Lynchage de Michael Donald

Le lynchage de Michael Donald à Mobile, Alabama le , est l'un des derniers lynchages signalés aux États-Unis. Plusieurs membres du Ku Klux Klan battent à mort Michael Donald, un Afro-américain de 19 ans et suspendent son corps à un arbre. Un des auteurs, Henry Hays, est exécuté par chaise électrique en 1997, tandis qu'un autre, James Knowles, est condamné à la prison à vie après avoir plaidé coupable et témoigné contre Hays. Un troisième homme a été reconnu coupable de complicité et un quatrième (le père de Hays) a été inculpé mais est décédé avant la fin de son procès.

L'exécution de Hays est la première en Alabama depuis 1913 pour le crime d'un blanc sur un noir. C'est la seule exécution d'un membre du KKK au cours du XXe siècle pour le meurtre d'un Afro-américain. La mère de Donald a intenté une action civile contre les United Klans of America (UKA), dont les assaillants faisaient partie. En 1987, un jury lui a accordé des dommages-intérêts de 7 millions de dollars, ce qui a mis l'organisation en faillite. Cela a créé un précédent pour une action civile en dommages-intérêts contre d'autres groupes racistes.

Michael Donald

Michael Donald (-) est né à Mobile, en Alabama, fils de Beulah Mae (Greggory) Donald et David Donald, il est le plus jeune de six enfants[1]. Il grandit dans une ville et un État influencé par l'adoption au milieu des années 1960 d'une loi fédérale sur les droits civiques qui mettait fin à la ségrégation légale et prévoyait une surveillance et une application fédérales des droits de vote. Les Afro-Américains pourraient à nouveau participer à la politique dans le Sud, leur capacité à s'inscrire pour voter signifiait également qu'ils étaient sélectionnés pour les jurys. En 1981, Michael Donald étudiait dans un cursus technique, tout en travaillant au journal local.

Contexte et meurtre

En 1981, Josephus Anderson, un Afro-américain accusé du meurtre d'un policier blanc à Birmingham, alors qu'il commettait un vol, est jugé à Mobile, où l'affaire avait été déplacée[2].

Lors d'une réunion à Mobile avant l'annonce du verdict d'Anderson, les membres de l'Unit 900 des United Klans of America se plaignent que le jury n'avait pas condamné Anderson parce qu'il avait des membres afro-américains. Bennie Jack Hays, le deuxième plus haut responsable des UKA en Alabama, aurait déclaré : « si un homme noir peut s'en tirer en tuant un homme blanc, nous devrions pouvoir nous en tirer en tuant un homme noir »[1],[3]. Après deux autres procès pour meurtre, Anderson a été reconnu coupable de meurtre en 1985 et condamné à la prison à vie. Il a été reconnu coupable d'agression et de vol qualifié lors du deuxième procès.

Les membres du Klan brûlent une croix de trois pieds sur la pelouse du palais de justice du comté de Mobile[4]. Après une réunion, le fils de Bennie Hays, Henry Hays (26 ans), et James Llewellyn « Tiger » Knowles (17 ans), armés d'un pistolet et d'une corde[1], font le tour de Mobile à la recherche d'une personne noire à attaquer[5],[6].

Au hasard, ils repèrent Michael Donald alors qu'il rentrait chez lui après avoir acheté à sa sœur un paquet de cigarettes[1]. Ils l'attirent vers leur voiture en lui demandant comment se rendre dans un club local, puis forcent Donald à entrer dans la voiture sous la menace d'une arme. Les hommes se rendent dans un autre comté et l'emmènent dans une zone isolée dans les bois. À ce moment, Donald tente de s'échapper, faisant tomber le pistolet de Hays et essayant de courir dans les bois. Les hommes poursuivent Donald, l'attaquent et le battent avec une branche d'arbre. Hays enroule une corde autour du cou de Donald et tire dessus pour l'étrangler tandis que Knowles continuait de battre Donald avec une branche d'arbre. Une fois que Donald a cessé de bouger, Hays lui tranche la gorge trois fois pour s'assurer qu'il était mort. Ils laissent le corps de Donald suspendu à un arbre dans un quartier métis de Mobile. L'arbre était sur la rue Herndon, en face d'une maison appartenant au chef du Klan Bennie Jack Hays, le père de Henry Hays[5].

Enquête et procédure pénale

Alors que le chef de la police locale soupçonnait le Klan, les policiers ont d'abord arrêté trois suspects en raison de leur possible implication dans un trafic de drogue qui avait mal tourné[1]. La mère de Donald a insisté sur le fait que son fils n'avait pas consommé de drogue. La police a libéré les suspects à l'issue de leur enquête. Beulah Mae Donald contacte alors le militant national des droits civils Jesse Jackson[3] qui organise une marche de protestation dans la ville et demande des réponses à la police[2].

Le FBI enquête sur l'affaire et était prêt à clore son enquête[3] mais Thomas Figures, le procureur américain adjoint à Mobile, demande au ministère de la Justice d'autoriser une deuxième enquête. Il travaille en étroite collaboration avec l'agent du FBI James Bodman[1]. Son frère Michael Figures[7], sénateur de l'État et militant des droits civiques, est l'avocat de Beulah Mae Donald et a également encouragé l'enquête. Deux ans et demi plus tard en 1983, Henry Hays et James Knowles sont arrêtés. Knowles avoue à Bodman en 1983, et des preuves supplémentaires sont révélées lors du procès civil initié par la mère de Donald en 1984. En conséquence, en 1988, Benjamin Franklin Cox, Jr., un chauffeur de camion, est inculpé de complicité. Le père de Henry, Bennie Hays, est également inculpé du meurtre de Donald.

Henry Francis Hays ( - ) est reconnu coupable de meurtre qualifié. Le jury vote en faveur de l'emprisonnement à vie, mais le juge infirme le verdict du jury et condamne Hays à mort. Il est incarcéré dans le centre correctionnel de Holman dans le comté d'Escambia, en Alabama, alors qu'il est dans le couloir de la mort[8]. Hays est exécuté sur « Yellow Mama », la chaise électrique de l'Alabama, le . Parmi les témoins de l'exécution figurait le frère de Michael Donald. L'Associated Press rapporte que Hays était la première exécution de l'Alabama depuis 1913 pour un crime d'un blanc sur un noir. Hays est le seul membre connu du KKK à avoir été exécuté au XXe siècle pour le meurtre d'un Afro-américain[5].

À la suite d'une action au civil, déclenché par Beulah Mae Donald, la mère de Michael, pour la première fois de l'histoire le Klan est condamné comme responsable du jeune Michael Donald et doit verser une indemnité au montant de 7 000 000 $. Pendant le procès il fut démontré que 81 000 Afro-Américains ont été victimes des exactions du Klan, cela allant du vol au meurtre, en passant par le viol. Bernie Jack Hays, en tant responsable du Klan, est ruiné par les indemnités qu'il a dû verser et disparaît dans l'ombre, il décède en 1993 des suites d'un infarctus[9],[10],[11].

James Llewellyn « Tiger » Knowles est également reconnu coupable de meurtre, à la fin du procès, il avait 21 ans. Le juge du tribunal de district américain W. Brevard Hand l'a condamné à la prison à vie[12]. Il évite la peine de mort en témoignant contre Hays au procès[5]. Knowles avait précédemment déclaré que l'assassinat avait été fait « pour montrer la force du Klan en Alabama ». Knowles est remis en liberté conditionnelle en 2010[13].

Commémoration

Michael Donald Avenue.

En 2006, Mobile honore la mémoire de Michael Donald en renommant l'avenue Herndon, où les meurtriers avaient pendu son corps. Le premier maire noir de Mobile, Sam Jones, préside un petit rassemblement de la famille de Donald et des dirigeants locaux lors de la commémoration[14].

Le meurtre de Donald a fait l'objet de plusieurs ouvrages.. La commentatrice politique texane Molly Ivins raconte l'histoire de la famille Donald dans son essai, Beulah Mae Donald, qui paraît dans son anthologie de 1991, Molly Ivins Can't Say That, Can She?[15]. Ravi Howard écrit un roman, Like Trees, Walking (2007), fondé sur le meurtre[16]. Il remporte le prix Ernest J. Gaines d'excellence littéraire en 2008 pour cela. Laurence Leamer écrit un livre, The Lynching: The Epic Courtroom Battle That Brown the Klan (2016), faisant la chronique de l'affaire.

Au cinéma et à la télévision, le film de 1991 Line of Fire (également appelé Blind Hate) dépeint le procès civil lié au meurtre. Ted Koppel créé The Last Lynching, une émission télévisée de Discovery Channel sur l'histoire des droits civils aux États-Unis, diffusée en et centrée sur le meurtre de Michael Donald, la poursuite pénale de ses assassins et la poursuite civile contre l'UKA[17]. La série Inside American Terror du National Geographic explore le meurtre de Donald dans un épisode de 2008 sur le KKK[18].

Références

  1. a b c d e et f (en-US) Jesse Kornbluth, « The Woman Who Beat The Klan », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le 20 avril 2020)
  2. a et b (en-US) « Michael Donald », sur Spartacus Educational (consulté le 20 avril 2020)
  3. a b et c Kornbluth, « They Killed Her Son. So Michael Donald's Mother Went After the Klan. », The Good Men Project, (consulté le 4 janvier 2015).
  4. (en-US) « Donald v. United Klans of America », sur Southern Poverty Law Center (consulté le 20 avril 2020)
  5. a b c et d Gita M. Smith, Atlanta Journal-Constitution, « Alabama case shows how father's sins were visited on son: Whites execution for killing black didn't end inherited racism »
  6. Suit Filed Against KKK In Death Of Black Youth, Jet. Johnson Publishing Company, July 9, 1984. Vol. 66, No. 18. ISSN 0021-5996. 39. Retrieved from Google Livres on March 3, 2011.
  7. (en-US) Adam Serwer, « Jeff Sessions Said He 'Prosecuted the Head of the Klan.' Here's What Actually Happened. », sur The Atlantic, (consulté le 20 avril 2020)
  8. "Alabama pays Ohio for holding Klansman." Associated Press at The Tuscaloosa News. September 25, 1994. 8B. Retrieved from Google Actualités (12 of 132) on March 3, 2011. "His son, Henry Hays, was sentenced to death for the Donald murder. He awaits an execution date at Holman Prison."
  9. (en-US) « Beulah Mae Donald; Sued Klan, Won », sur Los Angeles Times, (consulté le 20 avril 2020)
  10. (en-US) Erin Blakemore, « The 1981 Lynching that Bankrupted an Alabama KKK », sur HISTORY (consulté le 20 avril 2020)
  11. (en-US) Samuel Momodu, « Michael Anthony Donald (1961-1981) », sur Black Past, (consulté le 20 avril 2020)
  12. "Klansman sentenced for killing black man." Gainesville Sun. April 12, 1985. 6A. Retrieved from Google Actualités (96 of 140) on March 3, 2011.
  13. (en) « James Knowles (age 17) and Frank L. Cox | Greene County Democrat », greenecodemocrat.com (consulté le 26 novembre 2017).
  14. (en-US) « They Killed Her Son. So Michael Donald's Mother Went After the Klan. », sur The Good Men Project, (consulté le 20 avril 2020)
  15. Molly Ivins, Molly Ivins Can't Say That, Can She?, Vintage, , 255–262 p. (ISBN 978-0-679-74183-1), « Beulah Mae Donald »
  16. « Novelist Ravi Howard on 'Like Trees, Walking' », NPR, (consulté le 5 janvier 2015)
  17. (en) « In the Bad Old Days, Not So Very Long Ago », .
  18. (en-US) « Michael Donald clip on KKK: Inside American Terror » (consulté le 18 novembre 2008)

Bibliographie

  • (en-US) Paul Finkelman, The Encyclopedia of American Civil Liberties : A : F, Index, Taylor & Francis, , 859 p. (ISBN 978-0-415-94342-0, lire en ligne), p. 1502–4,
  • (en-US) B. J. Hollars, Thirteen Loops, Race, Violence, and the Last Lynching in America, University Alabama Press, , 264 p. (ISBN 978-0-8173-1753-9, lire en ligne),
  • (en-US) Laurence Leamer, The Lynching : The Epic Courtroom Battle That Brought Down the Klan, William Morrow Paperbacks, , 384 p. (ISBN 978-0-06-245836-0)

Liens externes