Jo Attia

Jo Attia
Biographie
Naissance
Décès
(à 56 ans)
Sépulture
Cimetière d'Orsay ()
Activité
Autres informations
Membre de
Distinction

Jo Attia, de son vrai nom Joseph Victor Brahim Attia, né le et mort le , est un malfaiteur français qui fut une figure notoire du milieu dans les années 1940 à 1970.

Il commet ses premiers délits à la fin des années 1930. Expédié aux Bataillons d'infanterie légère d'Afrique, il combat dans les corps francs en 1939-1940. Démobilisé, il pratique l'extorsion de fonds et commet divers cambriolages, vols et trafics à Paris. Il est réputé avoir fait partie d'un réseau de résistance, mais des doutes subsistent à ce sujet. Arrêté, il est transféré le 16 mars 1943 dans les locaux de la Gestapo française, rue Lauriston où il est sévèrement corrigé, puis livré aux Allemands et déporté à Mauthausen[1]. Son comportement énergique au sein du camp de concentration lui vaut la reconnaissance des autres déportés, dont plusieurs personnalités comme Edmond Michelet[2] qui témoigneront en sa faveur lors de ses nombreux procès. Avec Pierre Loutrel, Abel Danos, Georges Boucheseiche, Raymond Naudy et Marcel Ruard, il fait partie du gang des Tractions Avant. Il est également réputé avoir participé à des opérations au profit du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE[3]). Arrêté et jugé à plusieurs reprises, il n'est condamné qu'à des peines relativement légères, ce qui lui vaut le surnom de "roi du non-lieu". Il ouvre des cabarets à Paris et Abidjan tout en poursuivant des activités illicites : extorsion de fonds, escroquerie, cambriolages, détention d'armes... Il décède des suites d'un cancer de la gorge en 1972.

Biographie

Jeunesse

Natif de La Richardais (Ille-et-Vilaine), Jo Attia est le fils d'une Bretonne et d'un Tunisien tué sur le front durant la Première Guerre mondiale. Placé dans des fermes, il fugue dès l'âge de 14 ans et commet ses premiers délits. Il tente de s'engager dans la marine, mais il est recalé faute d'instruction suffisante. Il pratique un peu la boxe, ce qui lui vaut son premier surnom : Jo le boxeur. À 19 ans, il connaît sa première condamnation sérieuse : deux ans de prison pour cambriolage. À la sortie, on l'envoie faire son service militaire à Tataouine, aux bataillons d'infanterie légère d'Afrique (les Bat d'Af). c'est là qu'il rencontre Pierre Loutrel, futur « Pierrot le Fou », avec lequel il se lie[4].

La guerre et l'occupation

En 1940, il combat dans les corps-francs. Démobilisé, il rejoint Paris où il se livre à divers trafics, cambriolages et extorsion de fonds. Il semble avoir été proche de Charles Cazauba, membre de la Gestapo de la rue Lauriston, avec lequel il se livre au trafic de faux tickets d'alimentation[5],[6]. Il se rapproche parallèlement de la Résistance (réseau Centurie)[1]. Arrêté en mars 1943, il est transféré rue Lauriston où les membres de la Gestapo française lui font subir divers mauvais traitements. Livré aux Allemands par Henri Lafont, il est déporté à Mauthausen en août 1943 et sa conduite y est exemplaire. Après la guerre, il est décoré de la croix de guerre 39-45. Plusieurs anciens déportés de Mauthausen, tel Edmond Michelet, apporteront des témoignages de bonne moralité à l'occasion de ses procès.

Le Gang des Tractions Avant

De retour à Paris, il retrouve Pierre Loutrel, dit Pierrot le Fou, et se lance avec lui et d'autres malfaiteurs - connus sous le nom de Gang des Tractions Avant - dans une série de vols à main armée tout au long de l'année 1946.

Le 25 septembre 1946, Attia et plusieurs complices sont cernés par la police dans une guinguette de Champigny sur Marne. De nombreuses forces de police (dont le préfet de police Luizet, "motivé" par les très "fermes instructions" d'Edouard Depreux, le Ministre de l'Intérieur) encerclent l'établissement et échangent des coups de feu avec les gangsters. Pierre Loutrel, prévenu, force les barrages de police au volant d'une puissante voiture de sport (une Delahaye carrossée par Saoutchik, rachetée à l'ambassadeur de Suède en France et dont il s'est bien gardé de remplacer les plaques diplomatiques). Il parvient à embarquer Attia et plusieurs complices puis à retraverser les barrages malgré une mitraillade nourrie.[7]

En novembre 1946, Attia recueille Loutrel gravement blessé lors de l'agression d'un bijoutier rue Boissière à Paris et le fait hospitaliser sous un faux nom à la clinique Diderot. Quatre jours plus tard, comme l'état de Loutrel a empiré, Attia, Danos et Boucheseiche, déguisés en ambulanciers, enlèvent Loutrel de la clinique et le conduisent chez un complice à Porcheville, où il décède. Ses amis l'enterrent sur une île de la Seine. Jo Attia est arrêté en juillet 1947 et jugé six ans plus tard. De tous les délits et crimes qui lui sont reprochés (attaque à main armée, complicité d'assassinat, etc.), un seul sera retenu : recel de cadavre (celui de Loutrel). Il obtient des non-lieux pour tous les autres chefs d'accusation et retrouve la liberté quelques mois plus tard[1].

Les années cinquante et soixante

À sa sortie de prison, il fait la connaissance de Carmen Cocu, tenancière du Montmartre-bar, situé rue Joseph-de-Maistre. Attia réaménage l'établissement et le nomme Le Gavroche. Le bar-restaurant devient le rendez-vous du Tout-Paris. Auguste Le Breton et Albert Simonin y tiennent des séances de dédicace et Attia acquiert la réputation de juge de paix au sein du milieu.

Début 1956, il est arrêté à Tanger pour port d'armes prohibé. Les autorités espagnoles réclament son extradition car elles le soupçonnent d'avoir participé à un attentat à la bombe contre Allal el Fassi, l'un des leaders de l'Istiqlal[8]. Cet incident est peut-être lié au SDECE, qui, jusqu'en 1957, fait épisodiquement appel à Attia pour des opérations clandestines, principalement au Maroc. Ces missions lui sont confiées par le colonel René Bertrand "Beaumont", directeur de la recherche du SDECE, qu'il a connu à Mauthausen[9]. Celles-ci sont d'ailleurs rarement couronnées de succès[1],[10]. Depuis sa prison, Attia clame qu'il a des révélations à faire sur un double meurtre commis à Montfort-Lamaury l'année précédente. Les autorités françaises obtiennent son extradition. Dans le bureau du juge, Attia propose à celui-ci d'appeler le SDECE et de demander à parler à l'adjoint du chef du service Action Didier Faure Beaulieu ("Lefort"). Cette initiative intempestive conduit le Garde des Sceaux à demander des explications à Pierre Boursicot, directeur général du SDECE. Celui-ci limoge aussitôt le chef du service Action Henri Fille-Lambie ("Jacques Morlane")[10].

En juin 1957, lors du procès lié à l'affaire de Montfort-Lamaury, Attia explique qu'il s'est gratuitement accusé de complicité dans l'affaire pour mieux échapper aux geôles de Tanger[11]. En 1959, il ouvre un luxueux cabaret à Abidjan (Côte d'Ivoire) : Le Refuge, où la chanteuse Barbara donna quelques soirées. Il est arrêté à plusieurs reprises entre 1959 et 1965 pour extorsion de fonds, infraction à une interdiction de séjour et escroquerie au détriment de rapatriés d'Afrique du Nord[12],[13],[14]. Il est momentanément soupçonné d'être impliqué dans l'enlèvement de Mehdi Ben Barka, en raison du fait que les malfaiteurs qui ont participé à l'enlèvement (Figon, Boucheseiche, Le Ny, Dubail) sont ses amis. Cependant il n'a pas de difficulté à expliquer qu'il se trouvait en prison au moment des faits. Il est également accusé par le colonel Antoine Argoud, membre de l'OAS, d'avoir participé à son enlèvement en février 1963 à Munich. Attia poursuivra le colonel pour diffamation.

Le double crime du Gavroche

En juin 1967, il est libéré de prison à l'issue de sa dernière peine. Il est atteint d'un cancer du larynx. Le 5 novembre 1969, un petit voyou nommé Christian Jubin entre au Gavroche, tue la barmaid et son ami, puis emmène de force Nicole Attia, fille de Jo, et la viole. Il est arrêté deux mois plus tard. Repris après une évasion avec prise d'otages - dont sera tiré un film d'Édouard Molinaro, Le Gang des otages, et un téléfilm d'Alain Boudet, La Conciliation ou Anatomie d'un otage - il sera condamné à perpétuité en 1973 ; il mourra en 1990 en prison.

Jo Attia meurt du cancer en juillet 1972. Il est enterré au cimetière d'Orsay[15]. Au total, il aura passé une vingtaine d'années derrière les barreaux et obtenu autant de non-lieux[16].

Distinctions

  • Croix de guerre 39-45

Notes et références

  1. a b c et d Hubert Lassier, « Le roi du non-lieu », Historia - hors-série n°31,‎
  2. « Les barbouzes de la Ve République : les élus de droite comme de gauche pactisent avec le milieu du crime depuis plus d'un demi-siècle », sur atlantico.fr,
  3. « Quand Jo Attia passait ses “vacances” à Royan », Sud Ouest, 21 mars 2012.
  4. Jérôme Pierrat, Une histoire du Milieu, Paris, Denoël, , 392 p. (ISBN 978-2-207-25368-7), p. 232
  5. Nicole Attia, Jo Attia mon père, 1974.
  6. Grégory Auda, Les belles années du "milieu" 1940-1944, Paris, Éditions Michalon, , 255 p. (ISBN 2-84186-164-3), p. 217
  7. Jean marcilly, Vie et mort d'un Caîd: Jo Attia, paris, arthème Fayard, , 394 p. (ISBN 978-2213002804)
  8. « Francis Bodenan sera interrogé demain à Rambouillet », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  9. James Sarazin, « La Suisse accorde l'extradition du ravisseur de Moïse Tshombe UN AGENT SPÉCIAL », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  10. a et b Général Paul Aussaresses, Services spéciaux Algérie 1955-1957, Paris, Perrin, , 197 p. (ISBN 2-262-01761-1), p. 101
  11. Bertrand Poirot-Delpech, « Après un supplément d'information sans résultat Francis Bodenan comparaît de nouveau devant les assises de Versailles », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  12. « Jo Attia, Palisse et Guillemain sont écroués », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  13. « Jo Attia est arrêté à Paris », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  14. « Jo Attia est écroué », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  15. « Jo Attia », sur Cimetières de France et d'ailleurs.
  16. J Sn., « La fin d'un caïd », Le Monde,‎ (lire en ligne)

Annexes

Source

  • Alphonse Boudard, Les Grands Criminels, Paris, Pré aux Clercs, 1989 (OCLC 21149369).

Bibliographie

  • Nicole Attia, Jo Attia mon père, Gallimard, 1974.
  • Jean Marcilly , Vie et mort d'un caïd - Jo Attia, Fayard, 1977.
  • André Lacaze, Le Tunnel, 1978.

Cinéma

Le gang des otages, 1973, Edouard Molinaro