Paul Pelliot

Paul Pelliot (né le à Paris – mort le à Paris) est un linguiste français, sinologue et tibétologue, explorateur et spécialiste des manuscrits de Dunhuang. Hyperpolyglotte, il parlait 13 langues, à commencer par le chinois. Il fut l'élève de l'indianiste Sylvain Lévi et de l'archéologue Édouard Chavannes.

Biographie

Jeunesse

Élevé à Saint-Mandé dans l'hôtel particulier de sa grand-mère Augustine Renault (rue du même nom, près du bois de Vincennes), il est diplômé de l'École libre des sciences politiques et de l'École des Langues orientales vivantes en 1897.

En Asie

Pensionnaire puis membre de l'École française d'Extrême-Orient, dont le siège était alors situé à Hanoï, il effectue pour le compte de cette institution plusieurs missions, notamment en Chine et en Asie centrale.

À 21 ans, il est envoyé à Pékin afin d'y récupérer des manuscrits. Il s'y trouve lors de la Révolte des Boxers, et il fait partie des Occidentaux assiégés dans la ville pendant les 55 jours de Pékin de l'été 1900. Il participe activement et héroïquement à la défense des Légations ce pour quoi il sera décoré de la Légion d'honneur.

La plus fameuse de ces missions est celle de 1906 à 1908 dans le Turkestan chinois : parti en train de Paris le 17 juin 1906 pour Saint-Pétersbourg avec deux compagnons de voyage, le docteur Louis Vaillant et le photographe Charles Nouette, Pelliot retrouve fin juillet 1906, suivant les ordres militaires, à Boukhara, le colonel finlandais Gustaf Mannerheim, officier de l'armée impériale russe, en mission d'espionnage pour le Tsar Nicolas II, lequel avait des visées territoriales sur l'ouest chinois[1]. Associés pendant trois mois, leur route se sépare fin octobre 1906 à Kashgar.

Carte de la mission Pelliot
Pelliot examinant des manuscrits dans les grottes de Mogao, 1908, Musée Guimet.

Manuscrits de Dunhuang

Pelliot rejoint Ürümqi en Chine, séjourne à Tourfan, avant de rejoindre Pékin à l'été 1909. Durant son séjour dans la province du Gansu près de Dunhuang en mars 1908, il achète pour 500 tael (100 euros) à un ermite taoïste, Wang Yuanlu, dit l'« abbé Wang », une partie des Manuscrits de Dunhuang que celui-ci avait découverts dans les grottes de Mogao et n'avait pas vendus à l'orientaliste anglais Aurel Stein. Ses talents de linguiste lui permirent de sélectionner les manuscrits les plus intéressants : plusieurs milliers de manuscrits antérieurs au XIe siècle ; un ensemble de 3000 feuilles d'estampage d'inscription lapidaire et une collection de livres chinois de plus de 2000 titres (plus de 30 000 fascicules). Parmi ces textes, on trouve le Wang ocheonchukguk jeon récit de voyage en Inde (723-728) du moine bouddhiste coréen Hyecho.

Orientaliste en France

De retour à Paris le 24 octobre 1909, il étudia ces précieux manuscrits religieux bouddhistes et profanes, rédigés en chinois, tibétain, sanscrit, koutchéen, khotanais, sogdien et ouïgour. Marcelle Lalou a catalogué la totalité de la collection de vieux manuscrits tibétains de Dunhuang de Paul Pelliot à la Bibliothèque nationale de France où ils se trouvent aujourd'hui. Ceux-ci s'avérèrent d'une grande importance pour l'étude de l'Asie centrale de la période VIe au XIe siècle et la diffusion du bouddhisme vers la Chine par la route de la soie. Il est professeur au Collège de France à partir de 1911 et membre de la Société asiatique dans le groupe des orientalistes[2]. Les peintures murales qu'il avait également rapportées sont quant à elles conservées au Musée national des arts asiatiques-Guimet.

Retour à Pékin

Le sinologue Paul Pelliot, 1928.

En 1918, nommé attaché militaire à Pékin grâce à l'appui de son ami Stephen Pichon, Ministre des Affaires étrangères (France) du Gouvernement Georges Clemenceau (2), il rejoint le Général Maurice Janin qui a pour mission d'aider les Armées blanches en Sibérie et en Mongolie, notamment l'Ataman Grigori Semenov, Ivan Pavlovitch Kalmikov et son adjoint le baron Ungern[3].

Ses travaux des années 1920-1930 font toujours autorité et ses manuscrits sont en cours de numérisation dans le cadre du Projet international de Dunhuang.

Galerie

Travaux et publications

  • Catalogue des manuscrits chinois de Touen-Houang
  • Trois Ans dans la haute Asie 1910. Trois Ans dans la haute Asie : vol.1
  • Pelliot (avec Édouard Chavannes), "Un traité manichéen retrouvé en Chine", JA 1911, p. 499-617; 1913, p. 99-199, 261-392.
  • "Mo-ni et manichéens," JA 1914, p. 461-70.
  • "Le 'Cha-tcheou-tou-fou-t'ou-king' et la colonie sogdienne de la région du Lob Nor", JA 1916, p. 111-23.
  • "Le sûtra des causes et des effets du bien et du mal". Édité‚ et traduit d'après les textes sogdien, chinois et tibétain par Robert Gauthiot et Paul Pelliot, 2 vols (avec la collaboration de E. Benveniste), Paris, 1920.
  • Les grottes de Touen-Houang 1920. Les grottes de Touen-Houang : vol.1 Les grottes de Touen-Houang : vol.2 Les grottes de Touen-Houang : vol.3 Les grottes de Touen-Houang : vol.4 Les grottes de Touen-Houang : vol.5 Les grottes de Touen-Houang : vol.6
  • Bulletin Archéologique du Musée Guimet. Fascicule II. Asie Centrale et Tibet. Missions Pelliot et Bacot (Documents exposés au Musée Guimet), Librairie Nationale d'Art et d'Histoire G. Van Oest & Cie, Éditeurs, Paris et Bruxelles, 1921
  • "Les Mongols et la Papauté. Documents nouveaux édités, traduits et commentés par M. Paul Pelliot" avec la collaboration de MM. Borghezio, Masse‚ and Tisserant, Revue de l'Orient chrétien, 3e sér. 3 (23), 1922/23, p. 3-30.
  • "Les traditions manichéennes au Foukien," Toung pao, 22, 1923, p. 193-208.
  • "Neuf notes sur des questions d'Asie Centrale," T'oung Pao, 24, 1929, p. 201-265.
  • "Notes sur Marco Polo, ed. L. Hambis, 3 vols., Paris 1959-63.
  • "Recherches sur les chrétiens d'Asie centrale et d'Extrême-Orient I, Paris, 1973.
  • Chrétiens d'Asie centrale et d'Extrême-Orient, T'oung Pao, vol. XV, 1914.
  • Michel Boim, jésuite polonais dans la Chine du XVIIe siècle
  • Hamilton, James Russell, "Manuscrits ouïgours du IXe-Xe siècle de Touen-Houang", Paris, 1986 (en ligne sur Gallica)
  • "L'inscription nestorienne de Si-ngan-fou, ed. avec suppléments par Antonino Forte, Kyoto et Paris, 1996.
  • J. Ghesquière, J-F. Jarrige, F. Macouin, M. Monteil, H-C. Tsao (collectif), "Paul Pelliot, Carnets de route 1906-1908", éd. Réunion des musées nationaux, les Indes savantes, musée Guimet, Paris, 2008.

Œuvres posthumes

  • Les débuts de l'imprimerie en Chine
  • Histoire secrète des Mongols
  • Zhou Daguan et Paul Pelliot, Mémoires sur les coutumes du Cambodge de Tcheou Ta-Kouan, vol. 3, Adrien Maisonneuve, coll. « Œuvres posthumes », , 71-03 éd. (1re éd. 1951), 178 p. (ISBN 9782720011078, présentation en ligne), récit de Zhou Daguan, suivie d'un commentaire inachevé de Paul Pelliot

Bibliographie

  • Peter Hopkirk (trad. Carisse Beaune), Bouddhas et rôdeurs sur la route de la soie, Paris, Arthaud, coll. « Signes des temps », , 283 p. (ISBN 2-7003-0362-8)
  • Philippe Flandrin, Les sept vies du mandarin français, 2008, Éditions du Rocher. (ISBN 978-2-268-06651-6)
  • Eric Enno Tamm, The Horse That Leaps Through Clouds: A Tale of Espionage, the Silk Road and the Rise of Modern China, 2010, Vancouver, Douglas & Mcintyre. (ISBN 978-1-55365-269-4)
  • Isabelle Nathan, La Chine, une passion française, 2014, Éditions Loubatières. (ISBN 978-2-86266-705-8)
  • JP Drège et M. Zink, Paul Pelliot, de l'Histoire à la légende, 2013, Librairie de Boccard, Paris.

Notes et références

  1. http://www.mannerheim.fi/05_s_ura/f_kiina.htm
  2. « Orientalistes », sur Académie des Inscriptions et Belles-lettres (consulté le 24 septembre 2015)
  3. Philippe Flandrin, Les sept vies du Mandarin français, 2008, Éditions du Rocher, page 212

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

  • 300 livres de Paul Pelliot sur Monumenta Altaica
  • Diplôme de l'Université de Hong Kong, 1916
  • Mission archéologique en Mongolie
  • La plus ancienne carte d'étoiles connue, trouvé par Paul Pelliot dans les grottes de Mogao
  • Le Figaro du 28 janvier 1911 sur l'authenticité des manuscrits
  • Les Annales politiques et littéraires du 12 novembre 1911
  • Paul Pelliot blog BNF
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  • Ressources relatives à la recherche :
    • Académie des inscriptions et belles-lettres
    • Chercheurs d'Asie
    • Dictionnaire critique des historiens de l'art actifs en France de la Révolution à la Première Guerre mondiale
    • La France savante
    • Persée