée par la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner de « coup d'État », et valut au Paraguay une exclusion du Marché commun du Sud (Mercosur), de l'Union des nations sud-américaines (Unasur) et de la Communauté d'États latino-américains et caraïbes (Celac), qui ne reconnurent pas la légitimité du nouveau gouvernement[44]. Horacio Cartes est élu en 2013 et Mario Abdo en 2018, tous deux membres du Parti Colorado.

Politique et administration

Le Paraguay est une république présidentielle. La Constitution de 1992 impose la division des pouvoirs.

Découpage administratif

Paraguay en Amérique du Sud.
Découpage administratif du Paraguay.

Le Paraguay est divisé en dix-sept départements, mais la capitale dispose d'un statut particulier. À la tête de chaque département, se trouve un gouverneur élu par les citoyens de la région. Voici la liste des départements :

Organisation des pouvoirs

Le président est à la fois le chef de l'État et le chef du gouvernement. Le président et le vice-président sont élus pour un mandat de cinq ans. Le président choisit après l'élection les membres de son cabinet.

Le parlement est composé de deux chambres. La Chambre des députés (Cámara de Diputados) compte quatre-vingts membres et le Sénat en compte quarante-cinq. Les élections législatives pour le renouvellement des deux chambres ont lieu tous les cinq ans, en même temps que l’élection présidentielle.

La Cour suprême est la plus haute instance judiciaire. Les sénateurs et le président en choisissent les neuf membres en se basant sur les recommandations d'un conseil spécifique.

La distinction civile la plus élevée du pays est l'ordre national du mérite du Paraguay.

Transparency International classe le pays dans la décennie 1990 comme étant le deuxième ayant le niveau de corruption le plus élevé au monde après le Cameroun et devant le Honduras[45].

Droits des homosexuels

En 2019, Amnesty International reproche aux autorités paraguayennes d'adopter des résolutions bafouant « les droits aux libertés d’expression, de réunion et de manifestation pacifique et l’égalité entre les personnes, entre autres. » L’organisation a également dénoncé le recours à des arguments de protection de la morale publique comme prétexte pour « restreindre de manière injustifiée les droits aux libertés de réunion et de manifestation pacifique, particulièrement des personnes LGBTI[46]. »

Selon l'Association internationale des personnes lesbiennes et gays (Ilga), le Paraguay est un pays problématique concernant les droits des personnes homosexuelles, atteintes par une « grande violence structurelle, laquelle est corrélée à une impunité de la LGBTphobie ».

Avortement

L'avortement est interdit en toutes circonstances, sauf au cours des 20 premières semaines de grossesse si la vie de la mère est menacée[47].

Drapeau

Le Paraguay est le seul pays à avoir un drapeau avec deux faces différentes.

  • sur l'endroit, on peut observer les armoiries du pays ;
  • sur l'envers on trouve un lion, assis devant une pique surmonté du bonnet phrygien le tout entouré par la devise nationale Paz y Justicia (« Paix et justice »).

Population et société

Démographie

Il est difficile de connaître précisément le nombre d'habitants dans le pays. Le dernier recensement valide date de 2002, le suivant réalisé en 2012 ayant été invalidé[48]. La population du pays est estimée à près de 7 millions de personnes en 2016.

Environ 95 % des Paraguayens sont métis, d'une ascendance à la fois espagnols et amérindienne[49]. Selon la Dirección Nacional de Estadística (Censo Nacional Indígena), les Amérindiens étaient 87 000 en 2002 (soit 1,7 % de la population)[50], et 117 000 en 2012[51]. L’État paraguayen recense dix-neuf peuples autochtones[51].

La population est principalement concentrée dans la partie située au sud du tropique du Capricorne. 98 % de la population vit dans la partie orientale du pays, qui représente 40 % de la surface du pays[19].

En 2018, le taux de fécondité est d'environ 2,5 enfants par femme, contre 4,6 en 1992[48]. L'âge médian est passé de 20,7 ans en 2000 à 26,3 ans en 2019[52]. Dans le même temps, le taux de mortalité infantile passe de 30,8 décès pour 1 000 naissances à 18,7 décès pour 1 000 naissances en 2019[52]. L'espérance de vie à la naissance est passée de 68 ans en 1990 à 74,5 ans en 2019[52].

Langues

Au Paraguay, il existe deux langues officielles : le guarani et l'espagnol (castillan). Le Paraguay est l’un des rares pays d’Amérique latine où une langue indigène est reconnue depuis longtemps : elle est la langue nationale depuis 1967, et la langue co-officielle depuis 1992. Enfin, depuis 1994, un plan national d’éducation vise à enseigner les deux langues à tous les Paraguayens[53]. Même si les deux langues ont un statut égal, dans l’administration, la justice, l’enseignement et les médias, l’espagnol s’impose largement mais il n'y a que 6 % d'unilingues espagnols et ce pourcentage diminue car le bilinguisme s’étend malgré tout à toutes les sphères de la société : 55 % des Paraguayens peuvent donc s’exprimer en espagnol.

88 à 95 % de la population totale parle le guarani. 39,2 % sont unilingues guarani, 48,9 % sont bilingues guarani-espagnol et 2,7 % parlent une autre langue amérindienne avec parfois le guarani comme seconde langue.

Il existe une vingtaine de langues amérindiennes vivantes : l’aché, l’ayoreo, le bolivien oriental (?), le chamacoco , le chiripá, le chorote iyo'wujwa, le guana, le guaraní, le guaraní mbyá, le guarani paraguayen, la lengua, le maká, le maskoy pidgin, le nivaclé, le pai tavytera , le sanapaná, le tapieté, le toba et le toba-maskoy, plus une langue disparue, l'emok.

Les autres langues d'origine européenne parlées sont le portugais (3,2 %), l’allemand standard (immigration, environ 1 %), le bas allemand mennonite et l'italien.

Principales villes

Les principales villes sont : Asunción, Ciudad del Este, San Lorenzo, Luque, Capiata et Lambaré.

Les missions jésuites de la Santisima Trinidad de Parana et Jesús de Tavarangue sont classées au patrimoine mondial de l'Unesco[54].

Santé

Il y a environ 11 médecins pour 10 000 personnes[55]. Il y a 18 infirmiers et sages-femmes pour 10 000 personnes[55]. L'espérance de vie en bonne santé était de 64 ans en 2007[55] ; 11 ans plus tard celle-ci était en 2018 d'environ 77,6 ans selon les estimations[56] Le taux d'infection du VIH était de 0,5 % en 2007[55].

Éducation

En 1992, 58,1 % de la population âgée de 15 ans et plus avait seulement terminé l'instruction dans le primaire[19]. L'éducation s'est vraiment démocratisée à partir de 1993[57]. Néanmoins, il y avait encore 25 % d'analphabètes en 2002[58].

En 1999, les enfants âgés de 3 à 5 ans représentaient 21 % de la population d'âge scolaire[57]. Cette proportion passe à 19 % en 2015[57]. Pour les enfants âgés de 6 à 11 ans, la proportion dans la population d'âge scolaire passe de 40 % en 1999 à 38 % en 2015[57]. La proportion pour les enfants âgés de 12 à 14 ans passe de 19 % en 1999 à 20 % en 2015[57]. Cette proportion passe de 21 % en 1999 à 24 % en 2015 pour les enfants âgés de 15 à 17 ans.

En 2018, les frais d'inscription pour le primaire représentent 12,5 % du salaire minimum[57].

En 2015, 30 % des élèves paraguayens ont achevé leurs études secondaires, contre 17 % en 1998[57]. Pour ce qui concerne les études universitaires, la proportion passe de 3,5 % en 1998 à 8,7 % en 2015[57].

Religion

Environ 90 % sont catholiques et 10 % sont protestants (principalement mennonites) ou mormons, entre autres religions.

Sport

Le football est le sport le plus populaire dans le pays. José Luis Chilavert est l'un des meilleurs[réf. souhaitée] joueurs d'Amérique du Sud et a la particularité d'être un gardien de but buteur. Víctor Pecci est également un héros national, finaliste des Internationaux de France de tennis 1979 contre Björn Borg en cinq sets.

L'équipe nationale de football a remporté la Copa América à deux reprises, en 1953 et 1979, et atteint les quarts de finale de la Coupe du monde de football en 2010 perdant contre l'Espagne future vainqueur.

Le pays accueille la Copa América en 1999.

Économie

Caractéristiques générales

Dans les années 2010, l’économie, en grande partie dirigée vers la production de soja, connait une croissance de 4 % en moyenne. La croissance économique ne permet néanmoins pas de faire reculer la pauvreté, qui atteint en 2018 selon les chiffres officiels plus de 26 % de la population. Cette croissance aurait surtout bénéficié aux investisseurs : d'après The New York Times, le Paraguay est « l’un des pays d’Amérique latine où l’écart entre les riches et les pauvres s’est le plus amplifié ces dernières années » ; dans les campagnes, 85 % des terres agricoles appartiennent à 2,6 % des propriétaires. En outre, des populations d’ascendances indigènes ont été expulsées afin de permettre l’implantation d'entreprises de soja[59].

Le marché de l’exportation du soja est très largement dominé par des multinationales (Cargill, Archer Daniels Midland, Bunge Limited, etc) et ne profite donc que peu à la population paraguayenne. Les entreprises d’exportation et les propriétaires terriens payent peu d’impôts. Ainsi, une étude de la CEPALC (un organisme de l’ONU) parue en 2018 indique que le Paraguay est un des pays où les entreprises participent le moins au budget de l’État[60].

Les pesticides et autres produits chimiques sont utilisés massivement dans les champs de soja. Les normes environnementales du pays ne sont pas respectées par les entreprises et les produits agrochimiques contaminent l’environnement. En 2019, le Comité des droits de l’homme des Nations unies publie un jugement exhortant le Paraguay à entreprendre une enquête sur les fumigations massives de produits agrochimiques et l’empoisonnement des populations. Cependant, la situation ne tend guère à s'améliorer : « La grande corruption politique, l’extrême fragilité des institutions, la vulnérabilité sociale élevée, l’omnipotence des intérêts économiques dans les décisions politiques, tout comme la localisation [du pays] dans le cœur géographique du cône sud et son abondance de ressources naturelles font du Paraguay une cible attirante pour les intérêts géopolitiques impériaux », souligne le sociologue Tomás Palau. L'universitaire José Luis Insfrán note également que les hommes politiques du pays « sont subventionnés par les grandes entreprises, ce sont elles qui implantent les politiques »[61].

En 2022, le Paraguay est classé en 91e position pour l'indice mondial de l'innovation[62].

Monnaie

La monnaie paraguayenne est le guaraní paraguayen. 1 euro = 6 576,309 1 guaranis en .

Ressources naturelles

Les principales ressources naturelles du Paraguay sont : le fer, le pétrole, le manganèse, le bois, le calcaire et l'énergie hydraulique[49]. De plus le Paraguay exporte plus de viande que l'Argentine et produit dix fois plus d'électricité qu'il n'en consomme grâce à l'hydroélectricité. Le pays est le quatrième exportateur de soja au monde (dont 97 % est génétiquement modifié) et le sixième de bétail[63].

Agriculture

Plus de 80 % des terres cultivables sont possédés par 2,6 % de propriétaires terriens. Près de 8 millions d’hectares ont été octroyés de façon illégale, en violant la loi agraire, à des affidés du régime durant la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989), et l’État n’a depuis rien entrepris pour identifier les bénéficiaires de cet enrichissement illicite. Parmi ces propriétaires, des généraux, des entrepreneurs et hommes politiques, d’anciens présidents de la République, le dictateur nicaraguayen Anastasio Somoza Debayle, et même le Parti colorado au pouvoir. Plus de 130 leaders paysans ont été assassinés depuis la chute de Stroessner, en 1989[64].

Les méthodes pour s’approprier la terre au Paraguay sont nombreuses. L'économiste Luis Rojas indique que la plus fréquente est d’acheter la terre aux petits producteurs : « On offre au paysan une somme qu’il n’a jamais vue de sa vie. Il s’imagine que c’est une fortune, part pour la ville, dépense tout en trois ou quatre mois et fait grossir les ceintures de misère, car il n’y a pas de boulot. » Oxfam estime que 900 000 personnes ont été expulsées des campagnes dans les dix dernières années, ce qui représente près d’un septième de la population. Cette foule de paysans sans terre grossit ainsi les ceintures de pauvreté autour d'Asunción, la capitale[60].

Références

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Voir aussi

Bibliographie

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Infographies et dossiers
Articles de revues
Ouvrages
  • Nicolas Balutet, Civilisation hispano-américaine, Paris, Armand Colin, coll. « Portail », , 200 p. (ISBN 978-2-200-61871-1, lire en ligne Accès payant). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
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Publications officielles
  • [PDF] (en) Gordon Wilmsmeier et Ricardo J. Sánchez, Landlocked Countries in South America : Transport System Challenges, New York, , 82 p. (lire en ligne).

Articles connexes

Liens externes