Carême

Carême
Allégorie du Carême, eau-forte de Valerio Spada (v. 1650) : l'artiste a représenté un escalier de quarante marches grises (les jours ouvrés) interrompues par sept paliers blancs (les six dimanches de Carême et le dimanche de la Résurrection). Divers épisodes des Évangiles des dimanches de Carême se trouvent sur la droite, l'ensemble étant entouré par des scènes de la vie quotidienne à Florence.
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Allégorie du Carême, eau-forte de Valerio Spada (v. 1650) : l'artiste a représenté un escalier de quarante marches grises (les jours ouvrés) interrompues par sept paliers blancs (les six dimanches de Carême et le dimanche de la Résurrection). Divers épisodes des Évangiles des dimanches de Carême se trouvent sur la droite, l'ensemble étant entouré par des scènes de la vie quotidienne à Florence.

Observé par Les chrétiens
Type Chrétien
Commence Du Mercredi des Cendres
Finit à Pâques
Date Variable suivant le calcul de la date de Pâques et cela dépend la dénomination
Date 2023 du 22 février au 6 avril
Date 2024 du 14 février au 28 mars
Lié à Pâques, Semaine sainte

Le Carême est un temps liturgique de dévotion à Dieu dans le christianisme, associé à une alternance de jours de jeûne complet et de jours d'abstinence (jours maigres). Institué au IVe siècle, il est d'une durée de quarante jours en référence aux quarante jours de jeûne de Jésus-Christ dans le désert. Cet épisode est relaté par les trois évangiles synoptiques : Mc 1,12-13, Mt 4,1-11 et Lc 4,1-13. Le Carême précède Pâques, qui est la plus importante des fêtes chrétiennes.

Le jeûne est allégé les dimanches et le jour de l'Annonciation mais il n'est pas interrompu. Le Carême se termine par une période de jeûne et de célébrations plus intenses, la Semaine sainte. Le Carême doit être, pour les fidèles, une période d'approfondissement, de prière et de détachement des biens matériels en préparation de la fête de Pâques ; l'alimentation doit être plus frugale, avec en particulier une diminution des aliments d'origine animale.

Dans les Églises de rite byzantin, il est précédé d'une période de préparation appelée Petit Carême, qui se termine au dimanche de Carnaval. Le Carême proprement dit, appelé Grand Carême dure du Lundi pur au vendredi précédant le Samedi de Lazare et le dimanche des Rameaux.

Origines et histoire

La Tentation du Christ dans le désert, école de Joachim Patinier, National Trust.

Le nom « carême » provient de la contraction du mot latin quadragesima, qui signifie « quarantième ». On appelle aussi le Carême la « Sainte Quarantaine ». La durée de quarante jours commémore à la fois les quarante jours et quarante nuits du jeûne de Moïse avant la remise des Tables de la Loi et les quarante jours de la tentation du Christ dans le désert entre son baptême et le début de sa vie publique, lors desquels il fut tenté par Satan, d'après les Évangiles synoptiques.

Les disciples de Jésus ne jeûnaient pas, alors que les pharisiens et les disciples de Jean le Baptiste pratiquaient le jeûne (Matthieu, IX, 14) : « Alors les disciples de Jean vinrent auprès de Jésus, et dirent : Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous, tandis que tes disciples ne jeûnent point[1] ? »

Les jours qui ont précédé la Pâque, ni Jésus ni ses disciples n'ont jeûné. Les récits des Évangiles indiquent qu’à Béthanie, seulement quelques jours avant sa mort, ses disciples et lui ont pris des repas. Jésus a en outre mangé le repas de la Pâque la nuit précédant sa passion. (Matthieu 26:6, 7 ; Luc 22:15 ; Jean 12:2). C'est durant le concile de Laodicée (v. 363-364) que fut prescrite la xérophagie, c'est-à-dire l'usage exclusif du pain et des fruits secs pendant le temps qui correspondait au Carême.

La pratique du Carême remonte ainsi au IVe siècle.

Au VIIe siècle, le Carême fut établi dans son calendrier actuel. À cette époque, le jeûne consistait à ne prendre qu'un repas quotidien en fin de journée et à s'abstenir de toute nourriture les jours du Vendredi et du Samedi saints.

Dans le rite latin, les trois dimanches précédant le Carême — la Septuagésime, la Sexagésime et la Quinquagésime — étaient eux-mêmes inclus dans la préparation de Pâques. Cependant, les prescriptions de jeûne se relâchèrent très vite et, dès le XIIIe siècle, le repas de midi était autorisé et complété d'une collation le soir[2].

Église catholique

L'une des toiles de la Passion traditionnellement déployées jadis dans les églises pendant le carême. Tableau d'Oswalt Kreusel (1593), abbaye de Millstatt, Autriche.

Le Carême commence le mercredi des Cendres et prend fin le Jeudi saint, lorsque débute la messe du soir[3] « In Cena Domini » (Cène du Seigneur) marquant l'entrée dans le Triduum pascal. C'est pour les fidèles de l'Église catholique un temps de conversion au moyen de l'aumône, de la prière, du jeûne et de la pénitence, laquelle se doit d'être aussi un combat spirituel.

En fonction de leur âge[4] et de leur aptitude, les fidèles doivent jeûner[5] au minimum les jours du mercredi des Cendres et du Vendredi saint[6], et faire abstinence de viande les vendredis[6]. Dans le folklore populaire, le mercredi des Cendres est précédé par le Mardi gras et le carnaval, qui signifie « ôter la viande » (carnelevamen) en latin, sans que ces manifestations n'aient de statut religieux[7]. Les catholiques sont également invités à marquer le Carême en renonçant à une chose ou habitude à laquelle ils sont attachés, cela n'étant pas nécessairement lié à la nourriture.

Églises protestantes

Les Églises réformées n'imposent pas de pratiques de pénitence ou de jeûne, l'insistance porte durant cette période sur la prédication et la méditation. Si dans le luthéranisme on trouve parfois la recommandation de l'abstinence de viande le Vendredi saint, le protestantisme n'est pas directif, aucune consigne particulière n'ayant été laissée par les apôtres.

Cette absence d'ascèse particulière, de mortification ou de repentance provient de la sotériologie et de la spiritualité propres à la Réforme. Pour les protestants, le salut s'obtient par la grâce seule (sola gratia) en sorte qu'il n'est pas besoin d'accomplir des œuvres de pénitence en vue d'obtenir le salut[8],[9],[10].

Églises de rite byzantin

Dans les laures orthodoxes, la Sainte Quarantaine est une période de jeûne dans la réclusion au désert et la solitude tandis que la Semaine sainte est un moment de jeûne différent[11].

Les Églises de rite byzantin pratiquent également un second carême : le « carême de Noël », du 15 novembre au 24 décembre[12].

Le théologien orthodoxe Alexandre Schmemann écrit : « Avant tout le Carême est un voyage spirituel et sa destination est Pâques[13]. » L'importance et la rigueur du Carême dans l'Église orthodoxe est à la mesure de l'importance qu'elle porte à la fête de Pâques[14]. C'est lors de la fête de Pâques que se rassemble le plus grand nombre de fidèles dans les pays de tradition orientale (orthodoxes et catholiques de rite byzantin) ; c'est, bien plus qu'à Noël, le seul jour de fête où viennent même ceux qui ne pratiquent pas habituellement.

Le Carême des Églises de rite byzantin est précédé d'une période de préparation, appelée petit carême, qui se termine par le carnaval. Le Carême proprement dit, appelé Grand Carême, commence au lendemain du dimanche de carnaval, le Lundi pur (quarante-huit jours avant Pâques).

Carême-prenant et mi-Carême

Le Troisième Jeudi de Carême, par Fritz Zuber-Buhler.

Les quelques jours qui précèdent le Carême sont fêtés par des carnavals dans certaines traditions. Ces carnavals trouvent leur origine dans des célébrations païennes et sont perçus comme la dernière occasion de faire bombance avant la période de jeûne. Ils peuvent s'étaler sur une période de plusieurs jours, qu'on appelait Carême-prenant, mais le mardi de Carême-prenant, c'est-à-dire le Mardi gras, est en général le jour où le carnaval bat son plein.

La mi-Carême est fêtée le jeudi de la troisième semaine entière des quarante jours de pénitence.

Jours marquants du Carême

Calendrier catholique latin

Calendrier byzantin (orthodoxes et catholiques orientaux)

Icône russe du Grand Carême.
Grand Carême ou Sainte Quarantaine :
Rameaux et Grande semaine :

Musique classique

  • Marc-Antoine Charpentier, Pour le Carême pour 3 voix et basse continue, H 378. 10 Méditations pour le Carême pour 3 voix et basse continue, H 380-389.

Bibliographie

Recherche

Ouvrages

  • Robert Féry, Jours de fêtes : Histoire des célébrations chrétiennes, Paris, Seuil, (ISBN 978-2-02-100905-7)
  • Sylvio Hermann De Franceschi, Morales du Carême : Essai sur les doctrines du jeûne et de l'abstinence dans le catholicisme latin XVIIe – XIXe siècle, Paris, Beauchesne, coll. « Théologie historique » (no 126), (ISBN 978-2-7010-2268-0, lire en ligne)
  • (en) Lauren Pristas, The Collects of the Roman Missals of 1962 and 2002 : Sundays in Proper Seasons, Bloomsbury, (ISBN 978-0-567-58596-7), chap. 6 (« Lent »)
  • Jean Verdon, Être chrétien au Moyen Âge, Paris, Perrin, (ISBN 978-2-262-07900-0)
  • (en) Geoffrey Wainwright (éd.) et Karen B. Westerfield Tucker (éd.), The Oxford History of Christian Worship, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-513886-3)

Articles

  • Bernard Heyberger, « Les transformations du jeûne chez les chrétiens d'Orient », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, nos 113-114,‎ , p. 267-285 (ISSN 0997-1327 et 2105-2271, DOI 10.4000/remmm.2987, lire en ligne, consulté le )

Bibliographie complémentaire

  • Sylvio Hermann De Franceschi, Morales du carême : essai sur les doctrines du jeûne et de l'abstinence dans le catholicisme latin (XVIIe – XIXe siècle), (ISBN 978-2-7010-2268-0 et 2-7010-2268-1, OCLC 1041953502)
  • Le Carême, ou le sel de l'abstinence, Persée

Théologie et liturgie

Église catholique

  • Patrick Chauvet, Roland Meynet, s.j., Armand Veilleux, o.c.s.o., Le Carême, Saint-Léger productions, 2016, (ISBN 978-2-36547-213-5).
  • Benoît XVI, Méditation sur le Carême et Pâques, éd. Salvador, 2007, 87 p. (ISBN 978-2-70670-483-3).
  • Pape François, Vivre le Carême et Pâques, éd. Salvador, 2017, 96 p. (ISBN 978-2-70671-465-8).
  • Jacques-Bénigne Bossuet, Sermons : le Carême du Louvre, 1662, Folio, 2001, 384 p. (ISBN 978-2-07038-757-1).

Église orthodoxe

  • Macaire de Simonos Petra, Mystagogie du Grand Carême : essai de théologie du Temps liturgique, Limours, Apostolia, , xv, 563, 24 cm (ISBN 979-1-09745-429-6, OCLC 1024104636).
  • Alexandre Schmemann, Le Grand Carême, Alexandre Schmemann, Abbaye de Bellefontaine, 1974, (OCLC 1326191).

Notes et références

  1. Traduction française de Louis Segond.
  2. Jean-Claude Noyé, Le Grand Livre du jeûne, Paris, Albin Michel, , 352 p., 23 cm (ISBN 978-2-22629-057-1, OCLC 85829603, lire en ligne), p. 109.
  3. « Normes universelles de l'Année liturgique et du Calendrier - Chapitre 1: l'Année liturgique - III Le temps du Carême, n°28 », dans Missale Romanum, (lire en ligne)
  4. Droit Canon §1252 [lire en ligne]
  5. L'Église définissant le jeûne à observer comme étant a minima partiel, de l'ordre d'un seul repas complet, et d'une collation le matin et le soir, définies par les coutumes locales; cf. Constitution apostolique Pænitemini.[(en) lire en ligne]
  6. a et b Droit Canon §1251 [lire en ligne]
  7. Au contraire, à partir de 1556 l'ordre des Jésuites initie même l'habitude, en parallèle du carnaval, de l'adoration dites des Quarante-Heures, en réparation pour les excès commis durant les festivités.[lire en ligne]
  8. Isabelle Fievet, « Le Carême est inconcevable pour nous protestants », La Croix,‎ (lire en ligne).
  9. « Que font les protestants pour le carême ? », Réforme (hebdomadaire),‎ (lire en ligne).
  10. Raphaël Picon, « Carême », Évangile et Liberté,‎ (lire en ligne).
  11. Hiéromoine Macaire Simonopétrite, Le Synaxaire, Vies des saints de l'Église orthodoxe, éd. Périvoli, Thessalonique 1990. Notices des saints Sabas le Sanctifié (5 décembre), Euthyme le Grand (20 janvier), Théodose le Cénobiarque (11 janvier).
  12. Archives de sciences sociales des religions, vol. 73 : Anthropologie urbaine religieuse, Éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, (lire en ligne), p. 51.
  13. Le Grand Carême, Alexandre Schmemann, Abbaye de Bellefontaine, 1974.
  14. « Toute la liturgie de l'Église est ordonnée autour de Pâques, et, ainsi, l'année liturgique, c'est-à-dire la succession des saisons et des fêtes, devient un voyage, un pèlerinage vers Pâques, vers la Fin qui est en même temps le Commencement : fin de ce qui est vieux, commencement de la vie nouvelle, un passage constant de ce monde au Royaume déjà révélé en Christ » dans Le Grand Carême, Alexandre Schmemann, Abbaye de Bellefontaine, 1974.

Liens

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