Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui

« Nous ne voulons pas d’un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s’échange contre le risque de mourir d’ennui ! » est une formule du philosophe Raoul Vaneigem écrite en 1967.

Elle sera reprise sous la variante « périr d'ennui » ET écrite sur l'un des murs de la Sorbonne, selon un article du Figaro daté du 18 mai 1968[1],[2], ce qui l'a incluse dans la liste des centaines de slogans écrits sur les murs en Mai 68[3],[4],[5],[6].

Origine

La phrase est extraite de l'introduction du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem (1967)[8],[9],[10].

Cette phrase fut largement commentée par Thierry Maulnier, membre de l'Académie française, et par le chroniqueur Pierre Rousset André Frossard, qui le deviendra[11].

Le 31 mai 1968, on la retrouve dans un article très court du "Monde" évoquant par ailleurs Daniel Cohn-Bendit disant dix jours plus tôt : « La révolution qui commence remettra en cause non seulement la société capitaliste, mais aussi la civilisation industrielle. La société de consommation doit périr de mort violente. Nous voulons un monde nouveau et original Nous refusons un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s‘échange contre le risque de périr d‘ennui. »[12],[13] La formule est citée, une dizaine d'années plus tard parmi une série d'exemples de slogans atypiques ayant pu relever d'Arthur de Gobineau, dans un ouvrage entièrement consacré à ce diplomate et écrivain du XIXème siècle[14], connu pour son Essai sur l'inégalité des races humaines (1853-1855).

Sources

Voir aussi

Articles connexes

Notes et références

  1. Le Figaro, samedi 18 mai 1968, in Hélène Gorge, Appartenir à la société de consommation en étant travailleur pauvre : une approche socio-historique de la construction de la gure du consommateur pauvre, Economies and nances, Université du Droit et de la Santé, Lille II, 2014, page 214.
  2. Pierre Des Groseilliers, La Contestation : Utopie Realiste et Anticipation d'un Monde Nouveau, Dialogue, Canadian Philosophical Association, september 1969, page 293.
  3. Laurence Bernier-Renaud, Scènes situationnistes de Mai 68 : Enquête sur une influence présumée, s/d Jean-Pierre Couture, Thèse présentée à l’École d’études politiques, Université d’Ottawa, 2012, page 86.
  4. Marc Rohan, Paris '68 : Graffiti, Posters, Newspapers and Poems of the May 1968 Events, Impact Books, 1988, lire en ligne.
  5. (en) Michael Christian, Les Faux Nouveaux Soixantehuitards, Liberty, juin 2006, page 12.
  6. Didier Pavy, "Nous voulons vivre en communauté" d'Henri Gougaud, Le Monde, 7 juin 1971 , lire en ligne.
  7. « Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir », sur evene.lefigaro.fr.
  8. Christian Biet, Jean-Paul Brighelli, Jean-Luc Rispail, Guide des auteurs de la critique des genres et des mouvements, Magnard, 1985, page 158.
  9. Élie Barnavi, Krzysztof Pomian, La révolution européenne : 1945-2007, Librairie Académique Perrin, 2008, page 159.
  10. David Cordina, Quelques slogans soixante-huitards in Dossier Mai 1968 - Aperçu historique, Université du Littoral Côte d'Opale, Université Lille I, 2008, lire en ligne.
  11. Daniel Cohn-Bendit. Entretien avec Jean-Paul Sartre, numéro spécial du « Nouvel Observateur » du 20 mai 1968, in Paroles, Le Monde, 31 mai 1998, lire en ligne.
  12. Alexandru Matei, Langages révolutionnaires chez les socialistes utopiques et chez les révoltés de Mai 68 : de l’idéal de liberté à la liberté devenue mythe, Revue internationale d'études en langues appliquée, n°4, 2011, page 312.
  13. Annette J. Smith, Des termites et des hommes ou la politique de Gobineau, California Institute of Technology, août 1979, page 20.