Taille (anthropométrie)

En anthropométrie, la taille, ou stature, est la hauteur d'un être humain. Elle se mesure généralement au centimètre près avec le Système international d'unités et au demi pouce près avec le Système impérial. Bien souvent, si on la compare aux autres données anthropométriques, la taille varie peu entre les individus ; une taille exceptionnelle (écart par rapport à la moyenne autour de 20 %) est due à du gigantisme ou du nanisme. La taille est déterminée par l'interaction des gènes et de l'environnement. La taille définitive de l'adulte peut être atteinte à un moment quelconque entre le début de la dizaine d'années et le début de la vingtaine, mais le plus souvent vers quinze ans pour les filles, vers le début de la vingtaine pour les garçons.

Évolution historique de la taille humaine

Les Hommes du Néolithique voient une diminution croissante de leur taille de plus de 10 cm (8 cm en Asie, 6 cm en Mésoamérique[1])[2], phénomène lié en partie aux changements génétiques lorsqu'ils se sont adaptés au réchauffement climatique, mais aussi à leur alimentation : graines des céréales cultivées riches en acide phytique déminéralisant, baisse de l'apport protidique animal (liée à la diminution de la chasse au gros gibier et la consommation d'animaux d'élevage plus gras), agressions nutritionnelles (disettes et famines, conséquences des aléas climatiques sur les monocultures et des divers conflits), plus grande exposition aux épidémies (favorisées par la sédentarisation et les carences protéiques)[3],[4]. Ainsi, les fossiles européens du Paléolithique supérieur montrent des hommes grands et fins (taille moyenne de 179 cm, poids corporel moyen de 67 kg), tandis que les femmes sont comparativement petites et robustes (taille moyenne de 158 cm, poids corporel moyen de 54 kg). Les hommes du Néolithique passent à une taille moyenne de 166 cm et un poids corporel moyen de 62 kg, les femmes à respectivement 150 cm et 49 kg[5].

La taille du corps des hommes européens est restée comprise, en moyenne, entre 165 à 170 cm jusque dans les années 1850, connaissant pendant des siècles des hausses et baisses légères en fonction du climat impactant les récoltes (par exemple, diminution de plusieurs centimètres lors du Petit Âge glaciaire)[5]. Conséquence des faits économiques et sociaux de la Révolution industrielle, cette taille connaît depuis une augmentation inexorable dans les pays développés. Mais ce n'est pas avant le milieu du XXe siècle que les Européens retrouvent la stature des hommes du Paléolithique[6]. De 1870 à 1970, la taille moyenne des Européens de l'Ouest a augmenté de 11 cm, ce qui représente près d'1 cm par décennie[7].

Évolution de la différence de taille entre femmes et hommes

Courbes de croissance des garçons et filles médians de 0 à 20 ans aux États-Unis en 2013.

Les chercheurs ont émis de nombreuses théories pour expliquer que le dimorphisme sexuel inclut une différence de taille entre femmes et hommes : sélection sexuelle (via le choix des femelles ou la compétition entre mâles : une étude de la natalité britannique au cours du XXe siècle a trouvé une tendance à avoir plus d'enfants chez les femmes plus petites que la moyenne que chez les plus grandes, et chez les hommes grands par rapport aux plus petits.[8] ), division du travail de la quête alimentaire (les hommes chassent et recherche de nourriture à distance, les femmes cueillent près de l'habitat)[réf. nécessaire], accès prioritaire des mâles aux ressources alimentaires[réf. nécessaire], principe de Bateman[réf. nécessaire], restrictions alimentaires imposées aux femmes[9]. Cette dernière hypothèse fait l'objet d'une controverse[10]. La puberté se traduit d'abord par une accélération de la croissance, puis par son arrêt. Elle est plus précoce chez les filles que chez les garçons, ce qui se traduit finalement par un accroissement des différences de taille entre hommes et femmes : initialement d'environ 1 cm à la naissance et pendant l'enfance, elle s'inverse temporairement puis se retrouve et atteint plus de 10 cm à vingt ans.

Facteurs qui déterminent la croissance et la taille

Un exemple de courbe de croissance humaine sous des conditions optimales (d'après Richard Steckel).

L'étude du développement humain est appelé auxologie. La croissance et la taille ont longtemps été reconnues comme un baromètre de la santé et du bien-être des individus, désormais utilisé pour l'établissement du diagramme de croissance.

Le processus de la croissance

Rôle de la stature individuelle

La taille, de même que la corpulence, joue un rôle important dans le développement de la personnalité des individus.

On peut observer l'influence de la taille des personnes dans les relations sociales et dans les comportements individuels. Les personnes de taille inférieure ou supérieure à la moyenne peuvent souffrir d'un complexe psychologique.

La taille peut aussi avoir une influence importante dans les activités sportives. Dans des sports comme le basket-ball ou le volley-ball, une très grande taille peut présenter des avantages non négligeables alors que dans des sports comme l'équitation ou la gymnastique, une plus petite taille est préférable.

Variations de la taille humaine

Comparaison de la stature d'un Européen et d'un Pygmée.

La taille de l'Homme varie selon son âge, son origine ethnique, son alimentation, son milieu social, etc.

Evolution de la taille moyenne

Du Ier au XVIIIe siècle, la taille moyenne oscillait autour de 1,70 m. Ce n'est que durant ces deux derniers siècles qu'il y eut une forte augmentation de la stature. Cela s'explique principalement par les progrès dans le domaine de l'alimentation (nourriture plus abondante et plus variée)[11].

En France, en 2006, la taille moyenne des hommes était de 1,78 m et de 1,64 m pour les femmes ; contre respectivement 1,66 m et 1,54 m en 1900.

Cette évolution a connu une forte accélération entre 1960 et 1990 : 5 cm gagnés en trente ans[12].

La taille moyenne des Néerlandais a, quant à elle, gagné 15 cm en cinquante ans. La taille moyenne d'une femme de 20 ans en Europe en 2020 serait de 1,65 m tandis que celle d'un homme serait de environ 1,78 m. [13]

Le tableau ci-dessous liste la taille moyenne des habitants de différents pays (attention : erreurs potentielles) [14],[15].

Pays Hommes
(cm)
Femmes
(cm)
Âge
Allemagne 179,9 165,9 18 ans (2014)
182,3 173,0 adultes
Australie 179,2 165,9 18 ans (2014)
Canada 178,1 163,9 18 ans (2014)
177 168
Belgique 181,7

176,8

165,5

163,1

18 ans (2014)

18 ans et + (2018) [16]

Croatie 184,1 171,5 17 - 20 ans (2019)
Danemark 184,4 171,6 18 ans (2018)
Espagne 180,6 167,0 16 ans (2017)
États-Unis 176,5 167,6 adultes
177,1 163,5 18 ans (2014)
France 177,8 164,2 18 - 29 ans (2006)[17]
175,6 162,5 20+ (2001)[18]
Finlande 179,6 165,9 18 ans (2014)
Grèce 182,8 169,1 16 ans (2017)
Italie 180,6 166,5 16 ans (2017)
Japon 171,4 158,5 adultes[19]
Luxembourg 179,1 169,6 15 - 25 ans
Portugal 175,7 165,0
Pays-Bas 182,5 168,7 18 ans (2014)
183,8 170,7 21 ans (2010)[20],[21]
180,8 167,7 20 ans et + (2019)[22],[23],[24]
Monténégro 187,8 175,1 16 - 17 ans (2017)
Nouvelle-Zélande 177,0 166,0 19 - 45 ans
Norvège 179,7 165,6 18 ans (2014)
République tchèque 180,1 168,5 18 ans (2014)
Roumanie 174,7 162,7 18 ans (2014)
Suède 177,2 166
179,7 165,7 18 ans (2014)
Suisse 178,4 163,5 18 ans (2014)
Tonga 169,4 156,2 15 - 16 ans
Turquie 180,4 167,4 19 ans (2019)
Ukraine 178,5 166,3 18 ans (2014)

Notes et références

  1. (en) Rene J. Herrera et Ralph Garcia-Bertrand, Ancestral DNA, Human Origins, and Migrations, Academic Press, (ISBN 978-0-12-804128-4, lire en ligne), p. 501
  2. Thierry Souccar, Le régime préhistorique, comment l'alimentation des origines peut nous sauver des maladies de civilisation, indigène édition, , p. 119.
  3. Brigitte et Gilles Delluc, Martine Roques, La nutrition préhistorique, Errance, , p. 119.
  4. (en) Jonathan C. K. Wells et Jay T. Stock, « Life History Transitions at the Origins of Agriculture: A Model for Understanding How Niche Construction Impacts Human Growth, Demography and Health », Frontiers in Endocrinology, vol. 11,‎ (ISSN 1664-2392, DOI 10.3389/fendo.2020.00325, lire en ligne, consulté le 10 juillet 2020)
  5. a et b (en) V. Formicola, M. Giannecchini, « Evolutionary trends of stature in upper Paleolithic and Mesolithic Europe », J Hum Evol., vol. 36, no 3,‎ , p. 319-33.
  6. Daniel Lieberman, L'histoire du corps humain, JC Lattès, , p. 147.
  7. (en) Timothy J. Hatton é Bernice E. Bray, « Long run trends in the heights of European men, 19th-20th centuries », Econ Hum Biol., vol. 8, no 3,‎ , p. 405-413.
  8. Stephanie Pappas, « Evolutionary Battle of the Sexes Drives Human Height », sur Livescience.com, (consulté le 9 juin 2020).
  9. Priscille Touraille, Hommes grands, femmes petites : une évolution coûteuse. Les régimes de genre comme force sélective de l'adaptation biologique, Les Editions de la MSH, , 442 p..
  10. Peggy Sastre, « Si les femmes sont plus petites que les hommes, ce n'est pas à cause du steak », sur slate.fr, .
  11. (en-US) « Human Height », Our World In Data,‎ (lire en ligne, consulté le 28 février 2017).
  12. « À quoi ressemble le Français moyen »(Archive • Wikiwix • Archive.isGoogle • Que faire ?), 20 Minutes.
  13. (en) Timothy J. Hatton, « How have Europeans grown so tall? », Oxford Economic Papers,‎ , Pages 349–372 (lire en ligne)
  14. eLife, "A Century of trends in adult human height", 10.7554/eLife.13410 (26.7.2016).
  15. [Données] NCD Risk Factor Collaboration, « Height > Data Download > NCD-RisC », données téléchargeables en format [txt], sur www.ncdrisc.org.
  16. Enquête de santé par examen belge, 2018
  17. Agence nationale de santé publique, « Anthropométrie, Adultes : Tableaux de distribution ENNS » (consulté le 30 mars 2020).
  18. Nicolas Herpin, « La taille des hommes : son incidence sur la vie en couple et la carrière professionnelle », Economie et statistique, vol. 361, no 1,‎ , p. 71–90 (ISSN 0336-1454, DOI 10.3406/estat.2003.7355, lire en ligne, consulté le 30 mars 2020).
  19. Yohan Demeure, « Selon une étude, les Japonais sont de moins en moins grands », sur Sciencepost, (consulté le 24 janvier 2020).
  20. https://www.tno.nl/media/1996/20100608-factsheet-resultaten-vijfde-landelijke-groeistudie1.pdf
  21. (nl) PROF.DR. JAN MAARTEN WIT et DR. STEPHAN PETERS, « Nederlanders zijn de langste mensen ter wereld, maar we groeien niet meer. », Voeding Magazine,‎ , p. 20 à 23 (lire en ligne)
  22. (nl) « Gemiddelde lengte vrouw », sur Langzijn.nl (consulté le 3 novembre 2020)
  23. (nl) « Gemiddelde lengte van een man », sur Langzijn.nl (consulté le 3 novembre 2020)
  24. (nl) Centraal Bureau voor de Statistiek, « Lichaamsgroei 1981–2018: recent vooral gewichtstoename », sur Centraal Bureau voor de Statistiek (consulté le 3 novembre 2020)

Voir aussi

Articles connexes

Lien externe