Bagaudes

Pillards gaulois par Évariste-Vital Luminais. Musée de la société historique et archéologique de Langres.

Les bagaudes (en latin : bagaudæ) étaient, dans l'Empire romain, le nom donné aux bandes armées de paysans sans terre, d'esclaves, de soldats déserteurs et de brigands qui rançonnaient le nord-ouest de la Gaule du IIIe au Ve siècle. Le poids de la fiscalité romaine conjugué à la misère causée par le refroidissement du climat et les pillages des barbares venus du nord semblent être, pour la plupart de ces hommes, les raisons pour se résoudre à vivre de rapines.

Le nom « bagaude » dérive d'un mot celtique qui a donné le breton bagad, qui signifie troupe, groupe, troupeau. Certaines bagaudes se dotent d'une organisation politico-militaire. Dans leur plus grande extension, elles couvrent les deux cinquièmes du territoire de la Gaule (nord-ouest principalement).

Étymologie

Selon des spécialistes modernes[1], le mot latin Bagaudæ serait emprunté au gaulois et pourrait signifier « combattants ». On retrouve le suffixe -auda dans deux autres mots latins connus comme d'origine celtique : alauda (« alouette ») et bascauda (« cuvette »[2]). Pour le radical, on rapproche le vieil irlandais bág (« combat »), bágach (« belliqueux », « combatif »).

Premières bagaudes

En 284[réf. nécessaire] ou 286 apparaissent les premières bagaudes dans une Gaule du Nord à peine remise des ravages de l'invasion germanique de 276. Des paysans gaulois se révoltent contre l'administration impériale. Animées entre autres par les prédications des prêcheurs chrétiens contre la domination étrangère, les bagaudes commencent en Armorique. Leur nombre grandit très rapidement ; en quelques mois elles atteignent la taille d'une armée qui s'organise plus ou moins et, par dérision, donne à ses deux principaux meneurs Aelianus (ou Œlianus) et Amandus les titres de « César » et « Auguste »[3].

Les bagaudes s'étendent jusqu'à la quatrième Lyonnaise[3], dont la capitale est Sens (Agendicum ), en août-septembre 285 après la mort de Carin (empereur 284-285)[4]. Quarante-neuf cités se révoltent, dont Paris, Sens, Troyes, Auxerre et Meaux - mais pas le pays des Lingons qui a une double défense contre l'insurrection : la forêt de Der fait un obstacle physique non négligeable au nord de leur territoire ; et les Lingons ont de fortes attaches avec Rome[3]. Ils avancent jusqu'à Augustodunum (Autun) sans toutefois parvenir à prendre la ville[5].

Le coempereur Maximien Hercule combat les bagaudes dans le nord de la Gaule, employant des tactiques spécifiques de contre-insurrection. Évitant le risque d'une embuscade similaire à celle de la forêt de Teutoburg qui, en l'an 9, coûta à Rome les trois légions de Varus, il lance des colonnes de cavalerie en refusant la bataille rangée au profit d'une succession d'engagements limités, repoussant méthodiquement les bagaudes au cours d'une campagne longue de sept mois[5]. Il obtient une victoire en 286[n 1] ne met pas fin au mouvement pour autant[4].

Contenus quelque temps par Aurélien (270-275) et Probus (276-282) avec qui Aelianus traite d'égal à égal, ils se révoltent de nouveau sous Dioclétien (284-305)[3].
Constance Chlore fait des milliers de prisonniers parmi les Saxons, Frisons, Hamaves et Francs, et vers 296 les fait conduire sur les territoires d'Amiens, Beauvais, Troyes et Langres où ses captifs deviennent pâtres, laboureurs ou soldats[3].

La reprise

Les révoltes bagaudes reprennent au IVe siècle, lors des invasions germaniques en Gaule et en Espagne. Les ravages exercés sur la population rurale et urbaine, ainsi que l’anarchie développée par le recul de l’autorité impériale parfois remplacée par des dominations barbares moins assurées, induisent de nouveau le regroupement de bandes armées de paysans ruinés et de déserteurs, auxquelles se joignent depuis les villes des esclaves fugitifs et des citadins endettés, luttant pour leur survie ou tentés de se joindre aux pillages. Certains historiens y ont vu aussi des aspirations autonomistes contre l’Empire romain, dans les interactions entre les bagaudes et les réfugiés bretons d’Armorique ou les tribus basques en Espagne. Mais la faim et l’appât du gain facile semblent des motivations suffisantes lors d’une telle époque de bouleversement.

Aurelius Victor signale des attaques de bagaudes vers 360 à la périphérie des villes[7]. Au début du Ve siècle quelque 500 000 Sarmates, Ostrogoths et Germains de l'ouest descendent du nord-est vers le sud-ouest sous la conduite de Radaghis et attaquent l'Italie en 406 ; en même temps, la Gaule est attaquée par un groupe comprenant des Markomans et des Suèves. L'empire romain craque de toutes parts et les bagaudes reviennent en force, se développant rapidement et en nombre[8]. Entre 409 et 417 le soulèvement atteint le bord de Loire puis la Loire inférieure, jusqu'à la côte Atlantique[4]. Les bagaudes combattent différentes armées romaines envoyées par Flavius Aëtius, le dernier général vraiment efficace de l'empire d'Occident. Aëtius utilise des fédérés comme les Alains, sous la conduite de leur roi Goar, pour tenter de lutter contre les bagaudes en Armorique, et certains de ces barbares demeurent dans la vallée de la Loire.[réf. nécessaire]

Bagaude de Tibatto

En 435, Tibatto est le chef d'une bagaude qui, selon la Chronica gallica, provoque la sécession de la Gaule ultérieure et à laquelle se joignent tous les esclaves.[réf. nécessaire] Les Lingons sont, là encore, étrangers à la révolte. Les Bagaudes sont battus sur la Seine, la Loire, l'Allier et le Lain (!?)[9]. Tibatto est vaincu et fait prisonnier en 437.

Dernières bagaudes

Peu après cette date, une révolte bagaude est réprimée en Espagne par les Wisigoths, sur ordre des autorités romaines.[réf. nécessaire]

En 448, une nouvelle bagaude en Gaule centrale est dirigée par un médecin nommé Eudoxe. Battu, il se réfugie à la cour d’Attila.[réf. nécessaire]

La légende de Saint-Maur-des-Fossés

Un texte ecclésiastique du XIe siècle mentionne un retranchement des bagaudes dans la localité de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), sur les bords de la Marne près de Paris, au lieu Bagaudarum castrum. Une porte de Paris dans la direction de Saint-Maur-des-Fossés aurait reçu, en mémoire des Bagaudes, le nom de porta Bugaudarum puis, par abréviation, porta Bauda[10]. Un boulevard des Bagaudes existe dans la commune de Saint-Maur-des-Fossés ; la plaque porte la curieuse mention « peuplade gauloise ». Cependant, ce n'est qu'au XIVe ou au XVe siècle que ce texte a été ajouté au manuscrit du XIe siècle sur la vie de saint Babolin, premier abbé de Saint-Maur au VIIe siècle[5],[n 2].

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • [Cóic 1973] Youenn Cóic, Les Ploucs : essai de chronique paysanne, Paris, éd. Pierre Jean Oswald, . Rééd. en 1979 sous le titre Les Ploucs ou la Révolte des Bagaudes : essai de chronique paysanne, éd. L'Harmattan.
  • [Drinkwater 1992] (en) John Drinkwater, « The Bacaudae of fifth-century Gaul », dans John Drinkwater et Hugh Elton, Fifth-century Gaul. A crisis of identity?, Cambridge, New York, Cambridge University Press, , p. 208-217.
  • [L'Huillier 2005] Marie-Claude L'Huillier, « Notes sur la disparition des sanctuaires païens », dans Marguerite Garrido-Hory et Antonio Gonzalès, Histoire, espaces et marges de l'antiquité : hommages à Monique Clavel-Lévêque, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, , sur persee (ISBN 9782848671123, lire en ligne), p. 290. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Sanchez 1996] Juan Carlos Sánchez León, Les sources de l'histoire des Bagaudes, Presses universitaires de Franche-Comté, sur xxx.

Notes et références

Notes

  1. Des aurei d'un atelier de Iantinon (Meaux) montrent un Jupiter foudroyant (cavalier à l'anguipède) et Hercule assis, en célébration de cette victoire de Maximien Hercule sur les bagaudes en 286 - un effet de propagande de la part de la tétrarchie romaine[6].
  2. « Malgré quelques rares vraisemblances on ne trouve finalement guère de base au récit romancé du siège des bagaudes »[11].

Références

  1. [Delamarre 2001] Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Paris, éd. Errances, , p. 55.
  2. Martial (XIV, 99) dit que cet ustensile était emprunté aux Bretons : « Barbara de pictis veni bascauda Britannis, / Sed me jam mavult dicere Roma suam ».
  3. a b c d et e [Boutiot 1870] Théophile Boutiot, Histoire de la ville de Troyes et de la Champagne méridionale, vol. 1, 1870, 524 p., sur books.google.fr (lire en ligne), p. 75.
  4. a b et c L'Huillier 2005, p. 290.
  5. a b et c « Bagaudes, les insurgés de la Gaule romaine », Guerre & Histoire, n° 18, avril 2014, p. 74.
  6. L'Huillier 2005, p. 290, texte et note 26.
  7. Aurelius Victor, De Caesaribus 3, 16.
  8. Boutiot 1870, p. 101.
  9. Boutiot 1870, p. 103, note 1.
  10. Dictionnaire universel françois et latin, Les libraires de Paris, , sur xxx, p. 936.
  11. [Gillon] Pierre Gillon (préf. Jean Favier), La nouvelle histoire de Saint-Maur-des-Fossés, t. 1 : Des origines aux Bagaudes, Le Vieux Saint-Maur, , 105 p. (ISBN 2950173705), p. 70-71.