La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France

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La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France
Informations générales
Auteur
Blaise Cendrars
Langue
français
Date
Type
Contenu
Dépeint

La Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France est un poème écrit durant les premiers mois de 1913 par Blaise Cendrars, qui a ensuite été illustré, mis en forme par l'artiste Sonia Delaunay et publié aux éditions Les Hommes nouveaux à la fin de l'année 1913. Cet ouvrage se veut le premier livre simultané[1]. Dans l'édition originale le poème est placé sous deux titres : La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France et Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France. À partir de 1919, toutes les éditions reprennent ce second titre en remplaçant "Jehanne" par "Jeanne".

Genèse du texte

La Prose du Transsibérien relate le voyage d’un jeune homme, Blaise Cendrars, dans le transsibérien allant de Moscou à Charbon en compagnie de Jehanne, « Jeanne Jeannette Ninette [2] » qui au fil des vers et du trajet se révèle être une fille de joie. La Prose du Transsibérien fait partie d’une série de textes que Cendrars écrit à la même époque concernant la thématique du voyage et la rêverie poétique qui l’entoure. Ces poèmes sont le fruit de plusieurs années de voyage entre Paris, Moscou, et New York de 1905 à 1912. Ils composent le début du recueil Du monde entier au cœur du monde[3] . La Prose du Transsibérien est le poème intermédiaire entre Les Pâques à New York écrit en avril 1912 et Le Panama ou Les aventures de mes sept oncles fini en juin 1914, mais dont la publication est retardée jusqu’en 1918. Ces trois poèmes forment un ensemble, autant par la thématique du voyage que par leur période d’écriture (c'est-à-dire avant la Première Guerre mondiale) qui marque l’entrée de Cendrars en poésie, Les Pâques à New York étant le premier poème signé du pseudonyme « Blaise Cendrars ».

La Prose du Transsibérien et la poétique de Cendrars

La Prose du Transsibérien est présentée comme le récit d’un jeune narrateur (Frédéric-louis, plus connu sous le nom de Blaise Cendrars) de seize ans, un poète, qui fait le voyage de Moscou à Kharbine en compagnie de Jehanne, égrenant au fur et à mesure les noms des gares de Russie qu’ils traversent. L’ensemble du poème est nourri de références propres à l’histoire de Cendrars qui transforment la Prose du transsibérien en une mythologie personnelle. Le jeune poète porte par exemple avec lui un revolver, rappel probable de son premier voyage en 1905 dans les pays de l’est en compagnie de Rogovine avec qui il devait se former au métier de joaillier, mais voyage qui va le plonger dans les prémices de la révolution russe[4] :

« Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour / On était en décembre / Et je partis moi aussi pour accompagner le voyageur / en bijouterie qui se rendait à Kharbine / Nous avions deux coupés dans l'express et trente quatre coffres / de joaillerie de Pforzheim / De la camelote allemande « Made in Germany »/ Il m'avait habillé de neuf, et en montant dans le train / j'avais perdu un bouton / Je m'en souviens, je m'en souviens, j'y ai souvent pensé depuis / Je couchais sur les coffres et j'étais tout heureux de pouvoir jouer / avec le browning nickelé qu'il m'avait aussi donné[5] »

La Prose du Transsibérien se déroule selon le mode d’une ballade. Nostalgie d’une époque de jeunesse, la répétition de « En ce temps-là j'étais en mon adolescence / J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais / Déjà plus de mon enfance […] J’étais à Moscou »[6] se transforme en un refrain puis en énumération des gares de Russie et en réminiscence des aléas de la vie du jeune homme entre l’évènement historique qu’est la révolution russe, et son amour pour la jeune femme prénommée Jehanne. Le poème alterne les passages liés au voyage en lui-même et ceux dédiés à l’introspection. Le staccato du vers libre et l'alternance de vers non rimés suivent le rythme du train : « Le broun-roun-roun des roues »[7], « D’autres [trains] vont en sourdine sont des berceuses / Et il y en a qui dans le bruit monotone des roues me rappellent la prose lourde de Maeterlinck »[8]. La dédicace « aux musiciens » que Cendrars a ajoutée au poème en 1919 fait écho à la mélodie qui s’élève du poème.

Publications

Adaptations musicales

Le texte, sous son titre original, a été dit par le chanteur français Bernard Lavilliers sur une musique originale composée par Xavier Tribolet et Olivier Bodson, et figure sur un CD paru en 2013, Baron Samedi[9].

Références

  1. Miriam Cendrars, Blaise Cendrars, la Vie, le Verbe, l'Écriture, Paris: éditions Denoël, 2006, p. 299.
  2. Blaise Cendrars, Du monde entier au cœur du monde. Poésies complètes, Paris, Poésie/Gallimard, 2006, p. 56.
  3. op. cit..
  4. Miriam Cendrars, op.cit. p. 109.
  5. Blaise Cendrars, Prose du Transsibérien in Du monde entier au cœur du monde,op. cit, p. 48.
  6. op. cit., p. 45.
  7. op. cit., p. 52.
  8. op. cit.p. 61.
  9. "Baron Samedi" par Bernard Lavilliers, Barclay/Universal Music France 375 750-2

Bibliographie

Sources primaires

  • Cendrars, Blaise, Du monde entier (Les Pâques à New York, Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, Le Panama ou les Aventures de mes sept oncles), Éditions de la Nouvelle Revue française, 1919.
  • Cendrars, Blaise, Du monde entier au cœur du monde, suivi de Anthologie nègre, Œuvres complètes, t.1, Paris, Denoël, 1963.
  • Cendrars, Blaise, Poésies complètes, Paris, Denoël, coll. "Tout autour d'aujourd'hui", t. 1, 2001, édition préfacée et annotée par Claude Leroy.
  • Cendrars, Blaise, Du monde entier au cœur du monde. Poésies complètes. Paris, Poésie/Gallimard, 2006, édition établie par Claude Leroy.
  • Cendrars, Blaise, Du monde entier (Les Pâques à New York, Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France, Le Panama ou les Aventures de mes sept oncles),
  • Cendrars, Blaise, Partir. Poèmes, romans, nouvelles, mémoires, Paris, Gallimard, coll. "Quarto", 2011, édition établie et présentée par Claude Leroy.

Sources secondaires

  • Berranger, Marie-Paule, Du monde entier au cœur du monde de Blaise Cendrars, Gallimard, coll. «Foliothèque», 2007.
  • Bochner, Jay, Blaise Cendrars Discovery and Re-creation, Toronto, University of Toronto Press, 1978.
  • Bouchard, Claude, et Raymond, Jean, L'Expérience de la profondeur dans la poésie de Blaise Cendrars. 'Les Pâques à New York, Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France. [S.l.]: [s.n.], 1972.
  • Cendrars, Miriam, Blaise Cendrars, la Vie, le Verbe, l'Écriture, Paris, Denoël, 2006.
  • Cortiana, Rino, Attorno alla poesia di Cendrars. Simbolismo, modernità e avanguardie, Venise, Studio LT2, 2010.
  • Thibault, Jean-François, " La Prose du Transsibérien" in French literature series. Santa Barbara : éditions de University of South Carolina, 1978.

Liens externes