Scénario

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Un exemplaire du scénario du Parrain II, écrit par Francis Ford Coppola et Mario Puzo.

Le scénario (de l'italien : scenario /ʃeˈnaːrjo/), appelé également continuité dialoguée, est un document écrit par un ou plusieurs scénaristes qui permet la mise en production et la réalisation d'une œuvre audiovisuelle, qu'elle soit un long métrage de cinéma, un téléfilm, un épisode de série télévisée, un documentaire, un court métrage, un clip, une publicité, un film d'animation ou autre.

De l’italien scenario (pluriel : scenarii) « décor théâtral », mais aussi « canevas de mise en scène », terme utilisé d'abord par la Commedia dell'arte. Le terme « scénario » est prononcé pour la première fois en France en 1907 par Georges Méliès[1]. Aujourd'hui passé dans la langue française, il prend un accent aigu et a pour pluriel scénarios[2].

Dans la fabrication d'un film, le scénario est un outil écrit lors de l'étape finale du développement du projet. Cette étape suit le travail sur des pitches, synopsis, séquenciers, traitements et précède la mise en production du projet (qui comprendra la pré-production, la réalisation et la post-production).

Par rapport à l'écriture théâtrale dont elle se rapproche, l'écriture scénaristique fait une part plus importante à l'image, aux descriptions (appelées aussi didascalies) et une part en général moins importante au dialogue.

De par sa forme brève, un scénario est censé suggérer plus que décrire ce qu'on verra et entendra dans l'œuvre filmée.

Les divers manuscrits

Scénario de la Belle et la Bête de Jean Cocteau datant de 1945-1946. Maison Jean Cocteau à Milly-la-Forêt[3].

Depuis l'invention du cinéma, une quinzaine de types de documents ont vu le jour, s'adaptant chaque fois aux besoins techniques et aux innovations (extérieurs, cinéma parlant, effets spéciaux) et artistiques d'une époque (plan-séquence, improvisation, chorégraphie, montage-séquence, etc.). Les formes de documents actuelles, notamment dans la mise en forme typographique, ont été fixées dans les années 1950, et sont tenues de façon scrupuleuse dans les milieux anglophones du cinéma et dans certaines formes contraignantes (dessins animés, films à truquages numériques), mais sont en général moins respectées en Europe. L'important demeure que le scénario soit compréhensible pour chaque intervenant du film.

Une fois accepté et mis en production, le scénario devient le document de référence pour les différents corps de métier impliqués dans l'élaboration du film.

L’étape après scénario est le « dépouillement » de la continuité dialoguée par le réalisateur, et traditionnellement le premier assistant, des informations de mise en scène, de costumes, d’éclairage, de décor, d’effets spéciaux ou de lieu… , pour rédiger le découpage technique décrivant le film plan par plan, numérotés pour l’occasion, avec les indications de position et de mouvements de caméra. Ce dernier document ne permet plus d’avoir une vision d’ensemble du film voulu car les plans ne sont pas nécessairement tournés dans l’ordre narratif.

L'écriture scénaristique

L'écriture scénaristique est un procédé d'écriture spécifique, qui se différencie de la littérature en raison des contraintes et des conventions qu’elle intègre (voir infra) et en premier lieu parce qu’elle est factuelle. Elle ne décrit que des images et des sons. Elle est nécessaire pour l'intercompréhension des différents intervenants de la production du film ayant chacun des besoins d'informations spécifiques à leurs fonctions. Par exemple : l'équipe de décoration guettera les indications de lieux ("INT" ou "EXT"), le nom des décors et leurs descriptions, tandis que l'équipe des lumières cherchera en plus les indications relatives à l'heure où est sensée se produire l'action dans la journée par les indications "NUIT", "JOUR" ou "SOIR", la saison et la météo.

Les didascalies

Les didascalies sont la description de l'action, des personnages et du décor. Cette dénomination, a remplacé « les parties narrativo-descriptives du scénario, autrement dites colonne « action » dans l'ancien format, ou encore directives scéniques dans le vocabulaire de théâtre »[4].

Elles décrivent toujours au présent des faits visuels et sonores et plus marginalement certains effets de montage, comme les flashback, les changements d'éclairage s'ils ne coulent pas de source, et certains effets spéciaux comme les transitions en fondu, le passage au noir et blanc ou le ralenti. Mais elles ne peuvent en aucun cas contenir des éléments immatériels comme la pensée des personnages ou un aspect invisible de leur condition (le fait d'être orphelin par exemple). Par ailleurs, une description complète d'une scène est par essence impossible, fastidieuse à la lecture, et peut compromettre la quantification temporelle d'une page pour une minute de film. Il n'est plus nécessaire de décrire un intérieur de maison de façon exhaustive, mais de suggérer son style en quelques mots (« un salon bourgeois d'avant-guerre », par exemple) et de s'attarder seulement sur les meubles, ou accessoires qui auront une importance dans la narration.

Sons et dialogues

Le scénario décrit aussi les sons (ou leur absence) que ce soit les bruits, les dialogues, ou la musique intradiégétique utiles à la narration. En principe, le scénariste ne s’occupe pas d’indiquer la musique d’accompagnement (musique extradiégétique) ou les gimmicks. Comme pour l’image, ne sont écrits que les sons nécessaires à l’histoire. Si une séquence se passe en extérieur dans une ville, il n’est pas utile de décrire les bruits de la rue sauf s’il y a une spécificité nécessaire au récit. Le dialogue, qui fait l’objet d’une mise en forme particulière sur le document (voir infra), se voit éventuellement adjoint d’une didascalie d’intentionnalité qui permet d’indiquer à qui s’adresse le personnage, de quelle façon ou quelle émotion il fait transparaitre. S’il crie, le scénariste peut mettre en majuscules sa réplique. En cas de voix hors champ, le rédacteur spécifie entre parenthèses à côté du nom du personnage parlant, le mot « off » ou « voix off ».

Poser une ambiance

« L’écriture n’est pas une description plate. Elle doit rendre l’atmosphère, le rythme du film, mais avec le plus d’économie possible et en vue du tournage uniquement[5]. » Cette citation d'Olivier Assayas qui fut scénariste d'André Téchiné avant de devenir réalisateur, illustre les besoins plus littéraires, humoristiques, psychologiques ou poétiques de l'écriture, pour soutenir la description et constituer une évocation. Il est possible alors d’écrire des éléments non-visuels et non-sonores, d'ordre subjectif (avec parcimonie toutefois), pour créer une atmosphère précise.

Exemples de descriptions de personnages

« TRAVIS BICKLE, 26 ans, maigre, dur, le solitaire endurci. En surface, il semble beau, même attirant ; il a un regard calme et stable et un sourire désarmant qui clignote de nulle part, éclairant tout son visage. Mais derrière ce sourire, autour de ses yeux sombres, sur ses joues décharnées, on peut voir des taches inquiétantes causées par une vie de peurs internes, de vide et la solitude. Il semble s'être éloigné d'un pays où il fait toujours froid, un pays où les habitants parlent rarement. La tête bouge, l'expression change, mais les yeux restent toujours fixes, sans cligner des yeux, perçant l'espace vide. Travis dérive maintenant dans la nuit de New York, une ombre sombre parmi des ombres plus sombres. Pas remarqué, pas de raison d'être remarqué, Travis fait un avec son environnement. Il porte un jean cavalier, des bottes de cowboy, une chemise western à carreaux et une veste militaire beige usée avec un texte brodé : « King Kong Company 1968-70 ». »(en) Paul Schrader, « Taxi Driver » (consulté le 22 mars 2020)

— Paul Schrader, scénario de Taxi Driver

« Spike apparaît. Un gars à l'air inhabituel. Il a des cheveux inhabituels, des poils au visage inhabituels et un accent gallois inhabituel. Très blanc, comme si sa chair n'avait jamais vu le soleil. Il porte seulement des shorts. »(en) « Notting Hill (1999) movie script - Screenplays for You », sur sfy.ru (consulté le 22 mars 2020).

— Richard Curtis, scénario de Coup de foudre à Notting Hill

Descriptions de décors

« Un ciel gris anthracite. Le bruit étouffé des voitures et des camions qui passent sur la route nationale. Une voie ferrée, un passage à niveau et une petite gare désaffectée. Une maison en pierre aménagée en relais routier : au rez-de-chaussée la salle du restaurant et au-dessus l'appartement des propriétaires. »« Scènes de Crimes » [PDF] (consulté le 22 mars 2020)

— Yann Brion, Olivier Douyère et Frédéric Schoendoerffer, scénario de Scènes de crimes

Le style sec des phrases nominales participent à l'ambiance de la scène.

« L'énorme horloge de grand-père s'appuie pensivement contre le mur, et le poêle à bois en fer se détourne dans un apitoiement rouillé, tandis qu'un canapé encombrant dans le style lourd art nouveau s'étire dans la lumière flottante et diffuse… Des monstres de meubles curieusement formés dorment sous des draps de protection blancs, comme des animaux préhistoriques enneigés morts il y a longtemps. »Ingmar Bergman, Cris et Chuchotements, La Nouvelle Revue française - Gallimard, coll. « Hors Série Littérature », (ISBN 2070287394), p. 28

— Ingmar Bergman, scénario de Cris et Chuchotements

Bergman transgresse clairement les règles d'écriture de scénario, avec ces comparaisons et anthropomorphismes. Tout comme Antonioni, il s'appuie exagérément sur l'évocation pour poser l'atmosphère, ce qui en fait son style personnel[6]. S'il s'est permis de rédiger ainsi ce scénario, c'est qu'il est aussi le réalisateur de ce film et donc seul arbitre en cas d'interprétation équivoque.

Structure

Personnages

Glossaire technique

Adaptations

Adapter un roman ou une nouvelle, consiste à les convertir en scénario, mais bien souvent, c'est bien plus que cela : une réécriture et une réinterprétation drastique du rythme, de la structure et de l'action, en raison des libertés qu'offre la littérature aux auteurs comme la narration psychologique et qui n'est ni sonore ni visuelle. En 2017, 21 % des scénarios aidés par le CNC sont des adaptations d'œuvres littéraires[7].

Rémunération

Le ou les scénaristes, ainsi que les éventuels dialoguistes, font partie des auteurs des films, avec le ou les réalisateurs, et l'auteur de la bande musicale originale. Selon la loi française, ils touchent leur part de droits d'auteur, versés par l'une des trois sociétés de répartition (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, pour les clips ou la publicité, Société civile des auteurs multimédia pour les documentaires, Société des auteurs et compositeurs dramatiques pour les fictions). Selon le droit du copyright américain et ses variantes, seul le contrat passé avec la société qui assure la production du film permet aux divers scénaristes de toucher des royalties provenant de l'exploitation de l'œuvre, et ce droit permet même au producteur d'acquérir le scénario : sa société sera alors propriétaire des futures royalties, moyennant un rachat forfaitaire à la signature du contrat avec le ou les scénaristes impliqués majoritairement dans la création du scénario.

Présentation et mise en forme

Le scénario se présente traditionnellement sur une feuille A4, rédigé au recto seulement et se distingue de toute autre forme d'écriture par le fait que, par convention, une page représente en moyenne une minute de film.

Exemple d'un scénario, montrant dialogues et actions.

Les conventions sur la mise en forme du document, quoique permissives en Europe, respectent un standard :

  • la page de garde doit afficher le titre du projet en gros au milieu suivi du nom et des coordonnés du ou des scénaristes), du nom du réalisateur, s’il est déjà choisi, et parfois du genre cinématographique auquel il se rapporte,
  • la police de caractère doit être du Times New Roman ou du Courrier New,
  • la taille de la police doit être de 12 à 14 points,
  • l'interlignage standard (simple), par défaut sur les logiciels de traitement de texte,
  • les titres des séquences doivent être écrits en majuscule,
  • les titres des séquences doivent commencer par les indications de spacialisation "EXT" ou "INT" (décor en extérieur ou en intérieur), puis du lieu de tournage,
  • si nécessaire à la compréhension de la scène, les titres de séquences doivent comporter les indications de temps relatif et de lumière : "JOUR", "SOIR" ou "NUIT",
  • la numérotation des séquences, ainsi que le rappel du numéro de séquence en cours en haut de la page, si elle a commencé sur la page précédente fait partie de la convention, même si pour les courts-métrages ce n'est pas toujours nécessaire,
  • la description de la scène ou didascalie doit contenir l'essentiel et mentionner les points importants tels que les accessoires indispensables à la séquence,
  • le nom des personnages qui participent aux dialogues d'une scène doivent être écrits en majuscule, et centrés,
  • le bloc des dialogues doit être en retrait à gauche et à droite d'au moins 3 cm,
  • les mots que les personnages crient ou mettent en valeur doivent être en majuscule,
  • les indications scéniques relatives à la réplique de dialogue (ton, geste, attitude) se situent sous le nom du personnage entre parenthèses et en italique,
  • le numéro des pages, en général en haut vers le bord, est indispensable.

D'autres informations peuvent faciliter la lecture et la compréhension du projet fini :

  • les indications de transition d'une scène à l'autre ("fondu", "fondu au noir", "fondu au blanc", "cut"),
  • le type de séquence (flashback, flashforward, rêve, montage-séquence, séquence musicale, etc.),
  • les indications sonores inhabituelles (hors dialogues).

Cette forme de présentation permet d'estimer la durée de l'œuvre à raison d'une page pour finalement environ une minute de film.

À noter que pour les scénarios imprimés et adressés aux producteurs américains ou canadiens, la reliure à spirale ou à vis est obligatoire.

Aide logicielle à l'écriture de scénario

Il existe des solutions logicielles pour rédiger sur son ordinateur en respectant les conventions : des feuilles de styles et des fichiers de paramètres pour des traitements de texte, des logiciels propriétaires (généralement payants) et des serveurs de travail collaboratif utilisant un navigateur web comme Celtx.

Bibliographie

Ouvrages
  • Écrire l'animation, recueil de discours et d'informations pratiques sur le scénario du film d'animation, Paris, Afca, (ISBN 2-9515984-0-8).
  • N.T. Binh, Catherine Rihoit et Frédéric Sojcher (coordinateurs), L'art du scénario, Paris, Klincksieck - Archimbaud, coll. « Ciné-débats », .
  • Marie-France Briselance, Leçons de scénario - Les 36 situations dramatiques, Paris, Nouveau Monde éditions, , 362 p. (ISBN 2-84736-180-4).
  • Olivier Cotte, Écrire pour le cinéma et la télévision - Structure du scénario, outils et nouvelles techniques d'écriture créative, Paris, Dunod, , 224 p. (ISBN 978-2100703715).
  • Syd Field, Scénario : les bases de l'écriture scénaristique, Dixit, (ISBN 978-2844811219).
  • Syd Field, Comment identifier et résoudre les problèmes d'un scénario, Dixit, (ISBN 978-2844811134).
  • Le Cinéma d’animation, résidence, d’écriture à Fontevraud, éditions 303, , 128 p.
  • Yves Lavandier, La Dramaturgie, Les Impressions Nouvelles, (1re éd. 1994) (ISBN 978-2874496585).
  • Yves Lavandier, Construire un récit, Les Impressions Nouvelles, (1re éd. 2011) (ISBN 978-2874496998).
  • Yves Lavandier, Évaluer un scénario, Le Clown & l'Enfant, (1re éd. 2011) (ISBN 978-2910606152).
  • Dominique Parent-Altier, Approche du scénario, collection 128 cinéma, .
  • Philippe Perret et Robin Barataud (préf. Yves Lavandier), Savoir rédiger et présenter son scénario, Maison du Film Court, coll. « Tournage », (ISBN 2-9513520-0-X).
Articles
  • Jacqueline Viswanathan, « Action. Les passages narrativo-descriptifs du scénario », Cinémas : revue d'études cinématographiques, vol. 2, no 1,‎ , p. 7-26 (lire en ligne [PDF], consulté le 19 mars 2020).

Notes et références

  1. Bernard Trémège, Livre du scénario, p. 50.
  2. « scénario », sur Wiktionnaire.
  3. « Maison de Jean Cocteau - Office de Tourisme de Milly-la-Forêt, Vallée de l’École, Vallée de l’Essonne » (consulté le 25 mars 2020)
  4. Viswanathan 1991, p. 8.
  5. « Dossier. Scénario, scénaristes », Positif, no 363,‎ .
  6. Viswanathan 1991, p. 16.
  7. « Les scénarios de films français : quelques statistiques », sur Lecteurs Anonymes, (consulté le 22 mars 2020).

Voir aussi

Articles connexes

Autres documents relatifs à la production d'un film

Prix de scénario
Festival de scénario