Massacre de 2011 à San Fernando

Massacre de San Fernando

Localisation San Fernando, Tamaulipas, Mexique
Cible Civils et Cartel du Golfe
Coordonnées 24° 50′ 51″ nord, 98° 09′ 30″ ouest
Date Entre le et le
Type Tuerie de masse
Morts 193
Auteurs Los Zetas logo.png Los Zetas
Géolocalisation sur la carte : Mexique
(Voir situation sur carte : Mexique)
Massacre de 2011 à San Fernando

Le massacre de 2011 à San Fernando, aussi appelé second massacre de San Fernando, est l'enlèvement et le massacre de 193 personnes par l'organisation criminelle Los Zetas durant la guerre de la drogue, à San Fernando, dans l'État du Tamaulipas, au Mexique en 2011. Il débute peu après le massacre d'Allende.

Contexte

La guerre contre les cartels de la drogue au Mexique est décidée par le président Felipe Calderón à la fin de l'année , peu après son élection. Elle implique massivement l'armée mexicaine.

Los Zetas est un cartel et un syndicat du crime fondé en 1999 par l'ancien militaire Arturo Guzmán Decena pour servir de bras armé au cartel du Golfe (CDG) et composé dès son origine de vétérans des forces armées mexicaines et de policiers corrompus. Il s'émancipe progressivement du cartel du Golfe dès avant d'entrer en conflit contre lui à partir de .

Les deux organisations — Los Zetas et le CDG — se battent pour le contrôle du Tamaulipas, un État qui a une position stratégique à la frontière avec les États-Unis. Los Zetas font régner une campagne de terreur dans la région : dès , et déjà à San Fernando, ils massacrent 72 migrants clandestins[1].

Le route qui mène de Ciudad Victoria à Brownsville (Texas) et qui passe par San Fernando a acquis les surnoms de « route du diable » et « autoroute de la mort »[2].

Déroulement

Entre le et le , plusieurs bus de transport en commun qui se rendent à Reynosa, sont détournés à San Fernando. Le , les autorités mexicaines découvrent 59 corps dans huit fosses communes clandestines à San Fernando. Au total, entre avril et juin, ce sont 193 cadavres de civils qui sont exhumés sur place[1],[3].

Au-delà de l'ampleur de la tuerie, cette série de massacres trouve sa notoriété dans des témoignages de survivants présumés et de membres anonymes du cartel qui décrivent une mise en scène unique : l'organisation de duels à mort entre passagers séquestrés. Il est recommandé de considérer ces histoires avec le recul critique qui s'impose car, à cause de sa dangerosité pour les journalistes, la région manque de ces derniers et en conséquence les exactions des Zetas sont mal documentées[2].

Quelques semaines après les faits, le journaliste américain Dane Schiller du Houston Chronicle publie le témoignage anonyme d"un certain « Juan », membre des Zetas. Il cite un jeu, appelé « Qui sera le prochain tueur à gages ? », inventé par le cartel et qui consiste à obliger des passagers des bus à se battre à mort entre eux. Le blog anglophone Borderland Beat , qui s'intéresse à la guerre de la drogue au Mexique, publie une histoire similaire issue d'un blog en espagnol, sans en confirmer l'authenticité. Dans cette histoire, les passagers hommes se voient remettre à chacun un marteau puis assemblés par paire. Miguel Treviño Morales, alias Comandante 40, leur ordonne alors de se battre à mort, le vainqueur de chaque duel étant ensuite recruté de force chez les Zetas[2].

Pour Alejandro Marentes, fondateur de Borderland Beat, l'histoire est réaliste dans le contexte de violence extrême de la guerre des cartels. Peter Hanna, un ancien du FBI, précise que « des choses qu'on n'aurait pas pu imaginer il y a quelques années sont maintenant monnaie courante… Avant on trouvait des corps dans des barriques d'acide, maintenant il y a des décapitations. ». Néanmoins, il voit dans cette nouvelle mise en scène une bien mauvaise manière de recruter, « ce serait plus une distraction », ajoute-t-il[2].

Témoignage d'un survivant du massacre du 25 mars

Une vue du centre de San Fernando.

Le , le journal mexicain El Informador publie le témoignage anonyme d'un survivant du massacre du .

Selon son témoignage, il se trouvait ce jour-là dans un autobus de la compagnie Autobuses de Oriente (ADO) en direction de Reynosa, une ville industrielle située au bord du Río Grande, à la frontière avec les États-Unis. En début de soirée, le bus fait son arrêt obligatoire à San Fernando. À la station, deux personnes descendent et deux autres montent, pour un total de 15 passagers. Le chauffeur reprend la route à environ 20 h 30 le plus vite possible, effrayé à l'idée d'être victime d'un des cartels qui opèrent en ville.

Alors que le bus quitte San Fernando, le conducteur remarque des camions qui bloquent l'autoroute en avant, et des hommes portant des cagoules et armés de fusils d'assaut AR-15. Ces hommes font signe au bus de s'arrêter et le conducteur obtempère. Ils s'approchent, armes pointées vers le véhicule, et s'écrient : « Ouvre la porte cabrón, bouge hijo de puta si tu ne veux pas que je te tire dans la tête ». Le chauffeur, tremblant, ouvre la porte et les assaillants s'engouffrent dans le bus. « Vous êtes tous dans la merde » crie l'un d'entre eux aux passagers. Ces derniers sont terrorisés, certains se mettent à pleurer, pensant qu'il s'agit d'un vol à main armée.

Les assaillants ordonnent au conducteur de redémarrer et le font prendre un chemin de terre pendant une dizaine de kilomètres jusqu'à une plaine, « au milieu de nulle part ». Là sont déjà garés une vingtaine de camions et trois autobus, certains troués de balles, les pneus crevés et les fenêtres brisées. Le conducteur se voit demander d'arrêter le bus, puis les hommes de descendre. Ils sont alignés et les membres du cartels commencent à les trier du plus jeune au plus vieux et du plus fort au plus faible. Ceux qui paraissent être les plus vieux ou les plus faibles sont séparés du groupe, leurs chevilles sont attachées et ils sont emmenés ailleurs. Les hommes restants doivent enlever leur chemise et attendre. Un homme habillé d'un uniforme noir et équipé d'un gilet pare-balles sort d'un des camions et s'approche. Il est appelé Comandante 40 par les autres, plus connu sous son nom : Miguel Treviño Morales. C'est un des chefs des Zetas. Il s'adresse aux hommes alignés et dit avec une voix puissante : « voyons voir cabrones, qui veut vivre ? ». Personne ne répond. Un adolescent s'urine dessus accidentellement sous l'effet du stress, et le Comandante 40 l'abat d'une balle dans la tête. Puis il crie « je vais vous le demander encore une fois, qui veut vivre ? ». Tous les hommes lèvent la main. « Bien, nous allons vous tester pour voir de quoi vous êtes capables. Si vous réussissez vous vivez, sinon vous êtes dans la merde. ». Le Comandante demande ensuite à ses hommes d'amener des battes et des clubs, et chacun des hommes alignés en reçoit une ou un. Ils sont ensuite mis par paires, et Treviño Morales dit alors : « très bien, cassez-vous la gueule ».

Un des passagers s'approche de lui et lui dit en pleurant : « S'il-vous-plaît monsieur, je ne veux pas faire ça. Je vous donnerai tout l'argent que j'ai et ma propre maison, mais s'il-vous-plaît laissez-nous partir ». Treviño Morales le regarde avec fermeté, lui prend son club et lui dit : « ok idiot, pars ». Alors que l'homme s'éloigne, il le frappe violemment derrière la tête avec sa batte, puis s'acharne en lui portant plus de vingt coups jusqu'à ce que sa tête soit complètement détruite. Il se retourne vers les autres victimes et leur déclare : « c'est ce que vous avez à faire, portez vos couilles. Ceux qui ne veulent pas peuvent me le dire et je vous exploserai ». Tous les hommes commencent à se battre. Pendant ce temps, les membres des Zetas toujours présents dans le bus choisissent les femmes qu'ils considèrent comme étant les plus belles et les font descendre du véhicule pour pouvoir les violer. Ils arrachent les enfants à leurs mères, puis abattent les derniers passagers. Les femmes sont emmenées dans un entrepôt où d'autres femmes sont déjà retenues captives. À l'intérieur d'une pièce plongée dans le noir, les femmes sont violées et battues, d'après leurs cris et ceux des enfants plongés dans de l'acide. Un des conducteurs se voit demander de redémarrer et diriger le bus vers l'endroit où les victimes qui avaient été attachées sont allongées au milieu du chemin de terre. « Roule-leur dessus », dit un des tueurs au chauffeur, qui reste immobile. « Roule-leur dessus ou tu les rejoins, cabrón », répète l'homme. Pendant que le chauffeur écrase ses passagers, il a l'impression de rouler sur des dos-d'ânes, à la différence près qu'il peut entendre les cris des victimes. À la fin, il est abattu d'une balle dans la tête, et le bus est incendié. Treviño Morales rassemble ses hommes et leur dit : « nous nous sommes assez amusé pour cette nuit. Amenez les vainqueurs ». Ils amènent devant lui les survivants des combats entre passagers.

Le Comandante 40 leur dit alors : « bienvenue chez les Forces spéciales Zetas, l'autre armée ».

Enquête

Voir aussi

Notes et références

  1. a et b Emmanuelle Steels, « Le Tamaulipas, Etat-fantôme livré à la violence des narcos », sur liberation.fr, .
  2. a b c et d (en) Adam Clark Estes, « Mexico's Tales of Bus Passengers Forced to Fight to the Death », sur theatlantic.com, .
  3. « Un membre du cartel mexicain des Zetas reconnaît 75 meurtres », sur lemonde.fr, .