Bell hooks

bell hooks
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bell hooks en novembre 2009
Biographie
Naissance
Nom de naissance
Gloria Jean Watkins
Pseudonyme
bell hooks
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Domaine
Religion
Influencée par
Distinction
Prononciation
Œuvres principales
Ne suis-je pas une femme ?, All About Love: New Visions (), We Real Cool: Black Men and Masculinity (), De la marge au centre : Théorie féministe, Bone Black: Memories of Girlhood ()

Gloria Jean Watkins, connue sous son nom de plume bell hooks, née le , est une intellectuelle, féministe, et militante des États-Unis. Elle s'intéresse particulièrement aux relations existantes entre race, classe et genre, et sur la production et la perpétuation des systèmes d'oppression et de domination se basant sur eux. Elle a publié plus de trente livres et plusieurs articles dans des publications universitaires ou dans la presse généraliste, elle est apparue dans plusieurs films documentaires, et a participé à des conférences publiques. Principalement à partir d'une perspective féministe et afro-américaine, hooks traite de nombreux sujets politiques[1], notamment de la race, de la classe et du genre dans l'éducation, l'art, l'histoire, la sexualité, les médias de masse, et le féminisme.

Nom de plume

Gloria Jean Watkins[2] a forgé son pseudonyme de « bell hooks » à partir des noms de sa mère et de sa grand-mère. Son nom emploie des initiales minuscules, de manière non conventionnelle, ce qui signifie pour elle que le plus important dans ses travaux est la « substance des livres, pas ce que je suis »[3].

Biographie

Jeunesse

hooks est née Gloria Jean Watkins le 25 septembre 1952 à Hopkinsville (Kentucky). Elle grandit dans une famille de la classe ouvrière parmi cinq sœurs et un frère ; son père, Veodis Watkins, est concierge et sa mère, Rosa Bell Watkins, femme au foyer. Élevée dans une famille difficile dans une communauté afro-américaine, elle explique que l'expérience de grandir pauvre, noire, et femme a eu un profond impact sur elle et n'a cessé de nourrir son écriture et son engagement.

Éducation et débuts à l'université

L'éducation de hooks commence dans des écoles publiques pour Noirs soumises à la ségrégation raciale. Elle parlera par la suite des extrêmes difficultés auxquelles elle est confrontée lorsqu'elle entre dans une école intégrée, où les enseignants et les élèves sont majoritairement blancs. Elle reçoit son diplôme de fin d'études au lycée de Hopkinsville, puis passe une licence d'anglais à l'université Stanford en 1973, et une maîtrise, toujours en anglais, à l'université du Wisconsin en 1976. En 1983, après plusieurs années d'enseignement et d'écriture, hooks termine son doctorat au département de littérature de l'université de Californie à Santa Cruz, avec une thèse sur la romancière Toni Morrison.

bell hooks commence à enseigner en 1976 en tant que professeure d'anglais et maîtresse de conférences en études ethniques à l'université de Californie du Sud. Elle y reste trois ans, durant lesquels Golemics (Los Angeles) publie son premier livre, une plaquette de poèmes intitulée And There We Wept (« Et là nous avons pleuré », 1978), sous son nom de plume.

Au début des années 1980, elle enseigne dans plusieurs institutions universitaires, notamment l'Université de Californie à Santa Cruz et l'université d'État de San Francisco.

Ain't I a Woman? Black Women and Feminism, 1981

South End Press (Boston) publie son premier essai important, Ain’t I a Woman? Black Women and Feminism en 1981 ; l'ouvrage a été rédigé pendant ses études. Depuis sa publication, il a obtenu une large renommée en tant que contribution à la pensée féministe moderne. Il est publié en français en 2015 par les éditions Cambourakis.

Ain’t I a Woman? aborde plusieurs thèmes qui seront récurrents dans son œuvre : l'histoire et l'impact du sexisme et du racisme sur les femmes noires et la dévalorisation de la féminité noire qui en découle ; le rôle des médias, du système éducatif, et des systèmes de suprématie blanche, capitaliste et patriarcale dans la marginalisation des femmes noires ; le dénigrement des femmes noires et le mépris envers les problématiques de race, classe et genre au sein du féminisme.

Feminist Theory: From Margin to Center, 1984

Le deuxième essai de bell hook, Feminist Theory: From Margin to Center, publié en 1984, se concentre sur la théorie féministe. Tout comme son premier ouvrage, il compte parmi les textes fondateurs de la pensée afroféministe et radicale[4]. Le terme de « marge » dans le titre renvoie à la marginalisation et à l'invisibilisation des femmes noires dans la société américaine traditionnelle, et à leur exclusion des théories féministes dominantes[5]. Le livre a été réédité en anglais en 2015 et traduit en français en 2017[6].

Avec Feminist Theory, bell hooks poursuit sa démarche d'analyse qui préfigure de plusieurs années le développement du concept d'intersectionalité[4]. S'attachant particulièrement à la situation des femmes noires et des classes populaires, elle cherche à élucider les raisons de l'échec du féminisme à s'adresser à toutes les femmes[7]. En particulier, l'ouvrage s'attaque à l'ethnocentrisme qui caractérise selon son autrice un féminisme majoritairement blanc et bourgeois[8].

Carrière universitaire

Depuis la publication de Ain’t I a Woman ?, hooks est devenue connue comme penseuse politique de gauche. hooks essaie d'atteindre une large audience en présentant son travail à travers plusieurs médias, en employant différentes manières de parler et d'écrire suivant le public.

Les sujets de ses livres vont des hommes noirs et de la masculinité à l'auto-défense, de la remise en cause d'un féminisme blanc universel, de la pédagogie engagée aux mémoires personnels, et de la sexualité à la lecture politique de la culture visuelle. Dans ses écrits les plus récents, elle traite de la capacité de la communauté et de l'amour à dépasser la race, la classe et le genre. Avec trois romans et quatre livres pour la jeunesse, elle tente de prouver que la communication et la culture (l'aptitude à lire, écrire, et avoir une pensée critique) est la clé du développement de communautés et de relations saines, qui ne soient pas contaminées par la race, la classe ou le genre.

Elle a rempli les postes de professeure d'études africaines et afro-américaines et d'anglais à l'université Yale, de maîtresse assistante d'études féminines et de littérature américaine à Oberlin College à Oberlin, Ohio, et de Distinguished Lecturer of English Literature au City College of New York.

hooks a fait un discours de remise des diplômes controversé en 2002 à la Southwestern University, qui était alors son employeur. Laissant de côté le style traditionnel des discours d'entrée, hooks a parlé de l'oppression et de la violence cautionnées par le gouvernement, et a tancé les étudiants qui suivaient le courant. Une bonne partie des auditeurs a hué ce discours, bien que « plusieurs étudiants diplômés soient passés devant le principal pour serrer la main de hooks ou l'étreindre »[9].

En 2004, hooks a rejoint la faculté de Berea dans le Kentucky, comme professeure émérite en résidence[10], où elle a participé à un groupe de discussion féministe hebdomadaire, et à un séminaire, « Building Beloved Community: The Practice of Impartial Love » (Construire une communauté aimée : la pratique de l'amour impartial).

Influences

Les influences de hooks comprennent la féministe abolitionniste Sojourner Truth (dont le discours Ain't I a Woman? a inspiré le premier ouvrage majeur de hooks), l'éducateur brésilien Paulo Freire (dont hooks reprend les théories sur l'éducation dans son éducation engagée), le théologien Gustavo Gutiérrez, la dramaturge Lorraine Hansberry, le bonze bouddhiste Thich Nhat Hanh, l'écrivain James Baldwin, le leader noir Malcolm X, et le leader du mouvement des droits civiques Martin Luther King[11].

Critiques provenant de conservateurs

Des auteurs conservateurs ont critiqué hooks. David Horowitz a raillé son assertion selon laquelle « il est difficile de ne pas entendre dans l'anglais ordinaire le sempiternel son du massacre et de la conquête » (Teaching to Transgress, p. 169)[12]. Peter Schweizer l'accuse d'hypocrisie dans sa politique sexuelle[13].

Récompenses et nominations

  • Yearning: Race, Gender, and Cultural Politics: The American Book Awards/ Before Columbus Foundation Award (1991)
  • Ain’t I a Woman?: Black Women and Feminism: “l'un des vingt livres les plus influents des vingt dernières années écrits par une femme” selon Publishers Weekly (1992)
  • bell hooks: Prix de l'écrivain du Lila Wallace- Reader’s Digest Fund (1994)
  • Happy to Be Nappy: nomination du NAACP Image Award (2001)
  • Homemade Love: livre pour enfant de l'année pour The Bank Street College (2002)
  • Salvation: Black People and Love: Hurston Wright Legacy Award nominee (2002)
  • bell hooks : Utne Reader’s “les 100 visionnaires qui pourrait changer votre vie”
  • bell hooks : “l'une des intellectuelles majeures de la nation américaine” selon The Atlantic Monthly

Publications en langue originale

  • Ain't I a Woman ? Black women and feminism (1981) (ISBN 0-89608-129-X)
  • Feminist Theory: From Margin to Center (1984) (ISBN 0-89608-614-3)
  • Talking Back: Thinking Feminist, Thinking Black (1989) (ISBN 0-921284-09-8)
  • Yearning: Race, Gender, and Cultural Politics (1990) (ISBN 0-921284-34-9)
  • Breaking Bread: Insurgent Black Intellectual Life (1991) (avec Cornel West ) (ISBN 0-89608-414-0)
  • Black Looks: Race and Representation (1992) (ISBN 0-89608-433-7)
  • Sisters of the Yam: Black Women and Self-recovery (1993) (ISBN 1-896357-99-7)
  • Teaching to Transgress: Education As the Practice of Freedom (1994) (ISBN 0-415-90808-6)
  • Outlaw Culture: Resisting Representations (1994) (ISBN 0-415-90811-6)
  • Art on My Mind: Visual Politics (1995) (ISBN 1-56584-263-4)
  • Killing Rage: Ending Racism (1995) (ISBN 0-8050-5027-2)
  • Bone Black: Memories of Girlhood (1996) (ISBN 0-8050-5512-6)
  • Reel to Real: Race, Sex, and Class at the Movies (1996)
  • Wounds of Passion: A Writing Life (1997) (ISBN 0-8050-5722-6)
  • Happy to be Nappy (1999) (ISBN 0-7868-0427-0)
  • Remembered Rapture: The Writer at Work (1999) (ISBN 0-8050-5910-5)
  • All About Love: New Visions (2000) (ISBN 0-06-095947-9)
  • Feminism is for Everybody: Passionate Politics (2000) (ISBN 0-89608-629-1)
  • Where We Stand: Class Matters (2000)
  • Salvation: Black People and Love (2001) (ISBN 0-06-095949-5)
  • Communion: The Female Search for Love (2002) (ISBN 0-06-093829-3)
  • Homemade Love (2002) (ISBN 0-7868-0643-5)
  • Be Boy Buzz (2002) (ISBN 0-7868-0814-4)
  • Rock My Soul: Black People and Self-esteem (2003) (ISBN 0-7434-5605-X)
  • The Will to Change: Men, Masculinity, and Love (2003) (ISBN 0-7434-5607-6)
  • Teaching Community: A Pedagogy of Hope (2003) (ISBN 0-415-96817-8)
  • We Real Cool: Black Men and Masculinity (2004) (ISBN 0-415-96926-3)
  • Skin Again (2004) (ISBN 0-7868-0825-X)
  • Space (2004) (ISBN 0-415-96816-X)
  • Soul Sister: Women, Friendship, and Fulfillment (2005) (ISBN 0-89608-735-2)
  • Witness (2006) (ISBN 0-89608-759-X)

Publications traduites en français

Apparitions filmées

  • Black Is, Black Ain't (1994)
  • Give a Damn Again (1995)
  • Cultural Criticism and Transformation (1997)
  • My Feminism (1997)
  • I am a Man: Black masculinity in America (2004)
  • Voices of Power (1999)
  • Baadasssss Cinema (2002)
  • Writing About a Revolution: A talk (2004)
  • Happy to Be Nappy and other stories of me (2004)
  • Is Feminism Dead? (2004)

Notes

  1. Nassira Hedjerassi, « À l’école de bell hooks : une pédagogie engagée de la libération », Recherches & éducations, no 16,‎ , p. 39–50 (ISSN 1969-0622, DOI 10.4000/rechercheseducations.2498, lire en ligne, consulté le 4 janvier 2021)
  2. (en) « bell hooks | American scholar », Encyclopedia Britannica,‎ (lire en ligne, consulté le 21 novembre 2017)
  3. Heather Williams, « bell hooks Speaks Up », The Sandspur (2/10/06) (consulté le 10 septembre 2006)
  4. a et b Estelle Ferrarese, « bell hooks et le politique. La lutte, la souffrance et l'amour », Cahiers du Genre, vol. 52, no 1,‎ , p. 219 (ISSN 1298-6046 et 1968-3928, DOI 10.3917/cdge.052.0219, lire en ligne, consulté le 15 mars 2021)
  5. Mehta, « Book Review: FEMINIST THEORY: FROM MARGIN TO CENTRE », Agenda, vol. 1,‎ , p. 45–46 (DOI 10.1080/10130950.1987.9674676, lire en ligne)
  6. Bell Hooks, De la marge au centre : théorie féministe, Paris, Cambourakis, (ISBN 9782366242485, OCLC 980347246)
  7. « De la marge au centre : théorie féministe », sur France Culture (consulté le 15 mars 2021)
  8. « Notes de lecture », Cahiers du Genre, vol. 64, no 1,‎ , p. 219 (ISSN 1298-6046 et 1968-3928, DOI 10.3917/cdge.064.0219, lire en ligne, consulté le 15 mars 2021)
  9. (en) Lauri Apple, « News: Hooks Digs In », The Austin Chronicle, 24 mai 2002.
  10. http://www.berea.edu/catalog/officers.asp
  11. Notes on IAPL 2001 keynote speaker, bell hooks
  12. "Top 10 Most Dangerous Academics in America," Human Events, February 13, 2006, p. 10
  13. Do as I Say (Not as I Do): Profiles in Liberal Hypocrisy  Peter Schweizer, Doubleday, 2005, p. 9

Voir aussi

Bibliographie

  • Florence, Namulundah, bell hooks' Engaged Pedagogy. Westport, CT: Bergin & Garvey, 1998. (ISBN 0-89789-564-9)
  • Leitch et al, eds., “bell hooks.” The Norton Anthology of Theory and Criticism. New York: W.W. Norton & Company, 2001. 2475-2484. (ISBN 0-393-97429-4)
  • South End Press Collective, eds., “Critical Consciousness for Political Resistance”Talking About a Revolution.Cambridge: South End Press, 1998. 39-52. (ISBN 0-89608-587-2)
  • Stanley, Sandra Kumamoto, ed., Other Sisterhoods: Literary Theory and U.S. Women of Color. Chicago: University of Illinois Press, 1998. (ISBN 0-252-02361-7)
  • Wallace, Michelle, Black Popular Culture. New York: The New Press, 1998. (ISBN 1-56584-459-9)

Articles connexes

Liens externes