Bernard Collot

Bernard Collot, né en 1940, est un pédagogue français qui a développé et théorisé une autre approche de l'école et de l'acte éducatif sous le nom "une école du 3ème type"

Son apport

Dans le prolongement des pédagogies actives et de la pédagogie Freinet dont il a été un militant, il a mis en œuvre, en particulier dans la classe unique de Moussac[1] dans la Vienne, ce qu'il a ensuite théorisé et appelé "une école du 3ème type" où les apprentissages informels se substituent aux apprentissages formels et didactiques.

Son approche découle à la fois du multi-âge et de la communication dans les réseaux d'écoles utilisant la télématique dont il a été un des précurseurs de son utilisation dans l'école.

Il est le fondateur du laboratoire des Centres de Recherches des petites Structures et de la Communication (1989)[3], un des fondateurs de la Fédération Nationale de l'École Rurale[4] (1993), de l'Association Européenne de Défense d'une Education de Proximité (1995 -Setubal) avec l'Institut des communautés éducatives portugaises[5] et la Fédération des Mouvements de Rénovation Pédagogique espagnols[6] 

Sa place parmi les grands courants pédagogiques

Ce sont les pédagogies qui induisent l'organisation et le fonctionnement des écoles et les pratiques (méthodes) des enseignants. Les traditionnalistes sont favorables à une instruction distillant avec méthode et dans la discipline les savoirs accumulés de la civilisation ; matières, didactique et programmes sont les pièces maîtresses de leurs pédagogies. Parmi les précurseurs des pédagogies nouvelles, les tenants d'uneéducation centrée sur l'enfant, tels G. Stanley Hall, soutiennent que l'enseignement des divers sujets doit être subordonné au développement naturel et sans entrave de l'enfant. Pour eux, l'expression des impulsions spontanées de l'enfant est « le point de départ, le centre, le but »[7] Pour John Dewey, avec Alfred Ferrière un des promoteurs des pédagogies actives, il s'agit de « réinsérer les sujets d'étude dans l'expérience »[7] . La pédagogie Freinet est, elle, fondée sur trois grands axes : expression, création, communication, coopération. Célestin Freinet l'a appelée la pédagogie du travail (« c'est le travail qui est naturel »). Maria Montessori considérait que c'est le jeu qui est naturel et que les apprentissages s'effectuent par l'intermédiaire de jeux conçus pour cette fonction. Etc. Dans toutes ces pédagogies actives, si l'importance de l'enfant dans un groupe est capitale, la place de l'enseignant-guide est centrale dans les apprentissages qui restent déterminés.

Sans rejeter ces pédagogies, Bernard Collot, lui, ne part pas de la pédagogie mais considère que l'école, en tant qu'espace éducatif parmi les autres espaces sociaux où vit l'enfant, doit se constituer en un système vivant autonome dans lequel les enfants, systèmes vivants eux-mêmes, poursuivent leurs constructions cognitives et sociales. Il aborde donc le problème de l'école de façon systémique et donne la priorité à l'auto-organisation de l'entité sociale, avec son environnement propre, dans laquelle vivent les enfants et y sont libres de réaliser tous leurs projets. Les apprentissages, non déterminés à l'avance, en sont la conséquence. Dans ce sens, Bernard Collot se rapproche de John Caldwell Holt qui concevait de la même façon et sans déterminisme la construction des apprentissages, mais seulement dans la famille (unschooling), rejetant que ce soit possible dans l'école.

L'école du 3ème type

Définition

« Une école sans cahiers, sans leçons, sans horaires, sans évaluation, ouverte en permanence aux enfants comme aux adultes ». L'école du 3e type est une conception globale et systémique de l'école dans une unique finalité : contribuer à la construction de l'enfant en adulte autonome, disposant des outils de l'autonomie pour être et agir dans une société où il ne sera pas passif. Si elle se situe dans le prolongement des pédagogies actives et de la pédagogie Freinet, il ne s'agit pas d'une nouvelle pédagogie mais d'une approche globale et systémique de l'école et du système éducatif et de leur finalité, de l'acte éducatif, de la place et du rôle des différents acteurs qui sont impliqués (enfants, adolescents, éducateurs, parents, élus, habitants, tissu socio-culturel…). Bernard Collot la différencie d'une école du 1er type, celle de l'enseignement traditionnel frontal où l'élève reçoit et est passif, d'une école du 2e type où l'élève est plus actif et où le professeur fait appel à la motivation et cherche par tous les moyens à rattacher son enseignement à la réalité mais reste le principal acteur. Dans l'école du 3e type c'est la présence des enfants dans un groupe et dans un environnement réel et enrichi qui entraîne les processus d'apprentissage et la construction des langages. Ce n'est plus l'enseignant qui déclenche les processus. C'est une approche systémique de l'école et des apprentissages.

Principes

L'école du 3ème type (que B.Collot appelle aussi l'école de la simplexité[8] ) s'appuie sur une notion différente des langages et de leur construction (langages oraux, écrits, mathématiques, scientifiques, artistiques, corporels...). Ce sont pour B. Collot des outils neurocognitifs (distincts des langues) interprétant et produisant des représentations et des informations, créant des mondes et permettant d'agir dans les mondes créés par le social-historique des sociétés. Pour lui, ce sont eux les outils de l'autonomie. Ils se construisent dans l'interaction avec les environnements et dans les interrelations d'entités sociales, permettent l'être et l'agir dans ces environnements, permettent l'appropriation des connaissances et leur mise en action dans des savoir-faire et savoir-être. Elle s'appuie aussi sur les caractéristiques des systèmes vivants et les avancées des sciences biologiques, neurobiologiques (en particulier sur la notion de simplexité de Alain Berthoz) et d'une façon générale celles qui se situent dans une approche systémique. L'école du 3e type est un système vivant (ou système ouvert) répondant aux lois de tous les systèmes vivants. Elle s'inclut dans l'environnement et l'écosystème social de sa proximité avec lesquels elle est en interaction et dont elle est un des espaces. Les parents, le village ou le quartier, sont partie prenante de l'élaboration de ses stratégies et de son activité. De par sa structure dissipative et l'auto-organisation qu'elle permet, les apprentissages informels se substituent aux apprentissages formels. Les constructions des langages se réalisent à partir des projets individuels ou collectifs des enfants, quels que soient ces projets. L'enfant, en interaction avec son environnement, en interrelation avec les autres enfants et adultes, est non seulement l'auteur de ses apprentissages mais aussi la source. Le multi-âge, la communication, l'aménagement de l'environnement interne de l'école et son ouverture à l'environnement externe, favorisent la construction, l'utilisation et l'évolution des principaux langages, en général plus facilement réalisés à l'école. C'est dans la nécessaire auto-organisation de leur activité par les enfants et les adolescents, dans la régulation des interdépendances dans un groupe, que se construit leur socialisation. L'école du 3e type est un espace particulier de vie à disposition des enfants.

Sources théoriques

Issue des pratiques et des échanges entre praticiens, l'école du 3e type s'appuie dans sa théorisation sur les travaux de chercheurs comme Edgar Morin dans l'approche systémique [9] , Francisco Varela dans le concept de l'autopoïèse des systèmes vivants[10], pour le fonctionnement du cerveau tel le décrit Alain Berthoz[11], Castoriadis dans sa conception de l'autonomie[12], ou Karl Popper dans son approche des langages[13]. Elle emprunte à Ilya Prigogine la notion de structures dissipatives [14]. Elle s'inscrit dans la théorie des systèmes ouverts[15]. La communication qui est la source de tout apprentissage est prise dans son sens large (perception et interaction avec toutes les informations émises par l'environnement physique et social) et pas seulement dans l'interrelation

Parcours

- 1960 : entrée dans l'enseignement public, dans une classe multi-âge rurale du Rhône (de 1960 à 1974, enfants de 7 à 14 ans), puis dans une classe unique de la Vienne (de 1976 à 1996, enfants de 4 à 11 ans). - 1963 : création du premier restaurant d'enfants en milieu rural. - 1964 : il est à l'origine des premières rencontres USEP autogérées pendant le temps scolaire (Beaujolais). - 1965 : création du premier réseau d'écoles rurales (Beaujolais). - 1970 : il participe et collabore à la conception de la première expérience d'apprentissage massif de la natation directement en grand bassin avec la DDJS du Rhône. - 1983 : il fait partie des premiers à introduire ordinateurs, vidéo, fax (1989) dans sa classe et à développer des réseaux télématiques d'écoles (1983). - 1989 : il enclenche la lutte contre l'éradication des écoles multi-âge en créant un laboratoire d'enseignants (les Centres de Recherches des Petites Structures et de la Communication), puis en cofondant la Fédération de l'École rurale, puis l'Association européenne de défense de l'école de proximité. - 1993 - Il lance avec Michel Authier le projet ACNE, arbre de connaissances pour une nouvelle école, et collabore avec lui à la diffusion de la philosophie sous-tendue par l'outil informatique qui produit une cartographie des compétences d'une communauté. - 1993 : il crée et dirige la revue « Ecole rurale, école nouvelle, communautés nouvelles »[16] (1993 - 1999) - A partir de 1989 il donne des conférences dans de nombreux colloques, séminaires, en France et à l'étranger.

Publications

- Une école du 3ème type ou la pédagogie de la mouche, L'Harmattan, 2002
- Du taylorisme scolaire à un système éducatif vivant, Odilon, 2005
- Classes uniques, structures dissipatives, in Géographie de l'école rurale, Ophrys, 2005
- L'école de la simplexité, TheBookEdition.com, 2011
- Chroniques d'une école du 3ème type – Tome 1 – Ses fondements, Éditions de l'Instant Présent, 2012
- La pédagogie de la mouche, Éditions de l'Instant Présent, 2013
- Éduquer, coéduquer, une question de pouvoirs, TheBookEdition.com, 2012
- Multi-âge, TheBookEdition.com, 2012
- Les classes unique, structures dissipatives, TheBookEdition, 2012
- Chroniques d'une école du 3ème type – Tome 2 -Ecole et société, TheBookEdition.com, 2012, ré-édition Instant Présent sept.2014
- La fabuleuse aventure de la communication, TheBookEdition.com, 2012
- Pédagogie de la structure et de la communication, TheBookEdition.com, 2012
- Chroniques d'une école du 3ème type - Conversations décousues, TheBookEdition.com, 2012
- Parents d'élèves, éveillez-vous, TheBookEdition.com, 2013

Sites

- Vers une école du 3ème type
- Blog de Bernard Collot [18]


Articles (sélection)

Réseau, espace-temps permanent des lire-écrire, CNDP (Centre National de Documentation Pédagogique) n° 87, 1991[19]
Problématique pédagogique de la télématique, in l'Epi, Enseignement Public & Informatique n° 69, 1993[20] 
A Educação em Meios Rurais e a Multiculturalidade, Instituto das Comunidades Educativas, 1993[21] 
Desenvolvimento Rural e comunidades educativas, Développement rural et communautés éducatives, Journées des écoles isolées, Porto 1993[22]
Designing Learning Communities, Wolff-Michael ROTH, University of Victoria[23] 
Quand l'archaïsme est source de post-modernité : le poids et la résistance des représentations, in Dossiers des Images Economiques du Monde, n° 18, 1995[24] 
La classe unique, espace d'innovation, in Revue internationale d'éducation, n° 10, 1996[25] 
La communication, fondement de la construction des personnes, des groupes, des territoires in actes du colloque de Poitiers, « enfants, écoles et territoires » (Bernard Charlot, Agnès Van Zanten, Bernard Collot), FNER, 1997 [26]
Technologies et communication, Medialog n° 31, CNDP 1998 [27]
Entretien à propos de l'école du 3ème type, in Le Nouvel Educateur, n° 149, 2003[28] 
L'implication des parents dans l'école, in Déstressons le stress de l'école jusqu'à l'université (Médecine Scolaire et Universitaire, AFPSSU)[29]
Le multiâge, une approche systémique, un paradigme encore insupportable in la revue québécoise Grandir en multiâge, Montréal (2006)[30]
La classe unique n'est pas du "multiprogramme in Les Cahiers Pédagogiques (octobre 2006)
Mon stylo ne marche plus et Masquer le problème, in Traces de changements, Bruxelles, n° 168, 2004[31] 
L'école, un espace éducatif nécessairement inséré dans les autres espaces de l'enfant in N'autre école, n° 17, 2007[32] 
La science : un langage subversif in N'Autre école n° 19, Sciences et idéologies à l'école, 2008
De parents à parent d'élève, Réseaux d'Aide à la Parentalité d'Auxerre - 2010[33] 
Vous avez dit liberté pédagogique ?, Café pédagogique, 2011 [34]
Le temps de l'enfant, le temps de sa construction, Café pédagogique, 2012[35]

Pedagogia_oggi, B.Collot, L'école de la simplexité, p. 306, 307 (Diana Carmela Di Gennaro), In SIPED, Società italiana di pedagogia[36]

Notes et références

  1. Etude sur les pratiques de B.Collot à Moussac par Wolff-Michael Roth, University of Victoria, Canada (p.45 à 55)
  2. Centres de Recherches des Petites Stuctures et de la Communication
  3. Fédération Nationale de l'Ecole Rurale
  4. Institut des Communautés Educatives (Portugal)
  5. Fédération des Mouvements de Rénovation Pédagogique (Espagne)
  6. 7,0 et 7,1 (en) John Dewey, The aim of history in elementary education, Delachaux et Niestlé
  7. Bernard Collot, L'école de la simplexité, TheBookEdition.com,
  8. Edgar Morin, La méthode - La vie de la vie, Seuil,
  9. Francisco Varela, Autonomie et connaissance : Essai sur le vivant, Seuil,
  10. Alain Berthoz, La simplexité - La vicariance, Odile Jacob, 2009 - 2012
  11. Cornelius Castoriadis, L'institution imaginaire de la société, Seuil,
  12. Karl Popper, La connaissance objective, Flammarion, 1979 - 1991
  13. Ilya Prigogine, P. Glansdorff, Structure, stabilité et fluctuations, Masson,
  14. Ludwig von Bertalanffy, Théorie générale des systèmes, Dunod),
  15. Ecole, rurale, école nouvelle...
  16. Le blog de Bernard Collot
  17. Lire en ligne
  18. Lire en ligne
  19. Revue non traduite
  20. Traduction de l'article
  21. Designing Learning Communities
  22. Sommaire de la revue
  23. Lire en ligne
  24. FNER
  25. Résumé en ligne
  26. Lire en ligne
  27. La revue en ligne
  28. La revue en ligne
  29. Lire en ligne
  30. La revue en ligne
  31. Lire en ligne
  32. Lire en ligne (http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2011/11/04112011_BCollot.aspx)
  33. Lire en ligne (http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2012/01/06012012_CollotTemps.aspx)
  34. Pedagogia oggi (http://www.siped.it/wp-content/uploads/2014/04/Pedagogia_oggi-1-2014-finale.289-336.pdf)

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