Constantin IX

Constantin IX
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Constantin IX
Mosaique à Sainte-Sophie représentant Constantin IX.
Règne
-
12 ans et 7 mois
Période Macédonienne
Précédé par Zoé Porphyrogénète
Michel V
Co-empereur Zoé Porphyrogénète (1028-1050)
Suivi de Théodora Porphyrogénète
Biographie
Naissance vers 1000
(Antioche)
Décès (~55 ans)
(Constantinople)
Père Théodose Monomachos
Épouse Inconnue
Pulchérie Sklèros
Zoé Porphyrogénète
Descendance Anna
Empereur byzantin

Constantin IX (en grec : Κωνσταντίνος Θʹ Μονομάχος, Kōnstantinos IX Monomakhos), né vers 1000 et mort le , est un bureaucrate et sénateur devenu empereur byzantin qui a régné entre le et le .

Issu d'une famille de la noblesse byzantine, il arrive au pouvoir par son mariage avec Zoé Porphyrogénète, dernière représentante, avec sa soeur, de la prestigieuse dynastie macédonienne. Son règne intervient donc à la fin de cette ère d'expansion progressive et de prospérité pour l'Empire byzantin, qui rencontre alors des défis de premier ordre. Longtemps considéré comme hostile à l'armée et peu préoccupé par la défense des frontières, il a pourtant combattu des menaces nouvelles, comme les Normands en Italie du Sud, les Petchénègues dans les Balkans et les Seldjoukides en Orient. Capable d'étendre une dernière fois la frontière orientale par l'incorporation d'Ani, il est toutefois en difficultés face à ces forces émergentes qui gagnent peu à peu du terrain.

Sur le front intérieur, ses décisions ont été largement débattues, tandis que son pouvoir est à plusieurs reprises contesté du fait de l'extinction à venir de la dynastie macédonienne. S'il sort vainqueur des différentes rébellions auxquelles il fait face, elles attestent de l'instabilité grandissante de la scène politique impériale tandis que l'économie connaît des signes d'essoufflement. Reconnu pour avoir ouvert le Sénat byzantin à des pans plus vastes de la société byzantine, notamment aux marchands et commerçants, il a été vu par Paul Lemerle comme un symbole de l'ère de prospérité du monde byzantin du milieu du XIe siècle. Ainsi, il ouvre une importante école de droit, fait participer nombre d'intellectuels à son gouvernement et promeut la culture dans l'Empire. Néanmoins, d'autres historiens y ont vu un empereur peu préoccupé des troubles les plus urgents qui frappent l'Empire, plus intéressé par des plaisirs futiles et qui se refuse à quitter Constantinople, ce qui peut s'expliquer par sa santé fragile.

Enfin, son règne voit la rupture avec l'Église d'Occident en 1054, un événement dont la portée reste cependant limitée à court terme mais qui symbolise l'écart grandissant entre Rome et Constantinople. A sa mort, l'Empire s'apprête à connaître des défis de grande ampleur qui vont aller jusqu'à remettre en cause son existence même. C'est probablement ce qui explique les interprétations si différentes qui ont pu émerger à propos du règne de Constantin IX, tantôt jugé responsable de l'aggravation à venir de la situation de l'Empire, tantôt reconnu pour ses efforts d'y apporter des réponses plus ou moins adaptées.

Biographie

Famille

Constantin[1] est né à Antioche[2], fils de Théodose Monomachos, juge et bureaucrate important sous Basile II et Constantin VIII, issu d'une noble famille byzantine. Il a deux sœurs, Hélène Monomaque (vers 1003-vers 1050) et Euprépie Monomaque (vers 1010-après 1055).

Son père, le fils de Paulos Monomaque, ambassadeur en 949 et 959, est le petit-fils d'un magister vers 920, et arrière-petit-fils de Niketas Monomaque, patrice en 920, et le petit-fils paternel de Eustathios Monomaque, questeur en 833, frère ou fils de Niketas Monomaque, bureaucrate devenu abbé en 836 et frère de Ignatios Monomaque, déjà moine en 811 et 836, lesquels étaient les fils de Eustathios Monomaque, frère de Irène Monomaque (?-823), qui était la femme de Johannes, spathaire en 788 et 792, et de Niketas Monomaque (761-836), patrice et stratège du thème de Sicile en 797 devenu abbé, de la relation d'Euphrosyne parente de Théodora, les trois fils de Georgios Monomaque, noble de Paphlagonie, floruit 761 et 798, et de sa femme Anna, qui est devenue religieuse après 798 ou 800.

Sa mère est la petite-fille paternelle de Léon Tornikios, officier en 945, fils de Tornik Tornikios, patrice en 919 et petit-fils de Apoganem Tornikios, protospathaire et patrice, décédé en 919 ou 923, peut-être le fils de Tornik, captif du dixième calife abbasside de Bagdad à Samarra Jafar al-Mutawakkil en 858 et issue de la famille des Bagratides.

Il est le grand-père maternel de Vladimir II Monomaque, grand-prince de Kiev. « Monomaque », leur nom de famille, signifie « celui qui combat seul » (i.e. en combat singulier).

Sa seconde épouse, Pulchérie Sklèros, est la nièce maternelle de Romain III Argyre. Compromis dans un complot sous le règne de Michel IV, il est exilé par Jean l'Orphanotrophe dans l'île de Mytilène[3],[4].

Arrivée au pouvoir

L'arrivée à Constantinople de Constantin Monomaque pour être reçu par Zoé, illustration tirée de la chronique de Skylitzès de Madrid.

En 1042, la situation de l'Empire byzantin est atypique. Face à l'absence de représentants masculins après les morts de Basile II (962-1025) et de Constantin VIII (962-1028), la dynastie macédonienne n'est plus représentée que par les deux filles de Constantin VIII : Zoé Porphyrogénète, l'aînée et Théodora Porphyrogénète. Comme la tradition politique byzantine interdit la détention du pouvoir suprême par une femme seule, à l'exception d'Irène l'Athénienne, un mariage avec Zoé devient la promesse du trône. Ainsi, en 1028, elle a épousé Romain III Argyre puis s'est éprise de Michel IV, qu'elle prend comme mari après la mort suspecte de Romain. Quand Michel s'éteint le 20 avril 1042, elle devient veuve à nouveau.

Zoé décide alors de trouver un troisième époux et procède à une sélection. Après avoir repoussé plusieurs candidats, dont Constantin Dalassène, elle jette son dévolu sur Constantin[5]. L'union est célébrée le 11 juin 1042 et Constantin IX est couronné le lendemain par le patriarche. Celui-ci, s'il a consenti à un troisième mariage pour Zoé, une entorse aux règles canoniques, n'a pas procédé lui-même au mariage[4]. Le choix de Constantin peut surprendre car il n'a pas d'expérience de la guerre ni de postes importants au sein de l'administration. En revanche, dans la fleur de l'âge, il est décrit comme avenant et décide d'un grand nombre de promotions sénatoriales quand il prend le pouvoir. Selon Anthony Kaldellis, il entend placer son règne sous le sceau de « la générosité et l'indulgence »[6].

Événements intérieurs

Le Christ entre Constantin IX et Zoé, mosaïque de Sainte-Sophie.

Le règne de Constantin est marqué par la prodigalité dont il fait preuve, jouissant d'un trésor impérial abondant à la suite des conquêtes de ses prédécesseurs et de l'ère d'expansion économique que connaît l'Empire dans la première moitié du XIe siècle. Alors que Zoé a été privée d'accès à ce trésor par Romain III, son troisième époux s'assure qu'elle puisse en profiter autant que de besoin. Il confère aussi un grand nombre de cadeaux, tant sous des formes monétaires que par des donations de terre ou des exemptions fiscales, en particulier pour le monde religieux.

Personnalité et vie sentimentale

S'il semble avoir eu une bonne relation avec Zoé, il tombe amoureux de sa cousine, Marie Skleraina et l'invite à la capitale où elle jouit d'un train de vie prestigieux, puisqu'elle est élevée au rang de sebaste (Augusta), ce qui l'amène quasiment au même statut que celui d'impératrice. Zoé n'apparaît pas vexée par cette ascension et entretient de bonnes relations avec la nouvelle venue[7]. La cour prend alors une configuration atypique, avec l'impératrice Zoé, sa soeur dont le statut est similaire, Théodora, et une quasi-impératrice de fait. Quand Marie Skleraina décède en 1046, Constantin semble en avoir tiré une grande affliction et il la fait enterrer dans le monastère de Saint-Georges-des-Manganes. En 1054, c'est Zoé qui meurt à son tour mais l'événement ne trouble guère l'empereur[8]. Dans les dernières années de son règne, il prend une nouvelle maîtresse, probablement issue d'une famille de la noblesse géorgienne, élevée elle aussi au rang de sebaste après la disparition de Zoé[8].

Constantin souffre de plusieurs maladies dont la goutte et l'arthrite qui l'handicapent dans ses déplacements et expliquent qu'il ne quitte pas Constantinople. En revanche, cela ne l'empêche pas de prendre la tête des défenseurs près des murailles quand il est assiégé par le rebelle Léon Tornikios.

Un empereur contesté

Le règne de Constantin IX voit la réapparition de révoltes militaires d'envergure, pour la première fois depuis les années 980[9]. La première émane du général le plus estimé de son temps, Georges Maniakès, qui bénéficie du respect et de la loyauté de ses soldats. A cet égard, Jean-Claude Cheynet souligne qu'il ne s'appuie pas sur un groupe de partisans particuliers au-delà de ses troupes. Une fois débarqué à Dyrrachium, il bat d'abord le gouverneur local et noue une alliance avec le chef serbe Stefan Vojislav de Dioclée[10]. Ensuite, il continue sa marche et vainc une autre armée en Bulgarie, puis prend la direction de Thessalonique. En mars 1043, la bataille décisive intervient près d'Ostrovo. L'empereur est représenté par l'eunuque Etienne. Alors que Maniakès prend la tête de l'attaque et perce les lignes ennemies, il reçoit un coup mortel qui met un terme à son soulèvement. Etienne revient triomphant dans la cité impériale et ramène la tête du rebelle à l'empereur[11],[CH 1].

À peu près au même moment que Maniakès, c'est le gouverneur de Chypre, Théophile Érotikos, qui se soulève et prend prétexte de la fiscalité pour pousser la population locale à s'en prendre aux fonctionnaires locaux. Constantin IX doit dépêcher une flotte pour ramener l'ordre dans l'île, tandis que le rebelle est fait prisonnier et exposé au sein de l'Hippodrome de Constantinople[12],[13].

Toujours en 1043, un complot est dévoilé qui implique le gouverneur de Mélitène et l'eunuque Étienne, celui-là même qui s'est opposé à Maniakès. Une fois mis au courant, Constantin IX le fait tonsurer et exiler. Quant au gouverneur, il est exhibé dans l'Hippodrome, aveuglé et exilé lui aussi[13].

Léon Tornikios à l'assaut de Constantinople. Chronique de Skylitzès de Madrid.

Le soulèvement le plus grave intervient en 1047, quand Léon Tornikios prend les armes contre l'empereur, dont il est pourtant un cousin et un proche de sa soeur Euprepeia. A l'origine au printemps 1047, ce sont les tagmata de Macédoine qui s'opposent à lui, peut-être en raison de leur démobilisation après la victoire contre les Petchénègues, qui les laisse sans soldes là où les armées d'Orient combattent toujours[CH 2]. Si Tornikios est alors à Mélitène, il semble déjà être à la tête de la conspiration grâce. Constantin parvient à retourner des officiers contre lui, le démet de son poste et le fait tonsurer[14]. Toutefois, le 14 septembre, à l'aide de complices, Léon Tornikios s'enfuit de Constantinople et rallie à lui les troupes de Macédoine et de Thrace, qui sont les plus importantes de la partie occidentale de l'Empire. Installé à Andrinople, il se fait couronner empereur et vise directement Constantinople, pour empêcher que l'armée d'Orient ne vienne en aide à Constantin[15].

Le 25 septembre, Tornikios est devant les murailles de Constantinople. En face, l'empereur prend la tête de la défense de la ville et arme une partie des habitants. Il est dans le quartier des Blachernes, à proximité directe des remparts, pour être au plus près des combats. Sa présence semble galvaniser les troupes et assure leur loyauté car ils ne cèdent pas aux acclamations de Léon Tornikios. Si la panique semble un temps s'emparer des défenseurs, Léon Tornikios n'en profite pas et Constantin peut rapidement reprendre le contrôle de la situation. Grâce aux engins de siège qu'il a élevés sur les remparts, il peut harceler son adversaire et il n'hésite pas à armer des prisonniers pour gonfler ses effectifs[CH 3]. Bientôt, les soutiens de Tornikios s'étiolent. Quelques jours seulement après avoir mis le siège devant la ville, Tornikios se retire et tente d'assiéger Rhaidestos, seule ville thrace restée fidèle à Constantin IX, sans plus de succès. Si les troupes loyalistes d'Occident sont vaincues, bientôt, l'empereur bénéficie des renforts venus d'Orient. Cette opposition entre les armées d'Occident et les armées d'Orient, aux intérêts divergents, est alors un trait de plus en plus marqué de la vie politique byzantine que Constantin sait exploiter[CH 4]. Encerclés, les rebelles abandonnent la cause de Tornikios qui, esseulé, est livré à l'empereur. Celui-ci le fait aveugler le jour de Noël 1047 et un poète de la cour, Jean Mavropous, livre un panégyrique à la gloire de Constantin IX quelques jours plus tard[16].

Dans un tout autre registre que ces soulèvements militaires, Constantin est aussi confronté à la révolte d'une partie de la capitale en 1044, qui trouve une partie de son explication dans la mise en avant trop visible de sa maîtresse au détriment des deux sœurs macédoniennes. Surtout, cet épisode illustre l'influence grandissante de la notabilité constantinopolitaine des marchands et des artisans, dont la richesse s'est accrue avec la prospérité de l'Empire. Ils expriment alors sûrement un mécontentement d'être tenu à l'écart du gouvernement de l'empereur[17]. Les communautés juives et musulmanes de la cité participent aussi aux émeutes et sont, pour cela, exilées à Péra, sur l'autre rive de la Corne d'Or.

Politique intérieure

L'une des mesures les plus controversées du règne de Constantin est le démantèlement de l'armée du duché d'Ibérie, qui aurait gravement affaibli la frontière orientale alors même que la menace turque est croissante. Au total, 50 000 hommes auraient été démobilisés, ce qui semble considérable pour la région et concernerait donc avant tout de simples paysans mobilisables en temps de guerre. A la place de ce « service militaire », ils sont désormais redevables de l'impôt. Selon Jean Skylitzès, une partie de la population préfère fuir que de payer cette nouvelle taxe, sans qu'il soit possible de déterminer l'exactitude et l'ampleur de ce phénomène[18]. Plusieurs chroniqueurs et historiens ont estimé que cette décision a facilité la pénétration turque dans la région et, à terme, participerait du déclin de l'armée byzantine après les réussites de l'ère macédonienne. Georg Ostrogorsky a particulièrement soutenu cette opinion et y a vu le symbole de l'hostilité de l'aristocratie civile, dont serait membre Constantin IX, pour l'armée[19] Pour les historiens plus récents comme Jonathan Harris ou Anthony Kaldellis, cette décision n'est pas à considérer comme une volonté délibérée d'affaiblir l'appareil militaire byzantin. Au contraire, l'empereur a toujours été attentif à la défense des frontières et les Turcs ont déjà commencé leurs incursions quand il prend cette décision. Il est possible que cette armée ait été d'une efficacité toute relative. John Haldon met ainsi en rapport sa dissolution avec ses performances médiocres contre les premières incursions turques dans les années 1040[20]. A une époque où les empereurs se reposent de plus en plus sur une force professionnelle, Constantin a peut-être préféré un apport fiscal à une troupe de faible qualité. Ce choix s'intègrerait alors dans la fiscalisation grandissante de la strateia, soit la transformation d'une obligation militaire (la strateia) en une obligation fiscale, du fait de l'inadaptation des anciennes troupes locales, recrutées ponctuellement, au retour des guerres offensives à partir du Xe siècle[HA 1]. Les empereurs préfèrent une armée professionnelle ou le recrutement de mercenaires. L'enjeu crucial est alors de connaître l'usage de l'imôt prélevé : soit qu'il finance la défense de l'Empire, soit qu'il serve à d'autres fins, politiques ou à la construction de bâtiments fastueux, ce qui contribuerait effectivement à affaiblir les frontières byzantines mais aucune certitude ne peut être établie[21].

Constantin IX est réputé pour sa politique d'ouverture du Sénat byzantin à des couches sociales qui en sont généralement exclues : les marchands et les artisans. Conformément à la tradition romaine, l'élite politique n'inclut pas les marchands, aussi riches soient-ils et les grandes familles aristocratiques de l'Empire se distinguent avant tout par leur service de l'Etat, qu'il soit civil ou militaire. Au XIe siècle, le Sénat, qui regroupe l'élite de la société byzantine, semble comprendre des membres nouveaux. Michel Psellos souligne tout particulièrement le rôle de Constantin IX puis, plus tard, de Constantin X, dans cette promotion alors que d'autres sources sont muettes, comme Michel Attaleiatès ou Jean Skylitzès. La réalité du phénomène est difficile à mesurer avec exactitude mais quelques sources attestent d'une certaine ouverture sociale, notamment des sceaux sénatoriaux portant le nom de familles inconnues jusqu'alors[22]. A l'époque, le gouvernement impérial pratique la vente de charges et de dignités qui permettent à leurs bénéficiaires de grimper dans la hiérarchie sociale, tout autant que d'alimenter le trésor public, au moins à court terme, d'où la tentation d'élargir le champ des privilégiés. Cependant, chaque charge s'accompagne d'une rente annuelle (la roga) qui en vient à peser sur les finances impériales sur la durée. Si l'ampleur de l'ouverture du Sénat par Constantin reste difficile à mesurer, ses successeurs sont effectivement confrontés à un nombre de plus en plus importants de rogai à verser[23].

Politique religieuse et schisme avec la papauté

La fin du règne de Constantin IX est marqué par un événement aux conséquences déterminantes pour l'avenir des relations entre l'Empire byzantin et l'Europe occidentale : la séparation des Églises d'Orient et d'Occident en 1054. Considérée comme une date clé, sa portée réelle a été largement relativisée depuis et elle est désormais perçue comme une étape dans un processus de distanciation entre Rome et Constantinople, entamé au moins depuis le VIIIe siècle[24]. Depuis plusieurs siècles, différentes controverses théologiques sont venues perturber les rapports entre les deux pôles de la chrétienté, sur fond de rivalité politique car le patriarche de Constantinople répugne régulièrement à reconnaître la primauté papale, tandis que ce dernier s'est progressivement détourné de l'empereur byzantin au profit de puissances occidentales comme l'Empire carolingien. En plus de l'enjeu de la primauté papale, des interprétations théologiques comme le filioque à propos de la nature du Saint-Esprit sont des pommes de discorde récurrentes, qui peuvent aussi s'expliquer par des différences culturelles et linguistiques. Ces divergences trouvent à s'exprimer en 1054, alors même que la papauté et l'Empire sont alliés face aux Normands. Néanmoins, c'est aussi en Italie du Sud que les querelles s'enveniment quand les représentants du patriarche entendent mettre fin à des pratiques du rite latin, notamment le pain azyme. En outre, le patriarche Michel Ier Cérulaire semble avoir fait fermer les églises constantinopolitaines affiliées au rite latin. Michel Cérulaire fait figure de patriarche déterminé et doté d'une forte autonomie, tant à l'égard de Rome que de l'empereur, ce qui complique inévitablement toute négociation, même si son rôle dans la rupture a probablement été exagéré[25]. Quand le pape Léon IV envoie son légat, le cardinal Humbert reconnu pour son intransigeance, pour résoudre la crise, c'est un échec complet. Le cardinal dépose une bulle d'excommunication à l'intention du patriarche le 16 juillet 1054, lequel réplique de la même manière alors que le pape est décédé en avril et donc que le siège papal est vacant, rendant potentiellement invalide les décisions de ses représentants[26]. Pour autant, la rupture est consommée mais elle n'est qu'une étape de plus dans une séparation progressive qui n'est pas encore considérée comme inéluctable et ne fait réellement sentir ses effets que bien plus tard[27].

Le rôle de Constantin IX dans cette affaire est imparfaitement connu. Il a reçu avec attention les légats papaux et cherche vraisemblablement à conserver l'alliance contre les Normands mais réagit assez fermement à la bulle d'excommunication, même si celle-ci n'est pas dirigée contre lui. C'est probablement à son initiative qu'un synode est convoqué qui excommunie le cardinal Humbert, qui a refusé de s'y présenter, là aussi sans viser le pape ou le dogme catholique en tant que tel[28].

Constantin IX se montre attentif au bon fonctionnement matériel de l'Eglise et lui fournit les fonds nécessaires à la tenue d'une synaxe (une assemblée de croyants) eucharistique quotidienne[29].

Pratique du pouvoir

Le règne de Constantin IX intervient dans une période troublée, celle d'une dynastie finissante. Avec l'extinction inéluctable de la lignée des Macédoniens, les ambitions impériales s'affrontent de plus en plus à la cour byzantine, d'abord sous la forme de la compétition pour devenir l'époux des deux dernières descendantes de Constantin VIII, ensuite pour fonder une nouvelle dynastie. La résurgence des soulèvements militaires au début du règne de Constantin Monomaque témoigne de l'instabilité qui couve. Néanmoins, il est parvenu à se maintenir sur le trône durant douze ans, sans être renversé. Pour cela, il a dû faire preuve d'habileté pour se concilier des intérêts divergents à la cour byzantine. Dans la vision classique, il est un représentant de l'aristocratie civile et gouverne comme tel, en s'appuyant sur la bureaucratie au détriment des généraux. Pour autant, cette thèse doit être nuancée. Certes, il s'appuie sur une élite politique et intellectuelle pour gouverner, à l'image de tous les lettrés qui occupent son gouvernement[30]. Pour autant, il s'est probablement appuyé dans les premières années de son règne sur les élites de la dynastie macédonienne jusqu'à s'en détourner progressivement, ce qui favorise les révoltes de Maniakès, d'Erotikos ou de Tornikios. A partir de 1044, il s'ouvre de plus en plus à l'aristocratie marchande qui a largement impulsé la révolte de 1044 qui agite la capitale. C'est tout l'objet de l'ouverture du Sénat byzantin à des familles nouvelles[17]. Éric Limousin a vu dans cette capacité à s'appuyer sur des pans différents de la société byzantine la caractéristique d'un homme de réseau qu'incarne Constantin IX. C'est d'autant lus nécessaire qu'il est dans l'incapacité d'établir une nouvelle dynastie puisque toute procréation avec Zoé, vieillissante, est inconcevable et qu'il n'a pas de descendant mâle d'une précédente relation. Sa légitimité est donc par nature fragile. Par cette propension à construire des réseaux d'alliance autour de la personne de l'empereur, Constantin IX tente de trouver une solution post-macédonienne qui, si elle ne lui survit pas, trouve un aboutissement avec l'avènement de la dynastie des Comnènes quelques décennies plus tard, dont les réseaux s'ancreront à la solidité d'unions matrimoniales que ne pouvait convoquer Constantin Monomaque avec autant de force[31].

L'Empire byzantin face aux menaces nouvelles

Le retour de la menace Rus'

En 1043, les Rus' de Kiev menacent à nouveau l'Empire byzantin, qu'ils ont déjà attaqué à plusieurs reprises par le passé au travers de raids maritimes qui ont pu viser Constantinople. La cause qui pousse Iaroslav le Sage à attaquer est mal connue mais des tensions semblent avoir émerger entre des marchands de l'Empire et de la principauté ukrainienne, avec la mort d'un marchand rus'[32]. Constantin IX tente bien de trouver une solution diplomatique devant un adversaire qui semblait être devenu un allié depuis la conversion des Rus' au christianisme sous Basile II, sans résultats. Iaroslav confie une importante flotte à son fils Vladimir mais Constantin IX a préparé les défenses de la capitale. Il en a expulsé les Rus' qui pouvaient s'y trouver et a mobilisé une importante flotte, soutenue par une force terrestre pour barrer le Bosphore. Lui-même s'est embarqué sur un navire avant de se positionner sur une colline pour superviser les opérations. Grâce au feu grégeois, la marine byzantine prend rapidement l'avantage et de nombreux navires rus' sont coulés tandis que les rescapés sont tués dès qu'ils touchent terre. La défaite tourne rapidement à la déroute et au massacre pour les Rus'. Ceux qui arrivent à s'enfuir tentent de rentrer chez eux par la voie terrestre mais ils sont interceptés à Varna, sur la côte de l'actuelle Bulgarie et vaincus par Katakalôn Kékauménos. Pour l'empereur, c'est un triomphe qu'il peut célébrer en faisant parader des captifs[33].

La frontière orientale contestée

Le roi Gagik II se soumet à Constantin.

L'influence byzantine sur l'Arménie et la Géorgie

En 1042, l'Empire byzantin a repoussé loin ses frontières orientales, jusqu'au nord de la Syrie et de l'Irak, aux confins du Caucase et autour du lac de Van, des régions perdues à l'époque d'Héraclius. Il a aussi imposé sa domination sur les royaumes chrétiens du Caucase, tant le royaume de Géorgie que le royaume d'Arménie. Sous Basile II, le roi Hovhannès-Smbat III d'Arménie a promis de céder ses terres à l'Empire à sa mort, qui intervient en 1041. Dans un premier temps, ni Michel IV, ni Constantin IX ne tentent de réclamer leur dû, jusqu'au milieu de l'année 1043. Or, les Arméniens sont peu disposés à céder leur indépendance et nomment un nouveau roi, Gagik II d'Arménie. S'il est prêt à faire allégeance à l'empereur, il refuse de rendre la cité d'Ani, capitale de son royaume. En 1044, Constantin IX mande le dux d'Ibérie, Michel Iassitès, d'imposer la présence de l'Empire par la force. C'est d'abord un échec et l'empereur envoie l'eunuque Nicolas, ancien parakimomène et domestique des Scholes du temps de Romain III Argyre. Il connaît bien la région où il a guerroyé une dizaine d'années plus tôt. Une alliance est aussi nouée avec l'émir de Dvin, auquel l'empereur promet de céder tout fort dont il s'emparerait pour aider les Byzantins. Finalement, la cité d'Ani est prise au début de l'année 1045 et Gagik se rend à Constantinople où il cède ses titres en échange de richesses et de terres[34]. La conquête d'Ani, qui devient un duché frontalier, constitue alors la dernière phase de l'expansionnisme oriental de l'Empire byzantin. Selon Anthony Kaldellis, c'est une réussite à porter au crédit de Constantin, qui renforce la présence byzantine en Arménie et constitue un glacis protecteur pour l'Ibérie, d'autant que les forts conquis par l'émir de Dvin sont bien vite récupérés[N 1],[35].

La réalité de la domination byzantine sur ces confins arméniens demeure mal connue, en particulier les relations avec le clergé local, rattaché à l'église apostolique d'Arménie, indépendante de Constantinople depuis qu'elle a refusé les conclusions du concile de Chalcédoine. Il ne semble pas que Constantin IX a usé de la répression à l'égard des partisans de cette Église, même si le catholicos Petros Ier est disgrâcié par Katakalôn Kékauménos, devenu dux d'Ibérie puis exilé à Constantinople[34]. S'il est fastueusement reçu par l'empereur et le patriarche, il est contraint de rester dans la cité impériale, avant d'être autorisé à se rendre à Sébaste où il meurt en 1054.

Constantin s'ingère aussi dans les affaires du royaume de Géorgie, alors divisé entre les partisans de Liparit IV de Kldekari, allié des Byzantins, et ceux du roi Bagrat IV. En 1048, l'empereur joue les arbitres et Liparit se voit doter de la moitié du territoire royal en échange de sa reconnaissance de la suzeraineté de Bagrat. Après la bataille de Kapetrou qui intervient la même année et lors de laquelle Liparit est capturé par les Turcs, Constantin s'efforce de le faire libérer et lui fait de nouveau promouvoir les intérêts byzantins en Géorgie[8].

L'irruption des Turcs

Sous Constantin IX, l'Orient byzantin voit l'émergence d'une force nouvelle, celle des Seldjoukides. Issus des peuples turcs venus d'Asie centrale, ils s'emparent de l'Iran sous Toghrul-Beg au début des années 1040 et deviennent alors une force dominante du monde musulman, allant jusqu'à concurrencer les Fatimides. Cette progression les met aussi en contact avec les confins orientaux de l'Empire byzantin, depuis que celui-ci s'est étendu en Arménie. Néanmoins, l'objectif premier des chefs seldjoukides est surtout d'affermir leur domination parmi les Musulmans, aux dépens des Bouyides qui contrôlent alors Bagdad. Dans le Caucase, ils mènent d'abord des raids, souvent destructeurs, dont l'objectif est moins une installation durable que la constitution de butins.

Le premier raid turc serait intervenu vers 1045 quand Kutalmış, le cousin de Toghrul-Beg, pénètre dans le Vaspourakan et vainc le gouverneur local, Etienne Leichoudès. En 1048, c'est un autre parent du sultan qui s'avance jusqu'à Tbilissi. Deux généraux byzantins, Katakalôn Kékauménos et Aaron, lui tendent une embuscade et le massacrent avec ses hommes[36]. Cependant, ces événements ne sont que des alertes face à une menace grandissante. D'autres peuples turcomans commencent à progresser vers l'ouest, dont des Oghouzes, qui sont envoyés dans le Caucase par les Seldjoukides. Les généraux byzantins sont contraints de se replier à Théodosioupolis, où ils sont rejoints par Liparit IV, un prince géorgien qui sert les intérêts byzantins depuis quelques années et qui a été appelé à l'aide par Constantin. Ensemble, ils s'opposent aux Turcs lors de la bataille de Kapetrou, dont le résultat est incertain. Si les Turcs se retirent, ils ont amassé un important butin par le pillage d'Arzen et se sont emparés de Liparit[37],[38],[39].

Confronté à cette nouvelle menace, Constantin IX commence à nouer des relations diplomatiques avec le sultan. S'il refuse tout tribut, il accepte le financement de la restauration de la mosquée de Constantinople, ainsi que le remplacement du calife des Fatimides par le nom du sultan dans les prières[40]. Dans l'ambassade qu'il envoie auprès de lui, Constantin désire surtout libérer Liparit, qui a été jusque-là un allié fidèle des Byzantins. Les conditions dans lesquelles il obtient sa libération varient selon les chroniqueurs mais, dans tous les cas, le prince géorgien revient bien sur ses terres[41],[42]. Si ces actions diplomatiques assurent une paix fragile entre les deux puissances, il en est tout autrement des bandes turcomanes qui razzient les terres frontalières de l'Empire seldjoukide. Elles n'obéissent qu'imparfaitement aux ordres du sultan et constituent une menace difficile à contrecarrer du fait de leur mobilité. Constantin envoie l'eunuque Nicéphore, nommé au poste de rhaiktor, pour ramener dans le giron byzantin l'émir de Dvin qui a fait allégeance au sultan[43],[44]. Aidé des Géorgiens, il chasse une bande de pillards turcomans et ramène l'émir Abu al-Aswar à son statut de vassal de l'Empire[41],[45]. L'Empire peut alors profiter des dissensions internes aux Seldjoukides et la frontière reste relativement stable jusqu'en 1054[46].

En 1054, une nouvelle incursion des Seldjoukides vise la puissante forteresse de Mantzikert, qui contrôle la région du lac de Van. En dépit d'un siège de plusieurs semaines, le gouverneur byzantin Basile Apokapès sort victorieux[47].

Si les Seldjoukides représentent une menace grandissante, en Syrie, la paix règne avec les Fatimides, rivaux traditionnels de Constantinople dans la région. Constantin IX peut faire aboutir l'accord conclu par Romain III Argyre prévoyant la restauration de l'église du Saint-Sépulcre (Jérusalem), par l'envoi de fonds et d'un architecte[48]. Des cadeaux sont échangés entre Constantinople et Le Caire, l'empereur recevant un éléphant et une girafe et du grain est envoyé aux Fatimides alors confrontés à une famine[49].

Les Petchénègues dans les Balkans

Depuis que Basile II a ramené la frontière byzantine sur le Danube, l'Empire byzantin se retrouve directement en contact avec des peuples qui dominent la steppe eurasienne, dont les Petchénègues, qui ont multiplié les raids depuis 1025. De culture nomade et guerrière, ils constituent un défi pour les armées impériales après avoir longtemps été un allié contre les Bulgares[50]. Dans les années 1040, leur influence est déclinante face à la structuration progressive de la Rus' de Kiev et la pression des Oghouzes depuis l'est, qui les pousse à agir de plus en plus dans la région danubienne[51]. En 1046, à la suite d'une guerre civile, 20 000 d'entre eux trouvent refuge dans l'Empire et s'adressent au dux du Paristrion pour devenir des sujets de l'Empire. Constantin IX accepte et reçoit leur chef, Kégénès, qu'il gratifie de nombreux cadeaux, tout en parvenant à les christianiser et les installer sur la frontière. A certains égards, cette pratique rappelle celle, plus ancienne, des peuples fédérés de la fin de l'Empire romain, c'est-à-dire un accord passé avec un peuple considéré comme barbare qui peut s'installer dans les frontières impériales mais doit combattre pour l'Empire[52]. Pour l'empereur, c'est là une occasion de semer la discorde parmi ce peuple. Bientôt, ceux qu'il a accueillis lancent des raids contre les terres des Petchénègues restés au nord du Danube, qui commencent à réagir[53]. Le khan Tyrach proteste auprès de Constantin IX puis, profitant de la rigueur de l'hiver 1046-1047, franchit le Danube. Les Byzantins s'organisent et, avec l'aide de Kégénès, lui infligent une lourde défaite[54]. Ils décident néanmoins de les épargner et de les installer en Bulgarie, tandis que Tyrach est amené à Constantinople pour être baptisé[55],[56],[57].

Vers l'année 1049, Constantin IX décide de déployer les Petchénègues installés dans l'Empire en Orient[N 2], pour qu'ils participent à la défense de la frontière. S'ils acceptent dans un premier temps, ils finissent par revenir dans les Balkans, autour de Preslav. Ce revirement signe l'échec de la politique d'intégration de Constantin IX. Réarmés, les Petchénègues, qui refusent de se rendre sur un front aussi éloigné de leur terre d'origine, sont en mesure de résister à l'Empire. La réaction de l'empereur est mal connue. Il semble avoir convoqué Kégénès mais, en faisant cela, se serait aliéné l'ensemble des Petchénègues[58]. Ils commencent à piller les environs d'Andrinople et écrasent les forces byzantines menées par le dux Constantin Arianitès. Constantin tente de ramener l'ordre en libérant Tyrach mais ce dernier prend rapidement la tête du soulèvement. Il doit alors appeler des unités de l'armée d'Orient pour le combattre, avec l'aide des mercenaires francs de Hervé Frankopoulos. Néanmoins, quand l'armée byzantine passe à l'attaque, vers septembre 1049, elle le fait dans le désordre et subit une nouvelle défaite. Il est alors possible que la méfiance mutuelle des armées d'Orient et d'Occident complique toute entente. Pour y remédier, Constantin nomme l'eunuque Constantin à la tête de troupes qui comprennent surtout des forces orientales. En juin 1050, les Petchénègues marchent à leur rencontre. Cette fois, c'est la précipitation du général Samuel Bourtzès, qui lance une attaque prématurée, qui conduit à la défaite. Néanmoins, les Byzantins se replient avec discipline et limitent leurs pertes, tandis que des renforts venus de Constantinople et de Bulgarie rétablissent en partie une situation devenue très précaire[59].

En réaction à ces multiples revers, Constantin IX tente d'abord envoyer son allié, Kégénès, auprès des Petchénègues mais ils le tuent. Ensuite, il change de stratégie militaire. Il rassemble une armée hétéroclite, composée de mercenaires francs, de la garde varangienne et d'archers montés venus d'Orient, capables de mener des actions de guérilla contre les Petchénègues. Ainsi, ils en annihilent tout un contingent à Charioupolis et trois ans durant, les harcèlent jusqu'à ce que l'empereur soit en mesure de mobiliser une nouvelle armée de campagne. Celle-ci s'avance jusqu'à Preslav où elle est bloquée par une défense efficace des Petchénègues. Contraints de se replier, les Byzantins sont attaqués en pleine retraite et dispersés, sans pour autant être écrasés. Constantin peut réunir les survivants à Andrinople et envisager une nouvelle campagne[60]. Cette fois, ce sont les Petchénègues qui commencent à souffrir de la durée du conflit et demandent à négocier la paix. En échange d'une grande autonomie dans la région du Bas Danube, les Petchénègues reconnaissent la suzeraineté impériale et la guerre se termine après plusieurs années d'affrontements harassants dans un camp comme dans l'autre[61].

Couronne de Constantin IX, Musée national hongrois. Sont représentés : l'empereur Constantin IX, sa femme Zoé et sa sœur Théodora, deux femmes dansant.

Les Normands menacent l'Italie byzantine

En Italie byzantine, le règne de Constantin voit la menace grandissante des Normands. Jusqu'en 1040, les Normands sont des mercenaires au service des Byzantins avant de se révolter. En 1042, le péril est déjà sérieux. Guillaume Bras-de-Fer a été nommé duc d'Apulie, constituant un embryon de principauté normande après plusieurs victoires contre le catépan Michel Dokeianos[62]. Quand Constantin IX arrive au pouvoir, c'est Georges Maniakès, un général réputé, qui vient d'arriver pour prendre la direction des opérations, alors que le chef lombard Argyre assiège la cité de Trani. Le nouvel empereur réussit à l'attirer en son camp par des promesses de titres et de richesses. Surtout, il démet Maniakès de ses fonctions au profit d'un certain Pardos. Furieux, Maniakès réagit violemment. Il refuse de partir de l'Italie et fait tuer son remplaçant quand il arrive en octobre 1042. C'est un acte de rébellion ouverte, de la part d'un général dont les succès passés (conquête d'Edesse et éphémère invasion de la Sicile) en font un prétendant possible pour un trône fragilement tenu par les différents époux de Zoé. Il a déjà été mis à l'écart par Michel IV et supporte peut-être mal d'être ainsi congédié à nouveau[10]. Rapidement, il réunit une armée et attire des Normands à son service. En février 1043, il traverse la mer Adriatique et laisse l'Italie derrière lui, toujours menacée.

Entre 1043 et 1055, la présence byzantine dans la péninsule se dégrade gravement. Les Normands étendent leur domination dans toutes les directions, contre les principautés lombardes jusqu'aux portes des états papaux et au sud, face aux Byzantins, souvent dans la violence. Parmi les chefs normands, Robert Guiscard se taille vite une réputation de férocité. Les autorités impériales sont désemparées face à la progression régulière des Normands. Argyre, devenu catépan, est rappelé en 1045 ou 1046 et ses successeurs, malgré des succès sans lendemain, perdent du terrain l'un après l'autre. Les sources sont lacunaires sur les étapes de la conquête normande mais, irrémédiablement, la présence byzantine se cantonne à quelques points d'appui[63]. A Constantinople, Constantin IX semble ne pas se préoccuper outre-mesure de ces revers, sûrement plus inquiet des invasions petchénègues et turques. En 1051, Argyre est de nouveau nommé à Bari où il décide de prendre des mesures aptes à se concilier la population locale. Il s'insère aussi dans une coalition anti-normande, autour du pape Léon X. En 1051, le comte d'Apulie, Drogon de Hauteville, est assassiné par un Grec, peut-être à l'instigation des autorités byzantines. Cet événement ne ralentit guère les Normands car son successeur, Onfroi de Hauteville, remporte une victoire décisive à la bataille de Civitate le 18 juin 1053, face à une coalition réunissant les forces du Saint-Empire romain germanique, du pape et du gouverneur byzantin Argyre. Ce succès marque la domination de la chevalerie normande et est couronné par la capture du pape[64].

Pour les Byzantins, cette défaite compromet gravement leurs positions. En 1055, à la mort de Constantin IX, le catépanat byzantin est en voie de disparition, même si celle-ci n'intervient qu'en 1071.

Vie culturelle et artistique

Le règne de Constantin IX est l'incarnation de ce que l'historien Paul Lemerle a qualifié avec emphase de « gouvernement des philosophes »[65],[N 3]. Au terme de la renaissance macédonienne et du renouveau culturel et artistique de l'Empire depuis la moitié du IXe siècle, le monde byzantin produit un grand nombre d'intellectuels de premier plan au tournant de l'année 1050. Plus ou moins directement, ils participent au gouvernement de l'Empire et Constantin IX leur donne une place prépondérante à sa cour, qui va de pair avec l'intérêt marqué qu'il a pour la culture. Jean Mavropoulos, l'historien Michel Psellos, Constantin Lichoudès ou Nicétas le Grammairien sont les plus éminentes figures qui incarnent ce régime des philosophes et qui sont dans l'entourage proche de l'empereur[66].

Vers 1045, avec l'appui de Jean Mavropoulos, Constantin IX édicte une novelle qui fonde le nomophylax, le « gardien des lois », qui préside l'école de droit de Constantinople. Désormais, l'enseignement juridique est dispensé par une institution proche de l'État et non par des fondations privées et il doit veiller à fournir aux futurs fonctionnaires et magistrats le meilleur bagage théorique possible pour qu'ils servent ensuite au mieux les intérêts de l'Empire[67]. Au-delà, cette réforme trouve sa place dans le renouveau de l'université de Constantinople qui s'est développée depuis les débuts de l'ère macédonienne. Située dans le quartier de la Magnaure, elle dispense un enseignement dans différents domaines, comme le droit, la grammaire ou la philosophie. C'est Jean Xiphilin, futur patriarche, qui est le premier nomophylax de l'Empire, une fonction prestigieuse dès son origine[68]. Une école de philosophie est aussi fondée par l'empereur mais nous ne disposons pas d'autant de détails sur son organisation.

Cette école de droit[N 4] est installée dans le monastère de Saint-Georges-des-Manganes, restauré à grands frais par Constantin et qui constitue une extension du déjà très vaste Palais impérial. Très investi dans la vie culturelle de l'Empire, Constantin semble aussi à l'origine de la fonction de maître des rhéteurs (maïstôr tôn rhétorôn) ou encore de celle de consul des philosophes[69].

Unions et postérité

Constantin IX a épousé en premières noces une noble, fille d'un membre distingué de la cour impériale, qui meurt de maladie avant 1025, sans postérité[70].

Veuf, il s'est remarié avec Pulchérie Sklèros, fille de Basile Sklèros, aveuglé et exilé en 1033, et par sa mère Pulchéria Argyropoulina, nièce maternelle de l’empereur Romain III Argyre, décédée avant 1034, qui est sans doute la mère de sa fille unique :

À la suite de la mort de sa seconde épouse, il hésite à contracter une troisième union (toujours réprouvée par l'Église byzantine) et vit maritalement avec une nièce de sa défunte femme, Maria Skleraina (morte après 1044 ou entre 1042-1050).

Après avoir épousé en 1042 l'impératrice Zoé Porphyrogénète, il réussit à obtenir de cette dernière le maintien de sa maîtresse au palais. L'impératrice, pour le moins très complaisante, officialise ce ménage à trois en accordant à la Skleraina le titre inédit de « baste ». Elle l'autorise en outre à participer au conseil en vertu d'un « contrat d'amitié ».

Après les disparitions de Maria Skleraina et de l'impératrice Zoé en 1050, Constantin IX tombe amoureux en 1054 de la princesse géorgienne Gorandouxt, désormais appelée Irène, sœur du roi Bagrat IV de Géorgie, otage à Constantinople, qui devient sa maîtresse[72].

Notes et références

Notes

  1. Michel Iassitès, envoyé pour les reprendre, tombe dans une embuscade et est remplacé par Kékauménos, qui mène cette tâche à bien.
  2. Il ne s'agit que des Petchénègues vaincus en 1047 et non de ceux groupés autour de Kégénès qui continuent d'occuper la frontière danubienne.
  3. Il s'agit du titre de la quatrième des cinq études de Lemerle dans son ouvrage Cinq études sur le XIe siècle byzantin.
  4. En dépit de l'intérêt impérial pour cette institution, elle ne semble pas avoir eu une longévité notable après la mort de Constantin (Cheynet 2007, p. 362-363).

Références

  • Jean-Claude Cheynet, Pouvoir et contestations à Byzance (963-1210), Paris, Publications de la Sorbonne, (lire en ligne)
  1. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « Des deux rébellions militaires […] supprimer instantanément tout désordre »
  2. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « {{{TDebut}}} […] pour faire prévaloir leurs vues »
  3. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « Ayant réuni les siens […] mais sans grande efficacité »
  4. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « L'empereur eut dans les deux crises […] combattre les Petchénègues trop indociles »
  • (en) Jonathan Harris, Introduction to Byzantium, 602-1453, Routledge, (ISBN 9781351368773)
  1. Un ouvrage électronique étant parfois dépourvu de pagination, l'emplacement de la référence est donné par ces membres de phrases, qui sont aisément recherchables. « There is, however […] theme armies were disbanded »
  1. « Dernier descendant en ligne masculine d’une noble famille » selon Michel Psellos, op. cit., livre VI, chapitre 14.
  2. Psellos, Orationes panegyricæ, éd. G. T. Dennis, Stuutgart-Leipzig, 1994, p. 90.
  3. Jean Skylitzès, op. cit., chapitre 1.
  4. a et b Kaldellis 2017, p. 180.
  5. Jean-Claude Cheynet et Jean-François Vannier, Études prosopographiques, Paris, Publications de la Sorbonne, (ISBN 978-2-85944-110-4, lire en ligne), p. 81.
  6. Kaldellis 2017, p. 180-181.
  7. Kaldellis 2017, p. 181.
  8. a b et c Kaldellis 2017, p. 201.
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  10. a et b Kaldellis 2017, p. 184.
  11. Kaldellis 2017, p. 184-185.
  12. Rodolphe Guilland, « La collation et la perte ou la déchéance des titres nobiliaires à Byzance », Revue des études byzantines, vol. 4,‎ , p. 43.
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  17. a et b Limousin 2015, p. 29.
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  69. Cheynet 2007, p. 362.
  70. Michel Psellos, op. cit., livre VI, chapitre 15.
  71. Christian Settipani, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs. Les princes caucasiens et l'Empire du VIe au IXe siècle, Paris, de Boccard, , 634 p. [détail des éditions] (ISBN 978-2-7018-0226-8), p. 245.
  72. Michel Psellos, op. cit., livre VI chapitre 151.

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes