Microhistoire

L'historien Carlo Ginzburg est l'une des figures du courant de la microhistoire.

La microhistoire (ou microstoria en italien) est un courant de recherche historiographique né en Italie, spécialisé dans l'histoire moderne, regroupé autour de la revue Quaderni Storici et développé dans les années 1970.

Démarche

Influencée par Edward Palmer Thompson, la microhistoire propose aux historiens de délaisser l’étude des masses ou des classes pour s’intéresser aux individus. En suivant le fil du destin particulier d’un individu, on éclaire les caractéristiques du monde qui l’entoure. Les microhistoriens italiens prônent une réduction d’échelle, afin d’examiner les phénomènes à la loupe.

Les recherches les plus courantes concernent l’étude de lieux circonscrits et restreints - d'une petite ville ou d'un village par exemple -, incluant une analyse centrée sur les petites gens et les individus d'importance mineure. Elles entrent habituellement en collaboration étroite avec les sciences sociales naturalisées, telles que l'économie, la sociologie et la psychologie cognitive construites sur l'individualisme méthodologique, et trouvent des prolongements nouveaux dans les études de genre[1] pour interroger l'expérience de la domination et la capacité d'agir des acteurs et des actrices du passé.

Giovanni Levi et Carlo Ginzburg ont dirigé entre 1981 et 1991 la collection "Microstorie" chez l'éditeur turinois Einaudi[2]. Parmi les ouvrages d'histoire contemporaine publiés, figurent deux études d'histoire ouvrière sur les villes de Biella et Terni dues respectivement à Franco Ramella et Alessandro Portelli.

Courants

Deux courants traversent cette historiographie :

  • La microhistoire sociale, avec pour chef de file Giovanni Levi. Son objectif est de restituer la cohérence d’un univers restreint en faisant varier les angles de vue et les échelles d'observation.
  • La microhistoire culturelle est surtout représentée par Carlo Ginzburg et Carlo Poni, autour du « paradigme de l’indice » (1986).

Notes et références

  1. Groupe Genre et classes populaires, « Introduction : le lieu à l’épreuve du genre et des classes populaires », Genre & Histoire, no 17,‎ (ISSN 2102-5886, lire en ligne, consulté le 11 décembre 2018)
  2. (it) La Malfa, « La collana Einaudi Microstorie (1981-1991) », Storiografia, no XX,‎ , p. 1206–1208 (DOI 10.19272/201606601014, lire en ligne, consulté le 22 août 2019)

Voir aussi

Bibliographie

À propos de la micro-histoire

  • Jacques Revel, « Microstoria », dans Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia et Nicolas Offenstadt (dir.), Historiographies, concepts et débats, Paris, Gallimard, 2010, 2 tomes, Folio Histoire, t. 1, p. 529-534.
  • Edoardo Grendi, « Micro-analyse et histoire sociale », Écrire l’histoire, 3, 2009, p. 67-80
  • Carlo Ginzburg et Carlo Poni, « La micro-histoire », Le Débat, décembre 1981 (1979).
  • Jacques Revel, « L'histoire au ras du sol », préface de l'édition française du Pouvoir au village de Giovanni Levi, 1989 (voir plus bas).
  • Jacques Revel (dir.), Jeux d'échelles. La micro-analyse à l'expérience, EHESS/Gallimard/Seuil, 1996.

Ouvrages de microhistoire

  • Carlo Ginzburg, Le fromage et les vers. L’univers d’un meunier frioulan du XVIe siècle, Paris, Aubier, 1980 (édition originale en 1976).
  • Éric Humbertclaude, Federico Gualdi à Venise : fragments retrouvés (1660-1678). Recherches sur un exploitant minier alchimiste, Paris, L'Harmattan, 2010, 366 p., ill., (ISBN 978-2-296-13092-0)
  • Giovanni Levi, Le pouvoir au village. Histoire d'un exorciste dans le Piémont du XVIIe siècle, Paris, Gallimard, 1989 (édition originale en 1985).
  • Alain Corbin, Le Monde retrouvé de Louis-François Pinagot : sur les traces d'un inconnu, 1798-1876, Paris, Flammarion, 1998.
  • Jacques-Olivier Boudon, Le Plancher de Joachim : l'histoire retrouvée d'un village français, Belin, 2017.

Articles connexes

Lien externe