Repas en famille

Un repas en famille (ou repas de famille) est une réunion familiale autour d'un repas (banquet ou festin éventuellement).

Ce repas est parfois servi par un restaurant (ou traiteur) à une famille, souvent hors des heures de pointe[1] ou réalisé chez l'un des membres de la famille.

Il se faisait classiquement au quotidien, et plus exceptionnellement (avec alors plus de convives) à l'occasion d'un mariage, d'un enterrement, d'une fête ou d'un évènement particulier. Dans les familles éclatées et dispersées, le repas en famille tend à reculer.

Sa réussite dépend à la fois de la qualité de l’assiette, et du plaisir relationnel.

Sociologie du repas en famille

Manger en famille et régulièrement dans une ambiance conviviale (commensalité)[2], est réputé contribuer à entretenir les relations sociales intergénérationelles et au sein d'une même classe d'âge au niveau intra-familiales, à limiter les risques de sentiments de solitude ; supposément au profit d'une meilleure santé mentale et de relations sociales enrichies.

Ce repas, et sa préparation[3], jouent un rôle majeur dans la transmission de certaines habitudes socio-alimentaires[4] et dans l'acquisition de certaines préférences alimentaires de la part des enfants[5].

Quelques études ont porté sur les comportements, préoccupations, motivations et priorités parentales liés à la planification et au partage des responsabilités dans la préparation du repas. Par exemple une étude (2011) menée dans 16 régions du Québec montrait que le peu de priorité à la planification des repas est source de problèmes et de stress au moment du repas. Les parents sont conscients que cette étape influence l'efficacité, le plaisir et l’ambiance à cuisiner un repas. L’harmonie des discussions et les comportements des enfants sont importants, et les parents estiment que l’apprentissage culinaire à l’école serait une bonne chose[6]. Cette activité nécessite aussi des habiletés à gérer un budget et à planifier pour répondre au mieux aux souhaits de la famille[6].

Repas de famille et santé

Des nutritionnistes ou des acteurs des politiques de santé publique, comme Dallacker, Hertwig et Mata (2017)[7] ou Fulkerson, Larson, Horning et Neumark-Sztainer (2014)[8] postulent généralement que ce repas convivial est un « moyen de prévenir des maladies liées à l’alimentation » (obésité, diabète, certaines maladies métaboliques, alcoolisme...) et/ou un levier pour améliorer la « santé mentale et sociale des convives », et ce pour les adultes comme pour les enfants et adolescents[9].

Pourtant, ces supposés bénéfices sont encore discutés par les scientifiques :

  • ce type de convivialité peut en effet être associé à des excès d'alcool, de gras, de sucre et à un manque d'activité physique ;
  • par ailleurs, l'injonction à la convivialité est source de pression sur les mères ou grand-mères, qui prennent souvent en charge l'organisation domestique et la préparation et les suites de ces repars sables du travail alimentaire domestique.Une étude sociologique conduite de 2020 à 2023 s'est intéressée à la gestion des émotions induites par les repas de famille quotidiens. Elle a montré que la convivialité est aussi source d'un « travail émotionnel invisibilisé »[10].

Dans le contexte de la fin de l'hospitalisation d'adolescents anorexiques, « repas familial thérapeutique », associant familles et soignants, a été utilisé comme marqueur d'une étape thérapeutique (transition vers le retour hors de l'hôpital)[10].

Les acteurs de la santé publique incitent les parents à associer les enfants à la préparation des repas en famille ou des repas de famille (ils peuvent participer aux invitations, aux achats, à la préparation des repas, au dressage de table, etc. ainsi qu'à la vaisselle et au rangement. Des bénéfices nutritionnels ont été liés à l’acte de cuisiner (surtout documentés chez les jeunes adultes[11] et adolescents[11],[12], puis chez les enfants, au profit d'une meilleure cohésion familiale et sociale, ainsi qu'à l'acquisition d'habitudes alimentaires (ex. : fruits et légumes convenablement préparés plutôt qu'aliments industriels ou préparés). Ces préparations en commun sont aussi potentiellement favorables à une alimentation et une vie familiale plus riche en occasions d’échanges entre les différents membres de la famille et entre générations[6].

La fatigue des parents peut être un frein à la motivation culinaire[13].

Notes et références

  1. (en) Devra First, « Chef's table », The Boston Globe,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  2. (en) Håkan Jönsson, Maxime Michaud et Nicklas Neuman, « What Is Commensality? A Critical Discussion of an Expanding Research Field », International Journal of Environmental Research and Public Health, vol. 18, no 12,‎ , p. 6235 (ISSN 1660-4601, PMID 34207626, PMCID PMC8295993, DOI 10.3390/ijerph18126235, lire en ligne, consulté le ).
  3. (en) Sarah Daniels, Ignace Glorieux, Joeri Minnen et Theun Pieter van Tienoven, « More than preparing a meal? Concerning the meanings of home cooking », Appetite, vol. 58, no 3,‎ , p. 1050–1056 (ISSN 0195-6663, DOI 10.1016/j.appet.2012.02.040, lire en ligne, consulté le ).
  4. (en) Amanda C. Trofholz, Mai See Thao, Mia Donley et Mireya Smith, « Family meals then and now: A qualitative investigation of intergenerational transmission of family meal practices in a racially/ethnically diverse and immigrant population », Appetite, vol. 121,‎ , p. 163–172 (ISSN 0195-6663, DOI 10.1016/j.appet.2017.11.084, lire en ligne, consulté le ).
  5. (en) Siril Alm, Svein Ottar Olsen et Pirjo Honkanen, « The role of family communication and parents' feeding practices in children's food preferences », Appetite, vol. 89,‎ , p. 112–121 (ISSN 0195-6663, DOI 10.1016/j.appet.2015.02.002, lire en ligne, consulté le ).
  6. a b et c Marie Marquis, Nathalie Jobin, Julie Aubé et Stéphanie Côté, « Comportements, préoccupations et priorités liés à l’utilisation du temps entourant les repas familiaux au Québec », Cahiers de Nutrition et de Diététique, vol. 53, no 3,‎ , p. 151–160 (ISSN 0007-9960, DOI 10.1016/j.cnd.2018.03.004, lire en ligne, consulté le ).
  7. (en) M. Dallacker, R. Hertwig et J. Mata, « The frequency of family meals and nutritional health in children: a meta‐analysis », Obesity Reviews, vol. 19, no 5,‎ , p. 638–653 (ISSN 1467-7881 et 1467-789X, DOI 10.1111/obr.12659, lire en ligne, consulté le ).
  8. (en) Jayne A. Fulkerson, Sarah Friend, Melissa Horning et Colleen Flattum, « Family Home Food Environment and Nutrition-Related Parent and Child Personal and Behavioral Outcomes of the Healthy Home Offerings via the Mealtime Environment (HOME) Plus Program: A Randomized Controlled Trial », Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, vol. 118, no 2,‎ , p. 240–251 (ISSN 2212-2672, DOI 10.1016/j.jand.2017.04.006, lire en ligne, consulté le ).
  9. (en) Samantha S. Goldfarb, Will L. Tarver, Julie L. Locher et Julie Preskitt, « A systematic review of the association between family meals and adolescent risk outcomes », Journal of Adolescence, vol. 44,‎ , p. 134–149 (ISSN 0140-1971, DOI 10.1016/j.adolescence.2015.07.008, lire en ligne, consulté le ).
  10. a et b Fairley Le Moal, « Le travail émotionnel des repas de famille : le prix de la convivialité », The Conversation,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  11. a et b (en) Nicole I. Larson, Cheryl L. Perry, Mary Story et Dianne Neumark-Sztainer, « Food Preparation by Young Adults Is Associated with Better Diet Quality », Journal of the American Dietetic Association, vol. 106, no 12,‎ , p. 2001–2007 (ISSN 0002-8223, DOI 10.1016/j.jada.2006.09.008, lire en ligne, consulté le ).
  12. (en) Yen Li Chu, Kate E. Storey et Paul J. Veugelers, « Involvement in Meal Preparation at Home Is Associated With Better Diet Quality Among Canadian Children », Journal of Nutrition Education and Behavior, vol. 46, no 4,‎ , p. 304–308 (ISSN 1499-4046, DOI 10.1016/j.jneb.2013.10.003, lire en ligne, consulté le ).
  13. (en) Amy Storfer-Isser et Dara Musher-Eizenman, « Measuring Parent Time Scarcity and Fatigue as Barriers to Meal Planning and Preparation: Quantitative Scale Development », Journal of Nutrition Education and Behavior, vol. 45, no 2,‎ , p. 176–182 (ISSN 1499-4046, DOI 10.1016/j.jneb.2012.08.007, lire en ligne, consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Melanie D. Hingle, Teresia M. O'Connor, Jayna M. Dave et Tom Baranowski, « Parental involvement in interventions to improve child dietary intake: A systematic review », Preventive Medicine, vol. 51, no 2,‎ , p. 103–111 (ISSN 0091-7435, DOI 10.1016/j.ypmed.2010.04.014, lire en ligne, consulté le ).
  • (en) Andrea de la Torre-Moral, Sergi Fàbregues, Anna Bach-Faig et Albert Fornieles-Deu, « Family Meals, Conviviality, and the Mediterranean Diet among Families with Adolescents », International Journal of Environmental Research and Public Health, vol. 18, no 5,‎ , p. 2499 (ISSN 1660-4601, PMID 33802507, PMCID PMC7967627, DOI 10.3390/ijerph18052499, lire en ligne, consulté le ).
  • Marie Marquis, Nathalie Jobin, Julie Aubé et Stéphanie Côté, « Comportements, préoccupations et priorités liés à l’utilisation du temps entourant les repas familiaux au Québec », Cahiers de Nutrition et de Diététique, vol. 53, no 3,‎ , p. 151–160 (ISSN 0007-9960, DOI 10.1016/j.cnd.2018.03.004, lire en ligne, consulté le ).
  • (en) M. Dallacker et al., The frequency of family meals and nutritional health in children: A meta-analysis.
  • (en) M. Dallacker et al., Quality matters: A meta-analysis on components of healthy family meals.
  • (en) L. Dwyer et al., Promoting family meals: A review of existing interventions and opportunities for future research. Adolescent health.

Articles connexes

Liens externes