Journalisme d'enquête

Le journalisme d'enquête, ou journalisme d'investigation, est un genre journalistique qui se caractérise par des recherches approfondies[1] sur un sujet délicat et d'intérêt général, en consultant et recoupant plusieurs sources pour révéler des faits, en résistant à la tentation de la course à l'exclusivité[1], ce qui implique une indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques ou économiques, et le respect de la déontologie du journalisme. Confinée longtemps à la presse écrite, il s'est timidement invité dans l'audiovisuel au XXIème siècle.

Brève histoire

Le journalisme d'enquête vise à révéler des informations cachées en les recoupant et les vérifiant, dans le respect de la déontologie du journalisme et de la protection des sources d'information des journalistes. En France, la jurisprudence de la la loi de 1881 a d'abord permis de protéger le journalisme d'enquête, mais au XXIème siècle, ce cadre juridique est devenu un moyen d'intimidation, a alerté Reporters sans frontières dans "Le Système B".

Les pays anglo-saxons ont pris une longueur d'avance via les journaux populaires d'information d'Edward Willis Scripps, fondateur de l'Empire de presse Scripps-Howard et l'agence de presse coopérative Associated Press. En Allemagne, le journalisme d'enquête a été porté par l'hebdomadaire Der Spiegel.

Le journalisme d’enquête a « émergé très lentement en France », cherchant sa place face à l'« hégémonie du journalisme politique », grâce aux livres d'Albert Londres, dès les années 1920, de Gilles Perrault et Pierre Péan (années 1970) ou Jean Montaldo (années 1990) mais surtout grâce au Canard Enchaîné, rejoint au XXIème siècle par Bakchich, Mediacités et surtout Mediapart, qui publie des informations souvent absentes des lettre confidentielles du cercle étroit des dirigeants d'entreprise, comme La Lettre A et Entourages.

Nouveaux secteurs du journalisme d'enquête

L'enquête télévisée indépendante

Le journalisme d’enquête télévisé est connu depuis deux émissions du XXIème siècle, 90 minutes, créée par Paul Moreira sur Canal+ en 1999[2], puis renommée "Spécial Investigation", et "Cash investigation", lancée par Elise Lucet en 2012.Des débuts difficiles: Spécial Investigation est censurée par ce que Reporters sans Frontières a appelé, dans un documentaire de 2021, "Le Système B" de Vincent Bolloré, puis supprimée. L'enquête télévisée indépendante est incarnée plus tard, en octobre 2021, par Off-investigation, site d'informations grand public indépendant et chaîne YouTube d'une petite équipe de journalistes d'investigation, parmi lesquels Jean-Baptiste Rivoire, ex-rédacteur en chef-adjoint de Spécial Investigation sur Canal +. Sa première enquête, consacrée aux liens entre le secrétaire général de l'Elysée Alexis Kohler, bras-droit d'Emmanuel Macron, et le croisiériste italien MSC, dans le prolongement d'une première enquête de Médiapart, a été vue 1,2 million de fois sur sa chaîne YouTube, en tête des audiences sur la Web TV de "Blast", fondée par un autre journaliste d'investigation, Denis Robert.

La presse écrite détient le monopole de l'investigation, estimait encore en 2003 le sociologue des médias Jean-Marie Charon[3] pour qui l'investigation a fait office de « revanche de la presse écrite d’actualité nationale, face à l’audiovisuel » quand ce dernier a étendu son emprise dans l'information à la fin du XXème siècle et au suivant, radios et télévisions, jouant le rôle d'amplificateurs des affaires révélées par la presse écrite.

L'investigation a cependant fait son entrée en 1999 à la télévision française, dans l'émission dédiée, 90 minutes, créée par Paul Moreira sur Canal+, puis renommée "Spécial Investigation", connue par de nombreuses révélations, dont celles de 2002 sur l'affaire Robert Boulin [4]. Six ans après la fondation, son succès est tel que toutes les chaînes hertziennes veulent un magazine d'investigation, réclamé par leurs journalistes, mais ne leur accordent que des diffusions tardives et des moyens très limités, parfois dix personnes dans un bureau de 25 mètres carrés pour France2[2]. La plupart observent que le marché est trop dominé par 90 minutes[2], qui « lance toujours cinq ou six enquêtes en parallèlle »[2] et « peut se permettre des enquêtes au long cours »[2]. Ces émissions veulent « faire le tour du sujet, d'aller au fond des choses »[5] et le public y croit quand leurs journalistes ont « cherché minutieusement, plusieurs mois » mais les enquêteurs déplorent la multiplication d'intermédiaires servant de filtre[2] et qu'il soit très compliqué d'accéder à certaines archives[2]. Paul Moreira lance ainsi un appel en avril 2004[2] pour un accès plus libre aux documents administratifs[6].

Une deuxième émission d'investigation télévisée réllement réputée, la seule diffusée en début de soirée, apparait en 2012, plus de 13 ans après celle de Canal+, cette fois sur France2[7]. Inspirée de "Faites passer l’info", ancienne émission de Canal+ animée par Jean-Baptiste Rivoire[8], Elise Lucet lance "Cash investigation" émission qui se donne pour vocation de révéler aux téléspectateurs des entourloupes, dans leur vie quotidienne, auxquelles ils auraient pu échapper[8]. Elise Lucet dans le secteur public et Paul Moreira dans le secteur privé, les deux pionniers de l'investigation télévisée à 13 ans d'intevalle, affirment alors chacun une « envie de bousculer le monde de la communication »[9], pour se « renseigner directement auprès des grands dirigeants »[9] et obtenir des réponses aux questions[9]. Dans une enquête de l’institut BVA de fin octobre 2017, Elise Lucet devient « animatrice préférée » des Français, devant Nagui, Michel Cymes [7]. L'enquête sur les conditions de travail chez Lidl et chez Free obtient 4,5 millions de téléspectateurs et 1,5 million de vues sur Internet[7], un record malgré un « sujet aride »[7]. En mars 2018 dans Le Monde analyse ce succès comme celui de "Premières Lignes", la société de production indépendante fondée par l'ex-responsable des magazines d'investigation de Canal+ Paul Moreira[7], où une « quinzaine de journalistes y confectionnent, numéro après numéro, toutes les enquêtes » et où les « bouchons de champagne sautent lorsque les audiences sont bonnes »[7].

Malgré le succès de "Cash investigation", au début de la seconde moitié des années 2010, le site d'information Rue89 observe que les mots de « censure » ou d’« autocensure » se multiplient dans les rubriques télé des journaux[4] et s'inquiète, lors d'un débat de la Scam[4], en posant la question : l'investigation à la télévision est-elle menacée ?[4]. « Le journalisme d'investigation existe-t-il encore en France ? », demande même une conférence de mai 2014 à l'École Militaire [10].

Si Hervé Brusini, rédacteur en chef du 20 heures de France 2 assure que'elle n'est pas menacée[4], d'autres sont plus réalistes. Le « territoire de diffusion de ces enquêtes se réduit considérablement »[11] quand des actionnaires reprennent la main sur des groupes de médias, constate Elise Lucet. « La vraie censure, ce sont les services juridiques », des grandes entreprises[4], estime un rédacteur en chef d’une grande agence de presse[4], tandis que Paul Moreira s'inquiète du fait que le soutien de la société de journalistes, ou des syndicats de journalistes ne suffisent plus à garantir la liberté[4].

La nouvelle donne numérique

Les jeunes journalistes d'investigation ont à disposition une nouvelle gamme de fonctionnalités [12] qui permettent de faire du tri, du classement, du traitement de données en grande quantité[12], ce qui leur procure une maîtrise du matériau journalistique (statistiques, études, enquête…) assez proche de celle pratiquée par certains statisticiens[12], a estimé le journaliste d'investigation Sylvain Lapoix, spécialiste du Journalisme de données[12]. Mais selon lui, Journalisme de données ou pas, « l’enquête de terrain est essentielle », car « il y a évidemment de bons et de mauvais chiffres ». Le cependant, la presse révèle que le site d'information Owni, où travaille Sylvain Lapoix, « est sur le point de fermer »[13] et le , le site est placé en liquidation judiciaire[14]. Un message sur la page d'accueil annonce la cessation de paiement et explique que les archives resteront en ligne : « Et d'ici là, toutes les archives restent bien sûr en ligne. C'est un bien commun en Creative Commons. ». Puis l'émission DataGueule, ouverte en 2014 par Julien Goetz, sous la forme de Web-série hebdomadaire diffusée sur France 4 et sur YouTube et Dailymotion, s'inscrit dans une démarche proche.

L'afflux de données, jugé parfois « exponentiel », arrivant sur Internet et d'autres supports numérisés, notamment les archives numérisées des journaux et des institutions, ou encore les fuites massives commes les télégrammes diplomatiques de l’administration américaine révélés par WikiLeaks entre 2010 et 2011, a suscité une nouvelle donne numérique pour les journalistes d’investigation, qui ont réagi de différentes manières : certains « coopèrent aux quatre coins du monde, développent de nouvelles stratégies et s’appuient sur des outils informatiques puissants » afin d'exploiter et traiter les données fournies par un lanceur d’alerte ou un autre[15]. En octobre 2021, le Consortium International des Journalistes d’Investigation (ICIJ) a chiffré le nombre de fichiers Excel ou PDF, de capture d’écrans, de scans et autres fichiers informatiques révélés dans le cadre du scandale des Pandora Papers à plus de 11,9 millions de documents.

Les millions de données réunies lors des révélations des « Paradise Papers » et « Panama Papers » pour épingler certains paradis fiscaux, restent cependant encore des initiatives pionnières voire isolées, alors que le recours massif aux données, loin de minimiser le rôle du journaliste, renforce son analyse, a estimé Bruno Breton, PDG de Bloom, dans Les Echos[16].

Les enquêtes sur l'Afrique

L'année 2021 a vu la remise du premier Prix africain du journalisme d’investigation à Ouagadougou, au Burkina Faso. Le lauréat, choisi parmi 101 candidats et 19 finalistes, est le journaliste d'investigation Gaston Sawadogo pour son enquête sur les prisons burkinabées, concernant la situation des personnes en détention préventive[17]. Le lauréat, récompensée le 13 novembre 2021, travaille pour L'Événement[18], journal burkinabè d’investigation créé en 2001 par une équipe de journalistes ayant travaillé pour L’Indépendant de Norbert Zongo avant sa disparition en 1998. Le journal est un bimensuel paraissant les 10 et 25 du mois.

Au cours de la même année 2021, Olivier Piot, pour la "Plateforme franco-africaine Médias & Démocratie" et Arnaud Froger, pour Reporters sans frontières ont pris la défense du journaliste nigérien Moussa Aksar[19], en dénonçant un acharnement judiciaire qui l'a visé pendant plusieurs mois, et en observant que cette menace pèse « sur de nombreux journalistes africains » avec pour résultat une atteinte sérieuse à la liberté d’informer, qui a pour résultat de nuire à la « construction d’Etats de droit sur le continent ». Ils rappelent la rédaction très claire de l'article 31 de la Constitution du Niger, assurant que « toute personne a le droit d’être informée ». En septembre 2020, Moussa Aksar avait publié une enquête fouillée dénonçant de hauts responsables de l’armée et des proches du pouvoir, titrée « Malversations au ministère nigérien de la défense : 71,8 milliards de francs CFA captés par des seigneurs du faux ».

Les enquêtes sur les problèmes sanitaires

La journaliste indépendante chinoise Zhang Zhan, ex-avocate, fut la première à témoigner, au tout début de la crise du Covid-19, en 2019-2020 de la situation à Wuhan[20],[21], épicentre mondial de l'épidémie à ses débuts et mégalopole coupée du monde, où elle enquête en profondeur en février 2020[20],[21]. Avec un simple téléphone, à contre-courant des médias officiels chinois[20],[21], Zhang Zhan filme les hôpitaux surchargés, le manque de lits, les intimidations et même le policier qui la chasse[20],[21], puis elle alerte quand elle poste plus d'une centaine de vidéos sur les réseaux sociaux en seulement 3 mois[20],"[21].

Les enquêtes sur les violences sexuelles

Dans son livre publié en 2021 aux Editions Le Seuil[22], la journaliste de Médiapart Marine Turchi a tenté une synthèse des dysfonctionnements de la chaîne pénale dans les procédures et jugements auxquels sont parfois confrontées les victimes de violences sexuelles[22], en analysant les problèmes posés par neuf affaires impliquant des des personnalités connues ou des anonymes[22].

Son enquête montre que bien souvent ces procédures judiciaires ont fait l’objet de vives critiques[23]. La jeune journaliste d'investigation refuse de mettre « sous le tapis » les critiques visant les médias[23], et observe qu'une partie de l’opinion publique critique la justice ou n'envisage même plus qu'elle puisse être utile[23], car cette dernière ne se donne plus toujours les moyens d’aller rechercher les preuves[23], se contentant parfois de répondre « Circulez, il n’y a rien à voir »[23]. Selon, elle rôle de journaliste, dans les secteurs d'intérêt public, est de révéler ce qui est caché, étouffé, ou même fait l’objet d’une omerta[23], notamment en matière d'accusations de violences sexuelles, qui ne relèvent pas de la vie privée mais de la violence[23], et l'expression de « tribunal médiatique » est un terme « piégeux »[23] car il risque de mettre sur le même plan un tweet et une enquête de six mois[23].

Risques du journalisme d'investigation

Danger de mort

Les journalistes d'investigation sont parfois exposés au risque d'assassinat : Nicolas Giudici[24] et Jean Hélène ont été respectivement assassinés en 2001 et 2003. Guy-André Kieffer en 2004, après Jean-Pascal Couraud en 1997). De même, les « suicides » douteux ne les épargnent pas, comme celui de Didier Contant (défenestré en 2004 d'un immeuble parisien) et Alain Gossens (journaliste belge), alias KarmaOne, mort le , à la suite d'une « chute » du haut d'une église ; tous deux travaillaient sur des dossiers sensibles, et Gary Webb, Morris Ketchum Jessup, Serge Monast, Stephen Knight, Michael Hastings et Yann Moncomble qui travaillaient de façon indépendante[réf. souhaitée].

Danger d'acharnement judiciaire

Les journalistes d'investigation sont aussi exposés au risque de poursuites en Diffamation, dans les pays où existe un droit très strict et restrictif sur le sujet, comme la France, au risque de réduire la Liberté de la presse et le rôle démocratique du Quatrième pouvoir, à des époques où la jurisprudence va dans ce sens.

Le risque de voir la loi de 1881 détournée par acharnement judiciaire susceptible d'intimider et restreindre laModèle:Quoi? a été mis en avant par Le Système B, un film documentaire français créé par l'ONG Reporters sans frontières et diffusé en , qui a appelé « l'État, le CSA, l'Autorité de la concurrence et le législateur à intervenir » et dénoncé des « pratiques représentent un véritable danger pour la liberté de la presse, mais aussi pour la démocratie »[25] et alerté contre la censure répétée d'enquêtes dans différents médias du groupe industriel et de services de Vincent Bolloré[26],[27],[28],[25],[29],[30],[31], mais visant aussi d'autres médias, par un usage massif des poursuites judiciaires, afin de décourager au maximum les enquêtes sur « ses activités africaines », qui « représentent un tiers du chiffre d'affaires » du groupe Bolloré.

Risques pour les lanceurs d'alerte

Un lanceur d'alerte qui met sur la piste le Journalisme d'enquête d'un média ou d'un autre s'expose également à des dangers divers, qui peuvent aller aussi jusqu'au risque d'assassinat. Ain d'y faire face, la protection des sources d'information des journalistes en droit français n'est pas seulement une règle de droit français mais aussi un principe de la déontologie du journalisme, mis en avant dans la Charte de Munich.

Risque de confusion ou d'anglicisme

Le journaliste français Pierre Péan préfère lui l'expression d'enquêteur d'initiative sur des sujets sensibles à celle de "journaliste d'investigation" et signale un anglicisme : « ça fait des années que je m'évertue à répéter que je ne me reconnais pas sous le vocable de journaliste d'investigation. Investigation, c'est la traduction d'une expression américaine policière. Je préfère le mot enquête. Je me définirai plutôt comme un enquêteur d'initiative sur sujets sensibles[32]. ». Dans le même esprit, le journaliste français Fabrice Arfi a aussi préféré se définir comme simple journaliste: « quand vous allez chercher une information, vous la vérifiez, vous la recoupez, vous la recontextualisez, vous la hiérarchisez, vous l'historicisez si besoin, vous la confrontez avec les personnes concernées, vous la publiez, (...) vous faites un travail de journaliste[10]. »

Le journaliste Pierre Péan a mis en garde contre une forme de non-investigation, consistant en des enquêtes monosource, quand le document parvient au journaliste: «  tout ficelé par un magistrat, un policier ou un avocat, lequel a ses priorités, ses intérêts  ». Selon lui, le travail d'investigation consiste plutôt « à sélectionner les documents d’une instruction judiciaire qui peuvent intéresser les lecteurs, à les réécrire, puis à les compléter ; l’enquêteur est un gestionnaire de fuites. » Cette méthode est ainsi revendiquée par Ariane Chemin, du Monde : « Nous avons pour règle de nous caler sur les instructions. Nous ne faisons pas d’enquête d’initiative[33]. »

Exemples de médias, d'enquêtes ou de journalistes

Exemples de médias investis prioritairement dans l'investigation

Audiovisuel

Off-investigation est un site d'informations grand public français créé en octobre 2021 par un groupe de journalistes d'investigation parmi lesquels Jean-Baptiste Rivoire, jusque là rédacteur en chef-adjoint de l'émission Spécial Investigation sur Canal +, après avoir participé en 1999 à la création de 90 Minutes (investigation), aux côtés de Paul Moreira.

Presse écrite

Plusieurs médias se dédient exclusivement au journalisme d'investigation, par exemple ProPublica aux États-Unis, Correctiv en Allemagne[34]. En France, Disclose est un site web d'investigation français créé le Disclose par Mathias Destal et Geoffrey Livolsi[35], soutenus par douze journalistes, se présentant comme un « média à but non lucratif enquêtant sur des sujets d'intérêt public » dont la création s'inspire des modèles de ProPublica aux États-Unis ou Correctiv en Allemagne[36].

Le plus connu est Mediapart, un site d'informations français, pure player créé en 2008 par les journalistes François Bonnet, Gérard Desportes, Laurent Mauduit, Edwy Plenel, Marie-Hélène Smiéjan et Godefroy Beauvallet[37], reconnu pour le journalisme d'enquête. Il est connue comme l'un des rares « tout en ligne » grand public payant du marché français de l'information, et partenaire de Disclose depuis 2018[38]..

Après avoir été à l'initiative de la création, à l'automne 2009, du syndicat de la presse indépendante d'information en ligne (SPIIL), dont Edwy Plenel est le secrétaire général[39]. Sa ligne éditoriale est orientée à gauche[40], Mediapart a joué un rôle important dans les révélations de l'affaire Woerth-Bettencourt en 2010, de l'affaire Sarkozy-Kadhafi en 2012, de l'affaire Cahuzac en 2012-2013 et de l'affaire Benalla en 2018-2019.

Le 2 juillet 2019, les cofondateurs ont annoncé sa détention par un fonds de dotation à but non lucratif a pour objectif de préserver son Indépendance journalistique[41].

Fin 2010, le site revendiquait 46 800 abonnés actifs payants puis en annonce 65 000 abonnés[42]. En mars 2021, il revendique 218 099 abonnés payants[43]. Dans sa brochure « Treize ans d'indépendance » de mars 2021, le site affirme que sur plus de deux cents procédures judiciaires lancées contre lui, seulement cinq condamnations ont été prononcées. Ce sont : « pour une erreur matérielle rectifiée depuis ; une deuxième du fait d’un délai pour le contradictoire insuffisant ; une troisième pour avoir rectifié les propos d’une interview ; une quatrième pour un droit de réponse qui n’a pas été publié dans les délais impartis ; une cinquième en raison d’une base factuelle insuffisante. » sans plus de détail.[43]. Il a réalisé en 2017 une croissance de 20 % du chiffre d'affaires, qui a dépassé 13 millions d'euros, pour un résultat net de 2,2 millions d'euros, représentant 16 % du chiffre d'affaires[44].

Consortium international

Par ailleurs, le Consortium international des journalistes d'investigation regroupe, pour l'enquête sur les Implant Files, plus de 250 journalistes issus de 59 pays[45].

Exemples de journalistes connus pour l'investigation

Des journalistes français comme Claude Angeli, Jacques Derogy, Jean-Marie Pontaut, Jean Montaldo, Antoine Gaudino, Edwy Plenel, Pierre Péan, Denis Robert, Elise Lucet, Marie-Monique Robin, Fabrice Arfi, Renaud Lecadre, Rémi Kauffer, Paul Moreira, Laurent Mauduit, Jean-Baptiste Rivoire Philippe Madelin, Laurent Léger, Roger Lenglet, ou Vincent Nouzille figurent parmi les journalistes d'investigation[réf. souhaitée].

Au Québec, le journaliste Daniel Leblanc s'est fait connaître par une enquête fouillée sur le scandale des commandites. Aux États-Unis, Eric Schlosser est connu aussi, tout comme Mark Curtis en Angleterre, spécialiste des enquêtes historiques des affaires étrangères du Royaume-Uni et des États-Unis.

Exemples d'enquêtes du journalisme d'investigation

De nombreuses affaires ont fait l'objet d'enquêtes journalistiques, tel que le scandale de l'amiante ou celui du Watergate, l'affaire du sang contaminé, Rhodia, Karachi ou Carignon.

Les journalistes d'enquête qui « dénoncent le gangstérisme des tout-puissants patrons des trusts et la corruption des politiciens qui l'accompagne » ont été qualifiés de « fouille-merde » par le président américain Theodore Roosevelt dans son discours The Man with the Muck Rake[46] en 1906[47].

On peut aussi citer Mark Hunter, un journaliste et universitaire d'origine américaine qui a conduit un certain nombre d'enquêtes, comme sur l'affaire Suzanne de Canson où une héritière fut dépouillée[48].

Scandale des commandites

De 1997 à 2003, le scandale des commandites, relevé par Daniel Leblanc, est une affaire politique canadienne relative à l'usage illégal de fonds publics fédéraux pour financer une opération de relations publiques visant à contrecarrer la popularité de la souveraineté dans la province de Québec, un système de ristourne permettait au Parti libéral canadien de se financer à même le détournement des fonds publics.

Affaires de trafic d'organes

Panama Papers

La révélation sur le scandale des Panama Papers le est à ce jour l'affaire de journalisme d'investigation dans laquelle la plus grande quantité de données ont été révélées.

Arts et littérature

Cinéma

Bande dessinée

  • Tintin est un journaliste d'investigation[52] et les journalistes d'investigation sont des « Tintin de l'info », lisait-on dans Le Monde en 2005, le joural estimant qu'ils apportent « une garantie d'authenticité : parce qu'ils en ont bavé et souffert, on veut bien les croire »[5]. Tintin mène des enquêtes sur des affaires délicates, passe d'un indice à l'autre, retrouve des témoins, mais ne procède pas aux arrestations, n'écrit pas d'article et ne vient pas au tribunal, même s'il lui arrive d'immobiliser un personnage menaçant avec les moyens du bord, comme dans l'Ile Noire. A.D.G., l'un des « auteurs-phares » de la Série noire des éditions Gallimard a cependant jugé que Tintin « pratiquait une presse ni d'information, ni d'investigation, ni d'opinion, mais d'imagination »[53]. Selon Le Figaro, ses compatriotes de la BD belge Spirou, Fantasio, et Seccotine sont moins scrupuleux en matière de la déontologie, se transformant en shérifs d'une ville américaine ("Les Chapeaux noirs") ou en colonels de l'armée palombienne ("Le Dictateur et le Champignon")[53].
  • Dans l'album Destination New-York (page 51), des aventures de Jo, Zette et Jocko, Hergé met en scène le journaliste Herbert Jones, qui publie un document reçu de l'un des deux frères William et Fred Stockrise, sans vérification des faits et sans chercher à enquêter pour vérifier son authenticité. Par respect pour le principe de protection des sources d'information des journalistes en droit français, la police mène une contre-enquête pour en déterminer l'origine, avant de le lui demander, une fois qu'elle tient la preuve que c'est un faux. L'album est publié en 1951 mais sort dans un journal dès 1936.

Notes et références

  1. a et b « Le journalisme d'investigation », sur France Inter.fr, émission La marche de l'histoire, .
  2. a b c d e f g et h Grandeurs et misères de l'enquête journalistique" par Guillaume Fraissard et Macha Séry, dans Le Monde Télévision, le 18 février 2005 [1]
  3. "Le journalisme d'investigation et la recherche d'une nouvelle légitimité", par le sociologue des médias Jean-Marie Charon, dans Hermès, revue françaises spécialisée en sciences de l'information et de la communication, en 2003
  4. a b c d e f g et h "Journalisme d'investigation à la télé : faisable, mais épineux" par Augustin Scalbert, le 8 novembre 2016 [2]
  5. a et b "Les journalistes d'investigation sont des Tintin de l'info", dans Le Monde le 18 février 2005 [3]
  6. Appel en avril 2004 pour un accès plus libre aux documents administratifs [4]
  7. a b c d e et f "Elise Lucet, femme de contre-pouvoir" par Pierre Jaxel-Truer, le 9 mars 2018 dans Le Monde [5]
  8. a et b "Elise Lucet, l’info cash", par Jean-Marie Durand, dans Les Inrockuptibles le 20 juin 2012 [6]
  9. a b et c Elise Lucet et Paul Moreira au sujet de l'émission "Cash investigation", sur Radio France le 17 septembre 2013 Archives INA [7]
  10. a et b Fabrice Arfi, « Le journalisme d'investigation existe-t-il encore en France ? », conférence prononcée le 20 mai 2014 à l'École Militaire à l'invitation de l'ANAJ-IHEDN, à partir de 2 min 40 s.
  11. Élise Lucet « L’investigation s’apprête à vivre des années difficiles », article d'Audrey Loussouarn dans L'Humanité le 12 Octobre 2016 [8]
  12. a b c et d "Le data journalisme : entre retour du journalisme d'investigation et fétichisation de la donnée". Entretien avec le journaliste d'investigation Sylvain Lapoix, par Samira Ouardi, dans la revue Mouvements en 2014 [9]
  13. Le site d’information Owni est sur le point de fermer, Rue89
  14. Fermeture du site Owni.fr, Le Monde
  15. "Face à l’immensité du Big Data, les stratégies des journalistes d’investigation", par Léopold Picot sur RFI le 07/11/2021 [10]
  16. "Le data journalisme, une chance pour la presse" par Bruno Breton, PDG de Bloom, dans Les Echos le 24 mai 2018 [11]
  17. "Bordeaux : une table ronde pour comprendre les enjeux du journalisme d’investigation en Afrique" par Lolla Sauty--Hoyer Publié le 14/11/2021 [12]
  18. Gaston Sawadogo de L'Événement (journal burkinabé), remporte le "Sebgo d'Or", par Serge Pâcome Zongo, dans Burkina 24, le 13 novembre 2021 [13]
  19. Tribune dans Le Monde d'Olivier et Arnaud Froger, de Reporters sans frontières [14]
  20. a b c d et e "Une journaliste chinoise emprisonnée et en danger de mort : la pression s'accentue sur Pékin" par Isabelle Labeyrie, sur Radio France, le 10 novembre 2021 [15]
  21. a b c d et e En Chine, la lanceuse d’alerte Zhang Zhan entre la vie et la mort" par Margot Davier, dans Libération le 5 novembre 2021[16]
  22. a b et c "Faute de preuves, Enquête sur la justice face aux révélations #Metoo", par la journaliste d'investigation de Médiapart Marine Turchi, en 2021 aux Editions du Seuil
  23. a b c d e f g h et i « Sans les témoins, on ne peut pas faire d'enquêtes sur les violences sexuelles », interview de la journaliste d'investigation de Médiapart Marine Turchi, dans 20 Minutes, par Hélène Sergent le 19 novembre 2021 [17]
  24. (it) Carlo Ruta it:Carlo Ruta (avec Jean-Francois Gayraud) Il caso Giudici. La misteriosa morte del giornalista che indagò i poteri forti di Francia, aux Éditions Alpine Studio, Lecco (Italie) 28 août 2012 (ISBN 9788896822401) 128 p.
  25. a et b "Liberté de la presse : que montre le documentaire de Reporters sans frontières sur le groupe Bolloré ?" le 15/10/2021 sur France Télévisions [18]
  26. "RSF dénonce les «méthodes brutales» de Vincent Bolloré dans les médias" dans Le Figaro le 14 octobre 2021 [19]
  27. "Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré contre l’information" par Aude Dassonville, dans Le Monde le 14 octobre 2021 [20]
  28. "Vidéo. Vincent Bolloré : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce ses « méthodes brutales »", par l'Agence France-Presse reprise le 14/10/2021 par le quotidien régional Sud Ouest[21]
  29. "Le Système B." : un documentaire de Reporters sans frontières dénonce les méthodes de Vincent Bolloré" par Maxime Tellier, le 14/10/2021 sur France Culture [22]
  30. “Le Système B”, un docu choc sur la méthode Bolloré contre la liberté d’informer" par Richard Sénéjoux le 14/10/21 dans Télérama [23]
  31. "Concentration des médias : une commission et des propositions sur la table" par Aude Carasco, le 24/11/2021 dans La Croix
  32. Pierre Péan : « Le journalisme d'investigation n'existe pas ! », Le Figaro.fr, 28 mars 2014.
  33. Pierre Péan, « Dans les cuisines de l’investigation », sur Le Monde diplomatique,
  34. Prune Antoine, « Correctiv : La rédaction qui bouscule le paysage médiatique allemand », TéléObs,‎ (lire en ligne, consulté le )
  35. Richard Sénéjoux, « Disclose, un nouveau média pour “enquêter sur la longueur, avoir un impact sur la société” », sur Télérama.fr, (consulté le )
  36. Hélène Riffaudeau, « Disclose, le premier média d’investigation non lucratif se lance en France », sur L'Obs, (consulté le )
  37. Madame Figaro, « Les 50 premières entreprises françaises dirigées par des femmes sont... », sur Madame Figaro, (consulté le )
  38. Audrey Kucinskas, « "Disclose", le média qui veut révolutionner l'investigation », sur LExpress.fr, (consulté le )
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  46. The Man with the Muck Rake.
  47. Gérard Vindt, « Etats-Unis : Muckrackers contre barons voleurs », sur Alternatives Economiques, .
  48. Mark Hunter. Le destin de Suzanne: la véritable affaire Canson. Fayard, 1995.
  49. https://creatavist-vyt7pw6.atavist.com/cadavre-exquis.
  50. "Grande gueule et grand cœur, rien ne peut arrêter Erin Brockovich" par Dany Jucaud le 26/05/2020 dans Paris-Match
  51. Article de Chloé Margueritte dans "Le Mag du ciné" [24]
  52. "Hergé fils de Tintin", par Benoît Peeters aux Éditions Flammarion en 2016
  53. a et b "Spirou, le journalisme sans peine" par Jean-Christophe Buisson, dans Le Figaro le 19/04/2013 [25]

Annexes

Bibliographie

  • Patrick Auvret, Le journalisme d'investigation selon la Convention européenne des droits de l'homme, Legipresse, 1997.
  • Laurent Bigot, « Les journalistes fact-checkers français entre réinvention de la vérification et quête de reconnaissance professionnelle », dossier de 2017 : « L’information au prisme des professionnels qui la produisent, la gèrent et l’utilisent », de la revue du GRESEC (Groupe de recherche sur les enjeux de la communication, laboratoire de l'université Stendhal-Grenoble 3) intitulée Les enjeux de l’information et de la communication.
  • (en) Paul Bradshaw, Michael Bromley, Investigative Journalism: Context and Practice, Routledge, 2008
  • Mark Hunter, Le journalisme d'investigation, Presses universitaires de France, collection « Que sais-je ? », 1998.
  • Gilles Labarthe, Mener l'enquête : arts de faire, stratégies et tactiques d'investigation, Éditions Antipodes, 2020 (ISBN 978-2-88901-179-7).

Articles connexes

Liens externes

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