Aït Atta
ⴰⵢⵜ ⵄⵟⵟⴰ
| Nom arabe |
Āyt ‘Aṭṭā |
|---|---|
| Nom berbère |
Ayt Ɛeṭṭa |
| Échelon |
Confédération tribale |
| Région principale | |
|---|---|
| Province principale | |
| Territoire | |
| Chef-Lieu |
Igherm Amazdar, |
| Période d'apparition | |
|---|---|
| Mode de vie | |
| Fait partie du groupe tribal | |
| Nombre de fractions |
5 Grands groupes (Khoms) |
| Fractions |
Ait Wahlim, Ait Wallal, Ait Isful, Ait Ungbi, Ait Aissa Mzin |
| Langue principale | |
|---|---|
| Personnages marquants |
Assou Oubasslam (Héros de guerre) Abbas Messaâdi (Résistant) Ahmad al Wallali (Savant) Dadda Atta (Chef Tribale) Adjou Moh (Résistante) |
Les Aït Atta (en tamazight: ⴰⵢⵜ ⵄⵟⵟⴰ, Ayt Ɛeṭṭa) sont une confédération tribale appartenant à l'ethnie Amazigh qui mène une vie semi-nomade et sédentaire. Leur territoire est centré autour du massif montagneux du l'Adrar n Saghro, dans le sud-est du Maroc.
Ils sont considérés comme les derniers représentants au Maroc de l’ancienne tribu sanhadjienne des Massufa[1]. Toutefois, à travers les siècles, la confédération Aït Atta a absorbé divers groupes venus de l’extérieur. Certaines de leurs sous-tribus semblent ainsi provenir de lignages arabes qui, après avoir rejoint la confédération, se sont progressivement berbérisés, adoptant la langue, les coutumes et l’organisation sociale des Aït Atta. De même, des composantes issues d’anciens groupes juifs islamisés auraient également été intégrées.
Origines
Traditions et légendes
Selon les récits oraux transmis au sein de la confédération, l'origine des Aït Atta est intimement liée à la figure mythique de Dadda Atta, un patriarche originaire du Djebel Saghro[2]. Une des légendes les plus célèbres raconte qu’il aurait eu quarante fils, tous mariés le même jour. Durant les festivités, un berger de la tribu voisine des Aït Sdrat aurait saboté leurs fusils en les remplissant d’eau, permettant ainsi à sa propre tribu de lancer une attaque surprise. Les quarante fils de Dadda Atta furent tués, mais leurs épouses, miraculeusement épargnées, donnèrent naissance à 39 garçons et une fille. Ces descendants auraient plus tard vengé leurs pères en repoussant les Aït Sdrat et en fondant les premières composantes de la confédération Aït Atta[2].
Une autre version de cette légende rapporte un mariage collectif anonyme interrompu par une attaque similaire des Aït Sdrat, avec un scénario presque identique. Dans toutes les variantes, on retrouve l’idée d’un ancêtre commun, d’une trahison fondatrice, et d’un renversement de situation qui marque la naissance de la confédération[3].
Une autre tradition non spécifique aux Aït Atta, mais reprise localement, rattache les Berbères du Maroc à la descendance de Jallut (Goliath), vaincu par Sidna Dawud (David). L’un des fils survivants de Goliath aurait migré vers le Maghreb, où ses descendants auraient fondé diverses tribus, y compris, selon certaines versions tardives celle des Ait Atta[3].
Ces récits, bien que transmis oralement, occupent une place importante dans l’identité collective des Aït Atta et sont encore vivaces dans les montagnes du Saghro et les oasis du Drâa.
Origines historiques
L'origine réelle des Aït Atta est difficile à établir avec précision, en raison de l'absence de sources écrites internes et de leur position marginale vis-à-vis des centres de production écrite du Maroc. Cependant, plusieurs éléments permettent une reconstitution historique partielle[3].
La confédération des Aït Atta est issue de plusieurs lignages d’origines diverses. Elle rassemble majoritairement des tribus d’origine sanhajienne, plus précisément du groupe des Messoufa dont ils représenteraient les derniers descendants installés au Maroc[1], une composante saharienne de la grande confédération berbère des Sanhaja. Ces tribus auraient migré depuis les régions sahariennes vers les confins du Sud-Est marocain[4], où elles se sont implantées dans le Saghro, le Haut Atlas oriental et les piémonts sahariens[5].
Cependant, les Aït Atta ne se composent pas uniquement de ces éléments sanhajiens. Des groupes d’origine arabe, établis anciennement dans le sud marocain et progressivement berbérisés, ont également été intégrés à la confédération. On y retrouve par ailleurs des lignages issus d’anciens groupes juif présents dans l’Atlas ou le piémont saharien, et islamisés au fil des siècles[6].
Ainsi, les Ait Atta seraient donc composé de sanhadja (Massufa), d'arabes berbérisée, et de juif-islamisée. Leur fusion progressive c'est faite dans le cadre d’une organisation tribale hiérarchisée[3].
Histoire
Les Aït Atta sont apparentés au groupe Sanhadja[7]. L'identité des Aït Atta est liée à un personnage historique nommé Dadda Atta — ou le grand-père Atta — considéré comme l'ancêtre commun et le père spirituel, en raison de ses relations avec le saint, Moulay Abdallah Ben Hussein, fondateur de la zaouïa Amagharyine à Tameslouht. Il aurait vécu au XVIe siècle. En réalité, la confédération des Aït Atta regroupe au XVIe siècle des éléments hétérogènes (principalement Berbère en majorité, mais aussi arabes berbérisés, voir même descendants d'anciens esclaves noirs du Sahel ou de juifs islamisés pour certaines sous-fractions[8]), sous la bannière de la résistance face aux Banu Maqil qui infiltrent le sud-est marocain[8]. Même Banu Maqil, qui selon la tradition aurait tué le légendaire patriarche de la tribu[7].
Au XIXe siècle, les Aït Atta forment une confédération puissante et redoutée. A l'occasion d'un conflit opposant les Aït Atta et les Aït Izdeg récemment implantés dans la vallée du Ziz (Tafilalet), les Aït Khebbach, une tribu de la confédération Aït Atta, détruisent en Sijilmassa, cité caravanière millénaire déjà en déclin depuis plusieurs siècles[9].
Les Aït Atta sont longtemps restés autonomes face au pouvoir des sultans et font partie des dernières tribus résistant à la colonisation française, dite Pacification. En 1932, Assou Oubaslam est élu amghar n-ûfillâ (chef suprême de la confédération) par les dernières fractions résistant aux troupes françaises[10]. En février 1933, il est encerclé avec 7 000 Aît Atta dont 1 200 guerriers sur les pitons de la montagne du Bougafer par les troupes françaises (goumiers marocains, troupes régulières française et partisans du Glaoui), soutenues par de l'artillerie et des bombardements d'aviation, sous le commandement du général Huré. Les assauts des deux groupements commandés à l'ouest et à l'est par les généraux Catroux et Giraud ne parviennent pas à vaincre les Aït Atta retranchés, c'est finalement le siège qui contraint Assou Oubaslam à la reddition[11].
En , Georges Spillmann estimait la population des Aït Atta à 38 000 individus. En , David Hart l'estimait à environ 135 000 individus[8].
Organisation sociale
La tribu traditionnelle
Les Aït Atta étaient des nomades éleveurs ovins et caprins pratiquant la transhumance sur de longues distances[12] jusqu'au pâturages du versant nord du Haut-Atlas, vivant sous la tente et se déplaçant avec leurs dromadaires. Sur sollicitations des cultivateurs harratin des vallées et des oasis en quête de protecteurs pour se défendre contre les incursions et pillages d’autres tribus berbères ou arabes, ils se sont progressivement sédentarisés[8].
Les Aït Atta sont organisés en confédération de cinq tribus ou cinq Khoms( = cinquièmes). Chaque khoms est composé de plusieurs tribus, elles-mêmes divisées en fractions. Les chefs de famille des tribus élisaient chaque année un amaghar, un chef, qui était responsable de gérer la communauté, de distribuer les ressources (notamment l'eau d'irrigation et les pâturages), de trancher les conflits et de rendre la justice avec les autres notables locaux (les imgharen-n-tqqebilt, c'est-à-dire les chefs (imgharen, pluriel d'amghar) de tribus (teqqebilt))[8].
La société fonctionnait selon un droit coutumier propre aux Aît Atta, l'Azref, proche de celui des autres tribus amazigh, mais assez différent du droit coranique[3]. Un tribunal suprême d'appel, l'istinaf, jugeait des cas qui n'avaient pas pu être réglés à l'échelon local. Il siégeait à Igherm Amazdar, composé de six inakamen, hommes désignés au sein de six tribus différentes proches de ce lieu[8]. Chaque année, et par rotation entre les khoms , un chef suprême était élu l'Amγar n’ufella (le chef d’en haut). Cette élection avait lieu dans un petit territoire neutre et constituant asile inviolable, le Tafraut-n῾Ayt῾Atta situé autour d'Igherm Amazdar[8].
Dans son ouvrage « Les Ait 'Atta du Sahara et la pacification du Haut Drâa », Georges Spillmann mentionne l'existence de cinq tribus (« cinq tentes ») composant la confédération : les Ait Wallal, les Ait Wahlim, les Ait Isful, les Ait Izza et les Ait Ounbgi. Selon cet auteur, ces tribus se subdivisent elles-mêmes en sous-tribus habituellement appelées fractions, qui à leur tour se subdivisent en ighess, ce qui signifie en tamazight « l'os ou noyau », mais le sens exact est la « racine ».
Cette structure socio-politique fonctionnait de manière autonome et quasi démocratique.
Subdivision tribale
La confédération Aït Atta se divise en « khoms » (cinq sous-tribus principales) répartis sur le territoire d’Aït Atta. Cette organisation, basée sur des structures politiques et sociales traditionnelles, est décrite dans le cadre des identités culturelles et historiques propres à cette région. Chaque khom comprend plusieurs tribus ou clans (tabgit, tibillin), organisés de la manière suivante[7]:
Khoms I
- Aït Wahhlim
- Ait Hassu
- Aït Bu Daud
- Aït Ali u Hassu
- Aït Attu
- Uššn
- Uzligen
- Aït Izzu
- Ait Hassu
- Zemru :
- Ignaouen
- Ilemšan
- Aït Aïssa u Brahim
- Aït Bu Iknifen
Khoms II
- Aït Wallal / Aït Ounir :
- Aït Uzzine
- Aït Reba
- Aït Mullah (Massoufa)
- Aït Bu Beker
- Aït Unar
Khoms III
- Aït Isful :
- Aït Ichou
- Aït Hammi
- Aït Brahim u Hammi
- Aït Bab Ighef
- Alwan :
- Aït Ghenima
- Aït Unzar
- Aït Bu Messaud
- Aït Sidi
Khoms IV
- Aït Urbgui :
- Aït Khabbach
- Aït Umnast
- Beni Mhamed (tribu arabe inféodée aux Aït Atta)
Khoms V
- Aït Aïssa Mzim :
- Aït Yazza, Aït Khalifa, Aït el Fersi, Aït Kherdi
Territoire
Le territoire Aït Atta, stable depuis plusieurs siècles, s'étend pour l'essentiel sur le Djebel Saghro et son pourtour; cependant certaines fractions se sont implantées sur le versant nord du Haut-Atlas ( Ayt ῾Atta n’Oumalou et Aït Bou Iknifen). Le pays spécifiquement Ayt ῾Atta est délimité sur trois cotés par des cours d’eau : le Draa à l’ouest, le Dadès, le Todgha et le Ghéris au nord, le Ziz à l’est[8]. Il est réparti sur cinq provinces du sud-est du Maroc : les provinces d'Azilal, Ouarzazate, Zagora, Tinghir et d'Errachidia.
Après 1956
Le Protectorat français a rétabli la suzeraineté du Sultan sur le Djebel Saghro et les Aït Atta en 1933, mais a maintenu le droit coutumier, l'Azref et donc l'organisation tribale jusqu'en 1956. Cela était organisé par le Dahir coutumier.
Il n'y a que très peu de textes écrits par des imazighen sur le droit et la société Aït Atta. Des ethnologues ont décrit cette société durant les dernières années de son autonomie et interrogé ses acteurs, le principal est un chercheur américain David M. Hart qui a écrit deux livres de référence et plusieurs articles[3].
À partir de 1956, après l'Indépendance du Maroc, le Dahir Berbère a été aboli et les juridictions autonomes berbères supprimées. Les tribus et fractions ont été remplacées par les communes rurales et les caidats. Les amghars n'ont plus été élus par les chefs de famille, mais les élus locaux par le vote de tous les citoyens, amazigh ou non. Le droit privé et personnel est revenu sous le droit coranique, et le pénal sous le ressort des tribunaux de l'état marocain. La tribu a été remplacée par la commune rurale et les Aït Atta ont perdu une grande partie de leurs particularité[3].
Les anciens éleveurs nomades sont souvent devenus des agriculteurs sédentaires ou semi-nomades.
Galerie
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Crédit image:licence CC BY-SA 3.0 🛈Jeune fille Aït Atta traversant un oued -
Crédit image:licence CC BY-SA 3.0 🛈Travaux d'irrigation -
Crédit image:licence CC BY-SA 3.0 🛈Homme Ait Atta
Personnalités
Notes et références
Références
- Hesperis - Hespéris : Archives berbères et bulletin de l'Institut des Hautes Etudes Marocaines (lire en ligne)
- Marie-Luce Gélard, Le Pilier de la tente: Rituels et représentations de l'honneur chez les Aït Khebbach (Tafilalt), Les Editions de la MSH, (ISBN 978-2-7351-0958-6, lire en ligne)
- David Hart, Dadda 'Atta and His Forty Grandsons: The Socio-Political Organisation of the Ait 'Atta of Southern Morocco, Cambridge, Middle East an North African Studies Press, , 260 p. (ISBN 0 906559 06 5), p. 1.
- ↑ Grigori Lazarev, « Les mouvances de population dans les provinces sahariennes : De l’histoire à aujourd’hui », Critique économique, no 33, (lire en ligne
[PDF], consulté le )
- ↑ Anna Maria Di Tolla, « Un document sur le droit coutumier des Ayt ‘Aṭṭa du Rteb (Tafilalet – Sud est du Maroc) », Études et Documents Berbères, vol. 35-36, no 1, , p. 175-191 (DOI 10.3917/edb.035.0175, lire en ligne
[html], consulté le )
- ↑ (ar) His Andls, (ISBN 9981340022, lire en ligne)
- Jean-Pierre Desmoulin, Jeux identitaires, traces mémorielles et mutations sociales: une anthropologie des populations du Moyen-Drâa au Maroc, DESMOULIN, (ISBN 978-2-9534916-2-3, lire en ligne).
- D. Hart, M. Morin-Barde et G. Trécolle, « Article "'Atta (Ayt)" », Encyclopédie Berbère, vol. 7, , p. 127 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Peyron Mickael, « Contribution à l'histoire du Haut-Atlas Oriental : les Ayt Yafelman », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, no 18, , p. 127 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ David M. Hart, « Assû û-Bâ Slâm », dans Charles-André Julien, Les africains, t. V, Paris, Editions Jeune Afrique, , 336 p. (ISBN 978-2-85258-075-6), p. 77 à 105.
- ↑ Michael Peyron, The berbers of Morocco; a history of Resistance, Londres, I. B. Tauris, , 333 p. (ISBN 978-1-8386-0046-4), p. 225.
- ↑ G. Couvreur, « La vie pastorale dans le Haut-Atlas », Revue de géographie du Maroc, no 13, , p. 3 - 54.
Bibliographie
- The Ait 'Atta of Southern Morocco. Daily life & recent history., David Hart. MENAS socio-economic studies. 219 p.
- Dadda 'Atta and His Forty Grandsons: The Socio-Political Organisation of the Ait 'Atta of Southern Morocco. David Hart. MENAS socio-economic studies. 1984. 262 p.
- Georges Spillman, Les Ait Atta du Sahara et la pacification du Haut Drâa. Rabat : F. Moncho, 1936, 171 p.
- Dictionnaire tamazight-Français (Parlers du Maroc Central). Ali Amaniss, 2009, 767 p.. Ali Amaniss. 2009. 767 p.
- Georges Spillman, Villes et tribus du Maroc; tribus berbères t.II; Districts et tribus de la haute vallée du Draa. Paris : Honoré Champion éditeur, 1931, 268 p.
