Tête du Coquin

Tête du Coquin
Image illustrative de l’article Tête du Coquin
Géographie
Altitude 837 m[1]
Massif Vosges
Coordonnées 48° 27′ 11″ nord, 7° 00′ 39″ est[1] 
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Grand Est
Département Vosges
Géologie
Roches Grès
Géolocalisation sur la carte : Vosges
(Voir situation sur carte : Vosges)
Tête du Coquin
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Tête du Coquin

La tête du Coquin est un haut sommet gréseux situé dans le département des Vosges, à l'extrémité orientale de la forêt domaniale de Celles-sur-Plaine. Le massif du Coquin domine la vallée de la Plaine et la vallée du Rabodeau, deux vallées qui remontent continûment vers le nord-est où trône le massif du Donon, prestigieux sommet des Vosges gréseuses. En particulier, il surplombe l'ancienne petite ville industrielle de Moussey au sud.

Toponymie

Le massif du Coquin doit selon la tradition orale son nom au coq de bruyère. Le nom dérive de l'ancien français coquelin, petit caquetage ou petit cri continu en saison de reproduction du coq sauvage. Les Gaulois peu ou prou romanisés nomment les gallinacés par des surnoms explicite : il nous reste en français le coq qui signifie à l'origine le « crieur, baratineur » ; la poule en jeune femme séductrice ou séduite (puella, « jeune fille » en latin classique). La racine qui a servi également au coq domestique provient de l'indo-européen *kak, au sens triple de « caqueter, chanter, parler avec avidité » que ce soit pour la louange ou la médisance. En patois vosgien, câquer signifie « montrer la tête, sortir (après l'hiver) » mais également « caqueter » (cri régulier de la poule). Cet ancien toponyme apparaît gaulois.[réf. nécessaire]

Les diminutifs gaulois qui ont été préservés par les vieux dialectes d'ancien français, aujourd'hui disparus, sont particulièrement importants. Il est fort probable que les patronymes autrefois fréquents Caquel (simple diminutif) et Caquelin (double diminutif) proviennent de cette racine, appliquée à un nom de domaine comme un emblème animal d'alleu paysan. L'altération de la forme archaïque Câquelā ou Coquelā aurait donné Colas, entraînant ensuite confusion avec la forme altéré par sa première syllabe déjà amuisée du prénom du saint des flotteurs, Nicolas ou N'kolaas. Le Gros Colas, sommet et mont dans le prolongement du massif du Coquin, indiquerait en vieux patois lo grous coquelā ou « gros coq de bruyère ». Les Noires Colas, hameau dans le prolongement du massif seraient dans cette vieille koïnè 'li nâre coquelā(s), « le noir coq de bruyère » dont les rares initiés connaissent le plumage sombre.[réf. nécessaire]

Géographie

Entre la tête du Coquin à 837 mètres d'altitude et le Pain de Sucre au sud-ouest à 671 mètres d'altitude commence à s'échancrer une profonde vallée qui prend naissance en deux lieux-dits du Calvaire à 789 mètres et du col Ferry sous les roches Ferry à 801 mètres, deux hauteurs qui surplombent directement la vallée du Rabodeau et Moussey. Les roches sont des grès vosgiens d'âge triasique. Les amateurs géologues reconnaissent un ancien cirque glaciaire dans un modelé de calotte islandaise, comparable à celui, d'ailleurs plus petit et moins élevé, du lac de la Maix. En effet, les recherches actuelles, rejoignant les constats modestes de terrains depuis la Belle Époque, proposent un niveau nival situé entre 600 et 700 mètres d'altitude durant les ultimes (dé)glaciations[2].

Au nord du Coquin, se poursuit une ligne de faite qui gagne le Gros Colas dont la tête en sommet arrondi est à 726 mètres d'altitude et la tête des Herrins, partie de la forêt communale d'Allarmont surmontant au-delà de la Plaine le hameau des Noires Colas, en aval de Bionville. La forêt de Celles est limitée par les Hayes de Celles, terme qui signifie en dialecte lorrain les « (petits) bois ou forêt de clôture de Celles ».

Histoire

Les observateurs peuvent interpréter la forme étrange de la roche sommitale comme un coq élancé. Selon la tradition orale, ces anciennes hauteurs glaciaires sont considérées comme des refuges longtemps préservés du coq de bruyère, faisant entendre en automne un concert de caquetage. L'historien peut montrer aussi la compatibilité de cet oiseau aujourd'hui en voie de disparition dramatique depuis un siècle et un environnement agro-pastoral. Contrairement à une conception historique erronée de forêts immuables, les forêts des anciennes terres de Salm, en particulier celle de Celles, possédaient évidemment avant la Révolution des chaumes admodiées ou des montagnes d'estives privées, en particulier sous le Coquin :

  • au sud la chaume des Bœufs ;
  • la chaume du Coquin à l'est ;
  • la chaume de Riangoutte au nord ;
  • il est possible d'ajouter la chaume des Gardes en dessous du col des roches Ferry.

L'indice de quatre fontaines anciennes correspondantes, toujours en eau et mentionnée sur la carte topographie corrobore les traces de cette présence pastorale d'estives sous l'Ancien régime. La gestion traditionnelle de ces estives montre que seuls les sommets rocheux étaient couverts de belles forêts ainsi que les fonds. Sur Allarmont, le prolongement du massif du Coquin peut à la rigueur englober la chaume des Gros Colas.

Tous les espaces ouverts, calmis, calvus mons, calvomontensis devenu chaume, la « montagne » des montignons ou marcaires, ou l'ancien campus altéré en *champ, s'ils étaient entourés de forêts majestueuses à grand arbres, ont donné lieu selon la tradition paysanne dans les montagnes vosgiennes, à des explications de création/revigoration de vents réguliers froids et secs. Le « bise de la chaume des Bœufs » ou « bise du Coquin » ne fait pas exception : elle désignait autrefois le vent froid venu d'Alsace ou d'Allemagne, bise de l'Est qui frigorifiait les habitants de Celles. Les météorologues identifient désormais l'anticyclone russe formé d'air froid et dense, gelant la mer Baltique et s'avançant vers l'Europe occidentale par avancées brusques de languettes d'air froid.

De plus, les patronymes Caquel ou Caquelin, présents dans les deux grandes vallées voisines, peuvent venir de ce massif dédié au coq de bruyère. La plupart des noms prénoms vosgiens ou lorrains étaient autrefois complétés ou précisés par un lieu d'appartenance communautaire ou un lieu d'attachement emblématique qui peut être une chaume familiale ou un domaine familiale en vallée, les deux pouvant d'ailleurs être semblablement dénommés.

À proximité de la tête du Coquin se rejoignait les deux chemins traditionnels qui reliaient Moussey à Celles-sur-Plaine, La Petite-Raon à Allarmont. En été, le Coquin n'était pas encore un territoire de solitude sylvicole.

Randonnée

C'est un lieu de promenade silencieux à proximité du sentier de grande randonnée GR533 qui longe la ligne de crête depuis les côtes de Senones avant de gagner en bifurquant à l'ouest Celles-sur-Plaine. L'altitude de la tête du Coquin est de 837 mètres et reste facilement accessible depuis la passée du Calvaire à 789 mètres d'altitude, par une légère descente et une montée. La tête du Coquin offre un point de vue remarquable.

Liens externes

Notes et références

  1. a et b « Carte IGN classique » sur Géoportail.
  2. Jean-Luc Mercier, Déglaciation des vallées glaciaires alsaciennes des Hautes Vosges centrales : Younger Drias, Little Ice Age, Equilibrium Line Altitude, pages 93-101 ; suivi d’une analyse des moraines perdues du Petit Rombach avec Natacha Jeser in Bulletin de la Société d’histoire naturelle et d’ethnographie de Colmar, 64e volume, 1998–1999-2000, 160 pages.