Arènes de Nîmes

Amphithéâtre de Nîmes
Panorama du parvis des arènes de Nîmes, en 2008.
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Wolfgang Staudt from Saarbruecken, Germany
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Panorama du parvis des arènes de Nîmes, en 2008.

Lieu de construction Nemausus
(Gaule narbonnaise)
Date de construction 90 à 120 ap. J.-C.
Sous le règne de Domitien (supposé)
Dimensions externes 133,38 × 101,40 × 21 m
Dimensions de l’arène 69 × 38 m
Capacité 20 000 places (*)
Capacité actuelle : 13 800 places
Protection Logo monument historique Classé MH (1840)
Géographie
Coordonnées 43° 50′ 06″ nord, 4° 21′ 35″ est
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Arènes de Nîmes
Liste d'amphithéâtres romains

L'amphithéâtre de Nîmes est un amphithéâtre romain construit vers la fin du Ier siècle dans la ville française de Nîmes, dans le Gard. Aujourd’hui appelé communément « arènes de Nîmes », il s'agit de l’un des amphithéâtres antiques les mieux conservés.

La construction de l'édifice débute vers 90 après J.-C. Sa fonction est alors d’accueillir des divertissements pour la population de la colonie de Nemausus. Lors des Grandes Invasions, il se transforme en village fortifié où la population va se réfugier, puis constitue du Moyen Âge jusqu'au XIXe siècle un quartier avec ses rues et ses boutiques. Au XIXe siècle, le monument est dégagé puis reconverti en arène en 1863. Aujourd'hui, il accueille une vingtaine de corridas et courses camarguaises chaque année et diverses manifestations culturelles (concerts, reconstitutions historiques, comme les Grands Jeux Romains, etc.). En dehors de ces événements, l'édifice est ouvert à la visite toute l'année.

Cet amphithéâtre antique est l'un des mieux conservés au monde, du moins par l'allure générale de sa façade ayant conservé son attique de couronnement avec colonnes engagées et 60 arcades à chaque niveau, son système de circulation publique interne quasi intact et une grande partie de ses gradins (certes dégagés et restaurés au XIXe siècle).

Caractéristiques du monument

Architecture

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Vue des consoles formant les bases de mât pour tendre le velum, au sommet de trois arcades. À gauche la pierre est cassée, montrant le canon cylindrique.

Vitruve définit les bases essentielles des amphithéâtres, qui sont les édifices les plus imposants du monde romain : « Il convient de répartir des voies d’accès nombreuses et spacieuses, en évitant que celles qui viennent d’en haut ne rencontrent celles qui viennent d’en bas ; on doit pouvoir les rejoindre à partir de toutes les places, en circuit direct et sans détour, de telle sorte que lorsqu’il quitte le spectacle, le peuple ne soit pas serré, mais trouve, quel que soit le siège qu’il occupait, une issue séparée et sans obstacle »[1].

En plan, l’amphithéâtre de Nîmes se présente comme une ellipse de 133 m de long sur 101 m de large, avec une piste centrale de 68 m sur 38 m. La façade, composée de deux niveaux de 60 arcades superposées et d’un attique séparés par une corniche, mesure 21 m de haut. Au sommet de la façade, on observe encore une partie des consoles, pierres en saillie perforées qui servaient à fixer les mâts supportant le velum. Celui-ci pouvait s’étendre au-dessus des gradins pour protéger le public du soleil.

La cavea, entourant la piste, divisée en 60 travées rayonnantes et 34 rangs de gradins, pouvait accueillir 24 000 spectateurs. Les 34 rangs de gradins de la cavea sont répartis en quatre maeniana horizontaux, séparés par un couloir de circulation et un muret, appelé balteus.

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Galerie de l'étage intermédiaire. À gauche l'escalier descend vers les gradins.

Chaque maenianum était réservé à une classe sociale, à savoir les plus aisés aux premiers rangs et les plus modestes aux derniers rangs. Chacun était desservi par une galerie voûtée, appelée vomitorium. Les vomitoria sont réunis entre eux par des escaliers, ce qui évite la confusion et l’engorgement lors de l’afflux de spectateurs. Cela évite aussi de mélanger les classes sociales. La façade est rythmée par des pilastres et des colonnes engagées d’ordre dorique.

La salle cruciforme

Sous la piste, se trouvaient plusieurs galeries souterraines. Elles sont connues depuis le début du XIXème siècle et ont initialement été interprétées comme des abris réalisés « par les premiers chrétiens pour cacher les cérémonies de leur culte naissant »[2]. Il s'agissait en réalité de coulisses permettant d'accéder directement à la piste durant les spectacles[3].

Les recherches réalisées par Henri Révoil en 1865 ont permis de dégager deux galeries en croix dans la partie centrale de la piste, connues depuis sous le nom de salle cruciforme. Les murs de la salle cruciforme portent deux inscriptions gravées en caractères cursifs indiquant probablement le nom de l'architecte du monument (ou d'un financeur) : T.CRISPIVS REBVRRVS FECIT, « Titus Crispius Reburrus a fait »[4],[5].

La salle cruciforme a fait l'objet de fouilles archéologiques sous la responsabilité de Richard Pellé (Inrap) en 2017.

Décoration

L'amphithéâtre comporte encore un certain nombre d'éléments décoratifs en bas-relief ou haut-relief : une louve romaine allaitant Romulus et Rémus, des phallus, deux gladiateurs combattant, ainsi que deux bustes de taureau surmontant la porte d'honneur de l’amphithéâtre.

Monuments comparables

  • L’amphithéâtre d’Arles

L’amphithéâtre de Nîmes est comparable à celui d’Arles, datant de la fin du Ier siècle, qui est très proche sur le plan de la conception et de l’architecture. En effet, l’amphithéâtre d’Arles présente également deux niveaux d’arcades en façade très peu décorées. La cavea de l’édifice se composait de 43 rangées de gradins et pouvait accueillir jusqu'à 25 000 spectateurs.

  • Le Colisée

L’amphithéâtre de Nîmes peut également être mis en relation avec le Colisée de Rome. Le Colisée, terminé en 80 de notre ère aurait servi de modèle dans la construction de l’amphithéâtre de Nîmes, ce qui montre que la ville de Nîmes voulait se rapprocher au mieux de la civilisation romaine. Il existe quelques différences entre les deux édifices. Le plan du Colisée est moins allongé que celui de l’amphithéâtre nîmois. La façade du monument de la ville éternelle se compose de quatre niveaux (dont trois niveaux d’arcades), alors que celui de Nîmes n’en comporte que deux.

Historique

L'amphithéâtre romain

La construction de l’amphithéâtre de Nîmes a débuté à la fin du Ier siècle de notre ère.

Cet édifice imposant a été bâti pour accueillir des spectacles très prisés des populations. Le spectacle le plus fréquent et le plus apprécié était le combat de gladiateurs. Il existait des écoles de gladiateurs qui formaient des volontaires, esclaves ou souvent hommes libres. Ces écoles étaient souvent le dernier refuge pour ses hommes déclassés, rejetés par la société. Les combats de gladiateurs se terminaient parfois par la mort de l’un des adversaires si le vaincu n’était pas gracié par le public. De nos jours, ces ludi (jeux du cirque) sont reconstitués chaque année, fin avril, lors des Grands Jeux Romains auxquels participent plus de 500 reconstituteurs spécialistes de l'antiquité.

De la forteresse wisigothe aux habitations médiévales

Après l'interdiction des combats de gladiateurs en 404, les arènes furent transformées en forteresse par les Wisigoths : il leur suffit de boucher les arcades, d'ajouter quelques tours, de creuser un fossé et, peut-être, d'édifier une petite enceinte supplémentaire (vestiges dans le sous-sol du palais de justice). Elles seront même connues plus tard sous le nom de « château des chevaliers des arènes » avec l'édification de tours au sommet du monument (celles d'Arles ont été conservées).

Lors des Grandes Invasions de l'Antiquité tardive puis au Moyen Âge durant les périodes d'insécurité, la population se réfugia dans l'enceinte de l'édifice qui fut alors utilisé comme village fortifié, le castrum arenae, qui contenait deux églises, 220 maisons, ainsi qu'un petit château. On imagine aisément les conditions d'insalubrité d'une telle densité… Bon nombre de gradins servirent de carrière pour l'extraction des pierres nécessaires à l'édification de ces bâtiments.

La réhabilitation

Lors d'une visite à Nîmes au début du XVIe siècle, François Ier s'émeut de l'état de l'édifice et préconise son dégagement pour la première fois, ce qui reste lettre morte. À cette occasion, il reçoit des autorités locales une réplique en argent du monument, pièce d'orfèvrerie aujourd’hui perdue.

La restauration des arènes est ordonnée à la fin du XVIIIe siècle par le décret en Conseil du roi du . Elle implique la destruction des habitations se trouvant à l'intérieur de l'amphithéâtre ou prenant appui sur le bâtiment à l'extérieur. Ces travaux s’inscrivent dans un grand plan d'embellissement de la ville engagé depuis le milieu du XVIIIe siècle (jardins de la Fontaine dès 17401750). Ce plan prévoit également la destruction des remparts médiévaux de la vieille ville afin de créer boulevards et promenades du tour de ville. La période révolutionnaire porte un coup d'arrêt provisoire à ces travaux. Ils reprennent à la suite du décret impérial du .

L'intégralité du monument est finalement dégagée de ses constructions anachroniques en 1812. Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle, sous le Second Empire, pour qu'une vaste campagne de réhabilitation, voire de restauration importante de certaines parties, soit réalisée (notamment sous la direction de l'architecte Henri Révoil).

Recherches archéologiques

Paul-Marie Duval a dirigé les fouilles des arènes de Nîmes de 1961 à 1969.

Aménagements et restauration contemporaine

Entre la fin des années 1980 et le début des années 2000, les arènes étaient recouvertes en hiver d'un toit démontable translucide, surnommée la bulle, permettant la tenue d’événements sportifs disputés en salle.

Depuis 2009, une restauration des arènes a été mise en œuvre[6]. Elle concerne les façades extérieures du monument et les gradins. En 2022, ce sont au total quinze travées qui ont retrouvé leur éclat d'origine. L'opération devrait se poursuivre jusqu'en 2034.

Le parvis des arènes a également été entièrement réaménagé en 2007, dans le cadre du projet Arènes - Esplanade - Feuchères. Sur ce nouveau parvis, inauguré lors d'une cérémonie présidée par la comédienne gardoise Bernadette Lafont, on peut admirer la statue en bronze du matador Nimeño II, gravement blessé dans les arènes d'Arles en 1989.

Les arènes contemporaines

Un monument antique ouvert à la visite

Depuis 2021, le site est géré en délégation de service public par Edeis ; une nouvelle visite offre aux touristes du monde entier la possibilité de découvrir l'histoire de l'amphithéâtre de Nîmes, grâce à un audioguide en sept langues, des panneaux pédagogiques illustrés et deux espaces muséographiques : le premier sur le vestiaire des gladiateurs (présentation de fac-similé d'armes, de casques que les visiteurs peuvent toucher, extraits de film, théâtre optique, etc.) et le second sur l’histoire du taureau depuis l’antiquité.

Depuis février 2013, les visiteurs isolés ne sont plus admis à visiter le site[7]. La municipalité a pris cette décision à la suite de plusieurs suicides par saut dans le vide vers l'extérieur depuis le sommet de l'édifice. Toute visite doit se faire en groupe d'au moins deux personnes. Le monument se visite toute l'année.

Un lieu de concerts et de spectacles

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Installation pour une corrida, en août 2012.

Aujourd'hui, les arènes sont toujours utilisées pour de nombreux spectacles, comme des corridas qui se déroulent durant la feria de Pentecôte (fin mai–début juin) et la feria des Vendanges (mi-septembre), auxquelles il faut ajouter, la plus grande reconstitution historique antique en Europe : les Grands Jeux Romains (fin avril/début mai) et les concerts du Festival de Nîmes (juin-juillet).

La capacité d’accueil est plus réduite que durant l'Antiquité puisque plusieurs rangées de gradins ont été détruites. Les arènes de Nîmes peuvent accueillir près de 13 000 spectateurs en position assise, répartis en quatre zones.

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Illuminations de Noël des arènes de Nîmes, en 2016. Au premier plan, la statue de Nimeño II.

Concerts et spectacles

L'amphithéâtre a accueilli le Nîmes International Jazz Festival de 1976 à 1988, avec la participation de musiciens légendaires, Miles Davis, Charlie Mingus, Dizzy Gillespie, Michel Petrucciani, Sonny Rollins, Ray Charlesetc. Tina Turner y a également déchaîné les passions au milieu des années 1980. Plusieurs chansons issues de l'album live de Dire Straits, On the Night, ont été enregistrées en 1992 aux arènes de Nîmes.

Par la suite de nombreux groupes se sont produits dans ces arènes, notamment lors du Festival de Nîmes. Citons le concert du groupe de metal Rammstein, dont il est sorti un DVD appelé Völkerball, ou encore le groupe de metal Metallica en juillet 2009, avec un DVD appelé Français pour une nuit. Le groupe Justice a également réalisé un concert en 2012 avec un DVD live sorti en nommé Access All Arenas. On peut citer d'autres artistes comme The Cure, David Bowie, Mylène Farmer, Bob Dylan, Radiohead, Pharrell Williams, The Police, Depeche Mode, Green Day, Björk, Pink, Elton John, Phil Collins, Jamiroquai, Michel Sardou, David Guetta, Peter Gabriel, Muse, Texas, Placebo, ZZ Top, Daft Punk, Alicia Keys, Stevie Wonder, Slash, Slipknot, System of a Down, The Prodigy, The Offspring, etc.

Les 11, 12 et , le groupe de Métal Industriel Allemand Rammstein termine sa tournée "Festivals Summer Tour 2017" en France en donnant trois concerts complets dans les Arènes.

Le 28 mars 2022, Boris Brejcha donne un concert de Techno minimale pour cercle dans les arènes[8].

L'amphithéâtre a accueilli des humoristes tels que Gad Elmaleh en 2014 ou encore Florence Foresti en 2015.

Événements sportifs

Le monument a aussi servi à plusieurs événements sportifs d'envergure nationale, voire internationale.

Télévision

La télévision a également utilisé le monument comme lieu de spectacle :

Protection juridique

L’amphithéâtre de Nîmes fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[9].

Il n'est cependant pas inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, contrairement aux arènes d'Arles voisines.


Galerie d'images

Notes et références

  1. « aditus complures et spatiosos oportet disponere, nec coniunctos superiores inferioribus sed ex omnibus locis perpetuos et directos sine inversuris faciendos, uti cum populus dimittatur de spectaculis, ne comprimatur, sed habeat ex omnibus locis exitus separatos sine inpeditione », De architectura, Livre cinquième.
  2. hypothèse de M. Grangent citée par Révoil 1867.
  3. La salle cruciforme
  4. Révoil 1867
  5. Darde 2005
  6. « Restauration des arènes », www.nimes.fr
  7. « Vague de suicides : les arènes de Nîmes interdites aux personnes seules », La Provence, 7 février 2013.
  8. « Le Cercle aux arènes de Nimes avec Boris Brejcha », sur OVS Nimes : Web Media 100% Gardois, (consulté le )
  9. « Amphithéâtre ou arènes de Nîmes », notice no PA00103091, base Mérimée, ministère français de la Culture.

Voir aussi

Bibliographie

  • Célié, M. (1988) - Amphithéâtre de Nîmes : fouilles archéologiques sur la piste, derniers résultats, Université de Provence Aix-Marseille I, Mémoire de Maîtrise.
  • Collectif (2013) - Les arènes de Nîmes, un amphithéâtre romain, Nîmes, Catalogue d'exposition, Musée archéologique de Nîmes, 19 juillet - 17 novembre 2013, 31 p.
  • Dominique Darde, Nîmes antique, Paris, Monum, Éditions du patrimoine, coll. « Guides archéologiques de la France », (réimpr. 2006), 128 p., broché avec rabats (ISBN 978-2-85822-797-6, BNF 39944123, présentation en ligne)
    152 illustrations, 4 restitutions 3D, 5 cartes et plans
  • Lefebvre, C. (2018) - « Les édifices de spectacle dans le monde romain », Archéologia, n° 570, pp. 30-37.
  • Pellé, R., (Éd.) (2016) - Amphithéâtre de Nîmes. Étude archéologique des travées 50 à 53, Nîmes, Rapport final d’opération, INRAP, 2 volumes, 647 p.
  • Pellé, R., (Éd.) (2017) - Nîmes - Travaux sur l'Amphithéâtre - Tome 3 salle cruciforme, Rapport final d’opération, Inrap, 176 p.
  • Pellé, R. (2018) - « L’amphithéâtre de Nîmes dévoile ses derniers secrets », Archéologia, n° 570, pp. 38-45.
  • Pellé, R., (Éd.) (2021) - Amphithéâtre romain de Nîmes - Investigations et études pour la connaissance archéologique du monument, Vol. 1 : Synthèses, Inrap, Rapport de sondage/étude de bâti sur monument historique, 176 p.
  • Révoil, H. (1867) - « Des fouilles de l’amphithéâtre romain de Nîmes », Mémoires de l’Académie du Gard, 1865-1866, pp. 160-167.
  • Révoil, H. (1867) - Rapport sur les fouilles de l'amphithéâtre de Nîmes, Extrait des Mémoires lus à la Sorbonne en 1866, 6 p.

Articles connexes

Liens externes