Norbert Wiener

Norbert Wiener
Description de l'image Norbert wiener.jpg.

Naissance
Columbia, Missouri (États-Unis)
Décès (à 69 ans)
Stockholm (Suède)
Nationalité Drapeau des États-Unis Américain
Domaines Mathématiques
Cybernétique
Institutions Massachusetts Institute of Technology
Diplôme Université Cornell
Université Harvard
Directeur de thèse Carl Schmidt
Josiah Royce
Étudiants en thèse Amar Bose
Colin Cherry
Shikao Ikehara
Norman Levinson
Renommé pour Théorème de Wiener–Khintchine
Déconvolution de Wiener
Processus de Wiener
Méthode de Wiener-Hopf
Distinctions Prix Bôcher (1933)

Norbert Wiener (né le à Columbia (Missouri), États-Unis, mort le à Stockholm, Suède) est un mathématicien américain, théoricien et chercheur en mathématiques appliquées, surtout connu comme le père fondateur de la cybernétique.

Il fut un pionnier dans l'étude de la stochastique et du bruit, contribuant ainsi par ses travaux à l'électrotechnique, les télécommunications et les systèmes de contrôle. En fondant la cybernétique, Wiener introduit en science la notion de feedback (rétroaction), notion qui a des implications dans les domaines de l'ingénierie, des contrôles de système, l'informatique, la biologie, la psychologie, la philosophie et l'organisation de la société.

Il exposa ses théories sur la cybernétique dans son livre Cybernetics or Control and Communication in the Animal and the Machine[1], parution qui bouscula durablement jusqu'au scandale, le monde des idées, traversant la pensée scientifique et philosophique de la deuxième moitié du XXe siècle, dont il est à ce titre, un des grands penseurs[2].

Biographie

Enfance

Norbert Wiener, aîné des enfants de Leo Wiener , historien et linguiste américain originaire d'une famille juive polonaise[3] et de Bertha Kahn, naît à Colombia dans le Missouri. Son père, professeur de langues slaves à Harvard, avait été le condisciple de Louis-Lazare Zamenhof à Varsovie. Ses parents sont « socialistes, humanistes et végétariens ». Le jeune Norbert reste durablement marqué par les tracts et documents (dont il disait qu'ils étaient « à se faire dresser les cheveux sur la tête ») contre la vivisection et la cruauté envers les animaux ; il est resté végétarien toute sa vie[4].

Né de parents juifs non pratiquants, il adoptera toute sa vie durant une posture agnostique, semblable à celle de son père[5].

Enfant prodige, Norbert sait lire à un an et demi et est instruit à la maison. Son père y applique des méthodes d'éducation qu'il a lui-même inventées[6], très critique à son égard[7], lui imposant un travail acharné, le faisant lire la plus grande partie des livres de la bibliothèque de la maison, ce qui lui occasionne une sévère myopie au point d'être obligé d'arrêter de lire pendant six mois[8]. Il fait à sept ans un bref séjour à l'école avant de terminer ses études primaires à la maison, toujours sous la pression intellectuelle et la surveillance autoritaire de son père.

Âgé de sept ans en 1903, il intègre le lycée d'Ayer jusqu’à l'obtention de son diplôme d'études secondaires (équivalant au baccalauréat) en 1906.

Adolescence et études universitaires

En , à 11 ans, Norbert Wiener entre à l'université de Tufts pour étudier les mathématiques. Il reçoit son diplôme en 1909 et intègre alors à Harvard où il étudie la zoologie. Mais en 1910, il s'inscrit à l'université Cornell pour commencer une licence en mathématiques. L'année suivante, il retourne à Harvard où il commence une thèse sur la logique mathématique. Il obtient son doctorat en 1912 à 18 ans, faisant de lui le plus jeune « PhD » de l’histoire d’Harvard[9]. Un journal l'appelle « le garçon le plus remarquable du monde ».

Début de carrière

Norbert et Margaret Wiener au congrès international de mathématiques à Zurich, 1932.

Après sa soutenance de thèse, il partit pour l'Europe, séjournant d’abord à Cambridge où il eut pour professeurs Bertrand Russell et Godfrey Harold Hardy, puis à Göttingen où il suivit les cours d’Edmund Landau et de David Hilbert. Il retourna ensuite à Cambridge, puis aux États-Unis.

Entre 1915-1916, il enseigna la philosophie à Harvard, avant de travailler pour General Electric puis l’Encyclopedia Americana. À l’instigation d’Oswald Veblen, il fit ensuite des recherches en balistique sur le terrain d'essais d'Aberdeen dans le Maryland. Il y resta jusqu’à la fin de la guerre, après laquelle il obtint un poste de professeur de mathématiques au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Il fut brièvement journaliste pour le Boston Herald où il écrivit un reportage sur les mauvaises conditions de travail des ouvriers de Lawrence (Massachusetts), mais fut congédié après s'être montré réticent à écrire des articles favorables à un homme politique que les propriétaires du journal soutenaient[10].

En 1926, il épousa Margaret Engemann (1894-1989), une jeune immigrante d'Allemagne rencontrée par l'entremise de ses parents[7] - une femme odieuse qui, notamment, traitait leurs deux filles (Barbara et Peggy) de mythomanes[11], et retourna en Europe grâce à une bourse de la fondation Guggenheim. Il passa la majeure partie de son temps à Göttingen ou à Cambridge avec G. H. Hardy. Il travailla notamment sur le mouvement brownien, la transformation de Fourier, le problème de Dirichlet, l'analyse harmonique et les théorèmes taubériens. Il fut lauréat du prix Bôcher en 1933.

Montant de nombreux cercles intellectuels, il participa activement aux conférences Macy, John von Neumann profitant de ces groupes de réflexion pour construire un supercalculateur qui servit à mettre au point la bombe H[12].

Seconde Guerre mondiale et naissance de la cybernétique

Durant la Seconde Guerre mondiale, il refusa de participer au Projet Manhattan (projet de développement de la bombe nucléaire), tout en travaillant activement au programme de lutte antiaérienne (le radar SCR-584 et l'appareil de préparation de tir électronique M9[13]), ce qui l'encouragea à synthétiser ses diverses recherches autour de la théorie de la communication. En 1943, avec ses collaborateurs Arturo Rosenblueth et Julian Bigelow, il proposa un nouveau système de « DCA » (Défense Contre les Aéronefs) ; celui-ci pouvait prévoir la trajectoire de l’avion cible à partir d’un modèle analysant le comportement d’un pilote se sachant pourchassé.

De 1946 à 1950, il participa aux fameuses rencontres interdisciplinaires dites conférences Macy et en 1947-1948, il formalisa le principe central de ces conférences sous le nom de cybernétique.

Durant le maccarthysme (1950-1954), le FBI de J. Edgar Hoover surveilla ce mathématicien qui avait déclaré « la cybernétique est une arme à double tranchant, tôt ou tard elle vous blessera profondément »[9].

La théorie de la cybernétique fut adoptée et répandue par de nombreux scientifiques dans le monde entier, la plupart groupés dans l'association internationale de cybernétique fondée par le professeur Georges R. Boulanger de l'université de Bruxelles.

Utopie de la communication

Après la guerre, selon Philippe Breton, traumatisé par l'implication des scientifiques dans les tragédies d'Hiroshima et Nagasaki d'une part, et par Auschwitz d'autre part, il se transforma en apôtre d'une nouvelle religion laïque : l'utopie de la communication ; il proposait une nouvelle vision du monde, dont l'information et la communication étaient les éléments fondamentaux[14]. De fait, on lit dans des lettres de Wiener d' qu'il hésitait à abandonner la recherche scientifique, faute de pouvoir contrôler les usages qui en étaient faits.

Baptiste Rappin[Qui ?] confirme les thèses de Philippe Breton et met en évidence les fondements théologiques de la cybernétique à partir d'une discussion de la légende juive du Golem et de la pensée du Maharal de Prague[15].

Fin de vie

Timbre de Moldavie à l'effigie de Norbert Wiener, 2000

En 1964, Norbert Wiener reçoit la National Medal of Science[6].

En mars de la même année, il meurt à Stockholm en Suède et est inhumé au cimetière de Vittum Hill à Sandwich aux États-Unis[16].

Citations

  • « Le progrès implique non seulement de nouvelles possibilités pour l'avenir, mais également de nouvelles restrictions »[17].
  • « Tout travail qui est en concurrence avec le travail d'esclave doit accepter les conditions économiques du travail d'esclave »[18].
  • « Un physicien moderne étudie la physique quantique les lundis, mercredis et vendredis et médite sur la théorie de la relativité générale les mardis, jeudis et samedis. Le dimanche, il prie... pour que quelqu'un trouve la corrélation entre les deux »[19].

Œuvres

  • Cybernetics or Control and Communication in the Animal and the Machine, édition de 1948
    Cybernetics, or Control and Communication in the Animal and the Machine (1948) publié, en anglais, par la Librairie Hermann & Cie (Paris), The MIT Press (Cambridge, Mass.) et Wiley (New York) ; traduit sous le titre La cybernétique. Information et régulation dans le vivant et la machine, par R. Le Roux, R. Vallée et N. Vallée-Lévi, éd. Seuil, Coll. Sources du Savoir, 2014, (ISBN 2-02-109420-0) ;
  • The Human Use of Human Beings  (Boston : Houghton Mifflin, 1950) ; traduit sous le titre Cybernétique et société. L'usage humain des êtres humains, en 1952 (rééd. 1971), Union Générale d'Editions, Coll. 10/18 ; nouvelle traduction par P-Y Mistoulon, éd. Seuil, Coll. Points, 2014 ;
  • Speech, langage and learning, The Journal of the Acoustical Society of America nº22, 1950 - article dans lequel il ajoute le concept du feedback au schéma de base de Shannon.
  • Ex-Prodigy: My Childhood and Youth (1953) MIT Press
  • I am a Mathematician (1956)
  • Nonlinear Problems in Random Theory (1958)
  • God & Golem, Inc. : A Comment on Certain Points Where Cybernetics Impinges on Religion (1964).
  • Collected works. With commentaries, édité par P. Masani, Cambridge, Mass., The MIT Press, 1976-1985. 4 vv.
  • Invention - The Care and Feeding of Ideas Cambridge, Mass., The MIT Press, 1993, ouvrage posthume avec une introduction de Steve Joshua Heims
  • (fr) God & Golem Inc. Sur quelques points de collision entre la cybernétique et la religion, trad par Christophe Romana & Patricia Farazzi, Paris, éditions de l'éclat, 2001.

Notes et références

  1. Hermann & Cie Éditeurs, Paris, The Technology Press, Cambridge, Mass., John Wiley & Sons Inc., New York, 1948
  2. (en) Francis Heylighen, Cliff Joslyn  et Valentin Turchin , What are Cybernetics and Systems Science? (1999), sur le site de Principia Cybernetica .
  3. (en) David Jerison, I. Isadore Manuel Singer, Daniel W. Stroock, The Legacy of Norbert Wiener : A Centennial Symposium in Honor of the 100th Anniversary of Norbert Wiener's Birth, American Mathematical Soc., (lire en ligne), p. 3
  4. Pierre Cassou-Nogues, Les rêves cybernétiques de Norbert Wiener : suivi de Un savant réapparaît, Seuil, 2014
  5. (en) Flo Conway, op. cité, p. 329
  6. a et b (en) « Norbert Wiener », sur prabook.com
  7. a et b (en-US) Cornelia Dean, « A Brilliant Mind and an Anguished Life », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  8. (en) Flo Conway et Jim Siegelman, Dark Hero of the Information Age : In Search of Norbert Wiener, The Father of Cybernetics, Basic Books, , p. 14
  9. a et b Jean-Christophe Féraud, « Norbert Wiener Génie, visionnaire et oublié », sur liberation.fr,
  10. (en) Flo Conway, op. cité, p. 45
  11. (en) Flo Conway, op. cité, p. 199
  12. (en) Steve J. Heims, John Von Neumann and Norbert Wiener : from mathematics to the technologies of life and death, MIT Press, , 568 p.
  13. Agathe Martin. La cybernétique : entre reconnaissance et oubli d'un paradigme sociétal.
  14. Breton, Philippe, L'Utopie de la communication, Paris : La Découverte, 1995.
  15. Baptiste Rappin, Au fondement du Management. Théologie de l'Organisation, volume 1, Nice, Ovadia,
  16. « Dr Norbert Wiener (1894-1964) - Mémorial Find a... », sur fr.findagrave.com (consulté le )
  17. Progress imposes not only new possibilities for the future but new restrictions. o The Human Use of Human Beings (1950)
  18. Any labor which competes with slave labor must accept the economic conditions of slave labor. o The Human Use of Human Beings : Cybernetics and Society (1954)
  19. « Étienne Klein, l'énergie est gratuite et ça ne va pas durer », sur lexpress.mu, (consulté le )

Annexes

Bibliographie

  • Philippe Breton, L'utopie de la communication. L’émergence de l’homme sans intérieur, Paris, La Découverte, 1992.
  • Pierre Cassou-Noguès. 2014. Les rêves cybernétiques de Norbert Wiener. Collection Science ouverte. Édition Seuil. Paris. (ISBN 978 2 02 109028 4)

(en) Steve J. Heims, John von Neumann and Norbert Wiener. From Mathematics to the Technologies of Life and Death, Cambridge, Mass., MIT Press, 1980.

  • Michel Faucheux, Norbert Wiener, le Golem et la cybernétique. Éléments de fantastique technologique, Paris, Éditions du Sandre, 2008.
  • (en) Pesi R. Masani, Norbert Wiener, 1894-1964, Basel - Boston - Berlin, Birkhäuser Verlag, 1990.
  • (it) Leone Montagnini, Le Armonie del Disordine. Norbert Wiener Matematico-filosofo del Novecento, Venezia, Istituto Veneto di Scienze Lettere ed Arti, 2005, XVI, 314 pp. (ISBN 88-88143-41-6).
  • Flo Conway et Jim Siegelman, Héros pathétique de l'âge de l'information. En quête de Norbert Wiener, père de la cybernétique, Éditions Hermann, 2012
  • Baptiste Rappin, Au fondement du Management. Théologie de l'Organisation, Nice, Editions Ovadia, "Chemins de pensée", 2014.
  • Baptiste Rappin, Heidegger et la question du Management. Cybernétique, Information et Organisation à l'époque de la planétarisation, Nice, Editions Ovadia, "Chemins de pensée", 2015.

Articles connexes

Personnalités proches de Wiener

Liens externes