Réformes bourboniennes

Royaume d'Espagne
Reino de España (es)

1700 – 1808

Drapeau
Drapeau de 1700 à 1761
Blason

Devise : Plus Ultra

Description de cette image, également commentée ci-après
Empire espagnol de 1714 à 1800
Informations générales
Statut Monarchie absolue
Capitale Madrid
Langue Espagnol
Religion Catholicisme
Monnaie Escudo espagnol, Réal espagnol y Maravédis
Histoire et événements
Décès de Charles II d'Espagne
1701-1714 Guerre de Succession d'Espagne
1740-1748 Guerre de Succession d'Autriche
1756-1763 Guerre de Sept Ans
1808-1814 Guerre d'indépendance espagnole
Roi d’Espagne
(1er) 17001724 Philippe V de Bourbon
17591788 Charles III de Bourbon
(Der) 1808 Ferdinand VII de Bourbon

Entités précédentes :

Les réformes bourboniennes (en espagnol Reformismo borbónico) étaient un ensemble de mesures législatives prises dans les domaines politique, économique et administratif par les Bourbons d’Espagne tout au long du XVIIIe siècle, en particulier sous le règne des rois Ferdinand VI et Charles III.

Pendant ladite période, la nouvelle dynastie s’appliqua à édifier une monarchie de type absolu, centraliste et uniformiste, qui mit fin à la monarchie composite des Habsbourgs ayant prévalu durant les deux siècles précédents, et mit en œuvre une politique de réformes, pour partie inspirée des principes des Lumières espagnoles, qui visait à laïciser le gouvernement, à stimuler l’industrie et les techniques, et ainsi à moderniser l’Espagne. En Amérique espagnole fut conçu un éventail de mesures propre à rendre l’administration coloniale plus efficace, à stimuler le développement économique et commercial, et à augmenter les recettes fiscales ; en outre, ces réformes avaient ici pour but, en limitant le pouvoir des créoles (criollos, c'est-à-dire des Européens nés dans les colonies, par opposition aux péninsulaires, nés en Espagne), de rétablir la suprématie du pouvoir central de Madrid dans les colonies américaines. La Couronne escomptait de ces transformations un effet bénéfique sur l’économie de l’Espagne[1].

Le bilan de cette politique réformiste est en demi-teinte : l’agriculture et l’industrie se développèrent, mais le pays fut confronté au milieu du siècle à de violentes émeutes de la faim ; un grand nombre d’établissements d’enseignement et de recherche furent créés, mais la généralisation de l’instruction publique ne concernera que l’enseignement primaire ; les prérogatives judiciaires de l’Inquisition furent limitées, mais le Saint-Office maintint intact son appareil de surveillance, notamment sur les livres imprimés ; si l’économie des possessions espagnoles en Amérique, et les recettes fiscales y afférentes, connut un certain essor, les nouvelles politiques ne mirent pas en cause le système d’exploitation colonial de la population indienne et eut pour effet d’augmenter encore la pression fiscale, contribuant à faire éclater la plus grande révolte indienne de l’histoire ; enfin, la nature centralisatrice de la réorganisation administrative mise en œuvre dans les colonies entraîna de l’éviction des criollos, dont le mécontentement alimentera la tendance indépendantiste au début du siècle suivant.

Mise en contexte

À la fin du XVIIe siècle, l’Espagne était un Empire déclinant, souffrant de recettes fiscales en baisse et d’un pouvoir militaire affaibli, sur lequel régnait un roi défaillant, Charles II d’Espagne , qui ne laissa aucun successeur. Dès avant sa mort, les puissances européennes et leurs dynasties respectives se positionnèrent en vue de s’emparer du trône d’Espagne et de son vaste empire. Le roi de France Louis XIV sollicita, et obtint, l’assentiment du pape en faveur de ce que son petit-fils Philippe, duc d'Anjou, en même temps grand-neveu de Charles II, montât sur le trône. Sur son lit de mort, Charles II acquiesça à la remise de la couronne à son successeur d’origine française.

Cependant, ce transfert, en 1700, de la Couronne espagnole aux mains des Bourbons ne se fit pas sans contestation. À l’issue de la subséquente guerre de succession d'Espagne (1701–1713), l'Espagne dut céder certains de ses territoires en Europe et accorder à l’Angleterre le monopole de la rentable traite esclavagiste avec les Amériques[2]. Philippe V d'Espagne s’efforça d’endiguer le déclin de la puissance espagnole, engagée dès avant la guerre. L’empire colonial se trouvait dans un état précaire, et au moment où mourut Charles II, les forces armées étaient quasi inexistantes, ne consistant qu’en une seule division, le trésor public était en faillite, et rien n’était entrepris pour stimuler le commerce et l’industrie. Philippe V et ses ministres ressentaient le besoin d’agir promptement pour reconstruire l’empire.

Influence française

Les nouveaux rois bourbonniens gardèrent des liens étroits avec la France et s’assurèrent les services de maint Français en tant que conseiller. Toutefois, les innovations françaises en matière politique et sociale, si elles devinrent une référence importante dans ces deux domaines, ne vinrent jamais supplanter totalement les anciennes lois et traditions espagnoles. Néanmoins, il y eut un afflux de marchandises, d’idées et d’imprimés français, qui contribua à diffuser les idées des Lumières à travers tout le monde hispanique. Durant tout le XVIIIe siècle, tout ce qui était français devint à la mode, donnant naissance à un nouveau type de personnage, le francisé, afrancesado, qui accueillait avec bienveillance ces nouvelles influences. En outre, pendant la guerre de Succession, les ports en Amérique espagnole avaient été bloqués par les flottes britannique et hollandaise. L'Espagne se tourna alors vers la France pour l’aider à reprendre l’exportation de ses marchandises ; c’était la première fois dans l’histoire coloniale de l’Espagne que des échanges commerciaux eurent lieu avec un pays étranger. Ces nouvelles relations commerciales eurent pour effet de stimuler les économies coloniales, en particulier celle du Chili[3].

Le règne de Charles III (1759-1788)

Charles III était le fils de Philippe V et de sa seconde épouse, Élisabeth Farnèse. Lorsqu’il monta sur le trône, à la suite de la mort de son demi-frère Ferdinand VI, demeuré sans descendance, il possédait déjà une certaine expérience du gouvernement, ayant été en effet duc de Parme d’abord, puis roi de Naples. Justement, pour pouvoir accéder à la couronne d’Espagne, il eut à renoncer au trône de Naples, qui passa à son fils, le jeune Ferdinand IV de Naples, et emporta avec lui son principal collaborateur, le marquis d’Esquilache, dont il fit son secrétaire des Finances et de la Guerre. Lorsqu'au surplus, le marquis de Grimaldi, d'origine génoise, eut plus tard remplacé Ricardo Wall à la tête du secrétariat d’État, le gouvernement se retrouva ainsi entre les mains d’« Italiens », situation qui aura des conséquences lors des révoltes du printemps 1766[4].

Le règne de Charles III sera marqué par la forte impulsion qu’il s’employa à donner aux réformes inspirées des idées des Lumières ― pour autant cependant que celles-ci ne missent pas en péril son pouvoir absolu et l’ordre social traditionnel : en effet, dans un texte adressé à son fils, le futur roi Charles IV, il écrivit : « Quiconque critique les actes de gouvernement commet un délit, lors même qu’il aurait raison ». Néanmoins Charles III est considéré comme le principal exposant du despotisme éclairé, ou de l’absolutisme éclairé, en Espagne[5].

Pour mettre en œuvre cette politique, le roi s’entoura d’une équipe de ministres réformistes, parmi lesquels se distinguera José Moñino, comte de Floridablanca. Toutefois, peu d’années après son accession au trône, Charles III dut assister à la plus grave des crises qui secoua son règne, et qui mit en lumière les contradictions de son réformisme.

La crise des années 1760 : la « révolte contre Esquilache » et ses conséquences

L’homme fort du gouvernement, le marquis d’Esquilache, qui cumulait les secrétariats de la Guerre et celui des Finances, reprit à son compte le projet de cadastre que le marquis de la Ensenada, tombé en disgrâce auprès de Ferdinand VI en 1754, n’avait pu mener à bien, et constitua un Comité du cadastre (en esp. Junta del Catastro) pour faire avancer le projet. En 1763, il importa d’Italie le jeu de la loterie — dénommée initialement « beneficiata » —, dont les recettes seraient destinées à des œuvres de bienfaisance, telles que le mont-de-piété militaire qu’il avait créé deux ans auparavant, embryon de sécurité sociale au bénéfice des soldats et de leurs veuves et orphelins. Dans le domaine militaire, il fonda en 1764 le Collège royal d’artillerie de Ségovie (Real Colegio de Artillería de Segovia), qui fut non seulement un centre d’enseignement militaire, mais également de recherche scientifique[6].

Esquilache s’attacha également à améliorer les infrastructures de Madrid, introduisant notamment l’éclairage public et perfectionnant le système d’égouts, afin que la « villa y corte » (cité et cour) cessât d’être un lieu obscur, dangereux et insalubre. Ces mesures furent complétées par d’autres qui tendaient à corriger la tenue vestimentaire de la population, prohibant les grandes capes et les chapeaux à larges bords supposés faciliter l’incognito et garantir l’impunité aux délinquants et à leur permettre de dissimuler leurs armes[7].

La dénommée émeute d’Esquilache (en esp. motín de Esquilache) qui éclata en 1766 à Madrid, eut pour élément déclencheur un décret, dont l’auteur était le secrétaire des Finances, le marquis « étranger » de Esquilache, désireux de réduire la criminalité, et qui faisait partie d’un ensemble d’actions de rénovation urbaine de la capitale, comprenant des mesures en faveur de la propreté des rues, de l’éclairage nocturne, de l’évacuation des eaux usées etc. Plus concrètement, la nouvelle norme objet de la contestation prescrivait l’abandon des capes longues et des chapeaux à grandes ailes, au motif que ces pièces vestimentaires pouvaient cacher visages, armes et produits de contrebande. La toile de fond de la révolte était en fait une crise de subsistance consécutive à une considérable hausse du prix du pain, provoquée non seulement par une succession de mauvaises récoltes, mais aussi par l’application d’un décret de 1765 libéralisant le marché des grains et supprimant les prix maximum[8].

Durant la révolte, la foule s’en prit d’abord à la demeure d’Esquilache — sous les cris de « Vive le roi, mort à Esquilache ! » —, avant de se diriger vers le palais royal, où la garde royale dut intervenir pour rétablir l’ordre, au prix de nombreux blessés et de quarante morts. Finalement, Charles III apaisa les révoltés en promettant l’annulation du décret, la destitution d’Esquilache et la baisse du prix du pain. Ce nonobstant, la rébellion se répandit vers d’autres villes et atteignit une grande virulence à Saragosse. Dans quelques localités, telles que Elche et Crevillent, les émeutes de la faim se muèrent en révoltes dirigées contre l’aristocratie. En Guipuscoa, la révolte fut appelée machinada (ou matxinada, signifiant en basque ‘révolte paysanne’). Toutes ces émeutes furent durement réprimées et l’ordre fut rétabli[8].

La révolte contre Esquilache eut deux conséquences politiques importantes. La première fut la création de trois nouvelles fonctions dans les municipalités, destinées à fournir un cadre à la participation populaire : le procureur (procurador, síndico personero), habilité à servir de porte-parole des citoyens ; le député du commun (diputado del común), chargé de veiller à l’approvisionnement en vivres ; et les maires de quartier (alcaldes de barrio), chargés de veiller à l’application des ordonnances. Cependant, ces nouveaux postes furent bientôt accaparés par les oligarchies urbaines[9].

La deuxième conséquence fut l’expulsion hors d’Espagne des jésuites, accusés d’avoir été les instigateurs des émeutes, expulsion exécutée en application de la pragmatique sanction de 1767. Il s’agissait en réalité, là encore, d’une mesure inspirée de l’absolutisme, et qui en outre permit de réformer les collèges naguère dirigés par la Compagnie. Finalement, Charles III, tout de même que d’autres monarques européens, fit pression sur la papauté pour que celle-ci prononçât la dissolution de l’ordre, ce qui se produisit en 1773[10].

Les réformes économiques et sociales

Les ministres de Charles III s’attachèrent à impulser l’économie espagnole, essentiellement l’agriculture, qui était le secteur alors le plus important, cela cependant sans modifier ni l’ordre social ni la structure de la propriété existants ; si des répartitions de terre eurent bien lieu, elles ne concernaient que les terres appartenant aux municipalités et non cultivées. Le projet le plus ambitieux, mené sous la direction de l’homme des Lumières Pablo de Olavide et lancé en 1767, consista à coloniser certaines étendues de terre, inhabitées et infestées de bandits, dans la Sierra Morena ; ainsi surgirent les dénommés Nouveaux Foyers de peuplement d’Andalousie et de la Sierra Morena (Nuevas Poblaciones de Andalucía y Sierra Morena), comme La Carolina, dans la province de Jaén, qui se révéleront des succès relatifs, puisqu’en effet, dix ans plus tard, quelque 10 000 paysans seront venus s’établir dans ces zones à repeupler ; les colons avaient gratuitement reçu de l’État terres, maison, mobilier, outils, bétail et semences[11].

D’autre part, l’on s’appliqua à améliorer les infrastructures de transport et les fonctions régaliennes. Ainsi, le creusement du canal de Castille fut poursuivi et l’on commença les travaux du canal Impérial d’Aragon ; 1000 kilomètres de routes furent construites en un réseau radial avec pour centre Madrid, et enfin, l’on fonda en 1782 la banque Saint-Charles pour financer la dette de l’État en gérant les vales reales, titres de dette publique ayant valeur de papier-monnaie.

Charles III fonda une série de manufactures de luxe : à Madrid, celle des Porcelanas del Retiro (porcelaine), de la Real Fábrica de Tapices (Fabrique royale de tapisserie) et de la Real Fábrica de Platería Martínez (argenterie) ; dans la Granja de San Ildefonso, la Fábrica de Cristales (Fabrique royale de cristal de la Granja), mais aussi un grand nombre de manufactures produisant des articles de consommation courante, comme celle des Paños de Ávila (atelier de tissage, dont le bâtiment, le long de la rivière Adaja, vient d’être démoli).

La politique régalienne et la limitation de l’« autonomie » de l’Inquisition

Les Bourbons renforcèrent le régalisme, c'est-à-dire défendirent, face au Saint-Siège, les prérogatives de la Couronne sur l’Église catholique de ses propres États. Par le concordat de 1753, conclu sous le règne de Ferdinand VI, le droit de patronage (ou patronat) royal (en esp. patronato regio) fut étendu, quasi de plein exercice, à tous les territoires, alors qu’auparavant ce droit ne prévalait qu’à Grenade et dans les Amériques. Les attributions de l’Inquisition en matière de censure (1768) et dans le domaine judiciaire (1770) furent restreintes. Les frictions avec le Saint-Siège culminèrent avec l’expulsion, déjà signalée, des jésuites, accusés d’être les responsables des émeutes contre Esquilache. Enfin, l’on renforça l’exequatur (ou pase regio), qui stipulait que les dispositions du pape devaient préalablement recevoir la sanction royale pour pouvoir être promulguées et appliquées dans les territoires de la Monarchie. Cependant, la Monarchie n’en vint pas pour autant à remettre en cause les vastes privilèges de l’Église[12].

Aux yeux des penseurs des Lumières, l’Inquisition constituait le principal obstacle à la mise en adéquation de la société espagnole aux normes européennes de l’époque, mais l’action de la monarchie absolue espagnole fut, sous ce rapport, ambiguë et contradictoire. Ainsi, si Charles III resserra la subordination de l’Inquisition à la Monarchie, le Saint Office maintint intact son appareil de surveillance, lequel comportait la présence de commissaires dans les ports maritimes et aux frontières terrestres, ainsi que la visite systématique des librairies du royaume, lesquelles étaient obligées de disposer d’un exemplaire de l’Index des livres prohibés, de même que d’un inventaire annuel recensant leurs productions. Quelques procès retentissants engagés par l’Inquisition à l’encontre de plusieurs penseurs des Lumières, tels que Pablo de Olavide, condamné à 8 ans de réclusion pour « héterodoxie » et pour avoir lu des livres interdits, témoignent du pouvoir que continuait malgré tout de détenir le Saint Office. Une autre manifestation de la « liberté surveillée » pratiquée par les gouvernements réformistes est la mise en place, au milieu du siècle, de la censure préalable, par laquelle l’autorisation officielle était requise pour la diffusion de quelque imprimé que ce fût (livre, brochure ou journal), ainsi que la nécessité d’une licence pour l’importation de livres étrangers. Les peines dont était passible le contrevenant allaient de la confiscation des biens jusqu’à la mort, dans les cas de grave injure à la foi catholique[8].

Comme il a été signalé par l’historien Carlos Martínez Shaw[13], « c’est Charles III qui établit de façon symbolique la subordination du Saint Office à la Couronne, et ce à l’occasion de l’affaire du catéchisme de l’abbé François-Philippe Mésenguy, ouvrage agréé par le roi mais condamné par l’inquisiteur général, ce dernier faisant alors l’objet d’une mesure de proscription hors de Madrid et de confinement dans un monastère, jusqu’à ce le souverain lui accordât son pardon. Pour cette raison, le gouvernement ressuscita le vieux privilège de l’exequatur, par lequel l’autorisation préalable était exigée pour la publication en Espagne des documents pontificaux et qui après quelques vacillations allait être mis en vigueur à partir de 1768. Cette même année, une nouvelle disposition fut dictée relative à la procédure que devait suivre l’Inquisition en matière de censure de livres, afin de préserver les auteurs d’une condamnation arbitraire et injuste, disposition consistant à imposer une audition préalable de l’auteur, en personne ou par son représentant, avant d’émettre l’édit condamnatoire, et qui dans tous les cas exigeait également l’autorisation gouvernemente avant d’être promulguée. Deux années plus tard, le Saint Office se vit rappeler les limites de son action répressive, qui devait se cantonner aux délits d’hérésie et d’apostasie, en même temps que furent dressées des barrières à l’incarcération préventive, c'est-à-dire antérieure à l’apport de preuves de la culpabilité du prévenu... Toute cette offensive législative fut combinée à une politique de nominations dans les tribunaux d’Inquisition privilégiant les ecclésiastiques les plus cultivés, tolérants et éclairés, par opposition au personnel antérieur, composé souvent de religieux à l’esprit fermé et de formation culturelle déficiente, qui dans beaucoup de cas ignoraient même les langues étrangères dans lesquelles les œuvres condamnées par eux étaient écrites »[14].

Cette politique de contrôle renforcé sur l’Inquisition peut se vérifier dans la réponse suivante, datée de 1768, du Conseil de Castille à propos des prérogatives du roi face à l’Inquisition :

« Le roi en tant que patron, fondateur et dotateur de l’Inquisition détient sur elle tous les droits inhérents à tout patronage royal (...) ; comme père et protecteur de ses vassaux, il peut et doit empêcher que dans leurs personnes, biens et réputation, se commettent des violences et des extorsions, en indiquant aux juges ecclésiastiques, y compris lorsqu’ils procèdent ès qualités, la voie tracée par les canons, afin qu’ils ne dévient point de leurs règles. »

La réorganisation de l’administration des Indes

Les Archives des Indes à Séville, institution créée à l'instigation de Charles III, où sont conservés les documents de la Casa de Contratación.

Le gros des changements en Amérique espagnole advint dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Charles III poursuivit la politique commencée par Philippe V, mais mise en œuvre surtout par Ferdinand VI, et qui visait à convertir les colonies espagnoles américaines en source de richesse pour la métropole et de recettes pour les finances royales. C’est dans cet objectif qu’il fut procédé à une réorganisation de l’administration américaine pour la rendre plus efficace et pour y renforcer l’autorité de l’État[15] :

  • sous Charles III, les affaires coloniales furent concentrées dans un seul et même ministère, qui se vit attribuer toutes les compétences, aux dépens du Conseil des Indes ;
  • deux nouvelles vice-royautés furent créées (au lieu d’une seule, comme cela avait été prévu dans le projet initial), en les détachant de celle du Pérou : la vice-royauté de Nouvelle-Grenade, avec pour capitale Bogota, créée une première fois en 1717, supprimée six ans seulement après et établie de façon permanente en 1739, et la vice-royauté du Río de la Plata, créée beaucoup plus tard, en 1776, avec pour capitale Buenos Aires. Ce redécoupage administratif était censé permettre un plus grand contrôle politique et fiscal[16]. La même année, une capitainerie générale fut d’autre part établie au Venezuela.
  • sur le modèle de l’administration française, l’on institua la fonction d’intendant (intendente), destinée à se substituer aux anciens gouverneurs, corregidores (échevins) et alcaldes mayores (alcades) du cabildo colonial. Les intendances eurent l’effet souhaité de centraliser davantage l’administration coloniale aux dépens des vice-rois, capitaines généraux et gouverneurs, attendu que les intendants était directement responsables devant la Couronne, non plus devant les premiers cités, et se virent attribuer d’amples pouvoirs en matière économique et politique. Le système des intendances se révéla efficace dans la plupart des territoires et permit d’augmenter les recettes fiscales. Les sièges des intendances étaient établis principalement dans les grandes villes et les centres miniers florissants. Quasiment tous les nouveaux intendants étaient des péninsulaires, c'est-à-dire nés en Espagne, ce qui eut pour effet d’exacerber les tensions entre lesdits péninsulaires et les criollos, descendants d’Espagnols, mais nés en Amérique, qui voulaient sauvegarder la part de pouvoir qu’ils avaient acquise dans l’administration locale. De même, Charles III et Charles IV voulurent aller à rebours des progrès faits par les criollos dans les hautes instances judiciaires (audiencias). Sous les Habsbourgs, la couronne avaient accoutumé de mettre en vente les postes à pourvoir dans les audiencias, dont les criollos se portaient acquéreurs. Les rois Bourbons mirent un terme à cette politique, et en 1807, seuls douze sur quatre-vingt-dix-neuf juges d’audiencia étaient des créoles[17] ;
  • de façon générale, il fut mis fin à la vente de charges publiques, pratique grâce à laquelle les criollos avaient réussi au cours du siècle écoulé à monopoliser les principales fonctions de la bureaucratie locale ; à leur place seront désormais nommés des fonctionnaires (censément plus qualifiés et moins intéressés) venus directement de la Péninsule, auxquels s’ajoutera une nouvelle vague d’émigrants péninsulaires originaires de Galice, des Asturies et des provinces basques ;
  • l’on mit sur pied pour défendre les colonies, en particulier contre la Grande-Bretagne, une armée permanente, dans laquelle les criollos et les métis étaient admis à s’incorporer, attendu qu’il n’était pas possible de le pourvoir d’un personnel exclusivement péninsulaire ;
  • les impôts furent majorés et l’État étendit son monopole fiscal à des produits tels que le tabac, l’eau-de-vie ou la poudre à canon, ce qui provoqua le mécontentement à la fois chez les criollos, les métis et les Indiens ;
  • à la suite de l’annulation, pendant le règne antérieur, des deux concessions commerciales consenties à la Grande-Bretagne aux termes du traité d'Utrecht — le vaisseau permis (qui autorisait l’Angleterre à envoyer chaque année un navire d’une capacité de 500 tonnes vers les colonies espagnoles américaines pour commercer avec elles) et l’asiento (qui réservait la traite des noirs aux seuls Britanniques) —, qui n’avaient servi qu’à accroître la contrebande, l’on poursuivit la politique qui visait à revitaliser les échanges entre l’Amérique et l’Espagne, conformément aux dispositions du pacte colonial et en utilisant les outils prévus par celui-ci, dans le but de faire des Amériques un grand centre exportateur de matières premières et importateur de produits manufacturés de la métropole. De la sorte, les deux économies se mirent bientôt à croître, grâce à quoi la Couronne vit également ses recettes et son pouvoir augmentés[8] :
  • autorisation fut donnée à d’autres ports, en sus de celui de Cadix, vers lequel la Casa de Contratación de Séville avait été transférée en 1717, à commercer directement avec l’Amérique, en un premier temps avec les Antilles, en 1765, puis avec l’ensemble de l’Amérique, à travers le Règlement de libre commerce de 1778. Ce dernier autorisait les ports de l’Amérique espagnole à commercer directement entre eux et avec la plupart des ports d’Espagne, le commerce n’étant plus dorénavant restreint aux quatre ports coloniaux qu’étaient Veracruz, Carthagène des Indes, Lima/Callao, et Panama[18];
  • la politique consistant à concéder à des compagnies commerciales « privilégiées » l’exploitation en régime monopolistique de certaines zones fut prolongée ;
  • l’on appliqua plus largement la méthode dite des vaisseaux enregistrés (en esp. navíos de registro, navires qui naviguaient en solitaire, évitant ainsi plus aisément la marine ennemie, et partaient et arrivaient aux Amériques avec plus de régularité) en remplacement des convois de la route des Indes ;
  • les Bourbons d’Espagne rendirent aussi le gouvernement plus laïc. Le rôle politique de l’Église fut réduit, quoique jamais totalement supprimé. À la différence des Habsbourgs, qui choisissaient souvent des gens d’Église pour occuper des fonctions politiques, les Bourbons préféraient nommer à ce type de poste des militaires de carrière. Ce processus de laïcisation culmina avec l’abolition en 1767 de la Compagnie de Jésus, qui était l’un des ordres religieux les plus riches et avaient été un important outil de l’entreprise missionnaire dans les Amériques et aux Philippines. En raison des nombreuses rivalités qu’avaient les jésuites dans les autres ordres religieux, l’on se félicita du reste ouvertement de leur éviction. La Couronne s’efforça également de promouvoir le clergé séculier au sein de la hiérarchie de l’Église, inversant de la sorte la tendance qui existait depuis le début de la période coloniale de faire occuper ces postes par des membres du clergé régulier. Globalement toutefois, ces changements n’eurent que peu d’effet sur l’Église dans son ensemble. Vers la fin du règne des Bourbons, à la veille des indépendances, la Couronne tenta de confisquer les possessions de l’Église, mais la mesure se révéla malaisée à mettre en application[19] ;
  • avant les réformes bourboniennes, l’Amérique espagnole ne disposait guère de forces armées opérationnelles ; les troupes existantes étaient sans coordination et dispersées. Les Bourbons mirent sur pied une milice mieux organisée, dont le corps d’officiers était composé dans un premier temps de militaires tout droit venus d’Espagne ; cependant, des hommes du cru vinrent bientôt à occuper la plupart des postes, les milices coloniales devenant une source de prestige pour les criollos en mal de statut social. La hiérarchie militaire était à base raciale : les milices se constituaient souvent selon les lignes de démarcation raciales, ce qui donna lieu à la création de milices pour blancs, pour noirs et pour sang-mêlé. Presque tous les officiers supérieurs étaient des péninsulaires, les criollos occupant les échelons secondaires.

Réformes à l’origine des révoltes péruviennes

Les réformes à mettre en œuvre en Amérique furent recommandées dans le rapport intitulé Informe y Plan de Intendencias, que le visiteur général José de Gálvez et le vice-roi de Nouvelle-Espagne, le marquis de Croix, remirent en 1768 à Charles III. Dans la vice-royauté du Pérou, au Chili et dans le Río de la Plata, c’est le visiteur général José Antonio de Areche qui à partir de 1776 fut chargé d’appliquer les réformes et qui introduisit un ensemble de changements dans les colonies, dont e.a. des majorations fiscales, quoiqu’on les eût déjà, dès avant son arrivée, mises en place graduellement.

En mars 1772, une cédule royale prescrivit une augmentation générale de 2 à 4 % de l’impôt des alcabalas (taxe obligatoire sur la vente de marchandises) au Pérou, tant sur les produits américains que sur les produits importés. Toutefois, beaucoup hésitèrent à appliquer la nouvelle taxe, n’ayant pas en effet été informés clairement quelles marchandises tombaient sous le coup de cette mesure. Cette majoration de taxe une fois mise en application, les recettes au titre des alcabalas connurent effectivement une hausse, dans certaines provinces plus que dans d’autres, en raison de leur perception directe par les douanes. En 1773, une douane fut instaurée à Lima, et l’année suivante dans la province de Cochabamba, à Arque et à Tapacarí, ce qui provoqua des protestations voire des troubles lorsqu’on tenta de faire acquitter des alcabalas aux cotonniers, tailleurs, cordonniers, ferronniers et savonniers ; en outre, il fallut payer les alcabalas sur les céréales (blé, maïs) cultivées dans la zone. En conséquence, de nombreux artisans, négociants en blé et marchands ambulants furent impliqués dans les troubles que ces mesures fiscales finirent par provoquer.

Les commerçants indiens en particulier rechignaient fort à soumettre leurs produits au contrôle douanier, redoutant d’être obligés de payer les alcabalas, sans égard au fait qu’ils avaient été jusqu’alors exemptés de taxation sur les produits qu’ils cultivaient sur leurs terres ou fabriquaient eux-mêmes (sans préjudice des taxes qu'ils étaient tenus de payer sur les biens importés de Castille dont ils faisaient commerce). En tout état de cause, si la majeure partie des produits commercialisés par les indigènes ne furent pas affectés par cette augmentation à 4 % des alcabalas, ils le furent en revanche par la nouvelle hausse des alcabalas à 6 % décidée en 1776.

Cette année 1776 fut cruciale pour la recrudescence du mécontentement populaire, qui atteignit son point culminant en 1780. Le Haut-Pérou ayant été mis sous la juridiction de la nouvelle vice-royauté du Río de la Plata, ce qui modifia les routes commerciales de manière décisive, les alcabalas étaient montées à 6 % et une douane supplémentaire fut érigée à La Paz. Cette même année, le visiteur Areche s’embarqua à destination des colonies, pour y superviser personnellement la mise en œuvre des réformes. Il arriva au Pérou en 1777, s’attelant aussitôt à surveiller le recouvrement des nouvelles alcabalas. En août de cette année, une circulaire fut envoyée aux corregidores de Chayanta, Paria, Oruro, La Paz et Pacajes, leur enjoignant d’exercer une pression plus forte pour la perception du nouvel impôt, ce qui impliquait qu’il incombait désormais aux corregidores non seulement de lever le tribut et d’organiser la répartition forcée de marchandises, mais aussi de percevoir les alcabalas. La conséquence en fut que les corregidores entrèrent en conflit direct non seulement avec les paysans indiens, mais aussi avec les propriétaires terriens, les artisans et les commerçants métis et criollos, tous touchés par les nouveaux impôts.

Toujours en cette année 1777, une taxe de 12,5 % fut imposée sur l’eau-de-vie, quoique le décret royal en ce sens ne fût pas approuvé avant 1778. Parallèlement, le vice-roi Manuel Guirior mena une campagne, appuyée par le visiteur Areche, visant à en finir avec la « contrebande d’or et d’argent » quittant la vice-royauté du Pérou, tandis que le vice-roi Pedro de Cevallos interdisait l’« exportation de pièces d’or et d’argent » hors de la vice-royauté du Río de la Plata vers le Pérou. Cependant, la cible de ce groupe de mesures était les secteurs miniers, d’une part parce que la consommation d’eau-de-vie était commune chez les ouvriers des mines, et d’autre part parce que les interdictions de Guirior portant sur la « circulation d’or et d’argent non préalablement scellé et fondu » frappaient les propriétaires et les exploitants de mines. En contrepartie, des réductions d’impôt furent accordées aux mines argentifères.

En 1779 la coca, et à partir de 1780 les céréales, furent portées dans la liste des marchandises assujetties aux alcabalas. Jusqu’en 1779, des douanes n’avaient été établies que dans le Haut-Pérou (Cochabamba, Potosí, La Paz) et à Buenos Aires ; l’année suivante, on en installa aussi dans le Bas-Pérou (à Arequipa, et il était envisagé d’en installer également à Cuzco). En juillet 1780, pour assurer le recouvrement des alcabalas, il fut ordonné à tous les artisans de s’affilier à une corporation, et de s’y faire dûment enregistrer. De même, bien que les sources d’eau fussent normalement exonérées, elles furent à leur tour soumise à alcabalas en 1780.

La culture du tabac se révéla être une activité rentable après que les monopoles d’État eurent été desserrés. Dans le même temps, beaucoup parmi les colonies espagnoles se mirent à produire une abondance de ressources qui devinrent ensuite d’importance vitale pour mainte puissance européenne et pour les colonies britanniques en Amérique du Nord et dans les Antilles, nonobstant le fait que la majeure partie de ce commerce était considéré comme de la contrebande, vu que les marchandises n’étaient pas transportées par des vaisseaux espagnols. Les rois Bourbons tentèrent de mettre hors-la-loi ce commerce par différents moyens, comme p.ex. une hausse des droits de douane, mais ces efforts n’eurent que peu de résultats[20].

Enfin, l’intention du visiteur Areche de recenser la population non indigène et d’inclure les cholos parmi les tributaires mit les métis et mulâtres en état d’alerte, dès qu’ils eurent entrevu les projets de la Couronne en ce sens.

Peu après, et par suite de cette politique, se produisit au Pérou la révolte indienne, dit Grande Rébellion, emmenée par le noble quechua Túpac Amaru II[21].

Enseignement et sciences

Statue de Charles III d’Espagne, parangon de roi éclairé.

Dans le domaine culturel et éducatif, les gouvernements bourbonniens successifs menèrent une politique conforme aux intérêts de la monarchie. En raison notamment de l’élitisme des conceptions des Lumières espagnoles, l’on n’eut garde de créer un système généralisé d’instruction publique ; Jovellanos par exemple préconisait une instruction certes à la portée de tous, mais limitée au niveau élémentaire, aller au-delà risquant de mettre en péril l’ordre social[22].

  • les académies furent maintenues (l’Académie royale espagnole de la Langue, 1713 ; de l’Histoire, 1735 ; de Jurisprudence, 1739 ; des Beaux-Arts, 1757), avec la même finalité que celle pour laquelle elles avaient été créées : diffuser la pensée officielle prévalant dans les différentes sphères de l’activité intellectuelle et assouvir sur ce terrain également la même propension à la centralisation et à l’uniformisation ;
  • dans la plupart des grandes villes espagnoles furent fondées les écoles des Arts et Métiers (escuelas de Artes y Oficios), destinées à satisfaire le besoin de main-d’œuvre spécialisée des manufactures et fabriques royales et appelées à subsister jusque bien avant dans le XXe siècle ;
  • l’on s’employa à réformer l’enseignement universitaire, dans le but de moderniser les cursus, en y introdusant notamment l’étude des mathématiques, de la physique, de la biologie et des autres sciences naturelles, et de laïciser le corps professoral, en excluant les religieux. Cependant, par les résistances qui furent opposées à ces initiatives, le résultat fut très inégal, raison pour laquelle l’université, abstraction faite de quelques exceptions, ne sera pas à la pointe de la réforme éducative des Lumières espagnoles ;
  • l’on aménagea à Madrid, près du Retiro, le Jardin botanique royal (Real Jardín Botánico), qui remplaça l’antérieur, celui de Migas Calientes, qui se trouvait le long de la rivière Manzanares ;
  • l’on entreprit de réformer les Colegios Mayores, qui étaient des « centres d’accueil d’étudiants pauvres, auxquels étaient accordées des bourses pour suivre des études..., [mais qui] s’étaient changés en un réduit de privilégiés qui, en contrôlant l’octroi des bourses, en tenant les fonctions gouvernementales et en occupant ensuite les principales chaires, avaient mis sur pied tout un système basé sur l’appui mutuel afin de monopoliser l’attribution de postes de l’administration publique » ; les changements que l’on voulut accomplir pour en revenir au but initial des Colegios Mayores se heurtèrent à la résistance de la « caste de collégiens, bastion de la plus rance conception traditionnaliste et aristocratisante de la société, [qui] essayait de faire perdurer cette situation si favorable à ses intérêts, face aux golillas ou aux manteístas, étudiants d’extraction plus modeste et dépourvus d’appui corporatif, parmi lesquels fermentaient les idées de changement et la réforme des Lumières »[23].
  • de nouvelles institutions d’enseignement supérieur furent créées, ayant pour objectif d’améliorer l’instruction de la noblesse ― on fonda ainsi : des Seminaires de Nobles (bien que celui de Vergara fût bien davantage et se transforma en l’un des centres les plus importants d’enseignement et de recherche de l’Espagne des Lumières) ; des établissements voués à former des spécialistes militaires, comme l’Académie militaire de Mathématiques ou les Collèges royaux de Chirurgie, que devinrent d’importants centres d’enseignement scientifique, ou de former des étudiants dans le domaine des sciences dites appliquées (École royale de Minéralogie, Institut royal asturien des Mines, École vétérinaire, Écoles des Chaussées, Ponts et Canaux,... ou encore les jardins botaniques) ;
  • l’enseignement militaire fut développé, avec l’Académie de garde-marines de Cadix, l’Académie d’Ocaña, ainsi que d’autres implantés dans les territoires d’Amérique ;
  • l’on accrut en puissance et en nombre les Sociedades Económicas de Amigos del País, selon une idée née à Azpeitia (Guipuscoa) en 1764 et mise en œuvre par une initiative privée (la Real Sociedad Bascongada de Amigos del País), laquelle reçut l’année suivante une reconnaissance officielle agréant ses objectifs : stimuler l’agriculture, l’industrie, le commerce et les sciences. Les plus de 70 Sociedades de ce type qui furent par la suite fondées dans toute l’Espagne, pour la plupart à l’initiative des autorités locales, se consacrèrent à la rédaction de mémoires et de rapports sur les mesures à prendre pour stimuler l’économie, et à la création d’écoles de formation professionnelle, afin de diffuser chez les agriculteurs et les artisans les connaissances et techniques des sciences « utiles ». Dans les villes portuaires, les Consulats de commerce (Consulados de Comercio) furent chargés de remplir des fonctions analogues (ou complémentaires) à celles des Sociedades Económicas (spécialement à la suite de la promulgation du Règlement de libre commerce de 1778), quoiqu’avec un accent plus appuyé sur le commerce et la navigation ;
  • des projets considérés comme étant d’intérêt général furent financés, comme l’exécution d’enquêtes sur des sujets économiques (la Contribution unique, la Loi agraire), la réalisation d’études statistiques (tels que p.ex. les recensements de population ordonnés par Aranda, Floridablanca et Godoy), la cartographie du territoire espagnol ;
  • des expéditions scientifiques furent organisées dans les territoires d’outremer, comme celles de Celestino Mutis, Alejandro Malaspina, et d’autres.

Bibliographie

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  • Pedro Voltes, La vida y la época de Fernando VI, Barcelone, Planeta, (ISBN 84-08-02617-8)

Notes et références

  1. Ortega Noriega, Sergio. Las reformas borbónicas y la Independencia, 1767-182 « Copie archivée » (version du 25 novembre 2005 sur l'Internet Archive), Breve historia de Sinaloa, Mexico, 1999. (ISBN 968-16-5378-5)
  2. Hill: Robert Harley, 162–5; Wolf: Louis XIV, 581; Pitt: The Pacification of Utrecht, 460; Trevelyan: England, III, 182–5
  3. Thomas E. Skidmore et Peter H. Smith, Modern Latin America, Oxford University Press, Oxford 2005.
  4. Rosa María Capel Martínez et José Cepeda Gómez, El Siglo de las Luces. Política y sociedad, , p. 267
  5. Rosa María Capel Martínez et José Cepeda Gómez, El Siglo de las Luces. Política y sociedad, , p. 264
  6. Rosa María Capel Martínez et José Cepeda Gómez, El Siglo de las Luces. Política y sociedad, , p. 268
  7. Rosa María Capel Martínez et José Cepeda Gómez, El Siglo de las Luces. Política y sociedad, , p. 268
  8. a, b, c et d Antonio Domínguez Ortiz, Carlos III y la España de la Ilustración, , p. 95-130
  9. Antonio Domínguez Ortiz, Carlos III y la España de la Ilustración, , p. 161-167
  10. Antonio Domínguez Ortiz, Carlos III y la España de la Ilustración, , p. 130-145
  11. Antonio Domínguez Ortiz, Carlos III y la España de la Ilustración, , p. 195-201
  12. Antonio Domínguez Ortiz, Carlos III y la España de la Ilustración, , p. 221-253
  13. Carlos Martínez Shaw Ortiz, Carlos III y la España de la Ilustración, , p. 10-12
  14. Carlos Martínez Shaw Ortiz, Carlos III y la España de la Ilustración, , p. 10-12
  15. Antonio Domínguez Ortiz, Carlos III y la España de la Ilustración, , p. 324-356
  16. Reformas Borbónicas en el Virreinato del Río de la Plata Historia Argentina-Planeta Senda.
  17. E. Bradford Burns et Julie A. Charlip, Latin America: An Interpretative History, Pearson Education Inc., Upper Saddle River, New Jersey 2007.
  18. Tim L. Merrill et Ramón Miró, editors. "Road to Independence", Mexico: A Country Study, GPO for the Library of Congress, Washington 1996.
  19. John A. Crow, The Epic of Latin America, University of California Press, Berkeley 1980.
  20. "History of Latin America". Encyclopædia Britannica Presents Hispanic Heritage in the Americas.
  21. Boleslao Lewin (1957), La rebelión de Túpac Amaru y los orígenes de la emancipación americana ; O’Phelan Godoy (1988), Un siglo de rebeliones anticoloniales, Perú y Bolivia, 1700-1783 ; Frigerio (2011), La rebelión criolla de Oruro fue juzgada en Buenos Aires (1781-1801). (ISBN 978-987-556-345-2)
  22. Carlos Martínez Shaw, El Siglo de las Luces. Las bases intelectuales del reformismo, Madrid, , p. 197
  23. Carlos Martínez Shaw, El Siglo de las Luces. Las bases intelectuales del reformismo, Madrid, , p. 16