Pedro Arrupe

Pedro Arrupe
Description de cette image, également commentée ci-après
Monument de Pedro Arrupe, université de Deusto
Nom de naissance Pedro Arrupe y Gondra
Naissance
Bilbao Drapeau de l'Espagne Espagne
Décès (à 83 ans)
Rome Drapeau de l'Italie Italie
Nationalité espagnole
Pays de résidence Japon et Rome
Profession
Activité principale
Autres activités
Supérieur général des Jésuites
Formation
Médecine, langue japonaise, philosophie et théologie

Compléments

Arrupe fut le 28e supérieur général de la Compagnie de Jésus

Pedro Arrupe y Gondra, né à Bilbao le et mort à Rome le , est un jésuite basque espagnol qui fut le 28e supérieur général de la Compagnie de Jésus, entre 1965 et 1981.

Élu alors que le concile Vatican II était encore en session, il eut à cœur d'introduire dans la Compagnie l'esprit et les réformes demandées par le concile, particulièrement dans le domaine de la justice sociale.

Jeunesse et formation

Né à Bilbao, au Pays basque espagnol, en 1907, il étudie la médecine à Madrid. Comme étudiant en médecine il est autorisé à participer à une enquête sur une guérison miraculeuse à Lourdes. Cette expérience agit en lui comme une profonde interrogation religieuse.

Arrupe entre dans la Compagnie de Jésus en janvier 1927. Quand le gouvernement républicain espagnol expulse les jésuites d'Espagne, en 1932, il poursuit ses études en Belgique, aux Pays-Bas et aux États-Unis, où il est ordonné prêtre. À New York, il est aumônier des hispanophones en prison. Depuis longtemps désireux d'être missionnaire, il part en 1938 pour le Japon, où il est bientôt maître des novices, à Hiroshima. Quand explose la première bombe atomique, il se dévoue avec ses novices auprès des blessés et moribonds. Plus tard, il est supérieur provincial des jésuites du Japon. La 31e Congrégation générale, convoquée à la suite du décès du Jean-Baptiste Janssens se réunit en 1965 et élit Pedro Arrupe supérieur général de la Compagnie de Jésus (22 mai 1965).

Supérieur général des Jésuites

Selon le père Jean-Yves Calvez, qui fut un de ses assistants généraux à Rome et son plus récent biographe, il fut l'un des acteurs de l'esprit du concile et un leader spirituel en son temps, comme Dom Helder Camara à Recife et, de façon différente, frère Roger, plus récemment, à Taizé. Son dynamisme spirituel, son tempérament mystique et passionné, mais aussi sa grande bonté, toujours attentive à chaque personne concrète, exercèrent un rayonnement sur les jésuites et sur beaucoup dans l'Église. Convaincu que la Compagnie, dans sa préoccupation pour influencer les élites socio-politiques s'était trop exclusivement engagée auprès des nantis et classes dirigeantes, il fut fréquemment en butte aux éléments conservateurs de l'Église catholique et sa hiérarchie. En 1974, une nouvelle Congrégation générale est convoquée[1], qui entérine la ligne d'Arrupe, affirmant même que le service de la foi auquel est vouée la Compagnie est indissociablement lié à la promotion de la justice[2].

En Amérique latine, il pousse la Compagnie à prendre sa part dans la lutte sociale et à s'engager en faveur des pauvres et des marginaux, comme de toutes les victimes de l’injustice[3]. Il écrivait en 1979 : « Nous cesserions d’être de vrais fils de saint Ignace si nous ne mettions pas en œuvre tous nos moyens pour répondre à cette clameur. Par l’évangélisation nous pouvons rendre un service signalé, efficace, mais elle attirera aussi sur nous de grandes oppositions, voire des persécutions, provenant peut-être d’où nous les attendions le moins[4] ».

Incompris et souvent taxé d'optimisme naïf par la curie romaine[5], Pedro Arrupe resté fidèle à la ligne définie par les Congrégations générales, est désavoué quasi publiquement par Jean-Paul II[6].

Après l'accident vasculaire cérébral du Père Arrupe qui le laisse aphasique et paralysé, le pape suspend le droit de la Compagnie et annulant la nomination de Vincent O'Keefe comme vicaire général, nomme à sa place un délégué personnel avec pleins pouvoirs[7], avec pour mission de remettre de l'ordre dans la Compagnie soupçonnée d'être trop proche de la 'théologie de la libération', bien que la position d'Arrupe fût nuancée[8], ce qui sera vu comme une immixtion dans le processus électoral des jésuites[9].

Nombre d'observateurs considèrent Pedro Arrupe comme un véritable refondateur de l'Ordre[10], ayant transformé l'image d'une Compagnie gardienne du conservatisme par le développement du travail dans le domaine de l’apostolat social et la priorité donnée à la lutte contre la pauvreté. Sous son supériorat, le nombre des jésuites baisse de 36 000[11] à un peu plus de 23 000[12].

Combat pour la foi et la justice

Président de l'Union des supérieurs généraux de 1965 à 1983, le père Arrupe participe aux grandes assemblées de l'Église. Il œuvre activement pour la rénovation de la vie religieuse et aide les jésuites à percevoir leur mission comme un service de la foi qui implique un combat pour la justice. Ses nombreux voyages lui permettent de réaliser qu'une part au moins de l'incroyance contemporaine s'explique par le scandale de l'injustice sociale, criante dans nombre de pays du sud, et plus subtile dans l'hémisphère nord.

Peu de temps avant la thrombose qui va le réduire au silence de l'infirmité pendant les dix dernières années de sa vie, il crée le Service jésuite des réfugiés (JRS), car, disait-il, dépouillés de tout, les réfugiés sont les plus pauvres des pauvres. Missionnaire dans l'âme, il veut que l'Évangile soit annoncé dans les langues et les cultures du monde. Cette nécessaire inculturation de la foi chrétienne est l'une de ses intuitions les plus fécondes. Il veut aussi que les jésuites, comme éducateurs, aident chacun à devenir « un homme-pour-les-autres ».

Souvenir et béatification

De nombreux bâtiments, généralement associés aux œuvres apostoliques de la Compagnie de Jésus, rappellent la mémoire du père Pedro Arrupe. Parmi eux, un auditoire de l'UNamur, où il étudia, porte son nom. Tous les cours des étudiants de 1re année en médecine sont donnés dans celui-ci.

En juillet 2018, la cause en béatification de Pedro Arrupe est ouverte par le diocèse de Rome[13].

Notes et références

  1. La 32e (CG XXXII)
  2. Pierre Emonet SJ, Pedro Arrupe S.J., Un prophète dans la tourmente., in revue Choisir no 575, novembre 2007
  3. Pierre Emonet SJ, op. cit.
  4. Lettre du 5 novembre 1979 aux jésuites d’Amérique latine, citée par Pierre Emonet SJ, op. cit
  5. Pierre Emonet SJ, op. cit
  6. Discours de Jean-Paul II du 21 septembre 1979, cité par Pierre Emonet, op. cit.
  7. Le jésuite italien Paolo Dezza qui sera assisté de Giuseppe Pittau, missionnaire au Japon
  8. Il préconisait le dialogue avec les marxistes afin de « faire voir que le christianisme est pour les hommes un message incomparablement plus riche qu’aucun concept, si utile soit-il, de l’analyse marxiste. », cité par Pierre Bréchet, Pedro Arrupe, prophète et réformateur, in revue Choisir, mars 1991 « Copie archivée » (version du 17 juillet 2018 sur l'Internet Archive)
  9. Henri Tincq, Les jésuites en conclave à Rome pour désigner un nouveau "général", in "Le Monde", 08/01/2008
  10. Henri Tincq in Le Monde, op. cit.
  11. (en) David M. Cheney, « Society of Jesus », sur Catholic-Hierarchy,
  12. Zenit
  13. « Le diocèse de Rome ouvre la cause en béatification du père jésuite Pedro Arrupe », sur jesuites.com, 30 juillet 2018.

Bibliographie

  • Pedro Arrupe, Comme je vous ai aimés : méditations sur le cœur de Jésus, préface de Karl Rahner, éd. de l'Emmanuel, Paris, 2004, (ISBN 291531313X)
  • Pedro Arrupe, Écrits pour évangéliser, textes présentés par Jean-Yves Calvez, coll.Christus no 59, éd. Desclée De Brouwer, Paris, 1985 (ISBN 2-220-02540-3)
  • Jean-Yves Calvez, Le père Arrupe, l'Église après le Concile, éd. du Cerf, Paris, 1997 (ISBN 9782204055932)
  • Jean-Yves Calvez, Les choix du père Arrupe, dans Étvdes, vol.151, oct.2007, pp. 355, 365.
  • François Bechau, Prier 15 jours avec Pedro Arrupe, éd. Nouvelle Cité, no 86, 2004 (ISBN 285313461X)
  • Gianni La Bella (éd.), Pedro Arrupe, supérieur général des Jésuites (1965-1983): le gouvernement d’un prophète, Coll. Au singulier, éd.Lessius, no 18, (ISBN 978-2-87299-189-1)