Hissène Habré

Hissène Habré
(ar) حسين حبري
Illustration.
Hissène Habré en 1987.
Fonctions
Président de la République du Tchad[N 1]

(8 ans, 5 mois et 24 jours)
Élection (vía référendum)
Premier ministre Djidingar Dono Ngardoum
Prédécesseur Goukouni Oueddei
Successeur Jean Alingué Bawoyeu (intérim)
Idriss Déby
Premier ministre du Tchad

(6 mois et 22 jours)
Président Félix Malloum
Prédécesseur Poste recréé
Successeur Djidingar Dono Ngardoum
(indirectement)
Biographie
Surnom Le Pinochet africain
Date de naissance
Lieu de naissance Largeau (AEF)
Date de décès (à 79 ans)
Lieu de décès Dakar (Sénégal)
Nature du décès COVID-19
Sépulture Cimetière musulman de Yoff[1]
Nationalité Tchadienne
Parti politique Frolinat (1972-1984)
UNIR (1984-1990)
Conjoint Fatime Raymonde
Diplômé de Institut des hautes études d'outre-mer
Université de la Vallée d'Aoste
Université de droit et de sciences économiques de Paris
[réf. nécessaire]
Institut d'études politiques de Paris
Religion Islam
Résidence Prison du Cap Manuel

Hissène Habré
Premiers ministres du Tchad
Présidents de la République du Tchad

Hissène Habré, aussi connu comme Hissein Habré (en arabe tchadien : حسين حبري  [hiˈsɛn ˈhabre]), né le à Largeau et mort le à Dakar, est un homme d'État tchadien, membre du peuple toubou du clan Anakaza.

Il est président de la République du Tchad de 1982 à 1990, à la suite du coup d'État qui renverse Goukouni Oueddei.

Condamné à mort par contumace pour crimes contre l'humanité par un tribunal de N'Djaména, il se réfugie au Sénégal, puis est inculpé de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et actes de torture. Son procès, qui s'ouvre à Dakar en 2015, est la première utilisation de la compétence universelle sur le continent africain[2]. Il est condamné à la prison à perpétuité en appel en 2017.

Biographie

Jeunesse et études en France

Le jeune Hissène grandit dans le désert du Djourab, au milieu de bergers nomades. Intelligent, aidé par ses instituteurs, il étudie. Après l'indépendance, la politique d'africanisation des postes administratifs occupés jusque-là par des Français vaut à Hissène Habré d'être nommé sous-préfet de Moussoro par le président Tombalbaye. La même année, il part étudier en France, à l’Institut des hautes études d’outre-mer[N 2],[3], il s'attelle ensuite à des études de droit[4], fréquente l’Institut d'études politiques et fait son éducation politique en lisant Frantz Fanon, Che Guevara, et Raymond Aron[5].

Au Front de libération nationale du Tchad

Après la fin de ses longues études en 1972, Hissène Habré repart au Tchad et rejoint le Frolinat, puis fonde les Forces armées nationales du Tchad (FANT), aujourd'hui disparues sous ce nom.

Le , dans la région du Tibesti, des rebelles toubous commandés par Hissène Habré enlèvent un médecin allemand libéré en 1975 contre le versement d'une rançon, un coopérant français Marc Combe qui réussit à s'échapper et l'archéologue Françoise Claustre qui sera libérée le en même temps que son mari Pierre Claustre, lui-même enlevé le . Hissène Habré est tenu pour responsable de la torture et de l'exécution sommaire le de l'émissaire envoyé par le gouvernement français pour négocier leur libération, le commandant Galopin.

Premier ministre

Il est nommé au poste de Premier ministre le par le président de la République, le général Félix Malloum[6][source insuffisante]. Son mandat prend fin avec la guerre qu'il a lui-même déclenchée le .

Hissène Habré est le fondateur du Conseil de commandement des forces armées du Nord (CCFAN), devenu Forces armées du Nord (FAN).

Président de la République

Hissène Habré, chef des Forces armées du Nord (FAN), renverse Goukouni Oueddei le pour occuper le poste de président de la République. Le poste de Premier ministre est supprimé le et plusieurs opposants politiques sont exécutés. Habré transforme les FAN en armée régulière (FANT), puis crée une police politique, la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), responsable de milliers d'enlèvements et d'assassinats politiques.

Le Gouvernement d'Union nationale de transition (GUNT), animé par Goukouni Oueddei, chassé du pouvoir par les forces d'Hissène Habré, se retire dans le nord du Tchad. Il est aidé par la Libye qui annexe depuis 1973 la bande d'Aozou. La guerre s'aggrave en 1983 et les forces libyennes occupent le nord du Tchad jusqu’à la contre-offensive des forces d'Habré qui aboutit en mars 1987 à la reconquête du nord avec le soutien de l’armée française (opération Épervier). Durant le conflit, les États-Unis auraient utilisé une base clandestine au Tchad pour entraîner des soldats libyens capturés et les organiser en force anti-Kadhafi. Ils auraient également fourni un soutien militaire et organisationnel à la DDS.

L'aide de la France et des États-Unis a été décisive[7]. L'occupation libyenne a pris fin en . Un cessez-le-feu a été signé en , consacrant la victoire d'Habré. Les relations diplomatiques entre la Libye et le Tchad ont été rétablies en octobre 1988.

Hissène Habré, considérant que son régime est soutenu par les États-Unis, se détourne de la France, pensant ne plus avoir besoin de son appui. Le général Idriss Déby le renverse alors le 1er décembre 1990, le directeur de la DGSE Claude Silberzahn ayant convaincu le président Mitterrand de placer au pouvoir Idriss Déby en abandonnant Hissène Habré qui trouve refuge au Sénégal[8],[9].

Poursuites judiciaires

Hissène Habré est soupçonné d'être responsable de la mort de presque 40 000 personnes. En , après le renversement du régime Habré, plusieurs fosses communes ont été découvertes à 25 km de la capitale. Certaines fosses contenaient jusqu'à 150 squelettes des détenus exécutés par la tristement célèbre police politique (DDS). Le rapport de la commission d'enquête comptabilise quelque 80 000 orphelins produits par la terreur du régime Habré.

Des poursuites contre lui sont engagées en Belgique en application de la loi de compétence universelle qui, bien qu'abrogée en 2003, s'applique dans ce cas précis (certains plaignants ayant acquis la nationalité belge). Un mandat d'arrêt international, assorti d'une demande d'arrestation immédiate, est délivré par la justice belge le et transmis aux autorités sénégalaises. Après son arrestation le 15 novembre et une garde à vue de quelques jours, Hissène Habré est relâché, la justice sénégalaise s'étant finalement déclarée incompétente et l'affaire portée au niveau de l'Union africaine.

En , le Sénégal est mandaté par l'Union africaine pour juger Hissène Habré pour crimes contre l'humanité, crimes de guerre et actes de torture. Le Sénégal a alors engagé une série de réformes législatives et adopté un amendement constitutionnel afin de juger l'ancien dictateur tchadien. Les autorités sénégalaises ont cependant suspendu leur action judiciaire à la prise en charge, par la communauté internationale en général et à l'Union africaine en particulier[10], de la totalité des fonds nécessaires pour le procès, estimée à 27,4 millions d'euros[11].

Le , il est condamné à mort par contumace pour crimes contre l'humanité par un tribunal de N'Djaména.

Le , Reed Brody, s'appuyant sur les témoignages recueillis par l'Association des victimes des crimes et répressions politiques que préside Souleymane Guengueng, annonce l'imminence de son procès[12]. Le , il est placé en garde à vue dans le cadre d'une enquête ouverte par un tribunal spécial devant le juger[13]. C'est un soulagement pour beaucoup de victimes, qui attendaient la tenue de ce procès. Le cinéaste tchadien Mahamat Saleh Haroun réalise un documentaire intitulé Hissein Habré une tragédie nationale[14], consacrant une grande partie du film aux rescapés de cette barbarie[15].

Hissène Habré est jugé à partir du , à Dakar par les Chambres africaines extraordinaires, juridiction spéciale créée par le Sénégal et l’Union africaine[16] considérée par certains experts comme étant la juridiction la plus nationale des tribunaux internationaux[10]. Ce procès n'aurait pas pu avoir lieu sans l'intervention de l'avocat Reed Brody, un des conseillers et porte-parole de Human Rights Watch[17], et sans l'action de la Belgique, qui avait saisi la Cour internationale de justice (CIJ) en 2009 d'une action contre le Sénégal pour son abstention à juger ou extrader Hissène Habré conformément à ce que prévoit la Convention des Nations unies contre la torture qui liait les deux États : le , la CIJ, à l'unanimité des 17 juges, donne raison à la Belgique et déclare que le Sénégal est obligé de poursuivre Hissène Habré ou, à défaut, de l'extrader vers tout État qui veut le poursuivre pénalement[18].

Pour défendre les 4 000 victimes, le collectif des avocats est coordonné par l'avocate tchadienne Jacqueline Moudeina[19].

Le , il est reconnu coupable de crimes contre l'humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvements. Il est condamné à la prison à perpétuité par le tribunal spécial africain à Dakar, au Sénégal[20] en première instance. Le s'ajoute à cette peine une condamnation à verser entre 10 et 20 millions de francs CFA (entre 15 245 et 30 490 euros) par victime[21].

Hissène Habré a fait appel de sa condamnation : ce nouveau procès débute le [22]. Le , les Chambres extraordinaires africaines annoncent le maintien de la condamnation à la prison à perpétuité, peine qu'il purgera au Sénégal ou dans un autre pays de l'Union africaine. En outre, la Chambre d'appel fixe le montant des dommages que Hissène Habré devra verser à 82 milliards 290 millions de francs CFA[23] (environ 125 millions d'euros).

À la suite d'une demande de son avocat arguant des risques pour sa santé en raison de la pandémie de Covid-19 et de son âge avancé, Hissène Habré est placé le 7 avril 2020 en résidence surveillée pour 60 jours[24],[25].

Le 7 juin 2020, il retourne en prison[26].

En avril 2021, la justice sénégalaise refuse une demande de libération[27].

Maladie et mort

Le 24 août 2021, alors qu'il est hospitalisé à Dakar pour des complications dues au Covid-19, l'ancien président Hissène Habré s'éteint, à l'âge de 79 ans[28],[29].

Notes et références

Notes

  1. Président du Conseil de commandement des Forces armées du 7 au 19 juin 1982 puis président du Conseil d'État du 19 juin au 21 octobre 1982.
  2. Cet établissement public créé par ord. no 59-42 du 5 janvier 1959 relevait du Premier ministre et du ministre chargé de la fonction publique. Supprimé par Décret du 2 décembre 1966, le personnel est alors affecté à l'Institut international d'administration publique.

Références

  1. Ousseynou Nar Guèye, « Sénégal : Hissène Habré enterré en l’absence de représentants officiels », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  2. « Questions et réponses sur l’affaire Hissène Habré devant les Chambres africaines extraordinaires au Sénégal », sur Human Rights Watch, (consulté le )
  3. Célian Macé, « Hissène Habré, le silence du bourreau », sur Libération, (consulté le )
  4. Malick Diawara, « Tchad : qui est vraiment Hissène Habré ? », sur Le Point, (consulté le )
  5. Christophe Châtelot, « Hissène Habré, tortionnaire et ami de l’Occident », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  6. « Tout savoir sur Hissène Habré », sur JeuneAfrique.com (consulté le ).
  7. Interview de Reed Brody menée par Amy Goodman, « From U.S. Ally to Convicted War Criminal: Inside Chad's Hissène Habré's Close Ties to Reagan Admin », Democracy Now!, 31 mai 2016.
  8. Jean Guisnel, « Mort de Claude Silberzahn, directeur général de la DGSE de 1989 à 1993 », sur Le Point, (consulté le ).
  9. Michael Bronner, « Hissène Habré, l’homme de l'Occident en Afrique », sur Slate,
  10. a et b Raymond Ouigou Savadogo, « Les Chambres africaines extraordinaires au sein des tribunaux sénégalais: Quoi de si extraordinaire ? », Études internationales, vol. 45, no 1,‎ , p. 105–127 (ISSN 1703-7891 et 0014-2123, DOI 10.7202/1025119ar, lire en ligne, consulté le ).
  11. AFP, « Procès Habré: « inertie » du Sénégal et « indifférence » de l’UA, selon des ONG », sur Jeune Afrique,
  12. « http://www.cbs12.com/template/inews_wire/wires.international/3eae3503-www.cbs12.com.shtml »(Archive • Wikiwix • Archive.isGoogle • Que faire ?), sur cbs12.com
  13. AFP, « L'ancien président tchadien Hissène Habré a été placé en garde à vue », Le Monde, 30 juin 2013.
  14. Pierre Lepidi, « « Hissein Habré, une tragédie tchadienne », un documentaire sensible d’Arte », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  15. Tous les cinémas du monde, « « Hissène Habré, une tragédie tchadienne », de Mahamat Saleh Haroun », RFI,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  16. « Tchad/Sénégal : Coup de projecteur sur l’imminent procès de Hissène Habré », sur Human Rights Watch, (consulté le ).
  17. Christophe Boisbouvier, « Reed Brody : « Les victimes du régime Habré se sont battues pendant 25 ans » », RFI, .
  18. « Questions concernant l'obligation de poursuivre ou d'extrader (Belgique c. Sénégal) », sur Cour internationale de justice (consulté le )
  19. Jean-Louis le Touzet, « Jacqueline Moudeina. Habré tant de temps », Libération,‎ (lire en ligne).
  20. AFP, « L'ancien dictateur tchadien Hissène Habré condamné à perpétuité », sur L'Express, (consulté le )
  21. « Hissène Habré condamné à de forts dédommagements », Le Figaro, samedi 30 / dimanche 31 juillet 2016, page 8.
  22. AFP, « À Dakar, procès en appel de Hissène Habré condamné pour crimes contre l’humanité », sur Le Monde, (consulté le ).
  23. AFP, « Tchad : Hissène Habré condamné à la prison à perpétuité », sur Jeune Afrique, (consulté le )
  24. « Coronavirus : au Sénégal, Hissène Habré se voit accorder une sortie de prison de 60 jours », sur France 24, (consulté le ).
  25. « Le Sénégal libère Hissein Habré de prison », sur Alwihda, (consulté le )
  26. « Hissène Habré retourne en prison après l'expiration de son autorisation », sur BBC, (consulté le ).
  27. AFP, « Sénégal : la justice refuse de libérer Hissène Habré, selon ses avocats », sur Jeune Afrique, (consulté le ).
  28. « Mort d’Hissène Habré, ex-président du Tchad condamné pour crimes contre l’humanité », sur Franceinfo, (consulté le ).
  29. « L’ex-président tchadien Hissène Habré est mort en détention au Sénégal », sur France 24, (consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

  • Celeste Hicks, Le procès de Hissein Habré: Comment les Tchadiens ont traduit un tyran en justice, Amalion, Dakar, 2020, 224 p. (ISBN 9782359260984)
  • Alioune Sall, L'affaire Hissène Habré : aspects judiciaires nationaux et internationaux, L'Harmattan, Paris, 2013, 93 p. (ISBN 978-2-296-99549-9).
  • Mady Marie Bouaré, L'affaire H. Habré et l'affaire du Joola : une justice pénale controversée ?, L'Harmattan, Paris, 2011, 121 p. (ISBN 978-2-296-54873-2).

Liens externes