Samson François

Samson François
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Samson François en 1948 (photo studio Harcourt)

Naissance
Francfort-sur-le-Main (Allemagne)
Décès (à 46 ans)
Paris (France)
Activité principale Pianiste
Maîtres Alfred Cortot, Marguerite Long, Yvonne Lefébure
Récompenses Concours Long-Thibaud (1943)

Répertoire

Samson François, né le à Francfort-sur-le-Main et mort le à Paris, est un pianiste français.

Biographie

Son père travaillant comme diplomate au Consulat de France à Francfort-sur-le-Main, Samson François naît en Allemagne et est prénommé par sa mère, Rose : Samson, pour la force, et Pascal, pour l'esprit[1]. Durant son enfance, il vivra ici ou là à travers l'Europe, au gré des mutations professionnelles de son père. Il commence le piano à l'âge de deux ans et étudie en Italie avec Pietro Mascagni, qui l'encourage à donner son premier concert à six ans : un concerto de Mozart sous la direction du compositeur italien. Ensuite, avec Cyril Licar, qui lui présente des compositions de Béla Bartók, il étudie à Belgrade au conservatoire duquel il obtient le premier prix. Après des études de 1932 à 1935 au Conservatoire de Nice, où il obtient également le premier prix, il attire l'attention d'Alfred Cortot, qui l'encourage à aller à Paris étudier avec Yvonne Lefébure à l'École Normale de musique. Il complète également son apprentissage avec Cortot (qui dira de lui qu'il était presque impossible de lui apprendre quelque chose[2], et étudie l'harmonie avec Nadia Boulanger. En 1938 il rejoint le Conservatoire de Paris, où il a pour maître Marguerite Long et où il obtient le premier prix en 1940.

En 1943 il est le premier lauréat du concours Long-Thibaud en 1943[3] et commence une carrière « étincelante », devenant alors « le plus remarquable représentant de l'école française du piano.[4] » Après la guerre, durant laquelle il donne plusieurs concerts, organisés par le producteur britannique Walter Legge, dans des usines et camps militaires en Angleterre, il entreprend régulièrement des tournées à travers l'Europe. En 1947 il donne ses premiers concerts aux États-Unis, où il rencontre un grand succès, notamment à New York, où il joue le Concerto pour piano no 5 en sol majeur de Prokofiev sous la direction de Leonard Bernstein. Il y reviendra en 1959, jouant au Carnegie Hall, également avec Bernstein. Il se produit alors un peu partout dans le monde et sera notamment le premier pianiste occidental à être invité en URSS en 1956, et par la Chine populaire, en 1964.

En dehors du répertoire classique, romantique et contemporain, étant surtout connu et reconnu pour ses interprétations de Ravel, Debussy, Chopin (dont il a enregistré des quasi-intégrales), Schumann, Prokofiev, Samson François fut aussi grand amateur de jazz, et par ailleurs polyglotte, parlant anglais, italien, allemand, serbe et français.

En 1955 il épousa Josette Bhavsar (1930-2011), fille d'un diamantaire indien vivant surtout en Europe, attachée de presse auprès du service musical de la Radio jusqu'à l'éclatement de l'ORTF en 1974. Malgré leur divorce dans les années soixante, après la mort de son mari, Josette Bhavsar ne cessa d'honorer la mémoire du pianiste, en créant une Fondation Samson François, notamment pour venir en aide aux jeunes talents du piano, pour lesquels elle avait doté un prix au Concours d'Orléans. De leur union naquit un fils unique, Maximilien (1955-2013), auteur d'un livre sur son père[5], dont le sous-titre Histoires de mille vies fait allusion à une déclaration du pianiste qui proclamait : « Je n'ai pas une, mais mille vies [6] ».

Samson François a laissé l'image d'un pianiste à la vie mouvementée, adepte des sorties nocturnes[3] et des clubs de jazz, abusant de l'alcool, de la cigarette et des drogues, conjuguant une carrière extrêmement active et nomade avec une vie conjugale tourmentée. Ces frasques lui ont valu une réputation, plus ou moins justifiée et assez largement amplifiée, de fantasque, bien que son jeu pianistique se ressente de ce goût pour « l'aventure », l'imprévisible et la liberté, « ses interprétations [étant] de véritables recréations où alternent des moments de pur génie et des instants de grave laisser-aller (notamment vers la fin de sa vie) »[7]. À rebours des précautions, son style extravagant et passionné s'accommodant mal des rigueurs de la discipline, et de certaines indications dans les partitions, il apparaissait comme un « artiste vivant dangereusement l'instant présent » donnant « le sentiment que [son] interprétation est comme improvisée sur le vif[8] ».

Il est frappé d'une crise cardiaque en plein concert un jour de 1968[9]. Dédaignant de se soigner, au terme d'une vie brève mais intensément vécue, il meurt d'un infarctus avant de pouvoir mettre la dernière main à son intégrale de l'œuvre pour piano de Debussy, enregistrée de 1968 à 1970 pour la firme EMI[10]. Il n'a pas pu enregistrer les Études, livre I.

Style et répertoire

La discographie et le souvenir de Samson François restent comme ceux d'un interprète réputé de Chopin, en particulier des Études, des Nocturnes, des Préludes et des Concertos ; sa carrière est également indissociable de compositeurs tels que Schumann (Études symphoniques, Concerto, Papillons), Ravel (Gaspard de la Nuit, Le Tombeau de Couperin, Sonatine, Concerto en sol, Concerto pour la main gauche), Debussy ou encore Prokofiev[3].

Héritier de ce que l'on a appelé l'« école française » du piano, Samson François privilégiait avant tout la performance scénique, et un travail aussi libre que profond sur la sonorité, en particulier dans le registre romantique, ainsi que chez Debussy, mais dans une moindre mesure, bien que ses enregistrements de ce compositeur demeurent encore aujourd'hui une référence. Samson François s'inscrit à l'opposé de pianistes postérieurs, tels que Maurizio Pollini, qui choisirent de privilégier une certaine objectivité du texte, au détriment de la liberté d'interprétation qu'il avait héritée d'Alfred Cortot.

« Toute ma conception de la musique a toujours été plus ou moins sentimentale. Je ne pense pas être porteur de messages, j’aime la musique par amour, tout bêtement et sans me poser de questions[réf. nécessaire]. »

Ses interprétations sont souvent marquées par une atmosphère romantique non dénuée de climats nocturnes et angoissés, mais surtout par une originalité, voire extravagance peu commune, comme la marque d'un artiste indépendant, intuitif et revendiquant les libertés pianistiques qu'il s'autorisait :

« un génie en perpétuel mouvement dont l'esprit libre suscita toujours un mélange fluctuant de critique et - en particulier dans son propre pays, la France - d'adoration. Artiste éminemment intuitif, il cultivait non seulement la controverse mais croyait fondamentalement au frisson et à l'atmosphère du moment, ce qui rendait ses prestations superbement imprévisibles [...] François réussissait non seulement à rendre acceptable les changements les plus extravagants mais à les rendre également irrésistibles [...] sous le charme envoûtant d'un jeu pianistique d'un incomparable charisme.[11] »

Il a composé quelques œuvres : Concerto pour piano et orchestre (1951), Magies noires et plusieurs musiques de films, dont celles de Paris féerie, Ballade pour un voyou (1963).

Discographie sélective

Outre de multiples récitals, on peut citer les enregistrements suivants :

Certaines éditions compilent plusieurs enregistrements :

  • Les Introuvables de Samson François, coffret de 8 CD (1990, EMI)
  • Samson François. L'édition intégrale de tous ses enregistrements (entièrement remasterisés), coffret de 36 CD (2010, EMI)

Filmographie

Notes et références

  1. Michael Waiblinger, notice de présentation du CD « The Ettlingen Recital 1960 », Melo Classic, 2014, p. 2
  2. Jean Roy, Samson François, le poète du piano, Paris, Josette Lyon, coll. « Les Interprètes créateurs », 1997, p. 32.
  3. a b et c Agnès Jourdain, « samson françois », sur www.pianobleu.com (consulté le 8 octobre 2017)
  4. Alain Pâris, Le Nouveau Dictionnaire des interprètes, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2015, p. 320.
  5. Maximilien Samson François, Samson François, Histoires de... Mille vies (1924-1970), éditions Bleu Nuit, 2002, ouvrage dans lequel le fils du pianiste raconte comment après la mort de son père, il partit vivre aux États-Unis, se détourna de la musique classique, qu'il avait étudiée, se passionnant pour le rock, le jazz, les musiques du monde, l'Amérique, avant de redécouvrir l'artiste d'exception que fut son père.
  6. Cité par Jean Roy, Samson François, le poète du piano, p. 14.
  7. Alain Pâris, Le Nouveau Dictionnaire des interprètes, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2015, p. 320.
  8. Bryce Morrison, « Samson François joue Ravel », notice du CD Ravel, concertos pour piano et Gaspard de la nuit, EMI classics, 1998, p. 10-11.
  9. D'après André Peyregne, « En cent ans, le conservatoire de Nice a fait naître des vedettes », Nice-Matin,‎ , p. 26-27 (lire en ligne).
  10. Cf. Catherine Buser, « Samson François, pianiste mythique », sur Radio Télévision Suisse (Société suisse de radiodiffusion et télévision), (consulté le 3 juin 2017).
  11. Bryce Morrison, « Samson François joue Ravel », notice du CD Ravel, concertos pour piano et Gaspard de la nuit, EMI classics, 1998, p. 8.

Voir aussi

Bibliographie

  • Jérôme Spycket, Scarbo, le roman de Samson François (biographie), Luynes, éditions Van de Velde ; Lausanne, Payot, 1985 (ISBN 2858681201)
  • Collectif, Samson François, ses enregistrements, Paris, éditions E.M.I., 1995
  • Jean Roy, Samson François, le poète du piano, Paris, éditions Josette Lyon, 1997 (ISBN 2906757853)
  • Philippe de La Genardière, Le Tombeau de Samson, Arles, éditions Actes Sud, 1998 (ISBN 978-2-7427-1664-7)
  • Maximilien Samson François (fils du pianiste), Samson François, Histoires de... mille vies (1924-1970), Paris, éditions Bleu Nuit, 2002 (ISBN 2913575544)

Articles connexes

Liens externes