Iris 10
Iris 10 est le premier mini-ordinateur français, au sens où il est conçu et construit en France, d'abord développé par la CAE puis lancé lancé en juillet 1967 par la CII dans laquelle la CAE a fusionné, sous le nom de "CII 10010", et qui sera ensuite rebaptisé "Iris 10" et deviendra le Mitra 15 après de très profondes transformations, dans le cadre de la deuxième phase du Plan Calcul, pour devenir un pilier de l'informatique distribuée, sous la direction de l'ingénieure et scientifique française Alice Recoque.
Histoire
Il a été conçu par André Vallet sur "un schéma original inspiré de l'architecture du RW530 (et du CAE 133) mais utilisant la technologie et les périphériques produits sous licence SDS. Lorsqu'il est lancé en juillet 1967 par la CII sous le nom 10010, avant d'être renommé Iris 10 un an et demi après, c'est encore la première phase du Plan Calcul, pour lequel il a été décidé que le soutien financier de l'Etat ne concernerait pas ce type de produit, étant réservé à la recherche d'une puissance de calcul au service des projets scientifiques. C'est la CAE qui a développé ce premier mini-ordinateur conçu en France mais sans encore le lancer. Prix "modeste", "robustesse", et "encombrement réduit" sont mis en avant lors du lancement.
Fin 1968, Bernard Dorléac, directeur général de la CII[1], vante le 10010 dans la presse comme un "petit système économique à usage industriel, terminaux de télétraitement"[1]. Il sera cependant vendu à un prix moyen de 200000 francs[2]. Après une visite de la CII début 1969 par des élèves de 1re C, le Conseil d'établissement d'un Lycée propose d'emprunter un modèles pour le lycée[3].
En février 1971, la RATP annonce qu'il n'y aura plus de poinçonneur dans le métro à partir de 1974[4], à la suite de l'expérience réussie d'automatisation du péage dans le nouveau RER (réseau express régional) [5], qui avait utilisé 54 ordinateurs CII 10010 couplés avec des Philips P 9201, la maison-mère CII ayant largement participé à la conception et à la construction du système automatisé du RER. On présente déjà l'étape suivante, des rames automatisées sans conducteurs, qui ne verront le jour à grande échelle qu'en 1983, véhicule automatique léger (VAL), premier métro urbain intégralement automatique au monde, ouvert en 1983 pour le nouveau métro de Lille, issu des recherches combinées de l'Université Lille-I, de l'IDN[6] et du brevet d'automatismes d’un système sans conducteur déposé le 31 juillet 1971 par le professeur Robert Gabillard[7], qui s'est exporté à Toulouse, Rennes, Turin, Uijeongbu, Taipei ou dans les aéroports de Paris ou Chicago.
Il est alors précisé que l'automatisation de 1400 portillons automatiques du métro reposera sur un nombre plus restreint d'ordinateurs : 14 CII 10020 seulement.
Le 10010 est ensuite "officiellement réorienté , sous le nom de Iris 10, vers un marché de satellite de la ligne Iris que lui laissaient CSF et CGE"[2].
Selon une spécialiste qui a travaillé sur le sujet dans les laboratoires de la CII, Alice Recoque, le 10010, "très précurseur" n'a pas eu l’essor commercial suffisant[8], d'où son nouveau nom puis son changement de nature, avec une montée en puissance. Elle a mené une réflexion poursuivant celle du projet CAB 1500 abandonné en 1966, vers "une petite machine conversationnelle, préfiguration de l’informatique personnelle"[9] en mettant l’accent sur l’environnement périphérique (console de visualisation, machine à écrire électrique, etc)[9]. Séduite, la CII lui demande de la représenter dans un projet baptisé MIRIA, dirigé par Paul-François Gloess, nommé directeur de recherches à l'INRIA, avec qui elle avait travaillé dix ans à la SEA[9], et auprès duquel la CII la détache pendant quelques mois avant de lui confier le projet complet[9].
Diffusion
En mars 1973, en fin du cycle d'industrialisation, 349 exemplaires avaient été installés chez les clients et 5 étaient encore en commande [10].
Chronologie
- Juillet 1967 : sortie du "CII 10010";
- Décembre 1968 : Bernard Dorléac, directeur général de la CII[1] présente déjà dans la presse généraliste le 10010, comme un "petit système économique à usage industriel, terminaux de télétraitement"[1].
- début 1969: la CII prête des exemplaires dans les établissements scolaires;
- 1969: vendant sous licence et sous marque EMG810 par le constructeur hongrois EMG Videoton qui fait "bonne figure dans l'informatique d'Europe de l'Est", avec feu vert de la Délégation à l'Informatique;
- 1969: le "CII 10010" devient l'Iris 10;
- octobre 1969: la DGI mentionne le « succès encourageant de l'Iris 10 »[11];
- mai 1971: sortie du Mitra 15, produit à Grenoble;
- juin 1971: en raison du succès du Mitra 15, il est produit aussi à Toulouse;
- janvier 1972: Louis Pouzin propose d'appeler "Mitranet" son réseau Cyclades, en raison du succès du Mitra 15[12],[13];
Références
- "Où en sont les programmes de la CII ?" par Bernard Dorléac, dans Le Monde diplomatique [1]
- Monographie FEB du 10010, alias Iris 10
- ↑ "Les Mini-ordinateurs « Éducation nationale » de la décennie 1970", par Daniel Caous, chef de projet à la Direction du numérique et des systèmes d'information au Conseil régional de Bretagne et Jacques Baud, ex-secrétaire général et président de l'EPI de 1981 à 1995 [2]
- ↑ "Métro et informatique", par Martine Leventer, le 3 février 1971 dans Le Monde le [3]
- ↑ Le Monde du 23 octobre 1969
- ↑ « Recherches sur le métro automatique à l'université de Lille » (version du sur Internet Archive).
- ↑ Brevet FR2151440.
- ↑ Florence Sèdes et Marie-Claude Gaudel, « Hommage à Alice Recoque », « 1024 » : bulletin de la Société informatique de France, Société informatique de France, no 17, , p. 119-122 (DOI 10.48556/SIF.1024.17.119)
- Alice Recoque, « Miria a validé l’ordinateur personnel avant qu’IBM ne le découvre », Code source, no 3 « Année 1969 », , p. 2 (lire en ligne [PDF], consulté le ).
- ↑ Numéro 21 de la revue d’information interne CII Informations, été 1973 [4]
- ↑ Monographie FEB [5]
- ↑ Chantal Lebrument et Fabien Soyez, Louis Pouzin, l'un des pères de l'Internet, Paris, Economica, , 154 p.
- ↑ Marion Carré (préf. Michelle Perrot), Qui a voulu effacer Alice Recoque ?, Fayard, , 244 p. (EAN 9782213726595, lire en ligne)