Juge de l'application des peines

Juge de l'application des peines

En France, le juge de l'application des peines (JAP) est un juge spécialisé du tribunal judiciaire chargé de suivre les condamnés à l'intérieur et à l'extérieur de la prison. Il a été créé en 1958, dans un souci d'individualisation de la peine.

Il correspond, avec le tribunal de l'application des peines, au premier degré des juridictions de l'application des peines (juge de l'application des peines, tribunal de l'application des peines, ce dernier étant compétent pour connaître des peines supérieures ou égales à dix ans et dont le reliquat est supérieur ou égal à 3 ans), la chambre de l'application des peines (CHAP) est l'organe de deuxième degré de juridiction mis en place par la loi no 2004-204 du portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité ou loi Perben II.

Les dispositions relatives aux juridictions de l'application des peines sont les articles 712-1 à 712-22 du Code de procédure pénale entrés en vigueur le  :

  • Articles 712-1 à 712-3 : Établissement et composition
  • Articles 712-4 à 712-10 : Compétence et procédure devant les juridictions du premier degré
  • Articles 712-11 à 712-15 : De la procédure en cas d'appel
  • Articles 712-16 à 22 : Dispositions communes

En vertu de l'article 712-1 alinéa 1er du Code de procédure pénale, « Le juge de l'application des peines et le tribunal de l'application des peines constituent les juridictions de l'application des peines du premier degré qui sont chargées, dans les conditions prévues par la loi, de fixer les principales modalités de l'exécution des peines privatives de liberté ou de certaines peines restrictives de liberté, en orientant et en contrôlant les conditions de leur application. »

La France a été l’un des premiers pays à inventer le JAP[1]. Depuis, cette institution a été mise en place et expérimentée dans de nombreux pays notamment en Belgique[2] et en Angleterre[3].

Pouvoirs du juge de l'application des peines à l'intérieur de la prison

Le juge de l'application des peines, sauf urgence, après avis de la commission d'application des peines, peut accorder :

  • des réductions supplémentaires de peine aux condamnés qui ont fait des efforts sérieux de réadaptation sociale.
  • des permissions de sortir.

Le juge peut également accorder, après débat contradictoire,

Enfin, le juge peut accorder aux condamnés des autorisations de sortie sous escorte pour motifs familiaux graves, des suspensions ou fractionnements de peine.

Les jugements ou ordonnances du juge de l'application des peines sont susceptibles de recours, à compter de leur notification,

  • dans un délai de 24 h s’agissant des ordonnances
  • dans un délai de dix jours en ce qui concerne les jugements.

Il convient de préciser que les décisions du JAP sont exécutoires par provision, sauf appel du Procureur dans les 24 h.

Pouvoirs du juge de l'application des peines à l'extérieur de la prison

Le juge de l'application des peines est chargé de suivre l'exécution des peines impliquant un suivi judiciaire en milieu libre (ajournement ou sursis avec mise à l'épreuve, Travail d'intérêt général en France, sursis avec l’obligation d’effectuer un travail d’intérêt général, interdiction de séjour, suivi socio-judiciaire).

Le juge est également chargé du suivi des condamnés admis au bénéfice de la libération conditionnelle.

Il peut aussi aménager les peines d'emprisonnement ferme ne dépassant pas une année pour les condamnés libres sous forme de détention à domicile sous surveillance électronique, de semi-liberté, de placement à l'extérieur, suspension ou fractionnement de peine ou convertir toute peine n'excédant pas six mois en jours-amende.

Pour l'exercice de ses missions, le juge de l'application des peines est assisté d'un service spécifique: le Service pénitentiaire d'insertion et de probation (abrégé en SPIP). Ce service est aussi chargé de la réalisation d'enquêtes préalables à la condamnation et aide les condamnés à préparer leur dossier d’aménagement de peine qu’ils présentent au magistrat. Les Conseillers d’Insertion et de Probation soutiennent les condamnés dans leurs démarches d’insertion et veillent à ce qu’ils respectent leurs obligations.

Relations entre le juge de l'application des peines et le service pénitentiaire d'insertion et de probation

Le service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) exerce ses missions sous mandat judiciaire. Il est saisi par le JAP ou le procureur de la République des mesures pénales à mettre en œuvre et à suivre au sein du service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP), il est doté d'un certain nombre de missions prévues par le code de procédure pénale (CPP). Celui-ci, en son article D. 577, répartit les attributions dévolues au JAP et au CPIP ainsi :

« « Le juge de l’application des peines, le procureur de la République et les autres magistrats mandants communiquent, le cas échéant, pour chaque dossier, dont le service est saisi, des instructions particulières relatives à la finalité de la mesure et au contenu des obligations à respecter. Le service pénitentiaire d’insertion et de probation définit les modalités de la prise en charge des personnes placées sous main de justice et les met en œuvre, après en avoir avisé le magistrat mandant qui peut, le cas échéant, faire toutes observations utiles ».

À partir de ces données factuelles, Tony Ferri précise :

« Il suit de là que le magistrat décide, instruit et délègue, lorsque le CPIP propose, conduit et renseigne. Si donc ces deux figures œuvrent de concert pour favoriser l’exécution des peines dans le cadre de missions qui leur sont conjointement dévolues, leurs attributions respectives leur permettent néanmoins de définir leur statut différentiel et de spécifier la signification de leurs actions particulières. Ce qui ressort avec acuité, c’est que, d’un côté, les magistrats, qui interviennent au sein de l’institution judiciaire stricto sensu, ont pour vocation, dans le champ post-sentenciel, de fournir des directives quant au contenu des mesures pénales dont ils saisissent les SPIP, et que, d’un autre côté, les conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation ont pour mission de mettre en œuvre les pénalités et les dossiers qui leur sont confiés, dans cet espace administratif représenté par les SPIP, en proposant une manière, une forme et une fréquence quant à la conduite des entretiens, à la vérification des démarches effectuées par les condamnés, à l’évaluation du positionnement et du comportement des intéressés. Bref, la prérogative du JAP est judiciaire, décisionnelle et matérielle au sens de la détermination de la matière interne et centrale du suivi pénal, tandis que celle du CPIP est administrative, suggestive ou explicative, et modale au sens de la délimitation des axes, des analyses et des formules des prises en charge individuelles »[4].

Notes et références

  1. Martine Herzog-Evans, « Les apports de la criminologie aux politiques et aux pratiques pénales », Revue française de criminologie et de droit pénal, vol. 1,‎ (lire en ligne)
  2. [Padfield, N., Smit, D. V. Z., & Dünkel, F. (2010). Release from Prison: European policy and practice. Taylor & Francis]
  3. [Herzog-Evans Martine, & PADFIELD, N. (2015). The JAP: lessons for England and Wales?]
  4. Tony Ferri, La criminologie ou la nouvelle science pénitentiaire. Théorie et pratique de la criminologie appliquée, Limoges, Éditions Fyp, , 252 p. (ISBN 9782364052017), p. 171-172

Bibliographie

  • Tony Ferri, Libre et condamné. La détention en milieu ouvert en question, Paris, Éditions Libre et Solidaire, 2019, 214 p. (ISBN 9782372630665)
  • Tony Ferri, La criminologie ou la nouvelle science pénitentiaire. Théorie et pratique de la criminologie appliquée, Limoges, Éditions Fyp, 2020, 252 p. (ISBN 9782364052017)

Voir aussi

Articles connexes

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