Benoît Jacquot

Benoît Jacquot
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Georges Biard
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Benoît Jacquot lors du déjeuner des nommés aux César 2016.
Naissance (77 ans)
Paris 16e
Nationalité française
Profession réalisateur, scénariste
Films notables Les Enfants du placard
La Fille seule
Tosca
Villa Amalia
Les Adieux à la reine

Benoît Jacquot est un réalisateur et scénariste français né le à Paris. Actif depuis les années 1970, il a réalisé une trentaine de films, dont Les Enfants du placard (1977), La Fille seule (1995), Tosca (2001) ou Villa Amalia (2009).

Nommé une fois aux Césars dans la catégorie de la meilleure réalisation et deux fois pour la meilleure adaptation, il a notamment reçu le Prix Louis-Delluc en 2012 pour Les Adieux à la reine.

En janvier 2024, à la suite d'une plainte déposée contre lui par son ancienne compagne l'actrice Judith Godrèche, une enquête à son encontre est ouverte par la Brigade de protection des mineurs. Depuis, plusieurs autres actrices ayant travaillé avec Jacquot accusent le réalisateur de harcèlement sexuel et de violences psychologiques et physiques, notamment sur mineures.

Biographie

Carrière

Benoît Jacquot commence sa carrière cinématographique en 1965 comme assistant de Bernard Borderie sur un film de la série Angélique, et comme assistant de Marguerite Duras, Marcel Carné ainsi que Roger Vadim[1].

Au cours de sa carrière, il alterne les films à gros budgets avec des stars (Pas de scandale, Adolphe) avec des productions moins coûteuses et plus libres dans leur narration et leur méthode de tournage (L'Intouchable, tourné en Inde en 16 mm, et quelques plans en caméra vidéo). Ses personnages principaux sont souvent des femmes (Isabelle Huppert dans Villa Amalia, L'École de la chair, Les Ailes de la colombe et Pas de scandale, Virginie Ledoyen dans La Fille seule, Judith Godrèche dans La Désenchantée, Isabelle Adjani dans Adolphe, Sandrine Kiberlain dans Le Septième Ciel, Isild Le Besco dans L'Intouchable, À tout de suite ou Sade). Ses héroïnes se caractérisent par un mouvement de fuite, qui leur fait tourner le dos à leur passé, à leur famille ou à leur métier.

Jacquot a aussi fait des mises en scène d'opéra, tant au cinéma (Tosca en 2001 d'après Puccini) que pour la scène (Werther de Jules Massenet)[2].

En 2005, il est membre du jury du 58e Festival de Cannes, présidé par Emir Kusturica, puis en 2010, membre du jury pour le 10e Festival international du film de Marrakech, sous la présidence de John Malkovich. Par la suite, il est notamment président en 2015 du 41e festival du cinéma américain de Deauville

En 2012, il reçoit le prix Louis-Delluc pour Les Adieux à la reine, adaptation du roman éponyme de Chantal Thomas. En 2013, le film obtient trois Césars lors de la 38e cérémonie des César.

Dans les années 2010, il fait quelques apparitions dans des films français : dans Cherchez Hortense (2012) de Pascal Bonitzer dans le rôle de Kevadian, dans Casse-tête chinois de Cédric Klapisch (2013) dans le rôle du père de Xavier, et dans Valérian et la Cité des mille planètes (2017) de Luc Besson dans le rôle d'un capitaine.

Vie privée

Benoît Jacquot a été le compagnon de Dominique Sanda. Avec l'actrice Anne Consigny, il a eu deux fils dont un fils devenu acteur, Vladimir Consigny, auquel il a offert son premier rôle dans un téléfilm Gaspard le bandit sur la vie du « Robin des Bois provençal » Gaspard de Besse, diffusé sur Arte en 2007. Il a aussi vécu sous le même toit que Judith Godrèche lorsque celle-ci avait 14 ans et lui 40. Elle quitte, vers seize ans, son domicile familial pour habiter avec lui, ce qu'elle évoquait, en 2010 pour Libération[4], lors de la sortie de son film Toutes les filles pleurent[5]. En 2024, l'actrice porte plainte contre le réalisateur à propos de cette relation (voir infra Accusations).

Style

Les mises en scène de Benoît Jacquot, discrètes et peu ostentatoires, restent difficilement cernables dans leur ensemble. Elles dénotent à la fois un certain classicisme, voire de l'académisme, associés à des aspects beaucoup plus modernes, parfois proches de l'expérimentation ou d'une recherche novatrice dans l'écriture cinématographique. Cette hétérogénéité peut être considérée comme le propre de son style. Jean-Michel Frodon, dans les Cahiers du cinéma évoque l'œuvre « variée et inégale » d’un cinéaste fondamentalement insaisissable, « qui croit très fort au réel, très fort à la littérature, et très fort à l’inconscient[6]. »

L'influence de Robert Bresson reste manifeste dans ses premiers films. L'Assassin musicien, d'après Dostoïevski, est caractérisé par l'ascèse de son découpage (peu de plans) et par la quasi-fixité de sa caméra. Le réalisateur dément toutefois cette filiation :

« Dès mon premier film, on m'a rapproché de lui, alors que pour moi Bresson est plutôt un épouvantail. Je n'aime pas beaucoup ses derniers films. À mes yeux, les meilleurs sont Pickpocket et Journal d'un curé de campagne. Ne serait-ce qu'à cause de l'importance décisive qu'ont pour moi les comédiens, je suis l'inverse de Bresson, avec qui je n'ai qu'une similitude : la rigueur. Mais Dreyer est au moins aussi rigoureux que Bresson et, d'après moi, beaucoup plus grand cinéaste[7]. »

Benoit Jacquot abandonne ce minimalisme « bressonien » au fur et à mesure de sa carrière. Cela ne l'empêche pas d'expérimenter des formes de narration très particulières, comme dans La Fille seule (1995), filmé selon un principe de « temps réel » (temps de l'action calqué sur la durée du film) durant lequel on suit Valérie, l'héroïne, de couloirs en escaliers, d'un café à la chambre d'hôtel dans de longs plans séquences.

Accusations d'agressions sexuelles sur mineures et de violence

L'actrice Judith Godrèche revient sur sa cohabitation avec Benoit Jacquot (voir supra Vie privée). Elle déclare en décembre 2023 dans Elle[8] : « J’étais une jeune fille très solitaire, très idéaliste. Je vivais à travers les livres, ma mère est partie de la maison quand j’avais 9 ans, j’ai été élevée par un homme seul, j’étais vulnérable malgré une certaine maturité. […] C’est parce que j’ai une fille adolescente que je parviens à réaliser ce qui m’est arrivé, à me dire que j’ai navigué seule dans un monde sans règles ni lois. » En février 2024, elle porte plainte contre lui pour « viols avec violences sur mineur de moins de 15 ans » commis par personne ayant autorité, malgré la probable prescription des faits[9].

Dans le documentaire Les Ruses du désir : l’interdit (2011) de Gérard Miller (lui-même étant accusé d'agressions sexuelles), Benoît Jacquot parle de son goût pour les jeunes actrices mineures, dont Judith Godrèche, Virginie Ledoyen ou Isild Le Besco[10]. Il y décrit sa rencontre avec Judith Godrèche lorsqu'elle avait « 15 ans »[11]. Il explique comment le septième art peut être utilisé comme « une sorte de couverture » pour séduire de jeunes mineures. En outre, il rapporte être bien aise de susciter au sein du « petit monde » du cinéma une « certaine estime, une certaine admiration pour ce que d’autres aimeraient sans doute bien pratiquer aussi[12],[13],[14]. » : « Oui c’est forcément une transgression parce que, ne serait-ce qu’au regard de la loi, telle qu’elle se dit, on n’a pas le droit en principe, je crois. Donc une fille comme elle, comme cette Judith, qui avait en effet 15 ans[11], moi 40, en principe, j’avais pas le droit. Mais ça alors, elle en avait rien à foutre. Et même elle, ça l’excitait beaucoup je dirais[15]. »

Dans sa mini-série Icon of French Cinema diffusée sur Arte à partir de , l'actrice aborde sa relation avec le réalisateur sans citer son nom[16]. Le , elle nomme finalement Benoît Jacquot sur son compte Instagram après avoir visionné des extraits du documentaire Les Ruses du désir de 2011. Elle dénonce la « perversion » et le « sentiment d'impunité » dont témoignent les propos tenus par le réalisateur. Elle affirme qu'il « manipule encore celles qui pourraient associer leurs noms au mien. Témoigner. Il menace même de me traîner en justice pour diffamation[12],[13],[14]. » Invitée à l'émission Quotidien, elle ajoute : « Il inverse les rôles, il projette sur moi son excitation. J’ai vécu cette sexualisation, mais de le voir parler et utiliser encore ces mots-là… C’était un choc. […] De l’entendre en parler de façon très mondaine, en rigolant, en s’en vantant… l’impunité est à un tel niveau[17]. »

Dans un article publié en 2020 dans The New York Times, la journaliste Valentine Faure s'interroge sur l'obsession de certains réalisateurs français pour leurs jeunes comédiennes, mentionnant Benoît Jacquot entre autres réalisateurs emblématiques[18]. Selon Le Figaro, Benoît Jacquot « esquisse un autoportrait » dans son long métrage Sade, où « [le] récit de l'initiation d'une jeune fille par le sulfureux marquis » renvoie aux relations entre le réalisateur et « une actrice débutante, Isild Le Besco ». Durant le tournage du film, Daniel Auteuil observe Benoît Jacquot en tant que source d'inspiration pour incarner Sade[19].

Une enquête du journal Le Monde en février 2024 révèle que depuis les témoignages de Godrèche en décembre 2023 puis en janvier 2024, plusieurs autres actrices que Benoit Jacquot avait engagées dans ses films se joignent à elle pour accuser le réalisateur de harcèlement sexuel et de violences psychologiques et physiques sur mineures, dans ce que les journalistes du Monde résument comme « un système de prédation sous couvert de cinéma »[20]. Ainsi, Julia Roy, Vahina Giocante et Isild Le Besco témoignent d'actes de harcèlements sexuels, ainsi que de violence psychologique et physique[21].

Filmographie

Cinéma

Courts et moyens métrages

Longs métrages

Prochainement

Télévision

Mise en scène

Distinctions

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Georges Biard
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Benoît Jacquot en 2013 à la 38e cérémonie des César.

Récompenses

Nominations

Notes et références

  1. Fiches personnalités, Benoît Jacquot, Bifi.fr.
  2. Une interview de Benoît Jacquot à l'occasion de sa première mise en scène d'opéra.
  3. Sabrina Champenois, « Judith Godrèche. La tiraillée », Libération,‎ (lire en ligne).
  4. « Quand je pense à l'intrépidité, à la violence, à la sauvagerie dont j'ai pu faire preuve… Je me dis : "Merde, qu'est-ce que je suis vieille, je veux redevenir cette adolescente qui échangeait son sang avec les garçons" ! Qu'est-ce que j'étais habitée… […] Il y a chez moi ce côté impulsif, aventurier, pas du tout effrayé, mais ces dernières années, j'ai l'impression de n'avoir été que réaction et adaptation, d'avoir marché constamment à côté de moi-même. »
    À la question : « Mais que faisaient [vos] parents ? », elle répond : « Mon père m'a toujours considérée comme une adulte. » Et puis elle se ravise : « Je veux dire qu'il m'a toujours considérée comme quelqu'un digne de confiance. »
  5. « Le grand arbre de la réduction », Jean-Michel Frodon, Cahiers du cinéma, avril 2009, p. 16.
  6. « Les 400 coups de Benoit Jacquot » sur telerama.fr du 6 octobre 2010.
  7. Alice Augustin, « #MeToo dans le cinéma : Judith Godrèche revient pour la première fois sur sa relation à 14 ans avec un réalisateur de 40 », Elle,‎ (lire en ligne [archive] Accès payant, consulté le ).
  8. « « C’est une histoire d’enfant kidnappée » : l’actrice Judith Godrèche porte plainte contre le réalisateur Benoît Jacquot », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  9. Olivier Herviaux, « Les Ruses du désir : Planète+ 20.40 Documentaire "L'Interdit", premier épisode d'une trilogie sur le couple », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  10. a et b 14 ans, selon Judith Godrèche, donc avant sa majorité sexuelle.
  11. a et b « #MeToo "Il s'appelle Benoît Jacquot" : Judith Godrèche met un nom sur le "sentiment d'impunité" », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  12. a et b « Judith Godrèche cite ouvertement le nom de Benoît Jacquot après avoir découvert une archive du cinéaste », HuffPost,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  13. a et b « "Beaucoup de gens me tourneront le dos" : Judith Godrèche revient sur sa relation d’emprise avec Benoît Jacquot », Le Parisien,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  14. Extrait de l’interview diffusé dans le documentaire Les Ruses du désir réalisé en 2011 par Gérard Miller.
  15. « Judith Godrèche parle enfin de sa relation avec Benoît Jacquot quand elle avait 14 ans, voici pourquoi », Huffington Post,‎ (lire en ligne).
  16. « "L'impunité est à un tel niveau" : Judith Godrèche dénonce les mots de Benoît Jacquot, dont une interview refait surface », Le Parisien,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  17. (en) Valentine Faure, « France Gets Its Weinstein Moment », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  18. Sophie Grassin, « Benoît Jacquot, le cinéaste amoureux », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  19. Lorraine de Foucher et Jérôme Lefilliâtre, « Benoît Jacquot, un système de prédation sous couvert de cinéma », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  20. « Après Judith Godrèche, d’autres actrices témoignent à leur tour contre Benoît Jacquot », sur Le HuffPost, (consulté le )
  21. Louis-René des Forêts interrogé par Jean-Benoît Puech, coll. « Les Hommes-livres » (dir. Jérôme Prieur), La Sept, l'INA, Feeling Productions, 16 mm, couleur, 52 min, 1988.
  22. D'après l'une des dix-sept nouvelles du recueil L'Aleph de Jorge Luis Borges.
  23. « Rencontre : le cinéaste Benoît Jacquot reprend "Werther" de Massenet à Bastille », sur France TV Info, .

Voir aussi

Liens externes