Joseph Haïm Sitruk

Joseph Haïm Sitruk
Le Grand Rabbin Sitruk-1999.jpg
Fonction
Grand-rabbin de France
-
Biographie
Naissance
Décès
(à 71 ans)
Paris
Sépulture
Nom de naissance
Joseph Sitruk
Nationalité
Activité
Autres informations
Religion
Ordre religieux
Judaïque
Distinction
Grave of Rabbi Joseph Sitruk.jpg
Vue de la sépulture.

Joseph Haïm Sitruk, né Joseph Sitruk à Tunis le et mort à Paris le , est grand-rabbin de France pendant trois mandats consécutifs, de à .

Issu du judaïsme séfarade, il a été pendant ses mandats le guide spirituel de la communauté juive d'Europe la plus nombreuse[1],[2]. Le , Gilles Bernheim est élu pour lui succéder le . Conformément à une tradition juive, le prénom Haïm (signifiant « vie ») a été ajouté à son nom en 2001 dans l'espoir d'une guérison après l'accident vasculaire cérébral dont il a été victime.

Biographie

Né à Tunis en 1944 de Jacques Isaac Sitruk et Emma Portuguais, Joseph Sitruk découvre le judaïsme lors de son passage aux Éclaireuses et éclaireurs israélites de France (EI) qu'il fréquente à Nice à partir de . Il y apprend l'hébreu, fait ses premiers pas dans l'exploration de la tradition juive et connaît sa première expérience de prise de responsabilité au service de la communauté juive. C'est également aux EI qu'il rencontre celle qui deviendra plus tard sa femme, Danielle[3].

Constatant ses capacités de leader et son envie de judaïsme, le rabbin de Nice Saül Naouri l'encourage à devenir rabbin. Il choisit alors d'entrer au Séminaire israélite de France en 1964, accompagné de deux autres EI niçois : les futurs rabbins Bismuth et Hassoun. Ils logent la première année à l'école Gilbert Bloch d'Orsay, créée après la guerre par Robert Gamzon et vivier de futurs cadres communautaires. Pendant ses études rabbiniques, il poursuit son engagement scout en assumant la formation des cadres au niveau national.

En 1969, il part passer quelques mois en Israël afin d'étudier à la yechiva Cheerit Yossef à Be'er Ya'akov dirigée par le rav Nissim Toledano qui devient son maître. En Israël, il est plus sensible à l'approche cartésienne du judaïsme lituanien qu'à celle du judaïsme hassidique[4]. Il rentre en France en 1970 pour y devenir rabbin à Strasbourg à partir d'.

Il est d'abord aumônier de la jeunesse, avant de devenir l'adjoint du grand-rabbin de Strasbourg, Max Warchawski.

En 1975, le rabbin Joseph Sitruk succède à Israël Salzer au poste de grand-rabbin de Marseille. Il est élu en 1987 pour occuper la charge de grand-rabbin de France. Il est ensuite réélu pour deux autres mandats de 7 ans chacun. Il est notamment à l'initiative des différents Yom Hatorah (au Bourget et au parc floral de Paris), évènements qui ont réuni des milliers de personnes.

Présent à Carpentras le pour l'affaire de la profanation du cimetière juif, il veut marquer un avant et un après Carpentras[5].

Dans les années 1990, il crée à Neuilly-sur-Seine où il habite, hors le Consistoire central, le centre Alef, centre communautaire strict quant à la halakha qui correspond mieux à sa conception du judaïsme que la synagogue consistoriale de Neuilly. Ce centre est, depuis 2009, dirigé par le rabbin Ariel Gay, gendre du grand rabbin Sitruk.

Ami de Jacques Chirac, il lui rend visite en 2001 lors de l'accident vasculaire cérébral (AVC) du chef de l'État[6]. Il a lui-même été victime d'un AVC cette année-là, à la suite de quoi le prénom Haïm (signifiant « vie ») a été ajouté à son nom dans l'espoir d'une guérison, conformément à une tradition juive.

En 2007, il est élevé au rang de commandeur de la Légion d'honneur[7].

Début , il annonce son intention de briguer un quatrième mandat de grand-rabbin de France, alors que le grand-rabbin Gilles Bernheim se déclare aussi candidat,[9]. Le , ce dernier est élu pour lui succéder. Le mandat de sept ans de Bernheim prend effet le [10].

De son mariage sont issus neuf enfants : Rebecca, Yacov, Hanel, Elie, Sarah, Ephraim, Esther, Isaac et Myriam.

Il décède à Paris le [11] et est enterré le lendemain au cimetière du mont des Oliviers à Jérusalem[12].

Pour Henri Tincq dans Le Monde, « Joseph Sitruk était un intellectuel juif, mais détesté par les intellectuels juifs, charismatique, moderne, mais confondu avec l’orthodoxie la plus archaïque, [...] à la foi d’acier qui ne perdait pas pour autant son humour, sa gentillesse et son espérance dans un Dieu et un peuple juif « qui se sauve parfois de la Torah, mais ignore que la Torah lui court derrière » »[13].

Prises de position

Contraception

Dans un entretien avec Norbert Attali, le grand-rabbin Sitruk prône la contraception féminine : « Voilà pourquoi la femme a droit à la contraception, mais pour que la contraception ne devienne pas qu'un moyen de confort ou l'expression d'un égoïsme, le recours à un avis rabbinique autorisé est toujours indispensable »[14]. Dans le même entretien, il est beaucoup plus circonspect sur la contraception masculine et l'usage du préservatif qu'il n'accepte qu'en cas de risque pour la santé.

Laïcité

Pour lui, « la laïcité n'est pas autre chose que cette reconnaissance de la liberté culturelle et religieuse des différentes communautés »[15].

En 1994, il critique ce qu'il estime être une « laïcité intolérante » et appelle les Juifs pratiquants à ne pas participer au second tour des élections cantonales, qui coïncidaient avec le premier soir de la fête juive de Pessa'h[16].

Tribunaux rabbiniques

Il souhaite l'extension des tribunaux rabbiniques, les Beth Din, en France dont les compétences portent sur les mariages et divorces religieux, les conversions et la cacherout (règles alimentaires) et pourraient inclure les « conflits entre des personnes ». Il déclare : « J'aimerais que, lorsque deux juifs ont un conflit, ils prennent l'habitude d´aller au Beth Din » (Actualité juive). Il précise sa pensée dans un entretien au mensuel Tribune juive[17] : « Je souhaite créer un tribunal rabbinique d’arbitrage au service de chacun. Il manque une « instance d’appel » pour les rabbins eux-mêmes, mais aussi pour ceux qui ont des conflits d’ordre économique. Nous devons apprendre à régler les problèmes entre nous ».

Homosexualité

Le , il affirme dans Le Figaro: « Accepter que des couples puissent se constituer autrement que dans la relation conjugale d'un homme et d'une femme, c'est aller contre l'équilibre naturel établi par Dieu. Sous couvert de démocratie, notre société tend à légiférer selon l'évolution des mœurs. […] Lorsque l'homme porte atteinte à la nature, il porte atteinte à Dieu et à lui-même. »[réf. à confirmer].

En 2006, à l'occasion de la sortie de son livre, Rien ne vaut la vie, lors d'un passage dans l'émission Tout le monde en parle sur France 2, interviewé par Thierry Ardisson, il déclare à propos de l'homosexualité : « C'est un échec du point de vue de l'égoïsme, parce que être homo, c'est-à-dire être du même sexe, c'est se replier sur soi. Je trouve que le mariage hétérosexuel est une expérience très enrichissante, très belle, et que d'abord être homosexuel c'est d'un égoïsme fou, puisque cela veut dire que après vous le monde s'arrête, pour ce qui est de la procréation. Et pour ce qui est de l'enrichissement mutuel, bien évidemment c'est ce que je viens de dire »[18].

En , il déclare sur Radio J, à propos de la Marche des fiertés qui se déroulait à Tel-Aviv : « Israël, par cette manifestation, se trouve rabaissée au rang le plus vil. Je n'hésite pas à qualifier cette initiative de tentative d'extermination morale du peuple d'Israël. J'espère que les auditeurs écouteront mon appel au secours et réagiront de façon radicale à une telle abomination »[19]. Cette déclaration fait polémique, un an après l’assassinat de Shira Banki, poignardée à 16 ans par un Juif ultra-orthodoxe lors de la marche des fiertés de Jérusalem. Alain Beit, président de l’association juive et LGBT, Beit Haverim, proteste avec vigueur contre ces propos et organise le à l’espace culturel et universitaire juif d’Europe un débat sur la place de l'homosexualité dans le judaïsme en présence du grand-rabbin de France Haïm Korsia. C'est finalement l'association SOS Homophobie qui, début , dépose plainte, sans constitution de partie civile, pour « incitation au crime en raison de l’orientation sexuelle »[20],[21],[22].

Hommage

La ville de Neuilly-sur-Seine a donné le nom de Joseph H. Sitruk à l'une de ses places[23].

Œuvres

  • Chemin faisant. Entretiens avec les journalistes Claude Askolovitch et Bertrand Dicale, Flammarion, 1999
  • Rien ne vaut la vie, Bibliophane - Daniel Radford, 2006
  • Pensée juive, tome I, retranscription de cours donnés à l'oral par les éditions Torah-Box, 2013
  • Vision juive, tome III, retranscription de cours donnés à l'oral par les éditions Torah-Box, 2017
  • La Famille juive, retranscription de cours donnés à l'oral par les éditions Torah-Box

Notes et références

  1. Nicolas Mathias, « Plus de 8.000 juifs de France feront leur Alyah en 2015 », sur tribunejuive.info, (consulté le 25 septembre 2016) : « Estimés à 500.000 ou 600.000 membres, les juifs de France représentent la première communauté juive d’Europe et la troisième au monde, derrière Israël et les Etats-Unis. »
  2. « L’ancien grand rabbin de France, Joseph Sitruk, est mort à l’âge de 71 ans - France 24 », (consulté le 25 septembre 2016).
  3. Joseph Sitruk, Chemin Faisant, Flammarion, , p. 30.
  4. Joseph Sitruk, Chemin Faisant, Flammarion, , p. 83.
  5. Jean Roberto, Marie-Claire Roy et Martin Peltier, L'affaire Carpentras : analyse d'une manipulation d'État,  éd. National Hebdo, (ASIN B00DUUBOES, lire en ligne).
  6. Jean-Louis Debré, Le monde selon Chirac : Convictions, réflexions, traits d'humour et portraits, Paris, Tallandier, , 336 p. (ISBN 979-10-210-0866-3, lire en ligne) :

    « Les mêmes liens fraternels m'unissent encore aujourd'hui au grand-rabbin Sitruk, homme lui aussi profond, lumineux, porté par une grande générosité intellectuelle. »

  7. « Joseph Sitruk, ancien Grand Rabbin de France, est mort », sur RTL,
  8. « Institutions juives : cimenter une communauté dispersée », article dans Le Monde daté du 21 juin 2008.
  9. « Gilles Bernheim élu Grand rabbin de France », article dans Le Monde du 22 juin 2008.
  10. « Décès de l'ancien Grand rabbin de France Joseph Sitruk », sur i24News, .
  11. « Des milliers de personnes aux obsèques de l’ancien grand rabbin de France », sur The Times of Israel,
  12. Henri Tincq, « Mort de Joseph Sitruk, ancien grand rabbin de France », sur Le Monde,
  13. Joseph Sitruk et Norbert Attali, « Judaïsme et Sexualité », Alliance, Magazine sur le net (consulté le 20 juin 2008).
  14. Cité dans Maurice Barbier, « La laïcité », L'Harmattan, (consulté le 19 juin 2008).
  15. « Décès à 71 ans de l’ancien grand rabbin de France Joseph Sitruk », sur liberation.fr, .
  16. « Joseph Sitruk : « Je suis un rescapé de la prière » », Tribune Juive (consulté le 19 juin 2008).
  17. « Joseph Haim Sitruk "Rien ne vaut la vie" - Archive INA », sur youtube.com, .
  18. « La chronique du Grand-Rabbin de France Joseph-Haim SITRUCK », sur radioj.fr, .
  19. Charlotte Guimbert, « Homosexualité : les réactions suite aux propos de Joseph Sitruck », sur The Times of Israel, .
  20. « SOS Homophobie porte plainte contre Joseph Sitruck », sur The Times of Israel, .
  21. « L'ex-Grand rabbin de France Joseph Sitruk visé par une plainte pour « incitation au crime en raison de l'orientation sexuelle » », sur liberation.fr, .
  22. Adeline Daboval, « Neuilly célèbre le Grand Rabbin de France Joseph Sitruk », sur Le Parisien,

Voir aussi

Liens externes