Archéologie féministe

Archéologie féministe

L'archéologie féministe est une orientation de l'interprétation archéologique des sociétés passées selon une perspective féministe ; elle s'inscrit dans le champ disciplinaire plus large de l'anthropologie féministe. Si elle porte attention au genre, elle considère également d'autres aspects des sociétés anciennes liés à la race ou à la classe. L'archéologie féministe est préoccupée par la présence d'un biais androcentrique perçu dans la structuration des normes disciplinaires de l'archéologie (en commutation avec un biais gynocentrique au sein de la discipline). De plus, elle a critiqué l'application sans discernement des normes et valeurs occidentales modernes à des sociétés passées.

Histoire

L'archéologie féministe a émergé vers la fin des années 1970 et le début des années 1980. L'article « Archaeology and the Study of Gender »[1], paru en 1984 et écrit par Margaret Conkey et Janet Spector, résume la critique féministe de la discipline à l'époque :

  • le caractère même de la discipline a été construit autour de valeurs et de normes masculines :
  • les archéologues ont abusivement surimposé les normes occidentales modernes en matière de genre sur les sociétés passées, par exemple dans leur analyse de la division sexuelle du travail ;
  • le financement de la recherche et les thèmes d'étude retenus par les institutions privilégient les contextes et des objets associés aux activités des hommes préhistoriques (plutôt qu'aux activités féminines), tels que la production de pointes de projectiles et la découpe sur les sites d'abattage ;

Par exemple, les femmes ont généralement été encouragées à poursuivre des études de laboratoire au lieu du travail sur le terrain (bien qu'il y avait des exceptions à travers l'histoire de la discipline)[2] et l'image de l'archéologue est robuste, masculine, un « cow-boy de la science »[3].

L'émergence de l'archéologie féministe est contemporaine d'autres objections opposées à l'épistémologie, défendues par l'archéologie processuelle, les archéologies symboliques et herméneutiques.

En 1991, deux publications ont ensuite marqué l'émergence de l'archéologie féministe à une grande échelle : le volume Engendering Archaeology[4], qui se concentre sur les femmes dans la préhistoire, et un numéro thématique de la revue Historical Archaeology[5], qui porte sur les femmes et l'égalité dans l'Amérique postcolombienne. Hors du continent américain, l'archéologie féministe a connu une émergence plus tôt et un plus grand soutien au sein de la plus grande communauté archéologique.

Références

  1. Margaret Conkey et Janet D. Spector, « Archaeology and the Study of Gender », in Advances in Archaeological Method and Theory, dir. M. Schiffer, t. 7, New York, Academic Press, 1984, pp. 1-38.
  2. Hays-Gilpin, « Feminist Scholarship in Archaeology », in Annals of the American Academy of Political and Social Science, 2000, t. 92, nº571, pp. 89-106.
  3. Joan Gero, « Sociopolitics and the Woman-at-Home Ideology », in American Antiquity, 1985, t. 342, nº50, pp. 342-50.
  4. Joan Gero et Margaret Conkey (dir.), Engendering Archaeology : Women and Prehistory, Oxford ; Malford, MA, Blackwell, 1991, 436 p.
  5. Historical Archaeology, 1991, t. 25, nº4.

Voir aussi