XIVe dynastie égyptienne

La XIVe dynastie est une dynastie de l'Égypte qui prend place pendant la Deuxième Période intermédiaire. Cette Deuxième Période intermédiaire est une période troublée, pendant laquelle l'Égypte est divisée et les connaissances actuelles sur cette période sont relativement incertaines. La compréhension de cette période confuse a évolué au fil du temps ; en conséquence, la XIVe dynastie a été définie de manière différente au cours de l'histoire de la recherche depuis 2 siècles.

Une dynastie mal définie

Des rois xoïtes

Selon certains auteurs rapportant des écrits de Manéthon, la XIVe dynastie serait originaire de Xoïs dans le delta occidental du Nil et serait composée de 76 rois. En l'état actuel des connaissances, rien ne prouve qu'un royaume indépendant basé à Xoïs aurait émergé pendant la Deuxième Période intermédiaire. En réalité, cela serait dû à une erreur de copiste qui aurait confondu deux mots homonymes : Ḫȝswt, ou Ḫȝsww, nom égyptien de la ville de Xoïs, et ḫȝswt, signifiant Pays étrangers.[1]

Des rois hyksôs d'Avaris

Territoire de la XIVe dynastie selon Kim Ryholt

L'égyptologue danois Kim Ryholt a proposé que cette XIVe dynastie soit en réalité une première dynastie sémitique, suivie par la XVe dynastie à proprement parlé hyksôs. Il propose que la dynastie soit apparue à la fin de la XIIe dynastie, vers 1805 AEC, pendant ou peu après le règne de Néférousobek. Il affirme que la population locale cananéenne résidant dans l'est du Delta a déclaré son indépendance et a repoussé les éventuelles tentatives des rois basés à Itchtaouy de la XIIIe dynastie de récupérer le Delta. Selon Ryholt, la XIVe dynastie a donc duré de 1805 AEC jusqu'à sa disparition vers 1650 AEC, soit une durée de 155 ans.[2]

Cette hypothèse n'est pas partagée par certains égyptologues tels que Manfred Bietak, Daphna Ben Tor et James et Susan Allen, qui soutiennent que la XIVe dynastie ne peut avoir émergé avant le milieu de la XIIIe dynastie, vers 1720 AEC, après le règne de Khâneferrê Sobekhotep.[3],[4] En particulier, ils affirment que les preuves provenant des niveaux de strates dans lesquels les sceaux de la XIVe dynastie ont été découverts établissent de manière concluante que la XIVe dynastie n'a été contemporaine de la XIIIe dynastie que pendant le dernier demi-siècle d'existence de cette dernière, c'est-à-dire après environ 1700 AEC. De plus, Manfred Bietak a daté les inscriptions et les monuments de Nehesy, peut-être le deuxième souverain de la dynastie, aux alentours de 1700 AEC.[5]

Des rois égyptiens d'Itchtaouy

Julien Siesse réfute l'hypothèse d'une émergence d'un pouvoir indépendant dans le delta du Nil avant la fin de la XIIIe dynastie. En effet, l'hypothèse de l'émergence d'un pouvoir concurrent dans le delta dés le règne, ou peu après, de Khâneferrê Sobekhotep est du à la découverte à Edfou de sceux de ce roi et de sceux de Khyan, roi hyksôs. Or Julien Siesse a démontré que les sceaux des rois de la XIIIe dynastie étaient encore en circulation dans le pays bien après la mort des rois qui les avaient émis. Les premières traces à Avaris des Hyksôs se trouvent à un stade avancé de la Deuxième Période intermédaire. Ainsi l'émergence d'un pouvoir depuis cette cité a été, selon lui, assez tardive.[6] De plus, l'idée de deux dynasties sémitiques basées à Avaris ne tient pas vraiment du fait que le matériel archéologique attribué à ces rois asiatiques est indissociable en deux blocs.[7]

Julien Siesse a noté que Itchtaouy, capitale des rois des XIIe et XIIIe dynasties, semble toujours être le lieu de résidence de rois à un stade avancé de la Deuxième Période intermédaire. De plus, le Canon royal de Turin enregistre plus d'une cinquantaine de rois entre les XIIIe et XVe dynasties, qui ne sont pas assignable à un royaume hyksôs primitif à Avaris. Ainsi, il émet l'hypothèse que ces rois sont soit des rois de la XIVe dynastie, soit des rois d'une ultime phase de la XIIIe dynastie, la XIVe dynastie n'existerait alors pas.[8]

Souverains de la XIVe dynastie

Note : Les points de suspension désignent la partie non lisible d'un nom qui est due aux dégradations du papyrus de Turin.

  • Sekhaenrê[9] (Turin 7.18)
  • Nebououserrê ?
  • Khaouserrê ?
  • Aheteprê ?
  • Maâtibrê ?
  • Néhési[10]
  • Khatirê ?
  • Nebfaourê
  • Séhebrê
  • Méridjefarê
  • Séouadjkarê II
  • Nebdjefarê
  • Oubenrê
  • un roi dont le nom est en lacune (Turin 8.9)
  • ...djefarê (...DfA-ra) (Turin 8.10) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • ...oubenrê (...-wbn-ra) (Turin 8.11) Nom de roi (Nesout-Bity) -1690 (Ryholt)
  • Aoutibrê
  • Hérouibrê
  • Nebsenrê
  • un roi dont le nom le nom est en lacune (Turin 8.15)
  • Sekhéperenrê
  • Djedkherourê
  • Sânkhibrê
  • Kanéfertoumrê
  • Sekhem....rê (sxm-...-ra) (Turin 8.20) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • Kakemetrê (ou Kakemourê)
  • Néferibrê,
  • A...... (i.....) (Turin 8.23) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • Kha.....rê (xai-ra) (Turin 8.24) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • Ânkhkarê
  • Semen.....rê (smn-.....-ra) (Turin 8.26) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • Djed.....rê (Dd-.....-ra) (Turin 8.27) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • neuf rois dont le nom en lacune (Turin.8.28 à 8.30 et de 9.1 à 9.6)
  • Senéfer.....rê (snfr-.....-ra) (Turin 9.7) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • Menibrê
  • Djed.....rê (Dd-.....-ra) (Turin 9.9) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • quatre rois dont le nom en lacune (Turin 9.10 à 9.13)
  • Inek..... (ink.....) (Turin 9.14) Nom de naissance (Sa-Rê)
  • I..... (i......) (Turin 9.15) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • Ip..... (ip......) (Turin 9.16) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • Hebi
  • Hepou
  • Shemsou
  • Meni..... (mni-.....) (Turin 9.21) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • Ourkai
  • deux autres rois dont le nom est en lacune (Turin 9.23 à 9.24),
  • .....karê (.....kA-ra) (Turin 9.25) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • .....karê (.....kA-[ra]) (Turin 9.26) Nom de roi (Nesout-Bity)
  • un roi dont le nom est en lacune. (Turin 9.27)
  • Hépou..... (Hpw....) (Turin 9.28) Nom de naissance (Sa-Rê)
  • ....Âanati (....nnAti) (Turin 9.29) Nom de naissance (Sa-Rê)
  • Babnoum
  • Iouf..... (iw.f.......) (Turin 10.1) Nom de naissance (Sa-Rê)
  • Séti II
  • Sinou (ou Sounou)
  • Hor III
  • deux rois dont le nom est en lacune (Turin 10.5 et 10.6),
  • Nibef
  • un roi dont le nom est en lacune (Turin.10.8)
  • Penestensepti (ou Pensetensepat)
  • Kherhemouetchepsout
  • Khouihemouet (ou Khouhemouetchepsout)

Notes

  1. Siesse 2019, p. 24
  2. (en) K. S. B. Ryholt, The Political Situation in Egypt during the Second Intermediate Period, c. 1800–1550 BC, Copenhague, Museum Tusculanum Press, , 463 p. (ISBN 87-7289-421-0, lire en ligne)
  3. Bulletin of the American Schools of Oriental Research (BASOR) 315, 1999, pp.47-73.
  4. Janine Bourriau, "The Second Intermediate Period (c.1650-1550 BC)" dans Ian Shaw (ed.) The Oxford History of Ancient Egypt, Oxford University Press, 2000. pp.192 & 194
  5. Bourriau, "The Second Intermediate Period," pp.178-179, 181
  6. Siesse 2019, p. 117-119
  7. Siesse 2019, p. 112-117
  8. Siesse 2019, p. 119-120
  9. Selon K. S. B. Ryholt ou 46e roi de la XIIIe dynastie. Il y a la peut-être confusion car d'autres égyptologues, dont Jacques Kinnaer placent bien un Sekhaenrê comme premier roi mais au nom de naissance de Yakbim, donc un roi différent de celui de Ryholt. Ce Yakbim est donné à la XVIe dynastie par Dariusz Sitek.
  10. Deuxième roi de la dynastie, selon certains égyptologues

Bibliographie

  • Damien Agut et Juan Carlos Morena-Garcia, L'Egypte des pharaons : De Narmer à Dioclétien, Paris, Belin, coll. « Mondes anciens », , 847 p. (ISBN 978-2-7011-6491-5 et 2-7011-6491-5)
  • Julien Siesse, La XIIIe dynastie : Histoire de la fin du Moyen Empire égyptien, Paris, Sorbonne Université Presses, coll. « Passé Présent », (ISBN 9791023105674)

Liens externes