Lesbophobie

La lesbophobie est l’hostilité explicite ou implicite envers les lesbiennes et les femmes bisexuelles en relation lesbienne. C’est une discrimination du fait de l'orientation sexuelle de celles-ci.

Utilisation du terme

Dans un souci de souligner la double discrimination (homophobie et sexisme) qui vise explicitement les lesbiennes, le terme lesbophobie est de plus en plus utilisé à la place de homophobie, parfois en y ajoutant le pendant masculin, gayphobie[1]. L'utilisation du terme spécifique lesbophobie s'accompagne parfois d'une préférence pour le terme LGBTIphobie à celui d'homophobie afin d'en souligner la multiplicité des formes[1].

Une autre définition de la lesbophobie est « l'invisibilité sociale des lesbiennes et son corollaire, la présomption d'hétérosexualité pour toutes les femmes »[2].

Formes de lesbophobie

« La prévalence, dans la société en général, d’attitudes sexistes et homophobes engendre un climat de violence qui met particulièrement en danger les lesbiennes, aussi bien sur leur lieu de vie ou de travail qu’au domicile.

Les jeunes lesbiennes qui révèlent leurs préférences sexuelles sont parfois contraintes par leur famille au mariage ou à d’autres relations sexuelles avec des hommes. Ces relations ou mariages forcés, qui impliquent des rapports sexuels fréquents sans consentement (viols), sont non seulement discriminatoires mais peuvent être assimilés à de la torture ou à de l’esclavage sexuel. Par des tests de virginité ou des grossesses forcées, les lesbiennes sont parfois exposées à des mauvais traitements autres que ceux que subissent les gays et les hommes bisexuels. Étant donné qu’il est plus facile pour la famille et l’entourage de surveiller la sexualité des femmes, les lesbiennes doivent faire face à toute une série d’obstacles pour éviter d’être victimes de mauvais traitements ou obtenir réparation. Dans les sociétés où on les accuse de jeter l’opprobre sur la famille ou la communauté, les femmes qui sont attirées par d’autres femmes, qu’elles se définissent elles-mêmes comme lesbiennes ou non, risquent tout particulièrement d’être maltraitées ».

SOS Homophobie a lancé en France une grande enquête sur la lesbophobie de à , au cours de laquelle près de 1 800 femmes se sont exprimées. Selon cette étude, 57 % des lesbiennes et bisexuelles ayant répondu ont indiqué avoir été victimes de lesbophobie[4].

Violences physiques

Pancarte demandant justice à Sizakhele et Salomé, deux lesbiennes torturées, violées et tuées à Johannesbourg en 2007 lors de la marche des fiertés 2012 de Soweto

Dans les cas les plus extrêmes, les lesbiennes peuvent être victimes de coups, d'agressions sexuelles et même de « viols punitifs »[5]. La romancière, Léa Duffy, dans son livre Féminin féminin, raconte par exemple comment elle fut la victime d'un viol pendant son adolescence, précisément parce qu'elle était lesbienne[réf. nécessaire].

« Il existe de nombreux cas de jeunes lesbiennes battues, violées et agressées par des membres de leur famille qui souhaitent ainsi les punir, les briser moralement et leur signifier clairement qu’elles ne disposent pas comme elles l’entendent de leur corps et de leur esprit.

Violences psychologiques

Les lesbiennes sont souvent victimes de railleries, d'injures et de menaces de la part de parents (elles sont parfois même rejetées du cercle familial), de voisins ou collègues de travail (ou de lycée pour les adolescentes) lesbophobes[4].

Le rapport de SOS homophobie rapporte que la moitié des répondantes ont subi des violences dans le cadre familial : incompréhension pour 35 %, rejet pour 21 %, insultes pour 13 %[7].

Fétichisation et dépréciation de la sexualité entre femmes

La misogynie attribue à la sexualité féminine une place subalterne, qui n'existe que par et pour le désir des hommes ; ce point de vue pense les relations entre femmes comme anecdotiques, invisibles[1].

De plus, le lesbianisme elle est utilisée de manière réductrice et caricaturale dans la pornographie comme objet de fantasme et de voyeurisme[réf. nécessaire]

Caricatures sur les lesbiennes

Pancartes de la marche lesbienne 2009 de São Paulo ; les slogans lient la lutte féministe à celle contre la lesbophobie.

Il existe aussi de nombreuses idées préconçues, par exemple celle selon laquelle si une femme est lesbienne, c'est parce qu'elle est « déçue des hommes » ; cet état ne peut être que passager et susceptible d'être renversé par une intervention des hommes[8],[1].

La construction d'une image repoussoir de la lesbienne rejoint les caricatures anti-féministes : dans cette logique, une femme autonome vis-à-vis des hommes est forcément lesbienne, et une lesbienne est forcément immorale et contre-nature[1].

Violences contre les entreprises lesbiennes

La lesbophobie se manifeste également contre les établissements lesbiens et leurs propriétaires, que ce soit de façon officielle, ou par vandalisme anonyme. Ainsi, en 1926, le Eve's Hangout, créé par Eva Kotchever, a subi le harcèlement policier de la police de New York. Le club a été contraint à fermer à la suite de l'arrestation de sa patronne pour « obscénité » et son expulsion des États-Unis[9].

Discriminations

Il arrive aussi qu'elles puissent être victimes de discriminations dans la recherche d’un emploi ou d’un logement[réf. nécessaire]. Des discriminations lesbophobes ont aussi lieu dans le milieu médical, avec des praticiens refusant des soins à leurs patientes en raison de leur orientation[2].

Inégalités des droits

Seuls quelques pays autorisent les mariages et l'adoption homosexuels et a fortiori : le Canada, l'Espagne, la Belgique, les Pays-Bas[10]. De nombreux pays limitent les techniques de PMA aux couples hétérosexuels, en excluant les couples de femmes[réf. nécessaire].

Le , la France a été condamnée pour discrimination sexuelle par la Cour européenne des droits de l'homme pour avoir refusé le droit d'adopter un enfant à une femme lesbienne[réf. nécessaire].

Lesbophobie intériorisée

La lesbophobie intériorisée désigne les pratiques lesbophobes émanant des lesbiennes et visant elles-mêmes ou d'autres lesbiennes ainsi que l'intériorisation des représentations sociales stigmatisantes les concernant[2].

Auteurs des agressions lesbophobes

En France, la forme la plus fréquente de lesbophobie est l'agression dans l'espace public, du fait essentiellement d'hommes de moins de 35 ans inconnus des lesbiennes et agissant en groupe, en particulier dans les grandes villes[4]. Dans le cercle familial, les agresseurs sont essentiellement les parents et beaux-parents, en majorité les mères et belles-mères, parfois les frères et sœurs ou la famille éloignée[4]. Au travail, les agresseurs sont essentiellement les collègues et supérieurs hiérarchiques agissant en groupe[4].

Malgré les liens entre anti-féminisme et lesbophobie, les organisations féministes ne sont pas exemptes de pratiques lesbophobes[11].

Conséquences de la lesbophobie sur les lesbiennes et femmes bisexuelles

En France, les agressions dans la rue amène parfois les lesbiennes et bisexuelles à éviter certains lieux ou les marques d'affection à leurs compagnes[4]. Si la majorité d'entre elles ne reportent pas de conséquence concrète, une minorité d'autres témoigne de sentiments de colère, méfiance, tristesse ou malaise[4]. Les agressions dans le cercle familial ont le plus de conséquences : rupture des liens avec les proches, difficulté à suivre ses études ou à vivre son lesbianisme, épisodes dépressifs, angoisse, repli sur soi ou sentiment de culpabilité[4]. Les conséquences sont similaires dans le cercle familial, auxquelles se rajoute un effet négatif sur la carrière pouvant aller jusqu'à la perte d'emploi[4].

Certaines lesbiennes, pour éviter toutes ces discriminations, cachent leur orientation sexuelle en se mariant[réf. nécessaire]. La contrainte à l'hétérosexualité est une des manifestations des violences psychologiques à l'égard des lesbiennes[réf. nécessaire].

De manière général, les conséquences que peuvent avoir des actes de torture et des mauvais traitements sur des jeunes et leur répercussions sur leur développement social et affectif sont particulièrement dramatiques ».

Même sans discrimination au sens strict, la lesbophobie médicale nuit à la prise en charge des lesbiennes : les remarques des praticiens abîment la relation thérapeutique avec leurs patientes, soins inappropriés et mauvais diagnostic en santé mentale, méconnaissance des infections sexuellement transmissibles affectant les lesbiennes et examens trop superficiels en gynécologie[2]... Ces mauvaises pratiques amènent les lesbiennes à plus souvent éviter de voir les professionnels de santé que les autres femmes[2].

Analyse et lutte contre la lesbophobie

En France, les propos homophobes ne sont pas illégaux par leur nature homophobe ou lesbophobe, mais seulement par leur caractère injurieux. Cette protection ne satisfait pas les milieux anti-homophobes, qui demande une législation spécifique comparable à celle déjà mise en place pour la répression des injures racistes (cela pourrait aussi se faire dans le cadre d'une loi anti-sexiste). Il pourrait y avoir aussi l’inscription du libre choix de la sexualité parmi les principes fondamentaux de la République (Code civil français)[réf. nécessaire].

La proposition de loi relative à la lutte contre l'homophobie, la lesbophobie et la transphobie présentée le par Martine Billard, Yves Cochet et Noël Mamère indiquait :

« La question de la lesbophobie, à savoir la haine particulière rencontrée par les femmes homosexuelles, mérite une mention particulière dans cet exposé des motifs. En effet, le lesbianisme n'étant qu'une forme d'homosexualité, la condamnation de la lesbophobie découle de l'appareil juridique prévu pour la condamnation de l'homophobie. Toutefois, parce que ne répondant pas à l'image dominante, masculine, de l'homosexualité, et parce que réputées plus discrètes dans leur distanciation avec le modèle social hétérosexiste que les homosexuels, les lesbiennes sont absentes des représentations usuelles de l'homophobie. Elles sont néanmoins toutes autant victimes des injures et de la stigmatisation que les hommes homosexuels, même si les agressions verbales sont elles aussi souvent “plus discrètes”[12] »

La lutte contre la lesbophobie est organisée aujourd'hui par la communauté lesbienne elle-même et passe notamment par le militantisme d’organisations non mixtes, comme la Coordination lesbienne mais aussi par des manifestations comme la « marche des fiertés lesbienne ».

Mais la lesbophobie est la conséquence d’une double discrimination, d'une part comme lesbiennes (lesbophobie), y compris de la part de certaines femmes et d'autre part comme femmes (sexisme), y compris de la part de certains homosexuels. C’est pour cela que pour beaucoup d’entre elles, le féminisme et la lutte contre la lesbophobie sont souvent étroitement liés

[réf. nécessaire]

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Notes

Références

  1. a b c d et e Daniel Borrillo, L'homophobie : mieux la définir pour mieux la combattre, (lire en ligne)
  2. a b c d et e Céline Perrin, « Isabelle Mimeault :Pour le dire. Rendre les services sociaux et les services de santé accessibles aux lesbiennes », Nouvelles Questions Féministes, vol. 25, no 2,‎ , p. 123 (ISSN 0248-4951 et 2297-3850, DOI 10.3917/nqf.252.0123, lire en ligne, consulté le 24 mai 2021)
  3. a b c d e f g h et i SOS Homophobie, « Rapport sur la lesbophobie »,
  4. / Afrique du Sud:Mobilisation contre la violence lesbophobe
  5. « L'amour entre femmes choque encore », sur sante.lefigaro.fr, (consulté le 23 mai 2021)
  6. /« Elles n’ont pas trouvé le bon. » extrait du livre Les Lesbiennes, de Stéphanie Arc
  7. (en) Reina Gattuso, « The Founder of America's Earliest Lesbian Bar Was Deported for Obscenity », sur Atlas Obscura, (consulté le 18 mars 2020)
  8. [1]
  9. DOPLER, Tania Sharp. Lesbophobia in feminist organizations; an examination of the effect of organizational structure and sociopolitical context on the expression of lesbophobia. 1997. Thèse de doctorat. Carleton University.
  10. /Proposition de loi, relative à la lutte contre l’homophobie, la lesbophobie et la transphobie

Voir aussi

Bibliographie

  • Stéphanie Arc, Les Lesbiennes, Éditions le Cavalier bleu, Collection « Idées reçues », 2006, (ISBN 2-84670-137-7)
  • SOS homophobie, Enquête sur la LESBOPHOBIE - Synthèse, 2008, (ISBN 978 2917010-01-3)
  • Asylon(s), no 1, . Sous la direction de Jane Freedman, Jérôme Valluy : « Les persécutions spécifiques aux femmes : Quelles connaissances ? Quelles mobilisations ? Quelles protections ? ».
  • Marie-Jo Bonnet, Qu'est-ce qu'une femme désire quand elle désire une femme?, Ed. Odile Jacob, 2004, chapitre : Formes et figures de la lesbophobie.

Sources

Articles connexes

Liens externes