Corporatisme

Le corporatisme est une doctrine politique créée par le courant de pensée du catholicisme social au XIXe siècle. Cette doctrine est mise en œuvre sous diverses formes au XXe siècle. Elle se définit par l’organisation d’institutions rassemblant les ouvriers et les patrons dans le but de subordonner leurs intérêts à ceux de l’entreprise dans laquelle ils travaillent. Le corporatisme se présente toujours comme une alternative au capitalisme et au socialisme.

Histoire

Le corporatisme fait d’abord référence à la société médiévale, parce que le XIIIe siècle est le siècle des corporations[réf. nécessaire] : L’artisanat en plein développement à cette période s’est vu changer dans son organisation. En effet, maîtres, compagnons et apprentis se rassemblèrent en communautés. Chaque communauté était encadrée par des règles imposant en partie d’être membre pour exercer un métier au sein d’un des corps. Ces règles permettaient l’apparition d’un monopole préservant chaque communauté de la concurrence.

Mais cette forme d’organisation a été remise en question par Jean-Baptiste Colbert, principal ministre de Louis XIV. Dans un contexte d’après Fronde et face aux caisses vides de l’État français, il met en place un vaste projet économique et politique avec l’aval du Roi: les manufactures d’État. Face aux manufactures d’État le corporatisme pose problème. Il institue des groupements comprenant tous les membres d’un même métier. Le centre des groupements ne seraient donc plus la classe sociale, ce qui pourrait détourner la hiérarchie de l’industrialisation prévue par le plan de Colbert, mais aussi remettre en cause l’ordre établi par la monarchie française. Le corporatisme est alors supprimé par le décret Turgot de 1776, puis rétabli en Août 1776 pour finalement être réellement aboli pendant la Révolution française en 1791.

Au lendemain de la Révolution française, la misère ouvrière et la brutalité de l’exploitation capitaliste laissent réapparaitre des corporations. Des corporations de penseurs chrétiens souhaitaient rapprocher le capital du travail. Frédéric Ozanam, le fondateur de la Société Saint-Vincent de Paul est l’un des penseurs le plus connu de ce courant.

C’est cependant dans la deuxième moitié du XIXe siècle, au moment où le mouvement ouvrier se constitue, que le corporatisme devient vraiment une doctrine politique importante. Cette conception des rapports patrons ouvriers et État a principalement découlé de la doctrine sociale de l’Eglise catholique. On pense notamment à l’encyclique Rerum Novarum du Pape Léon XIII citant Thomas d'Aquin: « la société forme un corps dont les membres sont les parties. La partie est subordonnée au tout ». Les écrits du comte Albert de Mun, du marquis de la Tour du Pin (Du régime corporatif et des institutions, 1888), du sociologue Frédéric Le Play (La réforme sociale en France, 1864) sont des travaux ayant incontestablement inspiré la conception de la doctrine du corporatisme. Les chrétiens dits « sociaux » cherchaient à présenter une solution à la « question sociale ». Une solution face aux problèmes causés à l’époque par la disparition des communautés rurales avec le développement du prolétariat urbain.

Ces doctrines se dressent donc sans équivoque contre la philosophie politique du siècle des Lumières dont on parle beaucoup aujourd’hui. L’individualisme rationaliste des Lumières, la Révolution française et le socialisme auraient été facteurs de la désagrégation sociale qu’ils décrivent.

Le corporatisme a ensuite existé sous des formes différentes entre les deux guerres mondiales dans plusieurs pays. Dans certains cas il est allé jusqu’au fascisme. Il ne s’y identifie pas nécessairement mais il est souvent considéré comme une menace capable d'entraîner la disparition des syndicats indépendants, des partis politiques, et l’instauration de régimes autoritaires. « Abandonnant tout ensemble le principe de l’individu isolé devant l’État et la pratique des coalitions ouvrières et patronales dressées les unes contre les autres, il (l’ordre nouveau corporatiste) institue des groupements comprenant tous les membres d’un même métier : patrons, techniciens, ouvriers. Le centre du groupement n’est donc plus la classe sociale, patronale ou ouvrière, mais l’intérêt commun de tous ceux qui participent à une même entreprise. » (Philippe Pétain, 1er Mai 1941).

En France

Histoire

Le corporatisme en France fait référence à des systèmes professionnels fermés qui ont réussi à préserver la spécificité de leur métier traditionnel ou à légitimer leur statut collectif qui leur garantit des avantages ou des droits dérogeant à la condition générale des salariés. On évoque un essor des corporatismes depuis la crise des années 1970 qui suggère un repli général sur les acquis dans un contexte de dégradation des positions sociales[1]. Le corporatisme en France inclut celui des salariés, des cadres, des professions libérales et des commerçants mais aussi celui des patrons. Autrement dit, il touche toutes les catégories. Ainsi, plusieurs groupes sociaux, dont les intérêts sont plus ou moins menacés par des phénomènes comme la mondialisation, ont prouvé une certaine capacité de rassemblement et de mobilisation.[2] En France, des formes de corporatismes refont surface dès que le droit du travail est sur le point d’être modifié : avec les lois Auroux de 1982 ou avec les réformes prévues par Édouard Philippe et Emmanuel Macron.


Corps de métier

Certaines organisations professionnelles sont qualifiées de « corporatistes » lorsqu’elles contrôlent elles-mêmes l’accès à la profession, ou disposent d’une justice interne. Beaucoup de ces organisations professionnelles ont été créées à l’initiative de l’État, notamment sous le régime de Vichy. Dans la catégorie ouvrière, ils s’attachent à défendre des intérêts particuliers, la crise ayant créé un repli de ces groupes sur eux-mêmes. Par conséquent, les corporatismes, pensés comme en déclin, se portent plutôt bien. D’un autre côté, plusieurs corporations ont fait face à des chocs et ont dû affronter une grande mutation, certains l’ont réussie, d’autres moins.

Concernant les salariés, il ne semble pas y avoir de différences apparentes entre le corporatisme lié au statut du métier et le corporatisme interne à une entreprise.

Les ouvriers du Livre (corporatisme de la presse et autres travaux écrits) sont rassemblés dans un syndicat hégémonique avec le monopole de l’embauche. Ils réussissent aujourd’hui un déploiement stratégique face aux conflits dans le secteur de la presse. Ils représentent le modèle historique du corporatisme français. Cependant, ce n’est pas le corporatisme le plus caractéristique de la tradition française car il a d’abord été corporatisme d’État.

Le corporatisme marin est un fait original avec une confrontation employeurs/État sans équivalent à l’étranger.

Les cheminots, quant à eux, ont une identité de métier bien circonscrite et ont le monopole sur ce marché. La légitimité d’un cheminot dans une corporation passe par son ancienneté.

Le statut des fonctionnaires est promulgué en 1941 par le régime de Vichy dans une perspective corporatiste.

Corporatisme d’État et étudiant

Le corporatisme d’État entend que les corporations d’activité, de professions, sont les rouages d’un mécanisme politique et mènent une action conformément avec l’action politique de l’État. Les grands corps de l’État sont accusés de corporatisme car ils recrutent souvent dans les mêmes grandes écoles[3].

Les corporations étudiantes sont un type de société d’étudiants rassemblés par filières d’établissement supérieurs (médecine, droit, sciences…). Elles ont des activités de services notamment pour aider les autres étudiants. Elles se regroupent principalement au sein de fédérations d’associations, de régions ou de filière afin de mutualiser les moyens et de représenter le maximum d’étudiants.

Dans le Monde

En Afrique

Le corporatisme d’État étant important, selon Shadur, on assiste à une concentration de la représentation des intérêts aux mains de groupes reconnus par l’État.

En Égypte, il y a la mise en place d'organisations qui ont le monopole de la représentation de certains intérêts, dominés par l’État et qui ont une organisation hiérarchique. La Fédération générale des syndicats égyptiens est un exemple de ce corporatisme. Ce cadre a permis à l’état égyptien de s’infiltrer dans l’économie du pays pour en avoir le contrôle. L’état a étendu récemment son contrôle des institutions corporatistes avec 2 lois en 1993 et 1995 qui réduisent l’autonomie des associations professionnelles et des syndicats

En Amérique

C'est un corporatisme clientéliste et autoritaire avec un fort contrôle politique avec une segmentation institutionnelle. Il privilégie certains groupes professionnels et certains espaces où s’est construit le “pacte corporatiste”

Au Mexique jusque dans les années 1980, il y eut une formation des territoires pétroliers faites par des acteurs spécifiques (États, entreprises, travailleurs) qui ressemblent à des logiques de corporatisme de pouvoir afin d’avoir le contrôle des ressources et de la population. Cela a séparé l’espace en 2 : d’un coté le centre et de l’autre les périphéries ou l’État intervient face à la privatisation des rentes pétrolières.

En Italie fasciste

Parmi les mouvements corporatistes et non-conformistes, beaucoup se sont rapprochés, temporairement ou non, de certaines formes de fascisme. Un certain nombre ont été en France des soutiens du Régime de Vichy qui prônait ouvertement ce mode d'organisation de la société.

Le corporatisme fasciste se distingue à la fois du corporatisme traditionaliste du type de celui prôné par l'Action française et de l'organisation sociale mise en place en Allemagne par les nationaux-socialistes :

  • Le corporatisme fasciste italien ne ressemblait que superficiellement au corporatisme de l’Action française, qui était essentiellement un moyen de contrebalancer l’influence de l’État. Les corporations italiennes, au contraire, sont au service de l’État et intégrées à celui-ci. Comme dit Gaëtan Pirou, « il s’agit beaucoup moins d’un système auto-organisateur des intérêts économiques que d’une ingénieuse présentation derrière laquelle s’aperçoit le pouvoir politique, qui exerce sa dictature sur l’économie comme sur la pensée ». Il s’agit moins d’un corporatisme analogue à celui de l’Ancien Régime que d’une théorie de l’État corporatif. Les institutions corporatives ne font qu’attester la domestication des intérêts économiques. Le mot de corporation, pour Mussolini, doit être pris dans son sens étymologique de « constitution en corps », cette constitution en corps qui est la fonction essentielle de l’État, celle qui assure son unité et sa vie.
  • Le corporatisme fasciste italien se distingue de la politique sociale allemande nationale-socialiste. Les contradictions entre les institutions sociales du fascisme et du nazisme suscitèrent d'ailleurs de vives polémiques lors de la promulgation presque simultanée de la loi allemande du 20 janvier 1934 sur le régime du travail et la loi italienne du 5 février 1934 sur l’organisation syndicale et corporative : les nazis avaient repris les termes chartes du travail et corporations dans un système qui supprimait les syndicats alors que le corporatisme italien les conservait sous une forme étatisée[4]. Au terme d’une controverse avec l’organe du Front du Travail, Der Deutsche, le Lavoro fascista écrivit que Hitler avait « livré les travailleurs allemands pieds et poings liés aux capitalistes ». Le journal national-socialiste répliqua que les syndicats fascistes perpétuaient la lutte des classes. La presse italienne rétorqua qu’ils étaient inéluctables et s’inscrivaient dans la lutte pour la vie. Le fascisme prétendait mettre travailleurs et employeurs sur un pied d’égalité, les uns et les autres ayant leurs syndicats et la corporation servant de médiateurs entre les intérêts divergents.

Limites du corporatisme

Critiques

Si l’on s’attache aux historiographies sur le corporatisme dans de nombreux pays occidentaux, force est de constater que la dispersion observée dans le cas français n’est pas sans équivalent ailleurs. Ainsi, les historiographies belge, suisse, ou encore canadienne française ne comportent pas de synthèses intitulées Histoire du corporatisme. Plus encore, si on descend au niveau des articles parus en France, un certain nombre d’entre eux traitent du corporatisme sans que le mot lui-même soit mentionné. Que peut-on par conséquent en déduire ? En premier lieu, que, dans la France contemporaine, le corporatisme est un mot qui a mauvaise presse. Le fait est ancien. Il remonte à l’Ancien Régime lui-même et à Turgot ; à la Révolution et à la loi Le Chapelier présentée ainsi par ce dernier : « Il n’y a plus de corporations dans l’État ; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général. Il n’est permis à personne d’inspirer aux citoyens un intérêt intermédiaire, de les séparer de la chose publique par un intérêt de corporation »

Les discours libéraux des XVIIIe et XIXe siècle expriment une méfiance aiguisée à l’encontre des organisations intermédiaires et autres groupes d’intérêt assimilés à un retour des privilèges. Aujourd'hui, on peut trouver en France une évolution vers le corporatisme politique avec les objectifs de la Participation-décentralisation. C’est aussi le cas quand on parle de la 3e voie où un syndicalisme de responsabilité devrait succéder à un syndicalisme revendicatif.

Le néo-corporatisme

Certains défendent un néo-corporatisme qui serait le moyen pour les nations de protéger leurs travailleurs contre les effets néfastes de la mondialisation.

Le néo-corporatisme se caractérise, d'une part, par un système de la représentation des intérêts qui est réduit à un nombre limité d’intervenants à qui l’État offre un monopole reconnu, en échange duquel il est en droit d’exercer un contrôle sur leurs activités. D'autre part, il incarne une forme de participation de ces groupes reconnus à l’élaboration des politiques publiques : la formulation et l'application des politiques deviennent le produit de la concertation sociale, d'un pacte basé sur l'échange d’avantages mutuels entre l'état et les groupes privés. Cette interaction stimule l'institutionnalisation des groupes d'intérêt et entraîne une délégation de l’autorité publique à des acteurs privés, ce qui brouille la ligne de division entre les sphères privées et publiques. Il ne saurait être dit que la France a déjà réellement expérimenté le néo-corporatisme, faute d’une organisation unifiée des intérêts sociaux et d’existence de processus globaux et permanents de négociation. L'état, du fait d’une technostructure forte et engagée dans un programme de modernisation, garde une véritable autonomie; en outre, la société française est fortement « sectorisée », situation qui engendre, plutôt, l’apparition de (néo-) corporatismes sectoriels.

Différence entre le corporatisme et le syndicalisme

Le syndicalisme est le mouvement qui vise à unifier au sein de groupes sociaux, les syndicats, des professionnels pour défendre des intérêts collectifs. Les individus composant les syndicats ne possèdent pas obligatoirement les mêmes caractéristiques. Le corporatisme diffère de ce concept de par son approche, ce qui en fait une branche du syndicalisme.

Son action syndicale se limite à défendre les intérêts des salariés d’un seul et unique champ professionnel, au sein du secteur d’activités concerné. Cette branche du syndicalisme est fortement critiquée en raison de son aspect individualiste, puisque le but recherché n’est pas celui du plus grand nombre. Cela induit de ce fait une concurrence entre corporations, allant à l’encontre du principe de pluralisme que l’Etat garantit.[réf. nécessaire]

Notes et références

  1. Alain Supiot, Actualité de Durkheim. Notes sur le néo-corporatisme en France, Éditions Droit et société, 1987, p. 1.
  2. Denis Segrestin, Le phénomène corporatiste, Éditions Fayard, 1985, p. 19.
  3. Maurice Bouvier-Ajam, Corporatisme, 2019, p. 1.
  4. Michel Ostenc, Ciano. Un conservateur face à Hitler et Mussolini, Éditions du Rocher, 2007, p. 29.

Bibliographie

Articles connexes

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Personnalités

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