Inculturation
Inculturation est un terme chrétien utilisé en missiologie pour désigner la manière d'adapter l'annonce de l'Évangile dans une culture donnée. Cette notion est proche, mais sensiblement différente, de l'acculturation en sociologie. En effet, l'acculturation concerne le contact et la relation entre deux cultures, tandis que l'inculturation concerne la rencontre de l'Évangile avec les différentes cultures. L'acculturation est un concept anthropologique et l'inculturation un concept théologique qui trouve son origine au XVIIIe siècle avec la querelle des rites qui avait alerté les autorités catholiques sur la liturgie utilisée par les Jésuites en Chine.
Références historiques
La première utilisation du terme « inculturation » remonte à 1953. Pierre Charles, de la Faculté théologique jésuite de Louvain, l'utilise dans le sens d'une enculturation[1].
En 1962, le jésuite belge Joseph Masson le reprend pour parler de « la nécessité d'un christianisme inculturé de façon polymorphe »[2].
La XXXIIe Congrégation générale des Jésuites (1974-1975) reçoit ce terme et l'examine sous l'angle théologique. Le supérieur général des Jésuites, Pedro Arrupe, le présente en 1977 au Synode romain des évêques, qui adopte officiellement ce terme dans son document final Ad populum Dei nuntius, art. 5. Pedro Arrupe en donne alors une définition le dans sa Lettre sur l'inculturation : « L'inculturation est l'incarnation de la vie et du message chrétiens dans une aire culturelle concrète, en sorte que non seulement cette expérience s'exprime avec les éléments propres de la culture en question (ce ne serait alors qu'une adaptation superficielle), mais encore que cette même expérience se transforme en un principe d'inspiration, à la fois norme et force d'unification, qui transforme et recrée cette culture, étant ainsi à l'origine d'une nouvelle création ».
Jean-Paul II reprend ce terme pour la première fois dans un texte officiel du Magistère, Catechesi Tradendae ()[3]. Mais c'est l'encyclique Redemptoris missio (1990) qui popularise ce terme, même si le concept est antérieur.
Le discours de l'Aréopage que l'apôtre Paul adresse aux Grecs, à Athènes (Ac 17,22-33), peut être considéré comme le premier essai d'inculturation. Le succès est relatif, si l'on en juge par la réaction des auditeurs : la plupart se moquent de lui : « Nous t'entendrons là-dessus une autre fois » (v. 33). Quelques-uns s'attachent à lui (v. 34).
Parmi les premiers praticiens de l'inculturation dans l'histoire des missions, figurent Patrick en Irlande, ainsi que Cyrille et Méthode pour les peuples slaves d'Europe de l'Est. Après le concile de Trente, le mouvement devient plus systématique : José de Anchieta pour les populations indigènes du Brésil ; Roberto de Nobili dans le Sud de l'Inde ; Matteo Ricci en Chine, Alexandre de Rhodes au Vietnam, Pierre Lambert de la Motte, François Pallu, Joseph Gabet, et d'autres encore.
Dans d'autres confessions chrétiennes, l'inculturation se manifeste autrement que par l'abord des rites et de la liturgie. La traduction de la Bible en langue vernaculaire est l'une des premières tâches auxquelles s'attelèrent les missionnaires protestants ouvrant le champ à des études de linguistique. Les effets secondaires de ces traductions furent généralement la production de dictionnaires entre les langues vernaculaires et les langues européennes. Outre la linguistique, l'anthropologie s'ouvrit à un autre regard que celui du colonisateur. Un exemple du genre est le travail réalisé par le pasteur Maurice Leenhardt avec la publication de son livre Do Kamo[4]. Dès le XIXe siècle, cette façon de procéder fut critiquée dans l'encyclique Qui pluribus impar (1846).
Définition
L'inculturation a été définie de plusieurs manières, le pape Jean-Paul II notamment ayant abordé le sujet dans plusieurs encycliques et lors de nombreux discours :
- « L'incarnation de l'Évangile dans les cultures autochtones, et en même temps l'introduction de ces cultures dans la vie de l'Église[5] » ;
- L'inculturation « signifie une intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme, et l'enracinement du christianisme dans les diverses cultures humaines[6] ».
Selon le père Brendan Cogavin, C.S.Sp[7], « il est maintenant reconnu que l'inculturation est un terme théologique qui a été défini dans Redemptoris missio § 52 comme le dialogue continuel entre la foi et la culture ».
En liturgie
Le concile Vatican II a permis la traduction du Missel romain en un grand nombre de langues pour faciliter l'inculturation de l'Évangile dans plusieurs cultures et dialectes locaux. Les missionnaires Fidei Donum ont bénéficié de ces mesures dans leurs travaux en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud.
Notes et références
- ↑ « Missiologie et acculturation », Nouvelle Revue théologique, 75.
- ↑ Nouvelle Revue théologique, 84.
- ↑ Le terme 'inculturation', a beau être un néologisme, il exprime fort bien l'une des composantes du grand mystère de l'Incarnation. De la catéchèse comme de l'évangélisation en général, nous pouvons dire qu'elle est appelée à porter la force de l'Évangile au cœur de la culture et des cultures
- ↑ Do Kamo, la personne et le mythe dans le monde mélanésien, 1947, réédition collection Tel Gallimard (ISBN 2070704122) synthèse de l'ouvrage disponible en PDF
- ↑ Jean-Paul II, encyclique Slavorum Apostoli, 21
- ↑ Redemptoris missio 52, citant l'assemblée extraordinaire de 1985, rapport final, II, D, 4
- ↑ Ethiopia and Inculturation, intervention au Symposium du Conseil pontifical pour la culture, février 1996
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Inculturation de l'Évangile dans un monde multiculturel, par le P. Mario L. Peresson, SDB.
- Achiel Peelman, Les nouveaux défis de l'inculturation, Montréal/Bruxelles, Novalis/Lumen Vitae, 2007, 232 p. (ISBN 978-2-87324-303-6).
- Henri Derroitte, Claude Soetens, La mémoire missionnaire. Les chemins sinueux de l'inculturation, Bruxelles, Lumen Vitae, 1999, 198 p. (ISBN 2-87324-128-4).