Diyya

Diyya

La diyya ou diya est un terme coranique, de la racine arabe WDY, dérivé du verbe wadā. Elle désigne le prix du sang, c'est-à-dire une compensation financière expiatoire que doit payer l'auteur (ou la famille de l'auteur, l'‘āqila) d'un homicide à la famille de la victime, ou à ses ayants droit selon la religion musulmane. Le montant d'une diyya pleine, qui aurait été fixé par ‘Abd al-Muṭṭalib (m. 580), le grand-père du prophète de l'islam, s'élève à cent têtes de chameaux[1].

Elle doit aussi être payée par une femme qui a avorté[2].

En Arabie saoudite, la diya demandée s'élève souvent à plusieurs millions de riyals, malgré un arrêté royal la fixant à 400 000. Des campagnes de dons destinées à payer cette somme ont lieu auprès d'hommes d'affaires ou de tribus influentes, voire sur les réseaux sociaux. De mesure de pardon, la diya est devenue un commerce lucratif, notamment pour les « médiateurs », qui fixent les prix et organisent les campagnes de don[3],[4].

En Iran, la diyya permet de commuer une exécution capitale (ou Qisas, arabe : قِصَاص) moyennant le payement d'une somme d'argent. Dans le contexte d'une opposition croissante à la peine de mort, s'il n'est pas possible de s'y opposer frontalement, les opposants lancent des campagnes de collecte de fonds pour payer la diyya. Son payement est un facteur de discrimination sociale important, car les familles pauvres n'ont souvent pas les moyens de payer la somme, quand une personne riche peut échapper rapidement à la peine pour un meurtre après seulement un ou deux ans de prison[5].

En Libye, la diyya est demandée pour les victimes d'accidents de la route. Les familles des victimes exigent parfois une somme exorbitante si elles souhaitent que le conducteur reste incarcéré[6].

Au Pakistan, demander la diyya permet d'éviter la peine de mort. La pratique a été introduite en 1990. Deux à trois cent diyya sont demandées chaque année au Pakistan où plus de 8 500 personnes sont dans le « couloir de la mort ». La pratique est critiquée, car les familles les plus riches ont les moyens de payer le prix du sang que les plus pauvres n'ont pas[7].

Au Tchad, la diya est une pratique coutumière, à laquelle le gouvernement souhaite s'attaquer car elle fait cesser les poursuites pénales. Les sommes demandées, plusieurs millions de francs CFA, sont très difficiles à payer[8].

Références

  1. Lahcen Daaïf, Le prix du sang (diya) au premier siècle de l'islam, Publications de la Sorbonne | Hypothèses, 2006, p. 331.
  2. Islamic bioethics: problems and perspectives, par Dariusch Atighetchi, Springer
  3. « Arabie saoudite : pardonner les condamnés à mort, ce business très lucratif », sur observers.france24.com, (consulté le 6 octobre 2020).
  4. « Arabie saoudite Le prix du sang, un commerce lucratif », sur lorientlejour.com, (consulté le 6 octobre 2020).
  5. David Rich, « En Iran, le pardon "rémunéré" pour échapper à la peine de mort », sur france24.com, (consulté le 15 octobre 2020).
  6. AFP, « "En Libye, les accidents de la route sont des tueurs silencieux" », sur francetvinfo.fr, (consulté le 6 octobre 2020).
  7. (en) Elliott Goat, « Trading justice for money: Prisoners on Pakistan's death row can pay off their victims' families in exchange for freedom », sur independent.co.uk, (consulté le 6 octobre 2020).
  8. « Tchad: le gouvernement s'attaque à la pratique de la diya », sur rfi.fr, (consulté le 6 octobre 2020).

Voir aussi