Perte de la biodiversité

Selon le Rapport planète vivante 2016 de WWF, l'indice planète vivante affiche un déclin de 58 % des populations mondiales de vertébrés entre 1970 et 2012.
Impacts environnementaux de la cynégétique : vers 1875, pile de crânes de bisons destinés à la fabrication d'engrais. Parfois les cadavres étaient abandonnés dans la prairie, simplement dépouillés de leur fourrure.

La perte de la biodiversité, appelée aussi déclin de la biodiversité ou érosion de la biodiversité, est une crise écologique qui implique l'extinction d'espèces (végétales ou animales) dans le monde entier, ainsi que la réduction ou la perte locale d'espèces dans un habitat donné, et la disparition d'écosystèmes. Selon plusieurs études, cette perte pose la question d'une sixième crise d'extinction majeure en cours sur Terre.

La biodiversité, l’ensemble de tous les êtres vivants sur notre planète, décline à un rythme alarmant ces dernières années. Les activités humaines, telles que les changements d'utilisation des terres, la pollution et le changement climatique en sont la principale cause.

Biodiversité

Selon la définition de la Convention sur la diversité biologique (CDB), la biodiversité est « la variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; ceci comprend la diversité au sein des espèces et entre les espèces et celle des écosystèmes »[1]. Le terme est également utilisé pour désigner de manière générique l'ensemble des espèces et des habitats d'une région donnée ou de la planète entière[2]. Malgré l'ampleur du concept, toujours selon la CDB, il est habituellement employé plutôt en fonction du nombre d'espèces[3].

Du point de vue des temps géologiques, le processus d'apparition de nouvelles espèces a dépassé les extinctions, de sorte que le monde actuel possède une variété d'êtres vivants apparemment sans précédent dans l'histoire de la planète[4]. Il n'est cependant pas possible de déterminer combien d'espèces existent aujourd'hui, d'une part parce que le concept d'espèce est encore controversé et mal délimité et d'autre part parce que les recherches déjà effectuées n'ont permis de décrire ou d'étudier qu'une petite partie d'entre elles, la majorité restant non identifiée, voire totalement inconnue, comme en témoigne la « découverte » continuelle de nouvelles espèces par les scientifiques[5],[6]. Les estimations varient considérablement. La CDB indique qu'environ 14 millions d'espèces pourraient vivre sur Terre[7] ; les taxonomistes admettent jusqu'à 100 millions[8], et l'Évaluation des écosystèmes pour le millénaire cite l'hypothèse selon laquelle il existe jusqu'à 30 millions d'espèces eukaryotes (possédant des cellules avec un noyau bien défini). Indépendamment de ces chiffres, seuls 2 millions d'espèces environ ont été décrites et nommées, sans que cela signifie qu'elles aient été étudiées dans tous leurs aspects biologiques et comportementaux. Ainsi, le domaine ne fait que commencer à être exploré par la science[6].

Espèces menacées

Dans un rapport de l'ONU publié en 2019, des scientifiques ont souligné qu'un million d'espèces, sur un total estimé à 8 millions, est menacé d'extinction. La plupart d’entre elles disparaitront dans les décennies à venir. Certains chercheurs considèrent même que nous sommes en train de vivre la sixième d'extinction de masse de l’histoire de notre planète. Les extinctions de masse connues précédemment ont anéanti entre 60% et 95% des espèces, ce qui demande des millions d'années aux écosystèmes pour s’en remettre.

Études

Selon Ceballos et al., les disparitions d’espèces de vertébrés ont été multipliées par 100 depuis 1900, soit un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures[9]. Les mêmes chercheurs publient une étude en 2017, portant sur l'évolution des populations de 27 600 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles et amphibiens terrestres. Elle relève que 32 % de ces vertébrés sont en déclin, qu'entre 1900 et 2015 tous les groupes de mammifères ont perdu 30 % de leur étendue géographique, et que 40 % d'entre eux ont connu un déclin sévère[10].

Selon un rapport de l’IPBES rendu public en 2018 et réalisé par plus de 550 experts bénévoles de 100 pays, à partir de plus de 10 000 publications scientifiques[11] :

  • En Afrique, près de 500 000 km2 de terres sont déjà dégradées du fait de la déforestation, de l’agriculture non durable, du surpâturage, des activités minières, des espèces invasives ou du réchauffement climatique. En raison du changement climatique, d'ici 2100, plus de 50 % de la population de certaines espèces d'oiseaux sont menacés de disparition, et la productivité des lacs (en poissons) pourrait avoir baissé de 20 % à 30 %.
  • En Asie-Pacifique, 60 % des prairies sont dégradées, près de 25 % des espèces endémiques sont menacées et 80 % des rivières les plus polluées par les déchets plastiques dans le monde se trouvent dans cette zone. Si la surpêche se poursuit au même rythme, les stocks de poissons seront épuisés en 2048. 90 % des coraux connaîtront une grave dégradation avant 2050.
  • Dans les Amériques, 31 % des populations d’espèces indigènes ont décru de 31 % depuis la colonisation européenne. Plus de 95 % des prairies d’herbes hautes d’Amérique du Nord, 50 % de la savane tropicale et 17 % de la forêt amazonienne en Amérique du Sud ont été transformés en des paysages dominés par l’homme par rapport à leur état originel.
  • En Europe et Asie centrale, 42 % des animaux terrestres et des plantes, 71 % des poissons et 60 % des amphibiens ont enregistré un déclin de leurs populations au cours de la dernière décennie.

En Allemagne, en seulement 11 ans, la biomasse d'arthropodes aurait diminué de 67 % et le nombre d'espèces de 34 % dans les prairies. Dans les forêts, cette biomasse aurait diminué de 41 % et le nombre d’espèce de 36 %[12].

Causes et Conséquences

Causes

Les 5 grandes causes de régression de la biodiversité selon l'ONU et la Convention mondiale sur la biodiversité[13].
Les flèches à double sens évoquent les relations d'exacerbations qui peuvent exister entre chacune de ses causes et les autres.

Les principales causes évoquées sont les pertes et fragmentation d'habitats qui contribuent à l'homogénéisation biotique  de la biodiversité[14],[15] (déforestation, agriculture et dégradation des terres, routes, urbanisation[16], exploitations minières et pétrolières…), la surexploitation de la biodiversité (chasse, braconnage, surpêche), la pollution (des eaux, des sols, de l'air), les ravages par des espèces envahissantes, le changement climatique[10]. Les causes de la crise de la biodiversité peuvent elles-mêmes se décliner en causes globales (explosion démographique humaine et forte croissance économique depuis la révolution industrielle), d'où tous ces effets des croissances démographique et économique sur l'environnement[17],[10].

Conséquence

  • Biodiversité et vulnérabilité des écosystèmes : les méta analyses scientifiques expliquent que la biodiversité est un facteur de stabilité pour les écosystèmes dans le sens où plus un écosystème dispose d’une biodiversité variée, plus il résiste aux “aléas”. Lorsque la biodiversité diminue, les milieux sont moins résilients, plus vulnérables, car ils sont moins “denses”. Par exemple, si certaines espèces de végétaux disparaissent, le sol est alors plus exposé à l’érosion, aux inondations, aux glissements de terrain. Si certaines espèces d’herbivores disparaissent, la multiplication des plantes type arbustes peut rendre les terrains vulnérables aux incendies…
  • Biodiversité et santé : la biodiversité favoriserait aussi les conditions d’une meilleure santé. D’abord par l’alimentation (comme vu plus haut) puisqu’en augmentant la diversité de l’alimentation, on augmente la diversité des sources de nutriments. Mais la biodiversité affecte aussi les risques sanitaires. En effet les études montrent que plus un écosystème est riche en biodiversité, moins la diffusion des virus ou bactéries pathogènes est facile.
  • Biodiversité et qualité du milieu : la biodiversité favoriserait aussi la qualité de l’air et la qualité de l’eau. Que ce soit à travers le monde végétal, microbien, à travers les variétés de champignons ou même à travers les différentes espèces d’animaux ou d’insectes, la biodiversité et la nature agissent comme des filtres pour notre environnement. La qualité de l’air que l’on respire par exemple dépend de la biodiversité. D’une part, l’oxygène que nous respirons est produit par des espèces vivantes (bactéries, plancton et plantes). Le premier producteur d’oxygène sur la planète c’est le plancton et le phyto-plancton océanique. Quand la biodiversité marine diminue, cela affecte le plancton et sa capacité à produire de l’oxygène. Idem avec les arbres des forêts Amazoniennes. En matière de qualité de l’eau, c’est pareil, les plantes agissent comme des filtres, des purificateurs.

Notes et références

  1. Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique 2010, p. 15.
  2. Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique 2001, Ch1a, p. 59.
  3. Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique 2001, Ch1b, p. 70.
  4. Mace, Masundire et Baillie 2005, p. 104.
  5. Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique 2001, Ch1, p. 60-61.
  6. a et b Mace, Masundire et Baillie 2005, p. 88-113.
  7. Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique 2001, Ch1, p. 61.
  8. (en) Camilo Mora, Derek P. Tittensor, Sina Adl, Alastair G. B. Simpson et Boris Worm, « How Many Species Are There on Earth and in the Ocean? », Department of Biology, Dalhousie University,‎ (lire en ligne)
  9. (en) Gerardo Ceballos, Paul R. Ehrlich, Anthony D. Barnosky, Andrés García, Robert M. Pringle Todd M. Palmer, « Accelerated modern human–induced species losses: Entering the sixth mass extinction », Science Advances, vol. 1, no 5,‎ (DOI 10.1126/sciadv.1400253).
  10. a b et c (en) Gerardo Ceballos, Paul R. Ehrlich & Rodolfo Dirzo, « Biological annihilation via the ongoing sixth mass extinction signaled by vertebrate population losses and declines », PNAS, vol. 114, no 30,‎ , p. 6089-6096 (DOI 10.1073/pnas.1704949114).
  11. Pierre Le Hir et Audrey Garric, « Le déclin massif de la biodiversité menace l’humanité », sur lemonde.fr, .
  12. (en) Sebastian Seibold, « Arthropod decline in grasslands and forests is associated with landscape-level drivers », Nature, Magdalena Skipper, vol. 574,‎ , p. 671–674 (ISSN 0028-0836, e-ISSN 1476-4687, DOI 10.1038/s41586-019-1684-3)
  13. Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (2010) 3e édition des Perspectives mondiales de la diversité biologique. Montréal, 94 pages.
  14. Processus qui contribuent à la disparition d’espèces rares, spécialisées voire endémiques, et introduction d'espèces bien répandues, généralistes et/ou exotiques voire envahissantes. Cf (en) Michael L. McKinney, « Urbanization as a major cause of biotic homogenization », Biological Conservation, vol. 127, no 3,‎ , p. 247-260 (DOI 10.1016/j.biocon.2005.09.005).
  15. (en) Julian D. Olden, Thomas P. Rooney, « On defining and quantifying biotic homogenization », Global Ecology and Biogeography, vol. 15, no 2,‎ , p. 113-120 (DOI 10.1111/j.1466-822X.2006.00214.x).
  16. La fragmentation des habitats due à l'urbanisation laisse ces derniers subsister sous la forme de taches d'habitats qui constituent des « îlots de nature » dont l'isolement croissant en raison de la bétonisation, induit une diminution de la connectivité et de la dispersion des espèces, ce qui a d'importantes conséquences sur la biodiversité à travers ses effets sur la démographie et la génétique des populations (diminution de la diversité alpha et augmentation de l'abondance des espèces synurbiques). cf. (en) Michael L. Mckinney, « Effects of urbanization on species richness: A review of plants and animals », Urban Ecosystems, vol. 11, no 2,‎ , p. 161‑176 (DOI 10.1007/s11252-007-0045-4).
  17. François Ramade, Éléments d'écologie, Dunod, , p. 523-524.
déboisement

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Georgina Mace, Hillary Masundire et Jonathan Baillie, Ecosystems and Human Well-being: Current State and Trends. Findings of the Condition and Trends Working Group of the Millennium Ecosystem Assessment, vol. 1, Island Press, (lire en ligne), « Biodiversity ». Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, Global Biodiversity Outlook 1, Montréal, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, 3ème édition des Perspectives mondiales dela diversité biologique, Montréal, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Devictor Vincent, Biodiversité -- Conservation des ressources -- 1970-, Éditions du Seuil, , p. 1 vol. (356 p.) : ill., couv. ill. ; 19 cm

Liens externes