Communauté LGBT afro-américaine

LGBT aux États-Unis La communauté LGBT afro-américaine rassemble les personnes afro-américaines lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres (LGBT).

Les personnes LGBT n’ont pas été reconnues par la société avant le tournant des émeutes de Stonewall en 1969 à New York, qui ont attiré l'attention nationale et mondiale sur cette population. Les progrès en matière de politique publique, de discours public et médiatique et de connaissance du public ont contribué aux coming out de nombreuses personnalités et à leur acceptation sociale, comme l'illustre une enquête Gallup, selon laquelle l'acceptation des personnes homosexuelles dans la population globale est passés de 38 % en 1992 à 52 % en 2001[1]. Cependant, les personnes LGBT afro-américaines ne semblent pas avoir bénéficié autant de ces évolutions[2].

L'existence d'une communauté LGBT afro-américaine peut être expliquée par le contexte de ségrégation raciale et d'homogamie raciale très marqué aux États-Unis. Aussi la communauté LGBT afro-américaine peut être considérée comme un « sous-espace [LGBT] à l’intérieur de la communauté noire »[3].

Histoire

Selon plusieurs auteurs, comme C. Riley Snorton, l'histoire des personnes LGBT noires avant les émeutes de Stonewall est souvent invisibilisée et donc méconnue[4]. C'est par exemple le cas de la femme trans Lucy Hicks Anderson, née en 1886 et condamnée en 1945 à Oxnard (Californie) pour parjure et fraude pour avoir perçu des allocations de conjointe de militaire, alors que son habillement et sa vie sociale en tant que femme sont considérés par la justice comme un déguisement. Avec son époux, elle condamnée à une peine d'emprisonnement[4], avant d'être bannie d'Oxnard.

Durant la Renaissance de Harlem, une sous-culture portée par des artistes LGBT afro-américains émerge, notamment avec Alain Locke, Countee Cullen, Langston Hughes, Claude McKay, Wallace Thurman, Richard Bruce Nugent , Bessie Smith, Ma Rainey, Moms Mabley, Mabel Hampton, Alberta Hunter et Gladys Bentley. Des lieux tels que Savoy Ballroom et le Rockland Palace accueillent des balls. George Chauncey, auteur de Gay New York: Gender, Urban Culture, and the Making of the Gay Male World, 1890-1940, écrit qu'au cours de cette période « il n'y avait peut-être nulle part plus d'hommes prêts à s'aventurer en public qu'à Harlem »[5].

Au cours de la première nuit des émeutes de Stonewall, les Afro-Américains et les Latinos constituent probablement la majorité des manifestants, notamment car ils comptaient pour la majorité des clients du Stonewall Inn[6]. De jeunes sans-abris LGBT noirs et latinos qui dormaient dans le quartier voisin de Christopher Park font également partie des manifestants[5].

En 1983, après un débat quant à la participation de groupes militants homosexuels au 20e anniversaire de la marche sur Washington, un groupe de dirigeants afro-américains approuvé un projet de loi national sur les droits des homosexuels et inscrit Audre Lorde de la National Coalition of Black Gays au programme.

En 1984, le révérend Jesse Jackson inclut les homosexuelles au sein de son Rainbow/PUSH [7].

En 1993, William F. Gibson, président national du conseil d’administration de la NAACP, apporte son soutien à la marche sur Washington pour la libération et les droits des lesbiennes, des gays et des bisexuels et à l'abrogation de l’interdiction de servir dans l’armée pour les homosexuels[8].

Le 19 mai 2012, la NAACP adopte une résolution en faveur du mariage homosexuel[9].

Quelques LGBT afro-américain.e.s à occuper des fonctions politiques aux États-Unis

Assemblée législatives des États (liste partielle)

Rhode Island

   Gordon Fox (D)

       1er Afro-Américain homosexuel membre de l'Assemblée générale de Rhode Island

       1er président afro-américain gay de la Chambre des représentants du Rhode Island

       1er Afro-Américain gay membre de la Chambre des représentants du Rhode Island des 4e et 5e districts

Géorgie

   Rashad Taylor (D)

       1er Afro-Américain gay membre de l'Assemblée générale de Géorgie

       1er Afro-Américain homosexuel membre de la Chambre des représentants de Géorgie du 55e district

Massachusetts

   Garnison d'Althea (R)

       1ère femme transgenre afro-américaine membre de la Cour générale du Massachusetts

       1ère femme transgenre afro-américaine de la Chambre des représentants du Massachusetts du 5e district du Suffolk

Nevada

   Pat Spearman (D)

       1ère lesbienne afro-américaine membre de la législature du Nevada et 1ère lesbienne afro-américaine membre du Sénat du Nevada du 1er district

La Caroline du Nord

   Marcus Brandon (D)

       1er Afro-Américain gay membre de l'Assemblée générale de Caroline du Nord et 1er Afro-Américain gay membre de la Chambre des représentants de Caroline du Nord du 60e district

Texas

   Barbara Jordan

       Première Afro-Américaine à siéger à la Chambre des représentants du Texas (1966)

Mairie

Californie

   Ron Oden (D)

       1er maire gay afro-américain des États-Unis et 1er maire gay afro-américain de Palm Springs, Californie

New Jersey

   Bruce Harris (R)

       1er maire afro-américain gay de Chatham Borough, New Jersey

Législatif

New York

   Keith St. John (D)

       1er titulaire homosexuel afro-américain d'une fonction publique

       1er Afro-Américain gay membre du Conseil communal d'Albany Echevin de la 2ème circonscription

Judiciaire

Fédéral

   Darrin P. Gayles (D)

       1er juge fédéral américain afro-américain gay

       1er tribunal de district afro-américain gay des États-Unis pour le district sud de la Floride

Disparités économiques

Inégalités de santé

VIH/sida

Les hommes afro-américains ayant des rapports sexuels avec des hommes sont disproportionnellement affectés par le VIH/sida. En 2017, 25,3 % des diagnostics de VIH ont été faits chez des hommes homosexuels noirs, alors que les hommes homosexuels blancs représentent 18 %, les hommes latinos homosexuels 19,2 %, et que les hommes hétérosexuels noirs en représentent 4,4 % et les hommes hétérosexuels blancs 2,6 %[10].

En 2018, le Centres pour le contrôle et la prévention des maladies évalue qu'un homme homosexuel noir sur deux est susceptible d'être contaminé par le VIH au cours de sa vie, alors que cette probabilité n'est que de 1 sur 2 500 pour les hommes hétérosexuels blancs[11].

L'un des principaux facteurs qui contribue ces taux plus élevés est le manque d’accès aux soins. Plutôt qu'une prévalence élevée de rapports sexuels non protégés, elle est causée par un accès limité aux traitements antirétroviraux par les populations non blanches[12].

Black gay prides

Plusieurs grandes villes des États-Unis accueillent des black gay prides, des marches des fiertés se concentrant sur les Afro-Américains LGBT. Elles sont organisées à des dates distinctes des autres marches des fiertés[3]. À Atlanta, la Atlanta Black Pride, qui est le principal événement de ce type[13], se tient dans les quartiers noirs de la ville, afin de lutter contre les discriminations dont son victimes les personnes LGBT au sein de la population noire[3].

Dans la culture populaire

La culture LGBT afro-américaine est représentée dans des séries télévisées et films comme Noah's Arc et Punks de Patrik-Ian Polk , ou encore Moonlight de Barry Jenkins[14].

En 2018, la série télévisée Pose rencontre un succès auprès des critiques, en présentant pour la première fois sur une chaîne grand public une distribution majoritairement composée de personnes LGBT racisées[15].

Notes et références

  1. (en) Frank Newport, « American Attitudes Toward Homosexuality Continue to Become More Tolerant », Gallup (consulté le 30 octobre 2016)
  2. (en) Claire Gecewicz, « Blacks are Lukewarm to Gay Marriage, but Most Say Businesses Most Provide Wedding Services to Gay Couples », Pew Research Center, (consulté le 2 décembre 2015)
  3. a b et c Sébastien Chauvin et Arnaud Lerch, Sociologie de l'homosexualité, Paris, la Découverte, 125 p. (ISBN 978-2-7071-5469-9 et 2707154695, OCLC 857794189, lire en ligne), p. 99
  4. a et b (en) C. Riley Snorton, Black on both sides : A racial history of trans identity, , 256 p. (ISBN 978-1-5179-0173-8, 1517901731 et 9781517901721, OCLC 982091801, lire en ligne).
  5. a et b (en) Irene Monroe, « Dis-membering Stonewall », sur HuffPost, (consulté le 11 septembre 2019)
  6. (en) Rasha Ali et David Oliver, « Why we owe Pride to black transgender women who threw bricks at cops », sur USA TODAY, (consulté le 14 novembre 2019)
  7. (en) Wayne R. Dynes, « Encyclopedia of Homosexuality », Routledge, (consulté le 11 septembre 2019)
  8. (en) Nadine Smith et ContributorFlorida-based civil rights organizer LGBT Advocate Executive Director of Equality Florida, « NAACP's Long History On LGBT Equality », sur HuffPost, (consulté le 11 septembre 2019)
  9. (en) « NAACP endorses same-sex marriage, says it's a civil right », sur Los Angeles Times, (consulté le 11 septembre 2019)
  10. (en) « HIV and African Americans », sur cdc.gov, (consulté le 11 septembre 2019)
  11. (en) Steven W. Thrasher, « The US has an HIV epidemic – and its victims are gay black men - Steven W Thrasher », sur theguardian.com, (consulté le 14 novembre 2019)
  12. (en) A. Oster, « Understanding disparities in HIV infection between black and white men who have sex with men in the United States: data from the national HIV behavioral surveillance system » [archive du ], sur International Aids Society, (consulté le 6 décembre 2015)
  13. (en) Patrice Worthy, « ‘It's OK to be ourselves’: Atlanta’s black LGBT community in their own words », sur The Guardian, (ISSN 0261-3077, consulté le 11 septembre 2019)
  14. (en) Sophie Gilbert, « The Symbolism of Water in Barry Jenkins's 'Moonlight' », sur The Atlantic, (consulté le 11 septembre 2019)
  15. (en) Natalie Abrams, « FX’s Pose: Ryan Murphy Sets Largest Transgender Cast Ever For Scripted Series », sur deadline.com, .