Miséricorde (islam)

« Rahma » (ar : رحمة ) est un concept coranique souvent associé à la miséricorde divine et se traduisant par « la sensibilité »ou « la bonté, la bienveillance »[1]. Présent 114 fois dans le Coran, ce terme concerne Allah, sauf trois fois où le terme est utilisé pour des humains :« les fils envers leurs père et mère (XVII, 24), les époux entre eux (XXX, 21), les Chrétiens entre eux (LVII, 27). »[1]

La traduction la plus courante de ce concept est "miséricorde". Pour D. Gimaret, elle « est inadéquate, pour la raison que dans le français actuel, et notamment dans le vocabulaire religieux, «miséricorde» inclut fondamentalement l’idée de pardon »[1]. Alors que le principe pardon divin est généralement absent du concept de Rahma[1].

Les bienveillances divines

Les Rahma sont des bienfaits divins envoyés « en alternance avec les maux qu’il [...] inflige »[1]. Peuvent être des rahma des objets donné par Allah, comme la Torah donnée à Moïse ou un trésor, des personnes, comme Jésus ou Mahomet ou des phénomènes comme la pluie[1].

Cet amour divin pour les hommes n'est pas "inconditionné" mais est lié à la conduite morale de ceux-ci. Il aime "ceux qui agissent pour le mieux", "ceux qui accomplissent de belles actions". En cela, la miséricorde divine est un don de Dieu, tandis que la capacité humaine à croire est elle-même déjà considérée, par le Coran, comme un don divin[2]. D'après le Coran, il est possible d'attirer l'amour divin par des actions comme celle d'imiter Mahomet[2].

Pour les théologiens, la réponse à l'amour divin, l'amour humain pour Dieu doit être une "obéissance absolue aux lois révélées par le Créateur"[2]. L'amour unissant Dieu et les hommes apparait dans le Coran comme une alliance. Le sujet de l'amour divin sera le sujet de plusieurs ouvrages de théologiens, comme Ibn Arabi[2].

Le nom divin

Le Coran contient deux fois la formule bi-smi llāhi l-raḥmāni l-raḥīmi, traduite «Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux»[3]. Ces deux termes raḥmāni l-raḥīmi sont considérés majoritairement par les commentateurs anciens comme « attestant tous deux que celui qui les porte pratique la vertu de raḥma. »[1]. Des commentateurs plus récents accentuent l'importance du premier terme comme étant appliqué seulement à Allah. et distinguent la bienveillance « raḥmān pour tous les hommes, croyants ou mécréants,[et la] raḥīm que pour les Croyants »[1] La traduction de Rahma qui évoque la «sensibilité», le «fait d’avoir le cœur sensible» a posé problème aux théologiens puisqu'il implique une « fragilité »[1]. C’est pour cela que des commentateurs, comme al-Zamak̲h̲s̲h̲ari, vont considérer que, appliqué à Allah, ce terme désigne davantage la « bienfaisance envers les créatures  »[1]

Al Rahman est un terme araméen utilisé dans le judaïsme et probablement importé depuis l’Arabie du Sud[4] où il est le nom propre du dieu du monothéisme yéménite[5].Idem, pour Gardet, « Rahman doit être pris comme un nom propre divin »[6]. Pour Pregill, l'usage des deux noms Rahman/Allah pourrait être mis en parallèle avec le double usage YHWH/Elohim, les premiers étant particuliers et les seconds génériques[5].Ce terme acquiert à l’époque islamique la signification de clément, de celui qui fait pitié[6], absente du champ sémantique de Rahman dans le Coran[7]. Sur la digue de Marib, « Rah mânân est le nom de Dieu, à côté du Messie et du Saint-Esprit. »[7] Il en est de même dans une inscription sud-arabique datée d’environ 535 : "au nom du Miséricordieux (Rahman) et de son Fils le Christ (Krestos) le Victorieux (galiban) et du Saint Esprit (wa-nafs qudus)”. Pour Koscielniak, « le terme Rahman était utilisé par les chrétiens dans une longue période avant et après l’islam. »[8]. Pour Ch. Robin, le nom propre divin Rahman se développe dans le judaïsme arabe vers 460 avant d’être utilisé par l’islam. Pour lui, la bismillah a comme sens premier « au nom du dieu ar-Rahmàn le miséricordieux.»[9].

Voir aussi

Références

  1. a b c d e f g h i et j Gimaret, D., “Raḥma”, in: Encyclopédie de l’Islam
  2. a b c et d Sebti M., "Amour", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p.47-48.
  3. R. Blachère, Le Coran, p. 29.
  4. Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter, passage QS 35 Q 43:81–83
  5. a et b Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter., passage QS 1 Q1:1–7
  6. a et b Gardet L. , « Allah » dans Encyclopédie de l’islam, tome 1, 1986,  p. 406 et suiv.
  7. a et b Gaudefroy-Demombynes Maurice. "Sur quelques noms d'Allah dans le Coran". dans École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire 1929-1930. 1928. p. 3-21.
  8. Koscielniak, « Quelques remarques sur la littérature pré-islamique arabe chrétienne », Rocznik orientalistyczny, LVII, 2004, p. 60-76.
  9. Robin Ch., "Du paganisme au monothéisme." dans Revue du monde musulman et de la Méditerranée, no 61, 1991, p. 139-155.