Octobre polonais de 1956

Władysław Gomułka s'adresse à milliers de personnes à Varsovie le 24 octobre 1956. Il est alors au sommet de sa popularité. Il appelle à la fin des manifestations et au retour au travail. « Uni avec la classe ouvrière et la nation », il conclut « le Parti mènera la Pologne vers une nouvelle voie du socialisme ». La popularité de Gomułka est à ce moment-là probablement équivalente à celles de Józef Piłsudski dans les années 1920 ou de Lech Wałęsa en 1980, mais la désillusion va bientôt suivre.

L'Octobre polonais est le nom donné à la courte période de dégel qui suivit la nomination de Gomulka à la tête de la République populaire de Pologne en octobre 1956.

Contexte

La mort de Staline en mars 1953 se traduit dans plusieurs pays du bloc de l'Est, notamment en Hongrie et en RDA, par une certaine libéralisation de la situation politique. En Pologne inversement, la répression atteint son point culminant, la phase de dégel ne se manifestant que plus tardivement[1]..

Déroulement

La révolte ouvrière éclata en juin 1956 dans la ville de Poznań. Elle est brutalement réprimée par le régime communiste[2].

Néanmoins, ces événements aboutissent à des conflits au sein du parti au pouvoir, le Parti ouvrier unifié polonais (POUP), et une nouvelle équipe dirigée par Władysław Gomułka arrive au pouvoir. Le comité central, sans consulter les Soviétiques, nomma Gomułka au poste de premier secrétaire le 21 octobre et le 24, ce dernier fit un discours à Varsovie devant une foule immense où il fit la critique du stalinisme et promit des réformes démocratiques. La déstalinisation touche d'abord les élites, des prisonniers accusés de « déviation droitiste et nationaliste » sont libérés et un certain nombre de fonctionnaire du ministère de la Sécurité publique sont arrêtés, puis l'ensemble de la société[1].

Le rapport Khrouchtchev destiné initialement à quelques membres du Parti haut placés est imprimé clandestinement en 20 000 exemplaires obtenant ainsi une audience beaucoup plus large notamment dans l'intelligentsia, parmi les jeunes et les ouvriers des grandes entreprises[1].

À la suite de ces transformations, le commandant soviétique des forces armées polonaises, le maréchal Constantin Rokossovski et des officiers soviétiques, conseillers de l'armée, quittèrent le pays. La menace d'une intervention militaire soviétique fut réelle mais finalement évitée (le corps de la sécurité intérieure – indépendant du Pacte de Varsovie - fut mis en alerte pour contrer l’Armée rouge qui faisait alors des « exercices » sur la frontière polonaise).

La révolution hongroise de 1956 a été d’ailleurs lancée lors d’une manifestation en soutien aux Polonais à Budapest.

Conséquences

Ces transformations politiques ont ouvert une courte période de dégel en Pologne assez rapidement reprise en main par les communistes avec des méthodes plus traditionnelles.

Bibliographie

Agnieszka Grudzinska, L'Octobre polonais : le XXe congrès et la culture en Pologne, La Revue russe, Année 2006, 28, pp. 27-36

Notes et références

  1. a b et c Agnieszka Grudzinska, L'Octobre polonais : le XXe congrès et la culture en Pologne, La Revue russe, Année 2006, 28, pp. 27-36
  2. (en) Johanna Granville, « To Invade or Not to Invade? A New Look at Gomulka, Nagy, and Soviet Foreign Policy in 1956 », Canadian Slavonic Papers, vol. 43, no 4,‎ , p. 437-473 (DOI 10.1080/00085006.2001.11092289, lire en ligne).