La Vérité (film, 1960)

La Vérité
Description de l'image Trans-Lux Plaza Ad - 5 July 1961, NW, Washington, D.C.png.
Réalisation Henri-Georges Clouzot
Scénario Henri-Georges Clouzot
Véra Clouzot
Acteurs principaux Brigitte Bardot
Sami Frey
Charles Vanel
Paul Meurisse
Pays de production France
Drapeau de l'Italie Italie
Genre Drame
Durée 122 minutes
Sortie 1960

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

La Vérité est un film dramatique franco-italien réalisé par Henri-Georges Clouzot, sorti en 1960. Le film est nommé à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1961.

Synopsis

Dominique Marceau (Brigitte Bardot), une séduisante jeune femme, est jugée en cour d'assises pour le meurtre de son ancien amant, Gilbert Tellier (Sami Frey). Leur histoire est racontée sous forme d'un puzzle narratif constitué de flashbacks et de scènes du procès.

Gilbert, un jeune chef d'orchestre, promis à Annie (Marie-José Nat), violoniste, tombe amoureux de la sœur de celle-ci, Dominique. C'est la première fois que Dominique se sent amoureuse. Néanmoins Gilbert vit une vie largement organisée autour de son désir de réussir comme chef d’orchestre et il reproche à Dominique son envie de vivre pleinement sa jeunesse instable, aussi le couple se tend-il de plus en plus. Alors que Dominique s’apprête à aller à une fête de plus avec le patron du bar où elle travaille, Gilbert la quitte, pensant qu’elle le trompe. Dominique accepte alors les avances du patron et laisse partir Gilbert, pensant qu’il va revenir.

Mais Gilbert retourne auprès d'Annie et se fiance avec elle. Dominique est désespérée, elle quitte son emploi, se retrouve sans-abri, se tourne vers la prostitution... Elle tente ensuite de revoir Gilbert, et ils ont une dernière relation secrète, mais Gilbert lui dit au matin qu'il ne l’aime plus et qu'il ne veut plus la revoir. Dominique sombre alors à nouveau et s’achète un pistolet pour éventuellement se suicider. Des semaines plus tard, encore amoureuse, elle vient armée au domicile de Gilbert dans le but qu’il soit témoin de son suicide. Alors qu'elle menace de se tuer devant lui, il la repousse avec une grande violence verbale, elle le tue alors sans réfléchir, puis retourne l'arme contre elle, mais constate que son chargeur est à présent vide. Elle tente alors de se suicider au gaz. Sauvée in extremis, elle est ensuite traduite devant les assises pour assassinat. Le procès s'achève (et, avec lui, le film) quand on annonce au président que la prévenue s'est suicidée dans sa cellule.

Fiche technique

Distribution

Production

Le tournage a eu lieu à partir du dans les studios Franstudio de Joinville-le-Pont.

Autres lieux

Accueil

Box office

Le film fait salle comble durant de nombreuses semaines, provoquant un bouche à oreille de qualité. Il tiendra l'affiche de nombreux mois et deviendra un énorme succès pour Henri-Georges Clouzot et Brigitte Bardot avec 5 692 000 entrées en France[5].

Critiques

« Un scénario dont l'architecture est un modèle d'ingéniosité et de précision, une mise en scène qui ne laisse pas l'ombre d'une chance au hasard, une interprétation dirigée de main de maître, voilà ce que nous offre La Vérité. »

Jean de Baroncelli, Le Monde

Distinctions

Sortie vidéo

Le film sort en digibook DVD/Blu-ray/Livret le chez Coin de Mire Cinéma, dans la collection La Séance. En complément du film se trouvent des bandes d'actualité, des bandes annonces et publicités d'époque, le documentaire Le Scandale Clouzot (diffusé sur Arte en 2017), et un livret avec des documents d'époque, 10 tirages photographiques et une affichette.

Analyse

Au fur et à mesure du film, le véritable visage de l'accusée, incarnée par Brigitte Bardot, se dessine peu à peu. À travers cette quête de la vérité, travaillant le doute et le questionnement du spectateur, Clouzot livre une critique acérée des mœurs conservatrices de l'époque.

Autour du film

Clouzot a déclaré avoir eu l'idée du scénario après avoir assisté à différents procès d'assises[6]. Le film est notamment l'adaptation d'un fait divers bien réel, l'histoire de Pauline Dubuisson, jugée en 1953 pour le meurtre de son ex-fiancé, qu'elle a tué après qu'il eut rompu avec elle et se fut fiancé avec une autre jeune femme. Si Pauline Dubuisson avait quelques traits communs avec le personnage du film, ce n'était pas la jeune femme oisive du film. Le réalisateur a, par ailleurs, écarté l'épreuve subie par Pauline lors de l'épuration à la Libération, où elle fut tondue et violée pour avoir été la maîtresse d'un médecin-colonel allemand. Véra Clouzot, l'épouse du réalisateur, a participé à l'écriture du scénario, quelques mois avant de disparaître prématurément.

Hugues Aufray a été envisagé un temps pour jouer le rôle de Gilbert Tellier, il avait même tourné des essais avec Brigitte Bardot, mais voyant le caractère et la façon de travailler de Clouzot, il a préféré partir, le rôle est finalement tenu par Sami Frey.

Brigitte Bardot (alors mariée à Jacques Charrier) et Sami Frey vécurent, après le film, une histoire d'amour longue de plusieurs années[7].

Henri-Georges Clouzot, connu pour sa grande dureté et sa technique consistant à pousser à bout nerveusement les actrices de ses films, poussa tellement Brigitte Bardot à « cracher ses tripes », que celle-ci, trop imprégnée de son personnage bien après la fin du tournage, commit une tentative de suicide[Interprétation personnelle ?], comme Dominique à la fin du film. Pour cette scène, le réalisateur fait croire à l'actrice qu'elle boit un verre d'eau et un cachet d'aspirine, qu'il remplace par des somnifères et du whisky. Bardot tombe dans un long sommeil et sa famille menace Clouzot de procès[5]. Clouzot et Bardot en sont même venus aux mains sur le tournage[5]. Jacques Perrin a d'ailleurs révélé qu'avec Sami Frey ils avaient tous les deux menacé Clouzot de quitter le tournage s'il continuait à crier sur les acteurs[8].

Peu après la fin du tournage, Brigitte Bardot, comme son personnage, tente de se suicider, à Menton, le , jour de ses 26 ans[9]. Certains[Qui ?] établissent alors, selon la journaliste Yvonne Baby, « une relation de cause à effet entre la fatigue qu'a entraînée l'interprétation d'un rôle nouveau pour elle et cette résolution désespérée »[10]. Dans un entretien accordé au Parisien en 2009, Brigitte Bardot expliquera : « J’ai passé ma jeunesse à fuir les photographes et les journalistes qui ont gâché cette partie de ma vie et ont été un peu responsables de ma tentative de suicide le 28 septembre 1960 »[9]. Dans un entretien accordé en 2012 à Vogue Hommes, elle ajoute : « Sur le tournage de La Vérité, Clouzot m’a tellement persuadée que j’étais cette femme de mœurs légères, cette tragédienne, que j’ai fini par y croire. Je suis devenue Dominique. Au point que des mois plus tard, j’ai voulu me suicider », mais ajoute « C’est mon meilleur film. »[11].

En 1989, près de trente ans après sa première sortie commerciale, le film ressort en salles. Brigitte Bardot en est informée par Henry-Jean Servat, qui recueille cette confidence : « Oui, je me moque de ma carrière, sauf [de] La Vérité. S'il doit rester une seule trace de mon passage sur les écrans, je souhaite que ce soit dans ce film où, pendant et après, j'ai conscience d'avoir été une vraie comédienne[12]. »

Notes et références

  1. Jean Bonal sur Guitares et batteries.com
  2. Robert Valentino sur data.bnf.fr
  3. [vidéo] « La Vérité — au Conservatoire », Charles d'Aspermont, , 1:11 min (consulté le )
  4. a b et c « Sur le tournage de « La Vérité », la rencontre de Bardot avec le diable », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  5. « La vraie histoire de “La Vérité”, d’Henri-Georges Clouzot », sur Télérama, (consulté le ).
  6. « Brigitte Bardot, les hommes de sa vie », sur elle.fr.
  7. Thierry Chèze, « Jacques Perrin - Le grand entretien », Studio Ciné Live n°76,‎ , p. 10
  8. a et b « Le jour où Brigitte Bardot a tenté de suicider à Menton », sur nicematin
  9. Yvonne Baby, « Henri-Georges Clouzot nous parle de " la Vérité " " Les acteurs ne sont pas des robots " », sur lemonde.fr, (consulté le ).
  10. Manon Garriges, « La Vérité : 4 anecdotes sur le film culte avec Brigitte Bardot », sur vogue.fr, (consulté le ).
  11. José-Louis Bocquet et Marc Godin, Clouzot cinéaste, Paris, La table ronde, , 542 p. (ISBN 978-2-7103-6866-3), p. 385.

Annexes

Articles connexes

Bibliographie

  • Émilie Giaime, « Séductrice et criminelle : le procès de Dominique Marceau / Brigitte Bardot dans La Vérité d’Henri-Georges Clouzot (1960) », dans Ariane Ferry et al., Spectacles du crime féminin en Europe, Presses universitaires de Rouen et du Havre, , 472 p. (ISBN 979-10-240-1883-6, lire en ligne), p. 203-222

Liens externes

  • CinéArtistes.com, « Une affiche du film La Vérité », cliquer sur la première image (à gauche) pour l'agrandir, sur cineartistes.com (consulté le ).