Anxiété généralisée

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Anxiété généralisée
Description de l'image Generalized anxiety disorder.jpg.
Spécialité Psychiatrie et psychologie
CISP-2 P74
CIM-10 F41.1
CIM-9 300.02
MedlinePlus 000917
Médicament Quétiapine, duloxétine, paroxétine, clonazépam, sertraline, (RS)-citalopram, venlafaxine, alprazolam, escitalopram, prégabaline et duloxétine

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L'anxiété généralisée[1], aussi nommée trouble anxieux généralisé[2], est une affection psychiatrique, statistiquement plus fréquente chez les femmes et chez les jeunes adultes[3]. Elle se caractérise par des manifestations physiques paroxystiques sur fond d'anxiété permanente. Les aspects psychologiques ou leurs équivalents somatiques sont nombreux et variés, l'anxiété et l'inquiétude excessive concernant plusieurs situations ou événements. Elle se caractérise notamment par la présence constante d'inquiétudes difficilement contrôlables[4].

Description et symptomatologie

L'anxiété généralisée peut être caractérisée selon différents symptômes.

  • Une anxiété et des inquiétudes ou des soucis excessifs survenant, de façon générale, tous les jours au cours d'une période d'au moins 6 mois, à propos de certaines activités (en particulier celles qui sont reliées à l'école pour les enfants) ;
  • Une difficulté à contrôler cette anxiété et à oublier ses soucis, une tendance à anticiper le pire ;
  • L'anxiété et les soucis sont associés à au moins trois des symptômes suivants ;
    • agitation ou sensation d'être survolté ou à bout ;
    • fatigabilité ;
    • difficulté de concentration ou trous de mémoire ;
    • irritabilité ;
    • tension musculaire ;
    • perturbation du sommeil et, en particulier, difficulté d'endormissement ou réveils nocturnes ; (dus à des idées noires qui agiraient inconsciemment lors du sommeil), cauchemars récurrents
    • spasmes et douleurs au ventre pouvant parfois être très violents et récurrents, et provoquer des vomissements
    • potomanie: besoin permanent de boire de l'eau
    • perturbation de l'alimentation, due notamment aux maux de ventre et spasmes, pouvant (rarement) entraîner une déshydratation ;
    • épuisement et fébrilité (si les troubles durent) laissant le champ libre à des maladies opportunistes telles que le rhume ou les états grippaux par exemple ;
    • sensation de mort imminente
    • phobies: douche, téléphone, courrier, administration...

Pour porter le diagnostic, il faut s'assurer que cette anxiété n'est pas liée à un autre trouble anxieux et qu'elle entraîne une souffrance significative ou une altération du fonctionnement social (ou scolaire pour l'enfant).

L'anxiété généralisée (névrose d'angoisse) revêt deux aspects, l'un de fond, chronique : l'attente anxieuse ; l'autre surgissant brutalement et plus fortement : l'attaque d'angoisse survenant dans une situation donnée où la personne entretient un ou plusieurs scénarios négatifs et devient hypervigilante et très vulnérable aux stresseurs environnementaux.

Manifestations somatiques

Les équivalents somatiques sont bien plus courants que les crises d'angoisse à proprement parler. Ils peuvent revêtir de nombreuses formes. Dans cette liste, les manifestations cardio-respiratoires sont les plus fréquentes. Les manifestations cardio-vasculaires incluent une augmentation de la tension artérielle et de la tension oculaire (et/ou uvéite) ; des crises de palpitations, accès de tachycardie, des lipothymies, des précordialgies et un pseudo-angor.

Les manifestations respiratoires incluent une dyspnée asthmatiforme, un syndrome d'hyperventilation aboutissant à une crise tétaniforme et un accès de toux nerveuse. Les manifestations digestives incluent une barre épigastrique, des spasmes pharyngés (boule œsophagienne), gastriques et intestinaux, une colite spasmodique, des spasmes ano-rectaux (avec ténesme et/ou épreintes), crises de hoquet et une faim et soif paroxystique. Les manifestations génito-urinaires incluent des douleurs abdomino-pelviennes, des cystalgies à urines claires, une forme de cystalgie concernant les hommes, une pollakiurie, des crises polyuriques et des troubles sexuels (inhibition).

Les manifestations neurologiques, sensorielles ou musculaires incluent céphalées, lombalgies, algies posturales, prurit, mouvements choréique (crises de tremblement rappelant une véritable danse), bourdonnements des oreilles, crises de vertige (avec sensation de dérobement des jambes ou de sensation de marche instable) et spasmes musculaires (bras, jambes, paupières). Des troubles du sommeil peuvent être diagnostiqués incluant des difficultés d'endormissement, des réveils fréquents et des cauchemars.

Attente anxieuse

L'attente anxieuse est le symptôme le plus constant et le plus durable dans le temps. Elle peut être définie comme un état d'alerte et de tension, permanente et forte, une inquiétude durable, sans objet défini, pouvant surgir et se concrétiser pour n'importe quel prétexte. Il peut s'agir de la peur d'une mort imminente par exemple. Pierre Janet la décrivait comme « un sentiment pénible d'attente, une peur sans objet ». « On a peur de quelque chose, tandis que l'anxiété se rapporte à soi » (Binder).

La symptomatologie peut s'exprimer sous différentes formes : sentiment d'insécurité, attente d'une menace imprécise, exagération, majoration du moindre souci, interrogations sur l'avenir et sursaut à la moindre chose. Le sujet a des troubles fréquents de la concentration et du mal à maintenir une activité intellectuelle, l'anxiété augmente au fil de la journée pour atteindre son paroxysme le soir et sentiment d'épuisement

Attaque d'angoisse

L'attaque d'angoisse est, au contraire plus rare, mais plus brutale et survient sans prévenir. Les symptômes sont similaires à ceux d'une crise de panique. Dans ces moments là, l'angoisse est exacerbée : libre, flottante, sans objet, impression de danger imminent, de désorganisation, de déréalisation, et surtout d'impuissance et de détresse. La personne peut avoir peur de mourir ou de perdre la raison dans l'immédiat.

Les signes physiques sont prononcés : teint pâle, haletant, tachycardie, hypersudation. La personne est soit agitée, soit au contraire immobile, prostrée dans l'attente de la catastrophe imminente et fatale. Les symptômes sont alors notamment gêne respiratoire, constriction thoracique, vertiges, nausées, brouillard visuel. La crise s'arrête d'elle-même au bout d'un temps variable (de quelques minutes à plusieurs heures), peut être unique ou renouvelée, et peut s'accompagner d'une débâcle polyurique ou diarrhéique.

Diagnostics différentiels

Les psychanalystes évoquent aussi d'autres pathologies :

Causes

  • stress post-traumatique (violences physiques, psychologiques, sexuelles...)
  • antécédents familiaux[réf. nécessaire].
  • des parents surprotecteurs peuvent également prédisposer à cette affection[réf. nécessaire]. Elle peut, inversement, être provoquée par des parents violents.
  • un dérèglement de l'hormone du stress du corps (cortisol).

Les manifestations anxieuses et les attaques d'angoisse peuvent se déclencher chez une personne vulnérable à la suite d'évènements traumatiques ou vécus comme tels : frustrations, conflits ; situation d'abandon, rappelant d'anciennes expériences de séparation (névrose d'abandon) ; pression au niveau scolaire, approche des examens et maladie physique, situations de compétition (agressivité culpabilisée)[réf. nécessaire].

Cas particulier de la France

Selon certaines études la France serait le pays le plus touché par les troubles anxieux.

Selon l'ouvrage Psychologie des foules (1895) du psychiatre Gustave Le Bon, les causes principales seraient une bureaucratie trop pesante, ainsi qu'un système d'enseignement trop deconnecté du travail qui engendre une peur du chômage.

Selon le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik, le manque de solidarité et l'excès de solitude dans la population française est également une cause.

Traitement

Concernant la crise aiguë d'angoisse, si la personne en parle à sa famille, à ses collègues, à son médecin, il doit avant tout être rassuré sur l'absence de danger vital.

Les modalités de traitement tombent dans deux grandes catégories : les traitements pharmacologiques, et la psychothérapie. En plus de ces deux approches thérapeutiques conventionnelles, on retrouve tout un ensemble d'exercices et d'activités qui peut aider à soulager l'anxiété, comme l'exercice, le massage thérapeutique, etc. A l'heure actuelle, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et la prise d'inhibiteurs de la recapture de la sérotonine sont les interventions psychothérapeutiques et pharmacologiques qui ont fait le plus de preuves d'efficacité pour réduire l'anxiété à moyen et long terme.

Psychothérapie

Ces méthodes incluent les méthodes de relaxation (notamment la méthode Vittoz). La psychothérapie de soutien (écoute de la personne/ dédramatisation), la psychothérapie de groupe, peuvent être utilisées ou conseillées. La thérapie cognitivo-comportementale fait de plus en plus la preuve de son efficacité dans les troubles anxieux. La thérapie psychanalytique peut s'avérer efficace chez certains patients. Dans un rapport de l'INSERM de 2004 regroupant plusieurs méta-analyses comparatives de l'efficacité des psychothérapies de 1977 jusqu'au début des années 2000, la plupart des études mettent en avant une efficacité supérieure dans les thérapies cognitivo-comportementales.

Il existe également des thérapies dérivées de l'hypnose comme l'ICV, l'EMDR ou l'EFT.

La musicothérapie peut s'avérer efficace par la pratique d'un instrument à vent qui permet de ralentir la respiration et faire baisser le cortisol (principé de cohérence cardiaque).

Le milieu hospitalier est généralement contre-indiqué, à l'exception de cliniques spécialisées, l'environnement est stressant. Les malades sont plutôt traités en ambulatoire.

Pharmacothérapeutique

Auparavant, les benzodiazépines étaient prescrites en première intention dans la gestion des troubles anxieux. Ces médicaments sont de moins en moins utilisés en raison du risque de dépendance. Toutefois, pour les crises paniques et les crises aigues d'angoisse, les benzodiazépines sont efficaces pour réduire l'anxiété : les recommandations sont d'un traitement de première intention aux benzodiazépines pour une durée ne dépassant pas 3-4 semaines, puis un passage aux antidépresseurs. Il est recommandé de suivre en parallèle une psychothérapie.

Les principales familles de médicaments utilisés pour leurs effets anxiolytiques sont :

  • Les benzodiazépines (anxiolytiques et myorelaxants) : Diazépam, Alprazolam Lorazépam, etc.
  • Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS/SSRI) : Paroxétine, Escitalopram
  • Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la norépinéphrine (IRSN) : Venlafaxine, Duloxétine
  • Les antidépresseurs tricycliques (ATC) : Doxépine, amitriptyline, Imipramine, Opipramol
  • Les neuroleptiques atypiques : amilsupride (Solian)
  • Les anticonvulsants : Prégabaline
  • Les médicaments apparentés aux benzodiazépines (Z-médicaments) : buspirone

Le traitement de fond vise avant tout à prévenir toute nouvelle attaque de panique et à réduire l'anxiété, l'angoisse de fond. Les traitements lourds (tercian) sont prescrits ponctuellement en cas d'attaque de panique violente

Évolution

L'évolution de la maladie dépend principalement de la qualité de vie du patient: travail, argent, amour, qualité des relations. Les facteurs sociaux tels que le chômage, la précarité, la solitude, l'insécurité, aggravent la maladie.

L'évolution est variable selon les individus, irrégulière avec des phases de rémission et d'exacerbation selon les conditions de vie d'un individu. Les facteurs d'aggravation sont le stress, le surmenage, l'abus d'excitants (caféine, stimulants) et la consommation de boisson alcoolisée ou de drogues.

Des enquêtes[Lesquelles ?] (avec recul de 10 à 20 ans) ont montré une disparition complète des symptômes dans environ 10 % des cas. Des symptômes mineurs ou passagers, ne provoquant plus de handicap social, dans les 70 % de cas restants. Dans les faits, la consultation d'un psychiatre est rare. Ces derniers ne voient, en général, que les formes compliquées : décompensation dépressive, tentative de suicide, toxicomanie(s) et alcoolisme chronique.

Notes et références

  1. http://apps.who.int/classifications/icd10/browse/2008/fr#/F41.1
  2. Haute autorité de Santé Affections psychiatriques de longue durée Troubles anxieux graves, juin 2007 , p. 1
  3. (en) Alasdair D. Cameron et Darran Bloye, Psychiatry, Elsevier Ltd, coll. « Crash course », , 261 p. (ISBN 978-0-7234-3340-8 et 0-723-43340-2, OCLC 55095944)
  4. Université de médecine de Rennes, « Description de symptomatologie clinique selon la CIM-10 du trouble de l'anxiété généralisé (Livre V, chapitre F41.1) » (consulté le 17 août 2008)

Annexes

Bibliographie

  • Diagnostic et prise en charge en ambulatoire du trouble anxieux généralisé de l'adulte : mars 2001, Paris, Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en sante, , 137 p. (ISBN 978-2-914517-06-5, notice BnF no FRBNF38979635)
  • Patrice Boyer, L'Anxiété généralisée, Montrouge (Hauts-de-Seine, John Libbey Eurotext, , 137 p. (ISBN 978-2-7420-0407-2, notice BnF no FRBNF39940878)

Articles connexes

Liens externes