Compagnie française des Indes occidentales

Compagnie française des Indes occidentales
Histoire
Fondation
Dissolution
Cadre
Type
Domaine d'activité
Pays

La Compagnie française des Indes occidentales est une compagnie commerciale française créée en 1664 par Colbert et dissoute en 1674.

C'est par son territoire l'une des plus importantes compagnies européennes fondées au XVIIe siècle, mais l'une de celles qui auront le moins de succès financier.

Historique

Création

Le , quatre mois avant la Compagnie des Indes orientales, un édit royal crée la Compagnie des Indes occidentales. Celle ci absorbe le capital de la Compagnie de la Nouvelle-France et celui de la Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal, elles-mêmes dissoutes.

Son capital est de six millions de livres et la chambre de la direction générale siège à Paris[1]. Son sceau représente ses armes, « un écusson au champ d'azur, semé de fleurs de lys d'or sans nombre, deux sauvages pour supports et une couronne tréflée ».

La compagnie reçoit, pour quarante ans, la propriété des possessions françaises des côtes atlantiques de l'Afrique et de l'Amérique, et le monopole du commerce avec l'Amérique. Elle est censée peupler le Canada, en utilisant les profits de l'économie sucrière qui débute en Guadeloupe.

Action de la compagnie en Nouvelle-France (Canada)

La Compagnie obtient dès 1665 que le régiment de Carignan-Salières apporte une sécurité contre les invasions iroquoises et contribue au peuplement de la colonie, par l'arrivée de 1 200 hommes originaires de toutes les régions de France, de la Lorraine au Poitou-Charentes, un recrutement supplémentaire ayant eu lieu durant le trajet[2].

En 1666, l’intendant Jean Talon organisa le premier recensement, dénombrant alors 3 215 habitants. Puis, la population de la colonie passa à 6 700 habitants en 1672, conséquemment aux politiques d’encouragement de la natalité et nuptialité.

En 1667, plusieurs tribus d'iroquois, les Agniers et les Onneiouts, acceptent de conclure la paix. Selon l'historienne Raymonde Litalien : « Colbert souhaitait passer de la fraternisation et des alliances politiques à une véritable fusion des races et des civilisations, idée qui se heurte à des réticences : les Canadiens craignent de perdre leurs privilèges, la toute-puissante Église trouve que ses fidèles ont déjà suffisamment adopté de mœurs indiennes et le roi lui-même ne voit pas d'un bon d'œil que les « sauvages » deviennent des sujets à part entière. Finalement, le gouverneur général Denonville démontre au ministre Seignelay le (peu après son arrivée) que l'on ne peut franciser les Indiens[3]. »

Charles Aubert de La Chesnaye, négociant de fourrures à Tadoussac entre 1663 et 1666 est nommé commis général de la Compagnie en 1666 et jusqu'en 1669, date à partir de laquelle, il quitte la compagnie pour une exploitation forestière (au lac Saint-Jean), une briqueterie et un long séjour à La Rochelle, qui lui permet d'établir des relations commerciales avec plusieurs pays européens et de devenir propriétaire de plusieurs navires[4].

À son retour au Canada Charles Aubert de La Chesnaye obtiendra peu après la dissolution de la compagnie, à partir de 1675 et jusqu'en 1681, les droits de la Compagnie de la Ferme d'Occident et de son ami Jean Oudiette, détenant ainsi le monopole des fourrures de castor, qui constituent la première richesse à l'exportation du Canada. En 1672, l'intendant Jean Talon lui concède, conjointement avec deux autres associés, la seigneurie de Percé qui doit servir de port d'attache aux bateaux de pêche. Il reçoit la seigneurie de Rivière-du-Loup le . La Chesnaye achète aussi la moitié des fiefs de Saint-François et de Saint-Jean (1677), les seigneuries de Le Parc, à l'est de Rivière-du-Loup (1675), et l'île aux Lièvres (1677).

Action dans les Antilles

Croquis d'un moulin à sucre avec des esclaves au travail et des administrateurs de la Compagnie des Indes occidentales en 1667.

En 1665, après 14 ans de gestion coloniale, sous la pression de Colbert, l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem cède ses colonies antillaises à la compagnie française des Indes occidentales.

Les plantations de tabac sont très développées dans les autres colonies françaises.

La compagnie se heurte aux intérêts des colons français des Antilles, qui se livrent à la contrebande avec les Hollandais. Son monopole commercial aboutit à des prix de revente du sucre prohibitifs par rapport aux concurrents anglais de la Barbade et de la Jamaïque.

Les planteurs de sucre s'en plaignent, et lui reprochent aussi de ne pas livrer des esclaves, alors que l'île anglaise de la Jamaïque commence à en importer massivement vers le début des années 1670.

Politique africaine

La compagnie récupère le monopole de la traite des Noirs du Sénégal qui appartenait depuis 1658 à la Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal. Mais elle en profite peu et se diversifie pour trouver d'autres sources de revenus. En 1666, la Compagnie française des Indes occidentales crée deux comptoirs au royaume de Dahomey (actuel Bénin), à Savi et Ouidah, qui achètent d'autres produits tropicaux.

La compagnie se voit reprochée par les colons des Antilles, de ne pas importer assez d'esclaves Noirs et le flux vers les Antilles s'assèche complêtement pendant son existance. Ses dirigeants ne connaissent pas le monde colonial.

Jusqu'à la fin des années 1660, Colbert limite les visées françaises sur les côtes d'Afrique, car il préfère ménager les Hollandais, qu'il cherche à faire venir en France pour créer des manufactures, comme à Abbeville avec la création l'année suivante, en 1665, de la Manufacture royale des Rames, par de riches tapissiers hollandais, la famille Van Robais, et qui comptera à son apogée 2 500 salariés. De fait, sur les côtes de Guinée, les rares esclaves que la Compagnie des Indes occidentales achète proviennent de négociants interlopes hollandais[5] qui eux-même récupèrent des prises de guerre sur les navires espagnols et portugais.

Des liens diplomatiques sont établis avec les États africains de la Côtes de l'Or, mais sans la Compagnie des Indes[6], et qui perdureront parfois jusqu'à la fin du règne de Louis XIV[7]. En 1666, Nicolas Villault de Bellefond[6] et un équipage néerlandais du groupe Coymans-Voet, approche le roi de Comendo[6],[8], allié des hollandais, pour des marchands français. Puis en 1669-1671 : second voyage au roi de Comendo, improvisé directement par le Roi de France[6], sans la Compagnie des Indes[6].

Le 26 août 1670[9]. le roi prend un décret dissolvant la Compagnie française des Indes occidentales et insistant sur la nécéssite d'importer plus d'esclaves[9] en supprimant l'impôt de 5 livres sur chaque esclave importé d'Afrique[9]. Dans le sillage de la Compagnie royale d'Afrique fondée en Angleterre en *1672, Louis XVI s'en inspire en 1673 quand la Compagnie du Sénégal est fondée en France.

Un plan secret émerge paralèllement pour s'emparer des comptoirs fortifiés que possèdent les Hollandais, tout particulièrement sur la Côte de l'Or (l'actuel Ghana)[réf. nécessaire], comme dans les années 1650.

Plusieurs missions de reconnaissance sont organisées. De à , par exemple, Colbert envoie le vaisseau Le Tourbillon, commandé par le capitaine de vaisseau Louis de Hally et monté par Louis Ancelin de Gémozac, un ingénieur de la Marine chargé de lever les plans des forts, pour rapporter tous les éléments nécessaires à la prise de décision.

Ce plan ne sera cependant jamais réalisé, même si la guerre de Hollande mobilise ensuite les énergies.

La dissolution (1674)

La guerre de Hollande à partir de 1672 désorganise le fonctionnement de la compagnie, qui est dissoute en décembre 1674 par l'édit de Saint-Germain en Laye, après avoir accusé un passif de cinq millions de livres. Dès 1666, le Roi avait offert la liberté de commerce aux particuliers de France. Le , il avait ouvert l'accès des îles à « tous les négociants du royaume », mais il faut un peu de temps pour que la flotte française soit à la hauteur de celle des Hollandais.

Une éphémère Compagnie d'Occident est créée juste après la Compagnie des Indes occidentales, mais la création de la Ferme d'Occident en fait une coquille vide, dont le nom prestigieux sera cependant utilisé en 1717 après la mort de Louis XIV au moment de l'installation du système de Law.

Le roi reprend en 1674 l'administration directe des colonies. Il fonde alors conjointement la Ferme d'Occident et la Compagnie du Sénégal, lui demande une politique esclavagiste plus agressive et supprime le monopole : à partir de cette date, les négriers des grands ports français ont eux aussi le droit de pratiquer la traite. C'est le début de l'essor des Irlandais de Nantes, grands négociants du commerce triangulaire, pour la plupart des immigrés jacobites alliés de Louis XIV et de son cousin Jacques II d'Angleterre.

La dissolution de la Compagnie des Indes occidentales et la création de la Compagnie du Sénégal la même année mène la Martinique à développer la culture sucrière. La production des deux îles françaises passe de 5 800 à 8 700 tonnes de sucre entre 1674 et 1682, soit un bond de 50 %. Au cours de ces sept ans, on passe de 2 400 à 10 600 esclaves noirs à la Martinique où s'installent de nombreuses familles nobles françaises et irlandaises, dont une partie vient de la Barbade.

La dissolution coïncide avec un durcissement du traitement des esclaves. C'est en 1673 que sont rendues les premières décisions tendant à rattacher les enfants métis au statut d'esclave de leur mère et en 1680 qu'est rendu un arrêt du conseil des planteurs de la Guadeloupe ordonnant que tous les enfants de négresses seront nés esclaves. En 1680, on recense 314 mulâtres en Martinique, 170 en Guadeloupe et seulement 350 à la Barbade, où la population d'esclaves est pourtant huit fois plus nombreuse mais où ont été votées dans les années 1660 des lois très sévères en la matière, qui seront aux sources du code noir.

Notes et références

  1. Déclaration du Roi portant sur l'établissement de la compagnie des Indes, BNF (Gallica)
  2. migrations.fr
  3. Du Québec à la Louisiane, sur les traces des Français d'Amérique, Géo Histoire
  4. http://www.histoirequebec.qc.ca/publicat/vol8num3/v8n3_7pd.htm
  5. Chouin, G. Minor Sources? Two Accounts of a 1670-1671 French Voyage to Guinea: Description, Authorship and Context. History in Africa 31 (2004):133-155.
  6. a b c d et e 
  7. Chouin, G. Eguafo, un royaume africain au 'cœur françois'. Mutations socio-économiques et politique européenne d'un État de la Côte de l'Or (Ghana) au XVIIe siècle. Paris, Afera Éditions, 1998.
  8. Eguafo, un royaume africain « au cœur françois » (1637-1688), par Gérard Chouin
  9. a b et c "Histoire de l'esclavage dans les colonies françaises" par le professeur Gaston Martin, aux Presses universitaires de France, en 1948 [1]

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes