Metaxisme

Le metaxisme est une idéologie politique nationaliste autoritariste nommée d'après le politicien grec Ioánnis Metaxás. Fondée sur la volonté de régénération de la Grèce, le metaxisme s'oppose au libéralisme politique et vise une homogénéité raciale en Grèce. Le caractère fasciste du metaxisme fait l'objet de débats.

Historique

Le régime institué par Metaxàs combattit contre les forces de l'Axe, en opposition au fascisme et au nazisme. L'idéologie est associée au Régime du 4-Août, qui est mis en place en 1936, et qui est dirigé par Metaxàs. Ce régime trouve son prolongement idéologique dans le Parti du 4-Août.

Type de régime

Un régime fasciste

Le caractère fasciste, ou non, du metaxisme, fait l'objet de débats. Patrick G. Zander, lui, met en lumière le caractère fasciste du régime, tout en remarquant que la frontière entre le régime autoritaire paternaliste et le régime fasciste est parfois floue[1]. Harry Cliadakis insiste également sur le caractère fasciste du régime dans ses composantes idéologiques essentielles, à savoir le rejet du parlementarisme et du libéralisme politique, l'exaltation de la nation par des facteurs identitaires ethniques ou religieux, et la suppression de l'état de droit[2].

George Souvlis qualifie le metaxisme d'« expérience fasciste »[3]. Aristotle Kallis soutient que, malgré l'absence d'un élément important du fascisme (l'adhésion des masses au projet dictatorial), le régime de Metaxas reste une expérimentation d'ordre fasciste, quoique non complète[4].

Metaxas se montre, lui, admiratif des régimes fascistes italiens et nazis, et vise à l'instauration d'un État totalitaire. Il écrit dans son journal intime, où il écrit « La Grèce depuis le 4 août est devenue un État anticommuniste, un État antiparlementaire, un État totalitaire »[5].

Un régime nationaliste autoritaire paternaliste

Une majorité d'historiens considère aujourd'hui le metaxisme comme une forme de nationalisme autoritaire paternaliste plus que comme un régime fasciste à part entière[2]. Ces historiens soulignent qu'il manque au metaxisme des fondements théoriques et idéologiques solides pour que l'on puisse le qualifier de fascisme[6] ; ainsi, le metaxisme serait plus proche des dictatures nationalistes autoritaires conservatrices Francisco Franco et d'António Salazar[7],[8].

Richard Clogg souligne que Metaxas a utilisé des méthodes typiquement utilisées par les régimes fascistes, et a essayé de construire un régime fasciste, et ne cachait pas son admiration pour le nazisme et le fascisme italien, mais que l'absence de politique expansionniste et belliqueuse, sa proximité avec la France et le Royaume-Uni, et l'absence de parti de masse font que « son régime doit plutôt être catégorisé comme un régime autoritaire paternaliste que comme un régime fasciste »[9].

La dimension totalitaire du fascisme manque en effet au metaxisme[10]. Le gouvernement n'a jamais réussi à créer un mouvement national ou un grand parti de masse ; aussi, il a été principalement défensif et non expansionniste[11]. Enfin, le régime n'a pas mis en place de grande politique de répression d'ennemi intérieur[12].

Un régime ayant évolué du nationalisme autoritaire au fascisme

Une troisième école de pensée, enfin, s'attache à la chronologie du metaxisme et remarque plusieurs évolutions. Michael Mann considère impossible de caractériser le premier metaxisme, celui des années 1936 à 1938, comme fasciste. Le gouvernement était alors, selon lui, « semi-réactionnaire autoritaire », mais sans composante fasciste majeure. Toutefois, il aurait dévié vers le fascisme à partir de 1938[4].

Doctrines politiques

Le metaxisme promeut plusieurs doctrines, qui, pour certaines, se retrouvent dans un régime fasciste traditionnel. Le metaxisme est farouchement anticommuniste et nationaliste ; il promouvait une pureté culturelle ainsi que la création d'une nouvelle civilisation hellénique[13]. Attaché au corporatisme, il était opposé à la libre représentation des travailleurs par des syndicats, et était foncièrement antiparlementaire. Le parlementarisme était associé à la division et au déclin économique du pays. Enfin, le metaxisme était résolument protectionniste, et attaché à la monarchie, considérée comme pilier de l'unité nationale.

Le metaxisme est foncièrement inégalitaire, en ce qu'il considère la société de classes comme légitime. Il est élitiste en ce qu'il admet l'existence de classes supérieures[14].

On ne trouve aucune trace d'irrédentisme chez le metaxisme[14].

Notes et références

  1. (en) Patrick G. Zander, Fascism through History: Culture, Ideology, and Daily Life [2 volumes], ABC-CLIO, (ISBN 978-1-4408-6194-9, lire en ligne)
  2. a et b (en) Harry Cliadakis, Fascism in Greece: The Metaxas Dictatorship 1936-1941, Verlag Franz Philipp Rutzen, (ISBN 978-3-447-10188-2, lire en ligne)
  3. (en) George Souvlis, Towards an Anatomy of Metaxas Fascist Experiment: Organic Intellectuals, Antiparliamentarian Discourse and the Authoritarian State Building, European University Institute, (lire en ligne)
  4. a et b (en) John R. Lampe et Constantin Iordachi, Battling over the Balkans: Historiographical Questions and Controversies, Central European University Press, (ISBN 978-963-386-326-8, lire en ligne)
  5. Μεταξας, Ιοαννις, 1871-1941, author., Το προσωπικο του ημερολογιο, Ekdoseis Gkovostē,‎ [1987]- (OCLC 945226288, lire en ligne)
  6. (en) Richard Clogg, A Concise History of Greece, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00479-4, lire en ligne)
  7. Stanley G Payne, A History of Fascism, 1914–45. University of Wisconsin Press, 1995
  8. Stephen J. Lee, European Dictatorships, 1918-1945 Routledge, 2 édition, 2000
  9. (en) Richard Clogg, Parties and Elections in Greece: The Search for Legitimacy, Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-0794-5, lire en ligne)
  10. Olivier Forlin, Le fascisme, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-5369-2, lire en ligne)
  11. MICHAEL RICHARDS, « Totalitarian and Authoritarian Regimes in Europe: Legacies and Lessons from the Twentieth Century Edited by Jerzy W. Borejsza and Klaus Ziemer and Terrible Fate: Ethnic Cleansing in the Making of Modern Europe By Benjamin Lieberman », History, vol. 93, no 310,‎ , p. 309–310 (ISSN 0018-2648 et 1468-229X, DOI 10.1111/j.1468-229x.2008.423_55.x, lire en ligne, consulté le 17 août 2021)
  12. Isabelle Dépret, « Ioannis Metaxás et le religieux (1936-1941) : expérience historique et débats actuels en Grèce. Ο Ιωάννης Μεταξάς και η Θρησκεία (1938-41) ιστορικές εμπειρίες και σημερινές συζητήσεις στην Ελλάδα », Cahiers balkaniques, no 42,‎ (ISSN 0290-7402, DOI 10.4000/ceb.5120, lire en ligne, consulté le 17 août 2021)
  13. (en) Polymeris Voglis, Becoming a Subject: Political Prisoners During the Greek Civil War, Berghahn Books, (ISBN 978-1-57181-309-1, lire en ligne)
  14. a et b (en) Stephen J. Lee, European Dictatorships 1918-1945, Routledge, (ISBN 978-1-317-29422-1, lire en ligne)