Kaitiakitanga

Un reportage sur la pratique du kaitiakitanga chez la chercheuse Leonie Jones.

Le kaitiakitanga est un concept maori qui désigne l'intendance, la protection et le soin de l'environnement. Il correspond à la fonction de kaitiaki, un « gardien ».

Étymologie

Le mot « kaitiakitanga » provient de « tiaki », qui signifie garder, préserver, protéger et abriter. Le préfixe « kai » indique l'agent de l'action, faisant ainsi du « kaitiaki » un gardien, un protecteur ou un conservateur[1].

Le mot est attesté pour la première fois dans un traité de tikanga dans les années 1840, qui indique qu'il a été inventé peu avant[2]. Toutefois, ce n'est que dans les années 1980 que ce terme a commencé à être couramment utilisé dans le domaine de la conservation de la nature[3].

Philosophie

Dans la cosmologie maorie, il existe une profonde parenté entre les humains et le monde naturel. Toute vie est interconnectée, et les humains ne sont pas considérés comme supérieurs à l'ordre naturel, mais comme faisant partie intégrante de celui-ci[1].

Les trois éléments fondamentaux du kaitiakitanga sont le mana (statut), le tapu (interdiction) et le mauri (vitalité). Les choses protégées sont appelées taonga (trésors)[4].

Pratiques traditionnelles

Historiquement, le kaitiakitanga s'exprimait à travers diverses pratiques de gestion des ressources, notamment l'imposition de rāhui (interdictions temporaires) sur certaines zones de collecte, ou encore le respect des cycles de reproduction des espèces[1].

Actualité

Le concept de kaitiakitanga connaît un regain d'intérêt dans la Nouvelle-Zélande moderne. Il est de plus en plus intégré dans les politiques publiques, notamment dans le Resource Management Act 1991[1]. Il est envisagé comme un moyen d'encourager l'enrayement de la crise de la biodiversité, en accordant des responsabilités aux communautés autochtones[5]. Par exemple, la kaitiakitanga implique des obligations envers le kiore, qui doivent être prises en compte lorsque des mesures d'élimination de ce rat sont prises[6].

De nombreuses initiatives menées par des iwi (tribus) illustrent l'application contemporaine du kaitiakitanga, par exemple la gestion du pounamu (jade) par les Ngāi Tahu dans l'île du Sud, les actions de protection des zones de pêche par Te Āti Awa ki Taranaki, la collaboration de quatre iwi pour lutter contre la pollution de la rivière Manawatū, ou encore les efforts de conservation du kūkupa (pigeon de Nouvelle-Zélande) par l'iwi Te Rarawa [1].

Références

  1. a b c d et e Te Ahukaramū Charles Royal, « Kaitiakitanga Guardianship and Conservation », dans Te Ara Encyclopedia of New Zealand (lire en ligne)
  2. (en) Marama Muru-Lanning, Keri Mills, Charmaine Tukiri et Ngāhuia Harrison, « Te Ora a Ururoa: », Public History Review, vol. 29,‎ , p. 78–95 (ISSN 1833-4989, DOI 10.5130/phrj.v29i0.8275, lire en ligne, consulté le )
  3. Margaret Forster, « Imagining new futures: Kaitiakitanga and agri-foods », New Zealand Sociology, vol. 28, no 4,‎ , p. 9–32 (DOI 10.3316/informit.813052256400771, lire en ligne, consulté le )
  4. (en-US) Scott Ratima Nolan, « Kaitiakitanga: Utilising Māori Holistic Conservation in Heritage Institutions », Journal of Conservation and Museum Studies, vol. 20, no 1,‎ (ISSN 2049-4572, DOI 10.5334/jcms.215, lire en ligne, consulté le )
  5. M. Morad et M. Jay, « Kaitiakitanga: protecting New Zealand's native biodiversity », Biologist (London, England), vol. 47, no 4,‎ , p. 197–201 (ISSN 0006-3347, PMID 11153120)
  6. David Kapa, « The eradication of kiore and the fulfilment of Kaitiakitanga obligations », Te Mata Koi, vol. 9, no 4,‎ , p. 1326–1352 (DOI 10.3316/agis_archive.20053854, lire en ligne, consulté le )

Bibliographie

  • (en) Amohia Boulton, Maui Hudson, Annabel Ahuriri-Driscoll et Albert Stewart, « Enacting Kaitiakitanga: Challenges and Complexities in the Governance and Ownership of Rongoā Research Information », International Indigenous Policy Journal, vol. 5, no 2,‎ , p. 1 (ISSN 1916-5781 et 1916-5781, lire en ligne)
  • (en) Jim Williams, « KAITIAKITANGA IN TE WĀI POUNAMU: Resource Management in a New Environment », Environment and Ecology Research, vol. 4, no 6,‎ , p. 310–321 (ISSN 2331-625X et 2331-6268, DOI 10.13189/eer.2016.040604, lire en ligne)
  • Erana T. Walker, Priscilla M. Wehi, Nicola J. Nelson et Jacqueline R. Beggs, « Kaitiakitanga, place and the urban restoration agenda », New Zealand Journal of Ecology, vol. 43, no 3,‎ , p. 1–8 (ISSN 0110-6465, lire en ligne)