Ukrainien

Ukrainien
українська мова
Pays Ukraine, Pologne, Roumanie, Russie, Serbie, Moldavie, Transnistrie, Slovaquie, Biélorussie, Hongrie
Nombre de locuteurs 41 millions
Typologie SVO + ordre libre, flexionnelle, accusative, accentuelle, à accent d'intensité
Classification par famille
Statut officiel
Langue officielle Drapeau de l'Ukraine Ukraine
Drapeau de la Transnistrie Transnistrie
Régi par Académie nationale des sciences d'Ukraine
Codes de langue
IETF uk
ISO 639-1 uk
ISO 639-2 ukr
ISO 639-3 ukr
Étendue langue individuelle
Type langue vivante
Linguasphere 53-AAA-ed
WALS ukr
Glottolog ukra1253
Échantillon
Article premier de la Déclaration universelle des droits de l'homme (voir le texte en français)

Стаття 1.

Всі люди народжуються вільними і рівними у своїй гідності та правах. Вони наділені розумом і совістю і повинні діяти у відношенні один до одного в дусі братерства.
Carte
Image illustrative de l’article Ukrainien
Crédit image :
licence CC-BY-SA-3.0 🛈

L'ukrainien (en ukrainien : українська мова, oukraïnska mova, /ʊkrɐˈjinʲsʲkɐ ˈmɔwɐ/) est une des trois langues appartenant au groupe oriental des langues slaves, qui forment elles-mêmes une famille des langues indo-européennes. Les autres langues slaves orientales sont le russe, le biélorusse et le rusyn (celui-ci étant parfois considéré comme un groupe de variétés régionales de l'ukrainien). L'ukrainien est la langue officielle de l'Ukraine.

Le nombre de locuteurs de l'ukrainien était estimé à 41 millions en 2007[1]. Un certain nombre d'ukrainophones vivent aussi dans les pays de l'ex-Union soviétique (surtout en Russie), dans les autres territoires voisins de l'Ukraine, ainsi que dans la diaspora ukrainienne aux États-Unis, au Canadaetc.[2]

Répartition géographique et statut

Selon les données du recensement de la population de 2001, le dernier effectué en Ukraine, la population totale du pays était de 48,5 millions de personnes, parmi lesquelles seules 32,6 millions avaient l'ukrainien pour langue maternelle. En effet, l'histoire de l'Ukraine a été fortement influencée, voire liée, avec la Pologne (pour la partie nord-ouest) et la Russie (pour le sud-est). Le recensement fait également état d'une différence entre le nombre de personnes s'identifiant comme ethniquement ukrainiennes et celui des locuteurs natifs de la langue ukrainienne, de même qu'entre le nombre d'habitants s'identifiant comme ethniquement russes et celui des locuteurs natifs de la langue russe. Ces différences sont résumées dans le tableau ci-dessous[3] :

Ethnie Nombre de personnes De langue maternelle ukrainienne De langue maternelle russe
ukrainienne
37,5 milions
85,2 %
14,8 %
russe
8,3 millions
3,9 %
95,9 %

Selon une étude sociologique de 2002, 44,7 % seulement de la population totale de l'Ukraine parlaient l'ukrainien de façon habituelle, le reste de la population, y compris les ethnies autres que russe, parlaient habituellement le russe[4].

Dans les autres pays, la répartition des ukrainophones est la suivante :

Pays Nombre de personnes Année
Russie
1 129 838[5]
2010[6]
États Unis
152 325
2013[7]
Canada
120 270
2011[8]
Transnistrie (État autoproclamé)
108 860[9]
2015[10]
République de Moldavie
106 209
2014[11]
Roumanie
48 910
2011[12]
Pologne
24 539
2011[13]
Slovaquie
5 689
2011[14]
Biélorussie
5 578[15]
2009[16]
Hongrie
4 476
2011[17]

En considérant le rusyn comme un groupe de variétés régionales de l'ukrainien (cf. section « Variétés régionales »), les chiffres suivants doivent être ajoutés :

Pays Nombre de personnes Année
Slovaquie
55 469
2011[14]
Serbie
11 340
2011[18]
Pologne
6 279[19]
2011[20]
Hongrie
1 577
2011[17]

Selon la Constitution du pays, l'ukrainien est aujourd’hui la seule langue officielle en Ukraine[21]. Néanmoins, cette politique fait l'objet de débats et de controverses, notamment dans les régions russophones de l’Est et du Sud du pays[1].

L’ukrainien est également langue officielle de l'État autoproclamé de Transnistrie, aux côtés du moldave (aussi appelé le roumain) et du russe[22].

La variété du rusyn de Serbie est une langue dite d'utilisation officielle en Voïvodine, à côté du serbe et des langues des autres ethnies[23].

L'ukrainien est reconnu langue régionale ou minoritaire en Arménie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Pologne, Roumanie, Serbie, Slovaquie et Hongrie, qui ont ratifié pour cette langue la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Le statut du rusyn est le même dans ces pays, sauf l'Arménie[24].

Ukrainophones et russophones

Selon le recensement de 2001, la majorité des habitants de l'Ukraine se considèrent comme des « Ukrainiens ethniques ». Une partie de ce groupe parle russe comme langue quotidienne, voire maternelle. Ceci est dû aux politiques de russification menées par l'Empire russe puis par l'URSS. Tantôt brutale — interdiction de toute publication en ukrainien par Piotr Valouïev —, tantôt douce — découragement de l'utilisation de l'ukrainien comme langue de travail et d'administration —, la russification a laissé des traces.

Les populations des grandes villes de l'Ukraine orientale sont majoritairement russophones. Bien que d'origine ukrainienne, elles sont souvent réticentes à revenir vers la langue de leurs ancêtres. Ainsi, d'un point de vue ethnique, il y a des Ukrainiens qui ne parlent que le russe, tout comme il y a des Russes de langue maternelle ukrainienne, et qui parlent russe en seconde langue. Cependant, les Russes qui ne parlent que l'ukrainien sont ruraux et très rares. Généralement, le nom de famille indique l'origine ethnique, mais il y a beaucoup de couples et mariages mixtes, et un grand nombre d'Ukrainiens sont issus des deux groupes slaves, surtout dans les grandes villes comme Kiev.

Cela s'explique en partie par la difficulté de changer les habitudes et les normes établies. Cependant, il ne faut pas négliger le facteur social : l'ukrainien est souvent perçu comme une « langue rurale ». De fait, les racines des mots ukrainiens sont parfois proches de racines de mots russes d'un niveau de langue archaïque ou vulgaire. Cela explique que le citadin pourra être hostile à l'ukrainisation, non pas pour des raisons ethniques, mais plutôt à cause de préjugés sociaux.

Toutefois, on ne peut pas parler de « deux communautés distinctes » — comme c'est le cas en Belgique ou au Canada. Les citadins ont souvent de la parenté dans les villages et petites villes, qui restent encore ukrainophones. Ayant appris l'ukrainien à l'école, ils ne le considèrent pas comme une langue « étrangère ». Il n'y a pas non plus de conflits entre les Ukrainiens de souche et la minorité d'origine russe, presque entièrement russophone : les citadins de diverses origines sont mêlés culturellement.[réf. nécessaire]

Depuis 1991, mais surtout depuis la Révolution orange de 2004, un nouveau phénomène apparait : le « nationaliste ukrainien russophone » (ukrainien : російськомовний український нацiоналiст, russe : русскоязычный украинский националист ([rousskoyazytchnyï oukraïnskiï natsionalist]). Cette figure personnifie l’Ukrainien d’expression russe favorable aux efforts d'ukrainisation.

Variétés régionales

Crédit image :
licence CC BY 3.0 🛈
Variétés régionales de l'ukrainien (2005).

L'ukrainien a trois dialectes en Ukraine[26] :

Entre dialectes et sous-dialectes il n'y a pas de limites claires. Ils forment un continuum dialectal, y compris avec les variétés du rusyn d'au-delà de la frontière occidentale, et les variétés des langues slaves voisines.

Dans les régions de l'Est et du Sud-Est de l'Ukraine, surtout en Crimée, dans le Donbass et dans les villes de Zaporijjia, Kryvyï Rih et Odessa, on parle couramment un sociolecte non standard appelé « sourjyk » (mot désignant initialement une farine fabriquée à partir de plusieurs céréales — blé et seigle, seigle et orge, etc.), avec des traits phonétiques et grammaticaux plutôt ukrainiens, et des traits lexicaux plutôt russes.

Il convient aussi de mentionner l'existence du rusyn, idiome slave oriental dont le statut est controversé. Il est parlé, sous la forme de divers dialectes, dans des territoires ayant appartenu à l'Autriche-Hongrie avant 1918. L'État ukrainien les classe officiellement parmi les variétés de l'ukrainien, tandis que dans d'autres pays, le rusyn peut être considéré comme une langue à part entière[27], bénéficiant éventuellement d'un statut de langue minoritaire (parfois aux côtés de l'ukrainien)[24].

Histoire externe

Crédit image :
Yuri Koryakov
licence CC BY 4.0 🛈
Distribution des langues slaves (et baltiques) en 2015.

Origines

Crédit image :
licence CC BY-SA 3.0 🛈
Territoires où l'on parle ukrainien [réf. nécessaire] 
  • territoire où la langue ukrainienne est utilisée majoritairement
  • autres territoires où la langue est utilisée
Crédit image :
licence CC BY 3.0 🛈
Carte des dialectes ukrainiens (2010).

La langue de la Rus' de Kiev est le vieux slave oriental qui évolue à partir du XIIIe siècle pour donner les formes anciennes du russe, du biélorusse et de l'ukrainien. Placées sous domination polono-lituanienne ou russe, les élites ukrainiennes ne parlent pas la langue de leur pays, les aristocrates et la classe moyenne ukrainiens étant polonisés ou russifiés, à l’exception notable des élites du Hetmanat cosaque (1649-1764) fondé par Bogdan Khmelnitski. Quant aux paysans, la population majoritaire jusqu'à la deuxième moitié du XXe siècle, ils continuent à s'exprimer dans leur langue maternelle, mais n'ont pas de poids politique pour la protéger.

Si la langue est parlée par la plupart des Ukrainiens, des Carpates jusqu'au Kouban, l'utilisation de sa forme littéraire est alors limitée. Elle se fonde surtout sur le vieux slave oriental, dont l'orthographe est déjà assez éloignée de la phonétique moderne.

Renaissance littéraire et interdiction (XIXe siècle - 1917)

La grammaire de l'ukrainien moderne n'est rédigée qu'au XIXe siècle, marquant la naissance de la nouvelle littérature ukrainienne dont la langue devient celle parlée par la majorité du peuple. Ces premières œuvres (Énéïda d'Ivan Kotliarevsky, Kobzar de Taras Chevtchenko et tant d'autres) sont considérées aujourd'hui comme des classiques.

Cette renaissance est significativement freinée par la politique de russification menée par l’Empire russe sur tout son territoire. Le , un décret du ministre de l'Intérieur russe Piotr Valouïev (russe : Пётр Валуев) interdit l'usage de la langue ukrainienne[28], la déclarant « inexistante ».

L'ukrainien n'est d'ailleurs pas la seule langue interdite et « inexistante ». Le biélorusse, une autre langue slave proche de l'ukrainien, connaît le même sort.

De nombreux chercheurs étrangers de l'époque, surtout ceux originaires de pays alliés à la Russie, se rangent à la position officielle du gouvernement tsariste. C'est ainsi que l’Encyclopædia Britannica 1911 définit l'ukrainien comme un dialecte « petit russe » de la langue russe[29].

Toutefois, vers la fin du régime tsariste, l'Académie des sciences impériale admet que l'ukrainien est bel et bien une langue à part entière[30].

Ukrainisation avortée (1917-1945)

Affiche de recrutement soviétique de 1921, utilisant une imagerie ukrainienne traditionnelle avec un texte en ukrainien : « Fils ! Inscris-toi à l'école des Commandants rouges et la défense de l'Ukraine soviétique sera assurée. »

En 1917, l'ukrainien est déclaré langue officielle de la République populaire ukrainienne. Après l'échec des efforts indépendantistes, l'ukrainien et le russe deviennent les deux langues officielles de la République socialiste soviétique d'Ukraine.

Les élites communistes ukrainiennes soutiennent alors la renaissance de la langue. Cette politique, appelée l'ukrainisation, a pour objectif officiel le rapprochement entre les masses paysannes (essentiellement ukrainophones) et le gouvernement bolchévique, perçu comme « citadin ». De plus, de nombreux communistes provenant des milieux ukrainophones aspirent à la reconnaissance de leur langue maternelle.

L'usage croissant de l'ukrainien s'accentue encore avec la politique dite d'indigénisation (korenizatsia), qui conduit à la mise en place d'un programme éducatif approfondi conçu pour permettre l'enseignement en ukrainien et l'alphabétisation de la population ukrainienne. Le commissaire à l’éducation, Mykola Skrypnyk, dirige cette politique, qui vise à rapprocher la langue du russe. Par ailleurs, les efforts universitaires effectués depuis la révolution sont cooptés par le gouvernement bolchevique. Le parti et l'appareil gouvernemental sont principalement russophones, mais ils sont encouragés à apprendre la langue ukrainienne. Simultanément, les Ukrainiens nouvellement alphabétisés émigrent vers les villes, qui deviennent bientôt ukrainiennes dans leur majorité — à la fois en termes de population et d’éducation.

En 1921, l’Institut de la langue scientifique ukrainienne est fondé par l’Académie nationale des sciences d'Ukraine, qui crée le département de la langue ukrainienne. Un dictionnaire russe-ukrainien paraît sous la direction d'A. Krymsky (vol. 1 à 3, 1924-1933), accompagné de manuels sur la langue ukrainienne (M. Grounsky et G. Sabaldir en 1920, A. Siniavsky en 1923, M. Nakonetchny en 1928, L. Boulakhovsky en 1929-1930).

La politique atteint également les régions du Sud de la République socialiste fédérative soviétique de Russie où les populations d'origine ukrainienne sont nombreuses, en particulier les zones situées le long du Don, dans le Kouban et le Caucase du Nord. Les professeurs d'ukrainien, fraîchement diplômés de l’enseignement supérieur alors largement développé en Ukraine soviétique, sont envoyés dans ces régions pour y travailler dans des écoles ukrainiennes nouvellement inaugurées ou pour enseigner l’ukrainien comme seconde langue dans des écoles russes. Diverses publications locales en ukrainien sont lancées, et des départements d'études ukrainiennes sont ouverts dans les collèges. Au total, ces politiques sont mises en œuvre dans trente-cinq raïons (districts administratifs) du sud de la Russie.

Entre 1941 et 1945, l'ukrainien souffre beaucoup de l'occupation allemande, où un grand nombre de locuteurs de langue ukrainienne périssent. Toute tentative de promouvoir l'ukrainien est alors considérée comme « nationaliste » et donc « antigouvernementale ».

Après la Seconde Guerre mondiale (1945 - 1991)

Les panneaux de direction dans le Métro de Kiev sont en ukrainien.

Durant l'après-guerre, l'ukrainien reste en principe une langue officielle ayant le même statut que le russe. En pratique, toutefois, le gouvernement décourage désormais son utilisation dans les relations professionnelles, dans les universités et, d'une façon générale, dans toutes les grandes villes.

Les historiens soviétiques définissent alors les trois langues slaves (russe, biélorusse et ukrainien) comme « fraternelles ».

L'évolution des langues sur les panneaux de signalisation suit les changements politiques dans l'après-guerre ukrainien. Initialement écrits en ukrainien, ils sont changés en russe au début des années 1980, suivant la politique de russification menée sous Vladimir Chtcherbitski. À la fin des années 1980, les panneaux deviennent bilingues dans le cadre de la politique de perestroïka. Ils sont finalement de nouveau remplacés par des panneaux en ukrainien à la suite de l'indépendance de l'Ukraine au début des années 1990.

Depuis l'indépendance (1991 - aujourd'hui)

Une locutrice de l'ukrainien.

À l'indépendance de l'Ukraine en 1991, à la suite de la dissolution de l'URSS, le nouvel État propose la nationalité ukrainienne à tous les résidents, quelles que soient leurs origines. C'est ainsi qu'un certain nombre d'habitants se considérant comme Russes ou russophones commencent également à se définir en tant qu'Ukrainiens. Sur le plan linguistique, le pays devient bilingue : le russe domine la presse écrite et la radio, tandis que l'ukrainien est la langue unique des chaînes de télévision contrôlées par l'État. Cependant, le pays est couvert par les multiples chaînes venant de Russie, qui diffusent donc toutes en russe.

Depuis l'indépendance, l'ukrainien est déclaré seule langue officielle du pays, et les habitants sont encouragés à l'utiliser. Le système scolaire est transformé pour faire de l'ukrainien la langue d'étude principale. Le russe y est toutefois enseigné. Le gouvernement fait aussi en sorte que la langue ukrainienne soit de plus en plus utilisée dans les médias et le commerce. Ceci amène certains, notamment les russophones, à dénoncer certains excès qui découleraient de l'« ukrainisation » du pays. Malgré cela, le russe est encore très fortement implanté, surtout dans l'Est du pays. En pratique, la question linguistique est complexe et sensible. Des revendications politiques se superposent à l'identité nationale : le russe rappelle pour certains le panslavisme et la Russie historique (Rus' de Kiev et Empire russe), tandis qu'il évoque pour la majorité la russification et les pires heures du soviétisme.

Enfin, l'ukrainien lui-même connaît une forte variabilité dialectale selon les régions (on parle de sourjyk). Même à Kiev, la capitale, la langue commune reste le russe[réf. souhaitée] ; les annonces et publicités étant en ukrainien, il s'agit là d'un véritable cas de diglossie.

Durant la campagne de l'élection présidentielle de 1994, le candidat Leonid Koutchma promet l'adoption du russe comme seconde langue officielle. Cette promesse contribue au soutien des régions du Sud et de l'Est de l'Ukraine, où les russophones sont majoritaires, à sa candidature. Cependant, le russe ne reçoit pas le statut de langue officielle durant les dix années de sa présidence (1994-2004).

En , le gouvernement de Viktor Ianoukovytch — qui a fait la même promesse que Koutchma durant sa campagne présidentielle de 2004 — fait adopter une nouvelle loi linguistique, qui accorde le statut de langue officielle au niveau régional à toute langue parlée couramment par au moins 10 % des habitants d'une région donnée. Dans les faits, cela se traduit par le retour de la reconnaissance du russe dans 13 des 27 unités administratives du pays[31],[32]. Les nombreux opposants à la loi avancent toutefois que le russe est déjà la langue dominante du monde des affaires, du commerce et des médias, alors que les ukrainophones sont systématiquement discriminés malgré le statut officiel de leur langue. Ils notent, par exemple, des difficultés d'obtenir des services en ukrainien et la sous-représentation de l'ukrainien dans les médias.

À partir de l'annexion de la Crimée en 2014 et de la guerre du Donbass, renforcer l'usage de l'ukrainien dans le pays devient un enjeu de sécurité nationale. En effet, les russophones sont plus enclins à s'informer via des médias en langue russe, majoritairement soumis à la propagande du Kremlin, quand les ukrainophones se tournent vers une information en langue ukrainienne, avec des médias plutôt pro-européens. De nombreux Ukrainiens se mettent à utiliser l'ukrainien par patriotisme dans des domaines de la vie quotidienne dans lesquels ils utilisaient alors le russe, comme les réseaux sociaux[33].

En septembre 2017, l'ukrainien devient obligatoire à l'école[33].

En , la Cour constitutionnelle de l'Ukraine abolit la loi de 2012 et en 2019, la nouvelle loi sur la langue instaure de façon progressive l'ukrainien dans tous les domaines de la vie publique, par exemple dans les pharmacies ou les supermarchés, avec toutefois une tolérance lorsque le personnel ne maîtrise pas correctement la langue. À partir de juillet 2021, il devient nécessaire de passer un examen de test du niveau en ukrainien pour devenir citoyen ukrainien, ministre, président ou juge[33].

Classification et relations avec d'autres langues

L'ukrainien possède divers degrés d'intelligibilité mutuelle avec d'autres langues slaves, notamment le biélorusse qui est considéré comme son plus proche cousin[34]. Au XIXe siècle, la question de savoir si les langues ukrainienne, biélorusse et russe étaient des dialectes d'une seule langue ou de trois langues distinctes était activement discutée, le débat étant influencé par des facteurs linguistiques et politiques[35].

Différences entre l'ukrainien et les autres langues slaves

La langue ukrainienne présente les similitudes et les différences suivantes avec d'autres langues slaves :

  • Comme toutes les langues slaves à l'exception du russe, du biélorusse, du slovaque et du slovène, la langue ukrainienne a préservé le cas vocatif commun slave. Lorsqu'on s'adresse à sa sœur (sestra), elle est appelée sestro. En langue russe, le cas vocatif a été presque entièrement remplacé par le nominatif (à l'exception d'une poignée de formes vestigiales, par exemple Boje « Dieu ! » et Gospodi « Seigneur ! »[36].)

Le linguiste suisse Patrick Sériot compare la différence entre l'ukrainien et le russe à celle entre l'espagnol et l'italien : deux langues proches, mais distinctes, partageant une origine commune (le slave oriental)[37].

Phonologie

L'ukrainien a 38 phonèmes : six voyelles et 32 consonnes, rendues à l'écrit par l'alphabet cyrillique adapté à l'ukrainien. Ce grand nombre de consonnes s'explique par le fait que neuf d'entre elles ont des équivalents palatalisés (mouillées) également considérés comme des phonèmes. Les modifications phonétiques sont relativement fréquentes. L'ukrainien comporte en outre de nombreuses alternances vocaliques et consonantiques, des assimilations de consonnes et des syncopes de voyelles et de consonnes. L'accent tonique peut tomber sur n'importe quelle syllabe, et peut changer de place au sein d'un même mot selon la flexion de celui-ci. Sa place peut aussi servir à différencier le sens lexical de mots par ailleurs homophones.

Alphabet

L'ukrainien s'écrit avec l'alphabet cyrillique. Il présente néanmoins quelques différences par rapport aux autres langues slaves, y compris le russe. Quatre lettres utilisées en russe sont inutilisées en ukrainien : ъ, ы, э et ё ; le г se prononce [ɦ] et non [ɡ] comme en russe ; l'ukrainien a quatre lettres spécifiques inutilisées en russe : є (prononcé [ je]), і (prononcé [i]), ї (prononcé [ ji]) et ґ (prononcé [ɡ]). Le и se prononce [ɪ] et non [i] comme en russe. La translittération usuelle de ce и est y - ce qui provoque des confusions avec la semi-consonne й, souvent transcrite de manière identique en français -. Le е se prononce [e]. Le o ne se prononce jamais [a] comme cela est souvent le cas en russe ; tout juste est-il relâché lorsqu'il ne porte pas l'accent. Contrairement au russe, l'ukrainien s'écrit presque toujours de façon conforme à la prononciation et se prononce presque toujours de façon conforme à l'orthographe (transparence orthographique).

Alphabet cyrillique Transcription francophone Transcription anglophone Transcription scientifique ISO 9
А а A a
Б б B b
В в V v
Г г H h G g
Ґ ґ G g[38] G g G̀ g̀
Д д D d
Е е E e
Є є Ie ie Ye ye Je je Ê ê
Ж ж J j Zh zh Ž ž
З з Z z
И и Y y I i
І і I i Ì ì
Ї ї Ï ï Yi yi Ji ji Ï ï
Й й Ï ï Y y J j
К к K k
Л л L l
М м M m
Н н N n
О о O o
П п P p
Р р R r
С с S s[39] S s
Т т T t
У у Ou ou U u
Ф ф F f
Х х Kh kh Ch ch H h
Ц ц Ts ts C c
Ч ч Tch tch Ch ch Č č
Ш ш Ch ch Sh sh Š š
Щ щ Chtch chtch Shch shch Šč šč Ŝ ŝ
Ь ь Non transcrit[40] ʹ
Ю ю Iou iou Yu yu Ju ju Û û
Я я Ia ia Ya ya Ja ja  â

Grammaire

La grammaire de l'ukrainien, comme celle des langues slaves en général, est caractéristique pour les langues flexionnelles. Le poids du synthétisme y est relativement important par rapport à celui de l'analytisme. De ce fait, l'ukrainien possède une déclinaison et une conjugaison relativement riches en formes. Les formes modales et temporelles du verbe ne sont par nombreuses, mais elles expriment bien la catégorie grammaticale de la personne. Seul le temps passé de l'indicatif ne l'exprime pas, en revanche, il exprime trois genres grammaticaux, le masculin, le féminin et le neutre, comme les parties du discours nominales. Le système verbal de l'ukrainien se caractérise également par l'indication systématique de la catégorie de l'aspect.

Lexique

Le lexique de l'ukrainien est principalement formé, comme ceux des langues slaves en général, de mots hérités du proto-slave, mais aussi de nombreux emprunts et calques lexicaux — en particulier de deux langues slaves voisines, le polonais et le russe. On trouve également des emprunts aux langues occidentales, surtout par l'intermédiaire du russe. Depuis les années 1990, sa source d'emprunts la plus importante est l'anglais. La formation des mots est une source importante d'enrichissement du lexique : la dérivation lexicale et la composition sont d'égale importance en ukrainien.

Exemples de doublets ukrainiens
ukrainien polonais russe français
говорити hovoryty / мовити movyty mówić говорить govorit’ parler
кохати kokhaty / любити lioubyty kochać / lubić любить lioubit’ aimer
дякую diakouiou / спасибі spassybi dziękuję спасибо spassibo merci
Маєте рацію. Maiéte ratsiiou. / Ви праві. Vy pravi. Macie rację Вы правы. Vy pravy. Vous avez raison.

Notes et références

  1. a et b Natalya Shevchenko, « L'histoire du bilinguisme en Ukraine et son rôle dans la crise politique d'aujourd'hui », Cahiers Sens public, vol. 17-18, no 1,‎ , p. 203 (ISSN 1767-9397 et 1775-4356, lire en ligne, consulté le ).
  2. (ru) A. M. Jovtobrioukh, A. M. Moldovan et al., « Украинский язык » [« L'ukrainien »], dans A.M. Moldovan, Языки мира: Славянские языки [« Langues du monde : Les langues slaves »], Moscou, Academia,‎ , p. 513-547, p. 514-516.
  3. Composition ethnique de la population et Composition linguistique de la population (consulté le ).
  4. Donnée de 2002, provenant de l'Institut international de sociologie de Kiev, citée par Jovtobrioukh et Moldovan 2005, p. 514.
  5. Nombre de personnes de toutes ethnies déclarant maîtriser l'ukrainien.
  6. Recensement de 2010, tableau 5. Maîtrise des langus par la population de la Fédération de Russie, p. 143 (consulté le ).
  7. (en) Recensement de 2013, tableau Detailed Languages Spoken at Home and Ability to Speak English for the Population 5 Years and Over for United States: 2009-2013 (.xsl) (consulté le ).
  8. Recensement de 2011: Tableaux thématiques, Langue maternelle détaillée (consulté le ).
  9. Personnes se déclarant d'ethnie ukrainienne.
  10. (ru) Recensement de 2015 (consulté le ).
  11. (ro) Recensement de 2014, tableau Caracteristici – Populație (.xls) (consulté le ).
  12. (ro) Recensement de 2011, vol. II, Tab10. Populația stabilă după limba maternă – județe, municipii, orașe, comune (consulté le ).
  13. (pl) Langues – caractéristiques, Ukraiński (consulté le ).
  14. a et b (sk) Recensement de 2011, tableau 119 (.xsl) (consulté le ).
  15. Sur 158 723 personnes se déclarant d'ethnie ukrainienne.
  16. (ru) Recensement de 2009, Tableau 5.9, p. 1 (consulté le ).
  17. a et b (hu) Csordás, Gábor, 2011. Népszámlálás. 9. Nemzetiségi adatok [« Recensement de 2011. 9. Données sur les ethnies »], Budapest, Központi Statisztikai Hivatal, (lire en ligne), p. 18.
  18. (sr) Recensement de 2011, Livre 4 : Religion, langue maternelle et ethnie, 2013, p. 16 (consulté le ).
  19. Avec la variété du rusyn appelée lemkivski.
  20. Langues – caractéristiques, Łemkowski (consulté le ).
  21. (en) Constitution de l'Ukraine, 2010, article 10 (consulté le ).
  22. (ru) Constitution de la Transnistrie, article 12 (consulté le ).
  23. Langues et graphies d'utilisation officielle dans les statuts des villes et des communes de la Province Autonome de Voïvodine, tableau à télécharger (bouton Preuzmi) (consulté le ).
  24. a et b States Parties to the European Charter for Regional or Minority Languages and their regional or minority languages, mise à jour le 28 avril 2020, p. 9-10 (consulté le ).
  25. (en) Distribution of the population of Ukraine`s regions by native language.
  26. Section d'après Jovtobrioukh et Moldovan 2005, p. 515.
  27. (en) Moser, Michael, « Rusyn: A New–Old Language In-between Nations and States » [« Le rusyn : Une langue nouvelle-nouvelle entre nations et États »], dans Kamusella, Tomasz et al. (dir.), The Palgrave Handbook of Slavic Languages, Identities and Borders [« Le guide Palgrave des langues slaves, identités et frontières »], Palgrave Macmillan, (ISBN 978-1-137-34838-8), p. 124-139, p. 132.
  28. Appelée dialecte petit-russien (en russe : малороссийское наречие) dans la circulaire du 18 juillet 1863 ( dans le calendrier grégorien), et considérée comme du russe dégradé par une influence polonaise.
  29. (en)Encyclopædia Britannica 1911.
  30. (en) Orest Subtelny, Ukraine: a history, CUP Archive, 1991, page 255, [lire en ligne (page consultée le 6 novembre 2011)].
  31. (de) Der Sprachenstreit in der Ukraine Article de K. Savin et A. Stein, du 22 juin 2012.
  32. (de) Mehrheit stimmt für Russisch als zweite Amtssprache. Tagesschau, 6 juin 2012.
  33. a b et c « Histoire de l’Ukraine : la bataille des langues », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  34. Roland Sussex et Paul Cubberley, The Slavic Languages, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-511-48680-7, lire en ligne).
  35. Jelena Golubović et Charlotte Gooskens, « Mutual intelligibility between West and South Slavic languages », Russian Linguistics, vol. 39, no 3,‎ , p. 351–373 (ISSN 0304-3487 et 1572-8714, DOI 10.1007/s11185-015-9150-9, lire en ligne, consulté le ).
  36. Lowell R. Tillett, « Ukraine: A Concise Encyclopaedia, Volume I. Prepared by the Shevchenko Scientific Society. Edited by Volodymyr Kubijovyč. Foreword by Ernest J. Simmons. Toronto: University of Toronto Press, 1963. Pages xxxviii, 1185. $37.50. Published for the Ukrainian National Association. », Slavic Review, vol. 24, no 1,‎ , p. 164–167 (ISSN 0037-6779 et 2325-7784, DOI 10.2307/2493030, lire en ligne, consulté le ).
  37. Sylvia Revello, « Langues en déchirure: L’ukrainien et le russe, la cassure », Le Temps,‎ , p. 18 (ISSN 1423-3967, lire en ligne Accès payant, consulté le ).
  38. Transcrit gu devant e, i.
  39. Transcrit ss entre deux voyelles.
  40. Sauf devant o, où il est transcrit i.

Voir aussi

Consulter le Wiktionnaire rédigé en ukrainien.
Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Langue ukrainienne.

Articles connexes

Liens externes